L'économie contributive, aussi appelée économie de la contribution, désigne une forme de rapport social et économique caractérisée par la non-dissociation entre producteur et consommateur.
Cette démarche est typique de la culture libre. Par exemple, Wikipédia et ses projets frères ou sœurs reposent tous sur le modèle de l'économie contributive : les rédacteurs des articles et autres contributeurs sont aussi des utilisateurs de l'encyclopédie, de Wikiversité, Wikilivres, Wikimedia Commons, etc. C'est le cas aussi des logiciels libres, où un certain nombre d'usagers apportent leur contribution en améliorant le logiciel qu'ils utilisent, au travers de protocoles de versionnement et de collaboration comme Git notamment.
L'économie contributive est un concept développé en particulier par Bernard StieglerNotamment dans son ouvrage Mécréance et Discrédit, tome 3 : L'Esprit perdu du capitalisme, 2006 et l'association Ars Industrialis. La notion d'économie contributive a été aussi proposée en 2010 par Geneviève Bouché dans le think tanks « les nains de jardin » de Michel Giran.
Histoire du concept Le concept d'économie de la contribution est proposé par Bernard Stiegler en 2008 (après avoir parlé d'économie participative en 2006) pour analyser les nouvelles formes de relation et de travail collaboratif rendues possibles par Internet. Il envisage ainsi au travers de ce concept une nouvelle division et organisation du travail, voire un , susceptible de , et dont l'avant-garde serait formée par les mouvements du logiciel libre.
En 2015, Bernard Stiegler fait de ce concept un modèle à la fois micro-économique, et macro-économique qui a pour finalité première la lutte contre l'entropie par la valorisation des savoirs et la solvabilisation des échanges à l'ère de la troisième vague d'automatisation. L'économie contributive entend s'inspirer en partie du régime des intermittents du spectacle et valorise principalement la déprolétarisation, au travers d'un processus de recherche contributive supposé associer les habitants d'un territoire avec des universitaires et des professionnels (du soin, de l'urbanisme, du numérique, ...).
Ce modèle visait à se concrétiser durant dix années d'expérimentation sur le Territoire Apprenant Contributif de Plaine commune, mené par l'Institut de Recherche et d'Innovation, où l'urbanité est appréhendée avant tout comme un dispositif de soin et d'intelligence collective.
Caractères du modèle contributif L'association Ars Industrialis définit l'économie contributive par trois caractéristiques principales.. Producteurs et consommateurs sont assimilés en tant que contributeurs. La valeur produite par les contributeurs n'est pas intégralement monétarisable. La production crée à la fois du savoir-faire et du savoir-vivre, et dépasse ainsi la simple subsistance. L’économie contributive repose sur la mise en place d'un revenu contributif conditionnel, permettant aux individus de développer leurs capabilités (au sens d'Amartya Sen), dans lesquelles la collectivité investit ainsi a priori, et à condition que les bénéficiaires de ce revenu puissent valoriser les capacités qu'ils auront pu ainsi développer au cours de périodes d'emplois intermittents.
Le modèle de la contribution et celui des communs L'économie de la contribution, comme celle des communs, est portée non pas par des acteurs tels que l'État ou les entreprises, mais par des individus et groupes qui se considèrent comme « amateurs » ou « hackeurs ». Selon Bernard Stiegler, Comme le commoner, le contributeur ou la contributrice construit cette économie sans attendre qu'agissent des pouvoirs publics ou économiques en place. Elle est en ce sens une et du désir, une « économie libidinale » qui peut toutefois être captée par la Big Tech pour en tirer une source de travail gratuit.
Ainsi, l'éthique du hackeur décrite par Pekka Himanen - telle que dépassant l'éthique protestante du travail, avec un rapport plus passionné à la tâche qu'un sentiment de devoir ou la recherche d'un profit, c'est-à-dire selon Himanen dans un modèle plus « universitaire » que « monastique » - se voit finalement réinscrite dans un circuit capitaliste, par l'expropriation du fruit du travail contributif pour des fins marchandes. Ce mouvement semble s'accélérer depuis 2022, avec l'avènement des LLM et de leur tendance à aller indexer des communs numériques pour constituer leur corpus d'entraînement, avant de proposer des formules payantes pour une utilisation plus poussée de ces services dits « d'intelligence artificielle ».
Expériences de modèles contributifs Au-delà de mouvements en ligne comme Wikipédia et ceux du logiciel libre, ou du projet territoire apprenant contributif en Seine Saint Denis, un écosystème de plusieurs organisations ont expérimenté des modèles contributifs à partir des années 2010 sur la métropole européenne de Lille par exemple et à partir des recherches menées par l'association ANIS. Cet écosystème comprend aujourd'hui plusieurs structures comme une Coopérative d'Activité et d'Emploi (Optéos), les associations ANIS et La Compagnie des Tiers-Lieux, le dispositif d'encapacitation par la coopération KPA-Cité.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Amateur Logiciel libre Travail collaboratif Économie sociale et solidaire Économie du savoir
Liens externes
« Communs, contribution - nouvelle puissance publique », , IRI Ressources (consulté le 11 avril 2026)
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