vignette|Pelargonium ×hortorum, communément nommé "géranium" par les jardiniers. Pelargonium ×hortorum ou Pelargonium groupe zonal est communément nommé géranium ou de manière plus précise géranium zoné. Il forme le groupe de cultivars de Pelargonium, aux feuilles marquées d'une zone annulaire brune et aux inflorescences en forme de grosses boules de fleurs serrées, généralement rouges, roses ou blancs. Ce sont les géraniums les plus communs des jardineries et des fleuristes, vendus en pots destinés aux bords des fenêtres et aux balcons ou plantés dans les plates-bandes.
Sur le plan botanique, ce sont des Pelargonium et à ce titre, ils craignent le froid, et doivent être rentrés l'hiver. Ils sont issus du croisement de deux espèces sauvages d'Afrique du Sud (Pelargonium inquinans L'Hér. et Pelargonium zonale L'Hér.) et ont reçu l'appellation botanique de Pelargonium ×hortorum. En principe, seuls les hybrides dont la parenté est bien établie reçoivent cette dénomination binomiale (2 termes séparés par un x), les variétés insuffisamment documentées et les hybrides d'hybrides devraient porter le nom Pelargonium suivi du nom de variété entre guillemets simples, comme Pelargonium 'Nosegay'.
Étymologie Le nom générique Pelargonium, en latin scientifique, dérive du grec pelargós (πελαργός), désignant la cigogne, la forme de leur fruit évoquant le bec de l'échassierCNRTL.
L'épithète spécifique hortorum est une forme génitive du latin hortus « jardin » et correspond donc à « horticole ». Le nom a été créé par le botaniste américain Bailey qui en 1914, écrit « Le grand nombre de formes du géranium commun, dérive de la variation et probablement du croisement de P. zonale et P. inquinans (et peut être d'autres) durant plus d'un siècle de sélections attentives » (The standard cyclopedia of horticulture).
L'épithète spécifique latine zonale (venant du latin botanique Pelargonium zonale) peut être francisée au choix par deux adjectifs du français commun : soit par "zonal" (zonale, zonaux) (cf. CNRTL), soit par "zoné"Le botaniste René Desfontaines (1750-1833) en bon latiniste, traduit Pelargonium zonale par « Pélargone à zones » (Histoire des arbres et arbrisseaux, 1809). Au pluriel, on aura donc le choix entre "des géraniums zonaux" ou "des géraniums zonés". Mais l'usage des jardineries est souvent d'associer un terme français et latin et d'hésiter d'appliquer l'accord français sur le latin (comme on le voit avec ces exemples de textes de sites d'horticulteurs : "des pélargoniums ou géraniums zonale"plandejardin ou "les pélargoniums zonales"plantes et jardin ou "ces géraniums zonales"Truffaut). En outre, ils utilisent ce composé nominal pour désigner, non pas l'espèce sauvage Pelargonium zonale mais les cultivars Pelargonium ×hortorum !
Il convient donc de bien distinguer le terme de latin botanique « Geranium » (en italique) dont l'extension a varié au gré des connaissances botaniques au cours des siècles et le nom vernaculaire de la langue française « géranium » dont l'extension est définie par plusieurs siècles d'usage par les jardiniers amateurs et professionnels.
La plupart des plantes communément appelées "géraniums" par les fleuristes et les jardiniers n'appartiennent pas au genre Geranium (tel qu'actuellement délimité par les botanistes) mais au genre Pelargonium. Ils portent ce nom de "géranium" en français depuis le bien avant que les botanistes ne s'accordent à les classer dans le genre des Pelarganium (voir la section "histoire de la nomenclature" de Geraniaceae). Car à l'époque de l'importation des Gerianaceae d'Afrique du Sud, le genre Geranium tel que circonscrit par Linné en 1753 dans Species Plantarum regroupait les espèces qui actuellement sont comprises dans les genres Pelargonium, Erodium et Geranium.
Actuellement, la plupart des jardiniers, amateurs ou professionnels, savent parfaitement que les géraniums qui ornent les balcons sont des Pelargonium mais ils sont réticents à employer ce terme qu'ils trouvent trop pédant. Le terme n'est pas senti comme faisant pleinement partie de la langue commune et demeure encore marqué comme savant.
Histoire Les ancêtres sauvages et les premières sélections thumb|upright=0.75|left|P. zonale (sauvage) à l'arrière plan, Pelargonium ×hortorum (hybride) au premier plan Les ancêtres des Pelargonium groupe zonal, sont deux espèces de pélargoniums sauvages d'Afrique du Sud, appelées au , d'un nom commerçant par Geranium Africanum. Au siècle suivant, Carl Linné leur donnera une appellation binomiale, Geranium zonale et Geranium inquinans (dans Species Plantarum, 1735), puis L'Héritier les reclassera dans le genre Pelargonium. Mais cette appellation ne sera largement acceptée qu'au et comme entretemps les variétés et hybrides horticoles de ces espèces connaissaient un franc succès auprès des jardiniers, ceux-ci gardèrent l'habitude qu'ils avaient prise de les qualifier de « géraniums », terme qui était sans ambiguïté en contexte.
Le premier ancêtre du groupe zonal, connu actuellement sous le nom de Pelargonium zonale, fut collecté dans la province du Cap-Occidental (en Afrique du Sud), durant l'année 1689 et fut envoyé en Europe puis décrit par le botaniste hollandais Jan Commelijn (1629-1692). On trouve ensuite des traces de sa culture dans les jardins de la duchesse de Beaufort en Angleterre, une aristocrate passionnée par les fleurs exotiques qui employait de nombreux jardiniers pour faire pousser des graines ramenées par les marins de l'étranger. En 1699, elle produisit un catalogue de sa collection de plantes qu'elle fit illustrer l'année suivante par des artistes. Parmi les peintures, se trouvent ce que l'on nomme actuellement Pelargonium zonale dont l'identification précise avait été faite par le botaniste John Ray.
Les premières traces de la culture du second ancêtre du groupe zonal, connu actuellement sous le nom de Pelargonium inquinans, ne se trouvent pas chez une duchesse mais chez un évêque, lui aussi passionné par les plantes venant d'outre-mer. Henry Compton, évêque de Londres, avait constitué une collection botanique dans le jardin de Fulham Palace. En 1713, à sa mort, on trouva dans sa collection qui fut vendue, un Pelargonium inquinans. La première illustration datant de 1732 fut faite à partir d'une plante poussant dans le jardin du botaniste britannique James Sherard.
Traditionnellement, les médecins s'intéressaient aux plantes médicinales, mais avec le docteur John Fothergill (1712-1780), nous avons aussi un grand collectionneur de plantes nouvelles, « curieuses pour un esprit scientifique » dit-il, rassemblées avec cette avidité de connaître les objets naturels qui était typique du siècle des Lumières. Sa fortune lui permettait d'employer une quinzaine de jardiniers pour entretenir un jardin botanique à Upton (dans l'Essex) et trois à quatre artistes pour peindre ses plantes. À sa mort en 1780, dans l'inventaire de ses plantes, on trouve un Fothergill's geranium (ou Pelargonium fothergilli), décrit plus tard comme ayant une grosse boule de fleurs et des feuilles zonées et considéré à ce titre comme un des premiers Pelargonium groupe zonal. On ne sait pas comment il fut obtenu. Plus tard, en 1826, le botaniste Robert Sweet décrit dans son ouvrage, Geraniaceae (vol. 3, ), une plante de même nom, aux feuilles plus ou moins marquées d'une zone sombre, à 5 pétales, obovés, d'un rouge orangé écarlate, connue aussi, nous dit-il, sous le nom de Nosegay Geranium. Au milieu du , il est signalé comme le parent d'un groupe d'hybrides, appelé « pélargonium Nosegay » de type zonal, nommés aussi Scarlet. Mais dès cette époque, les botanistes se plaignaient que la parenté précise de ce groupe n'était pas connue.
Les lents progrès de la biologie florale Les géraniums sont faciles à multiplier par semis et boutures mais on a du mal à imaginer actuellement, les connaissances très approximatives que les hommes du avaient du mode de reproduction sexuée des végétaux. À cette époque, les savants commençaient à se lasser de toujours commenter les idées d'Aristote sur les plantes et les animaux et cherchaient par l'observation de la nature à s'émanciper de la tradition classique et religieuse qui concevait les plantes comme des êtres purs, exempts de toute souillure sexuelle. Le botaniste allemand Camerarius (1655-1721) réalise pour la première fois une série d'expériences mettant en lumière les rôles complémentaires essentiels joués par les étamines et le pistil (qualifiés par analogie d'organe sexuel mâle et femelle) dans la reproduction. Cette idée d'une sexualité des plantes parvint au jeune Linné par l'intermédiaire d'un mémoire de Vaillant (de 1717) qui lança « la fusée qui devait être le signal de départ de l'un des plus grands développements de la biologie » écrit Hendrik de Wit. Pourtant la verve poétique très inspirée de Vaillant (« Les anthères sont des têtes chaudes qui ne semblent rien chercher d'autre que la satisfaction de leur passion violente ») ne convainquit pas tout le monde, tant s'en faut.
Ce n'est qu'au cours de la deuxième moitié du , que les fondements de l'hybridation et de la biologie florale commencèrent à être établis, grâce aux travaux de deux remarquables expérimentateurs allemands, J.G. Kölreuter (1733-1806) et C.K. Sprengel (1750-1816). Avec le premier, la technique d'obtention des hybrides de première et deuxième génération est décrite pour la première fois. En 1793, Sprengel établissait que la plupart des fleurs hermaphrodites ne pouvaient être fécondées par leur propre pollen car leurs organes reproducteurs n'atteignaient pas la maturité en même temps (comme c'est d'ailleurs le cas chez les Geraniaceae). Et il fallut attendre les observations précises du microscopiste italien Amici en 1830, pour établir que le pollen germe en émettant un tube pollinique qui progresse jusqu'à l'ovule.
Si les géraniums de Fothergill et les scarlet ont été obtenus par hybridation, ce fut probablement par des croisements spontanés entre espèces plantées très serrées, sans que les jardiniers y soient pour quelque chose. Ils ne pouvaient s'en remettre qu'au hasard des croisements spontanés : chaque année, les horticulteurs semaient des graines récoltées sur des variétés choisies et sélectionnaient les meilleurs plants qu'ils multipliaient par bouturage. Des mutations spontanées (sports en anglais) peuvent aussi apparaître quand un pied produit une tige ou une fleur qui est clairement différente de la plante mère. Une bouture pouvait être pratiquée sur cette partie ayant développé des caractéristiques nouvelles.
L'engouement pour les géraniums au