Bitteres aus Bitterfeld. Eine BestandsaufnahmeLe titre allemand signifie L'amertume de Bitterfeld, une prise de vue en l'état, et joue sur l'analogie entre Bitteres, l'amertume et Bitterfeld, le nom propre du lieu de tournage., usuellement abrégé en Bitteres aus Bitterfeld, est le titre d'un film documentaire tourné illégalement en RDA en 1988. Il présente l'étendue de la pollution environnementale dans la région industrielle entourant Bitterfeld, marquée par l'industrie chimique. Cette tentative d'établir une opposition était un projet commun des opposants du réseau vert écologique Arche de Berlin-Est, de défenseurs locaux de l'environnement, et de réalisateurs de films de Berlin-Ouest.
La vidéo n'a pu tout d'abord être visionnée en RDA que dans des cercles privés ou religieux. Ce n'est qu'en automne 1988 que l'émission Kontraste sur la chaîne ARD en a diffusé des extraits. Ils ont été repris par de nombreuses stations de télévision à l'étranger. En RDA, elle a fait connaître le réseau Arche. La Stasi n'est pas arrivée à trouver les participants à la production du film. Après la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne, les journalistes allemands et étrangers se sont fondés sur ces extraits de vidéo pour orienter leur couverture de la situation dans ce triangle de la chimie de l'Allemagne centrale.
Contenu thumb|Le silo à céréales de Greppin, au milieu par derrière, la cheminée de l'usine Chlore IV (image du film) Les vues du début présentent le paysage ravagé par les mines de charbon à ciel ouvert, de hautes cheminées d'usines déployant des bandes de fumées de diverses couleurs, un silo à céréales devant une usine de production de chlore, ainsi que des rues d'habitation urbaine aux façades grisâtres et des bâtiments décrépits. En voix off, une narratrice explique qu'à Bitterfeld sont produits environ 2000 composés pour le ménage et le jardin, l'industrie et l'agriculture, notamment des lessives et des matières plastiques, des colorants, des engrais et des pesticides. L'industrie chimique se débarrasse de ses déchets par décharge dans les vastes fosses des mines à ciel ouvert, par déversement dans l'affluent de l'Elbe, la Mulde et par échappement à l'air libre. La narratrice commente : « Bitterfeld tombe en ruines, Bitterfeld est noire de suie, Bitterfeld pue. Bitterfeld est considérée aujourd'hui comme la ville la plus sale d'Europe. »
thumb|left|Gaz d'échappement de composition inconnue, qui s'échappent d'une cheminée à Bitterfeld (image du film) Les vieilles fabriques à peine modernisées tournent à « triple surcapacité ». Seuls dix pour cent des grandes cheminées sont enregistrées comme émetteurs de pollution et sont contrôlées par l'État. La décision coûteuse de déclencher le seul système d'alarme au smog de RDA revient au directeur général du combinat de la chimie de Bitterfeld. Les déchets liquides s'écoulent comme eaux usées diluées, de couleur, directement dans la Mulde, qui est biologiquement morte. Des vapeurs, des souffles et des odeurs indiquent des réactions chimiques. La seule méthode de clarification est l'ajout de calcaire. Des mesures ont donné des valeurs cinq à dix fois excédentaires pour les nitrates et les nitrites.
thumb|Fûts de transport munis d'étiquettes de dangerosité entassés sur la décharge Freiheit III (image du film) Les filons de lignite vont jusqu'à de profondeur. On y trouve souvent de l'ambre jaune, qui est vendu à l'ouest avec l'appellation d'origine baltique. Comme le niveau de la nappe phréatique dans des conditions naturelles se situe à de profondeur, l'eau est pompée, et envoyée dans la Mulde. Les terrains voisins s'assèchent, les plantes meurent. Les fosses épuisées ont servi et servent encore comme déversoirs à ordures non surveillés, non contrôlés et non documentés. Sous des couches minces de couverture, selon la narratrice, sont stockés des en provenance de la production d'armes de la Seconde Guerre mondiale : produits halogénés et organochlorés, parmi lesquels des restes de production de DDT et d'autres substances. Dans les conditions de décharge, à couvert et avec une élévation de température au-dessus de , il peut se dégager le « poison de Seveso » (la fameuse dioxine). Dans la fosse Freiheit III, un panorama montre des fûts et des bidons jetés, avec des étiquettes de danger. Des produits s'écoulent de ces récipients de transport. La terre est imprégnée de produits chimiques.
thumb|left|Tuyaux par lesquels des produits chimiques s'écoulent dans la décharge Hermine (image du film) Chez les employés sévissent massivement des symptômes d'intoxication par le chlorure de vinyle, le fluor, ou le graphite. Ils se traduisent par une atrophie des os des phalanges des doigts, et par la « poussée d'excroissances de la taille d'une tomate au poignet ». Beaucoup d'employés doivent se laver tous les jours jusqu'à une heure. Leurs salaires comportent jusqu'à 7 % de prime de risque. Les travailleurs postés parmi les du combinat reçoivent de congé annuel. Cinq à huit fois plus de cas de bronchite ou de croup frappent les travailleurs par rapport à la moyenne du Land. L'espérance de vie est de plusieurs années inférieures à la moyenne.
thumb|Introduction d'eaux usées de l'usine de films Wolfen dans le Silbersee (image du film) Certes, on a eu connaissance du grave , mais il ne filtre rien dans le public des « petites avaries ». Un tuyau qui n'était censé transporter que de la cendre de combustion de lignite explose en plein hiver. Le contenu s'écoule alors sans contrôle sur le sol. Le film montre des restes de papier, de plastique et d'autres produits de l'industrie chimique à l'écoulement du pipeline. Sur le bord d'une grande surface déserte avec des boues irisées vers laquelle conduit le pipeline se tiennent de nouveaux bâtiments d'habitation. Le chemin de randonnée Hermann Falke traverse cette étendue déserte. On voit un écriteau annonçant un danger de mort en cas d'écart du sentier.
Le lac Silbersee, entouré d'arbres morts, lui aussi une ancienne fosse de mine à ciel ouvert, recueille depuis 70 ans par des canaux ouverts toutes les eaux usées de la fabrique de films Wolfen (ORWO). Elles sont diluées dans le lac, avant de s'écouler dans la Mulde. « Nos analyses » indiquent qu'elles contiennent des métaux lourds et qu'elles sont très acides.
thumb|left|Rue d'habitations à Bitterfeld avec des arbres partiellement ou complètement dépourvus de feuilles au mois de juin (image du film) La narratrice dit que Bitterfeld offre « le spectacle d'une ville de province sale et déserte ». Pourtant, la ville a jadis fait partie du « cœur rouge de l'Allemagne centrale », et a été un centre de la révolte des travailleurs du 17 juin 1953, qui n'a été « matée que par l'arrivée de chars russes aux portes du combinat de chimie ». Mais maintenant, on intimide ceux qui se permettraient d'évoquer par leur nom les problèmes d'environnement. Le film termine avec une citation du roman de l'écrivaine Monika Maron : « Les gens de Bitterfeld se sont installés, se sont habitués à être habitants de Bitterfeld, et d'être continûment exposés à la saleté. Peut-être n'y a-t-il rien à faire que de deur leur dire grossièrement et sans cœur : vous avez été oubliés, sacrifiés pour des intérêts supérieurs. Et je ne peux rien y changer. »
thumb|Illustration d'une mine de lignite à ciel ouvert, revers d'un billet de banque de nécessité de la ville de Bitterfeld, 1921 Entre les séquences du film ont été insérées des reproductions de monnaie de nécessité de la ville de Bitterfeld en 1921, avec des images de l'exploitation et du traitement du ligniteBaB, p. ex. 3 min 35 s, 4 min 48 s. Représentations online, consulté le 18/9/2014. Le texte est parlé par deux voix de femme. Les images sont soulignées par une musique de jazz. Les génériques de début et de fin sont écrits à la main. Le générique de fin présente comme responsable « Le réseau vert dans l'Église évangélique Arche et Ätz-Film-KGB »BaB, 28 min 2 s.
Genèse Idée et projet Au printemps 1988, le mouvement d'opposition dans la capitale de la RDA, Berlin-Est, se fractionna. À côté de la , le voit le jour. Ses activistes ont mis sur pied une coordination nationale de groupes environnementaux prenant des tâches précises et considérant ainsi les membres de la bibliothèque de l'environnement comme trop centralisés et pas assez démocratiques par rapport à leur base. Pour nouer des contacts, les membres de lArche comme Carlo Jordan et Ulrich Neumann ont visité depuis le début de 1988 la .
À Bitterfeld, Neumann fait la connaissance de Hans Zimmermann, spécialiste de chimie et chef d'une équipe de construction, dont l'enfant était malade du croup. Zimmermann explorait depuis des années le maniement inadéquat des déchets de production du combinat de chimie, l'exposition sanitaire des habitants ainsi que les dommages à la nature. Il avait aussi envoyé des requêtes au conseil de districtDW, 2 min 39 s – 7 min 2 s. Maintenant, il conduisait les Berlinois à travers la région.
Au printemps 1988, la journaliste de la radio SFB Margit Miosga, amie de Neumann, participe à une visite à Bitterfeld. En route, ils discutent des possibilités de réaliser un film Arche sur Bitterfeld. En mai, le projet est décidé dans un petit cercleDW, 7 min 19 s – 8 min 37 s.
Technique thumb|Le poste de montage vidéo de 1988 au studio WIM (image de la vidéo Making of de 2005) En RDA, les amateurs utilisaient pour leurs films privés le format de loin le plus populaire super 8. L'enregistrement image son synchronisé et la copie non industrielle des films était techniquement à peine possible. Ce support ne pouvait donc que difficilement être pris en considération pour un travail documentaire politique.
La technique vidéo était encore peu répandue. Pour l'utilisation privée ou religieuse, les projecteurs vidéo ne pouvaient être acquis officiellement qu'à des « prix utopiques » contre des marks-est, dans des boutiques Intershop contre des DM ou par des contacts à l'ouest. Quelques caméras vidéo passées en contrebande sont arrivées aux mains de collaborateurs de groupes critiques 19 min 45 s–20 min 48 s. Mais les rares postes de montage vidéo n'étaient pratiquement pas accessibles pour des auteurs de films, même pour des productions autorisées. Les activistes dArche n'avaient accès ni à une caméra ni à un studio de production.
Comme il n'était pas possible de fabriquer une contre-publication sans possibilité de montage ou de copie, Miosga se tourna vers l'auteur de documentaires Rainer Hällfritzsch de Berlin-Ouest. Il venait d'avoir participé à la fondation de « l'atelier de travail médiatique interculturel (WIM E.V.) » à Berlin-Schöneberg, disposait d'un caméscope VHS et d'un studio pour la technique nécessaire, et était prêt à participer au projet de conspirationDW, 10 min 50 s – 11 min 47 s.
Équipe et tournage Le jour du tournage était fixé au samedi 25 juin 1988. Ce jour-là, il y avait la finale du Championnat d'Europe de football entre les Pays-Bas et l'URSS. Le jeu commençait à ; la télévision ZDF le transmettait, avec les préliminaires et les conclusions, de à . La télévision de RDA montrait aussi la finale. Pourtant, l'équipe de RDA n'était pas qualifiée, et celle d'Allemagne fédérale avait été éliminée le 21 juin en demi-finale. Cependant, l'équipe du film comptait que peu de gens seraient dehors pendant ce temps-là. « Espérons que même la Stasi restera assise devant la télé, » calculaient les activistes de l'environnementDW, 10 min 35 s – 10 min 50 s. De plus le synode évangélique à Halle mobilisait les forces de la Stasi et de la police de la région.
thumb|left|Lada 1500 (Vaz 2103) bleu foncé, souvent tenue comme véhicule de service de la Stasi