Esox lucius, le Brochet ou Grand brochet, est une espèce de poissons prédateurs de l'ordre des Esociformes, commune dans les eaux douces et saumâtres de l'hémisphère nord (répartition holarctique).

Dénominations Nom scientifique valide : Esox lucius Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Brochet., Grand brochet, Brochet du nord, Brochet commun, Brochet européen., Grand brochet du nord Noms vernaculaires (langage courant) : bec de canard, béchet, beked, béquet, brocheton, brouché, brouchet, brouchetta, fingerling, grand-bec, grand-gousier, hecht, lanceron, loup des eaux, luceau, pogneau, poignard, sifflet

Origine du nom et surnoms thumb|Détail de la tête d'un brochet.thumb|Squelette de la tête d'un Grand brochet, avec mâchoires à large ouverture et dents typiques d'un poisson prédateur. thumb|Squelette de grand brochet conservé au Muséum national d'histoire naturelle à Paris.

Le mot brochet est issu du français broche car le museau pointu et le corps allongé de cet animal rappellent la forme de l'ustensile de cuisine.

Le brochet est affublé de nombreux surnoms : broc, bec, bec-de-canard, bec de canne, gros bec, béquet, brocheton, brochette, brouché, buché, filaton, flute, goulu, grand-bec, grand-gousier, le roi de la rivière, lanceron, lançon, luceau, pognan, pogneau, poignard, sifflet, gobe poisson, fusil, requin de rivière ou d'eau douce.

Description thumb|330x330px|Détail des flancs de deux brochets d'environ , capturés dans la même baie de la mer Baltique (environs de Helsinki en Finlande). Le brochet est un poisson fusiforme (en forme de fuseau), dont les flancs de couleur verdâtre ou jaunâtre vers le dos deviennent blancs vers le ventre. Les nageoires sont de couleur rouge-orange et portent des rayures sombres.

Sa taille à l'âge adulte varie de 30 à 150 cm et son poids entre 2 et . Cependant des individus de plus de et de plus de existent mais sont moins fréquents (ce sont généralement des femelles). L'actuel record du plus gros brochet homologué par la Confédération internationale de la pêche sportive est un spécimen de ( de tour de ventre) pour , capturé en 1983 en Allemagne, surnommé Hecht (brochet en allemand). Le plus grand brochet jamais mesuré et confirmé ( de long, de tour de ventre, ) fut capturé et relâché en dans le lac Apisko, Manitoba (Canada). Quelques écrits datés de la fin du rapportent également la capture au filet de brochets géants (173–175 cm de long, 67–68 cm de large pour 41-) en Irlande, écrits dont la véracité est douteuse faute de preuves matérielles et parce qu'aucun brochet géant n'a été capturé depuis (soit plus de 50 ans).

Les jeunes brochets ont des bandes jaunes le long du corps qui, plus tard, se divisent en pointillés clairs.

Les patrons de couleurs sur les flancs varient d'un individu à l'autre mais il n'a pour l'instant pas été établi de lien clair avec son milieu de vie. En Italie, Esox cisalpinus fut longtemps considéré comme une variation de couleur du grand brochet, mais a été reconnu comme une espèce à part entière en 2011.

Ce poisson a environ Jérôme Nadaud (dir.), La Pêche, Paris, Larousse, 1955. Cité dans « Le brochet », sur lapassiondubrochet.be (consulté le 2 décembre 2016)..

Chez le grand brochet, 5 pores sensoriels sont visibles sous ses mandibules inférieuresFiche sur le grand brochet sur le site du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec. contre 6 à 9 chez le maskinongé et 4 pores chez le brochet mailléFiches sur le maskinongé et sur le brochet maillé sur le site du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec.. Seule la partie supérieure des opercules est écaillée tandis que la totalité de celles du brochet maillé est recouverte d'écailles.

Un hybride entre le grand brochet et le maskinongé est parfois observé là où les deux espèces co-existent. Sa livrée rappelle celle du maskinongé mais certains traits (forme de la queue notamment) sont intermédiaires. Certains de ces hybrides ont été introduits à d'autres endroits pour la pêche sportive. Il est probable que le grand brochet s'hybride également naturellement aussi avec le brochet maillé.

Répartition Le Grand brochet fait partie des poissons d'eau douce ayant la plus vaste répartition naturelle au monde, comme l'omble chevalier, l'épinoche et l'épinochette. On le rencontre dans la majorité des régions tempérées et froides de l'hémisphère nord : en Europe, dans le nord de l'Asie et en Amérique du Nord. C'est un poisson plutôt nordique que l'on trouve dans les nombreux lacs et les vastes marais de la taïga arctique, dans presque l'ensemble de la Russie et du Canada, allant dans certaines régions jusqu'à la toundra. En Europe il est naturellement présent au sud jusqu'en Grèce et dans le sud-est de la France, sous climat méditerranéen. On le trouve aussi dans le nord de l'Iran (régions côtières de la mer Caspienne) et en Asie centrale. Aux États-Unis il est présent naturellement des Grands Lacs jusqu'en Arkansas et au nord du Mississippi, ainsi qu'en Alaska.

Il a aussi été largement introduit en dehors de son aire d'origine, par exemple au Maroc par les Français au début du , dans les lacs d'Aguelmame Aziza et d'Aguelmame Sidi Ali.

Habitat thumb|Brochet dans une gravière d'Alsace. thumb|Brochet à l'affût dans les branches d'un arbre mort. Contrairement au sandre qui préfère les fonds des lacs, le brochet occupe principalement la première moitié de la colonne d'eau. Adulte, il affectionne les écosystèmes lentiques (rivières à courant lent, bras morts, fleuves, étangs et lacs riches en végétation)J M Casselman, C A Lewis (1996) Habitat requirements of northern pike (Essox lucius) ; Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 53(S1): 161-174, 10.1139/f96-019 (résumé). Ainsi, une étude canadienne a montré que sa présence était Bertolo A &, Magnan P (2006) Spatial and environmental correlates of fish community structure in Canadian Shield lakes ; Journal canadien des sciences halieutiques et aquatiques, 2006, 63(12): 2780-2792, 10.1139/f06-161 (résumé).

Le brochet est aussi commun en eaux saumâtres. C'est notamment le cas dans certaines régions de la mer Baltique, surtout à l'est, où la salinité est moindre et où une couche d'eau douce de plusieurs mètres surnage à l'eau salée. Les brochets vivent principalement dans cette couche d'eau douce, et font des intrusions fréquentes dans la couche salée pour s'y nourrir. Les brochets peuvent y atteindre de grandes tailles et les individus dépassant le mètre y sont très fréquents.

Dans certaines régions du monde peuplées et industrialisées, l'habitat du brochet tend souvent à se dégrader, ou a été très dégradé. S'il peut profiter d'anciennes gravières ou carrières inondées qui lui offrent des habitats de substitution, son biotope naturel est le plus souvent négativement affecté par les activités humaines (pollution de l'eau, pêche abusive, drainage ou comblement de nombreuses zones inondables, eutrophisation, turbidité accrue, artificialisation des berges, pompages excessifs d'eau, etc.). En particulier, les prairies inondables propices à sa reproduction et de nombreux milieux peu profonds servant de nourriceries ont fréquemment disparu, selon certaines études la dégradation des nourriceries aurait un impact encore plus négatif pour l'espèce que la dégradation ou régression des zones de fraie. Ceci explique la régression de l'espèce dans une grande partie de ses habitats potentiels. Une autre étude a porté sur les effets du manque d'habitats de fraie, le manque de nourriceries pour les alevins et le manque d'habitats pour les jeunes brochets. Les auteurs ont dans ce cas conclu que contrairement à une idée répandue, c'est la disponibilité en aire de fraie et d'alimentation des jeunes qui a le plus d'importance pour la survie des populations, plus que les nourriceries d'alevins. Mais selon les résultats de leurs modélisations C K Minns, R G Randall, J E Moore, V W Cairns (1996) A model simulating the impact of habitat supply limits on northern pike, Essox lucius, in Hamilton Harbour, Lake Ontario ; Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 53(S1): 20-34, 10.1139/f95-258. L'étendue, mais aussi la profondeur et le profil hypsographique d'un lac influent aussi sur le nombre et la biomasse des brochets.

Mode de vie C'est un chasseur habituellement sédentaire et solitaire, mais il vit parfois temporairement en groupe de deux ou trois.

Dans les grands lacs, on le trouve aussi en bancs, surtout quand il s'agit de jeunes sujets. Le brochet peut vivre plus de 20 ans.

Alimentation

L'alimentation du brochet évolue avec l'âge. Il commence par se nourrir de zooplanctons et d'insectes lorsqu'il est alevin (). En grandissant, son régime alimentaire intègre des proies de plus en plus grosses. Adulte il consomme principalement diverses espèces de poissons, notamment les espèces les plus communes dans le milieu où il vit. Le grand brochet est néanmoins très opportuniste, et il peut aussi consommer des écrevisses, des amphibiens, des canetons ou des rongeurs. La taille de ses proies peut correspondre à la moitié de sa propre tailleLe grand brochet avale tout ce qu'il trouve, vidéo Nat Geo Wild.. Le cannibalisme n'est pas rare chez le brochet et il peut arriver que les brochetons constituent la majeure partie des proies des gros brochets. En élevage, il peut être réduit par l'isolement des fratriesBry, C., & Gillet, C. (1980). Réduction du cannibalisme précoce chez le brochet (Esox lucius) par isolement des fratries. Bulletin Français de Pisciculture, (277), 142-153.. vignette|304x304px|Brochet en nage stationnaire. Aquarium du muséum de Besançon. Il a été longtemps considéré comme un monstre voraceplusieurs dictionnaires français le citent, (avec le chien, le loup et le requin) comme exemple d'animal « vorace »., depuis qu'on peut le filmer et l'observer dans son milieu, on sait que ce n'est pas toujours vrai. Le brochet est reconnu comme un excellent régulateur des populations de poisson fourrage.

Le brochet chasse principalement en embuscade ; il se camoufle dans les herbes aquatiques ou se confond avec des branchages immergés, et attend qu'une proie passe à sa portée. Son corps élancé n'est pas adapté à de longues poursuites mais bien aux accélérations brusques et en ligne droite. Il lui arrive parfois de s'attaquer aux poissons pris dans les lignes des pêcheurs.

Vision Esox lucius est un prédateur qui chasse principalement à vue, mais qui dispose aussi d'autres sens très développés, car on le trouve parfois aussi dans des eaux très turbides (dans certains canaux eutrophes par exemple).

Son œil a fait l'objet d'études anatomiques fines (microscopie optique et électronique)Braekevelt CR (1974) Fine Structure of the Retinal Pigment Epithelium, Bruch's Membrane, and Choriocapillaris in the Northern Pike (Esox lucius) ; Journal of the Fisheries Research Board of Canada, 31(10): 1601-1605, 10.1139/f74-202 concernant notamment : l'ultra-structure de l'épithélium pigmentaire rétinien : Il est composé d'une couche unique de grosses cellules épithéliales, toutes riches en mitochondries, réticulum endoplasmique lisse, corps myéloïdes, phagosomes et pigments granuleux. Selon C.R. Braekevelt (1974), ; la membrane de Bruch, épaisse de . Elle est formée d'une triple couche, avec la lamina lucida de l'épithélium pigmentaire (formant la couche interne) puis une couche intermédiaire, la lamina densa, formée de fragiles fibrilles, puis une couche externe, la , qui est la lamina basale de l'endothélium de choriocapillaires ; les choriocapillaires ; leur paroi endothéliale borde la membrane de Bruch ; elle est mince et « non fénestrée ». Le cytoplasme endothélial contient de nombreuses vésicules. Selon Braekevelt (1974), cette zone de l’œil présente une morphologie différente de celles décrites chez tous les autres vertébrés.

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