vignette|upright=1.5|Entrée du fort de Bourlémont, un « fort d'arrêt » à l'ouest de la « trouée de Charmes ». vignette|Le fort des Hautes-Perches (place fortifiée de Belfort), un plan caractéristique des forts Séré de Rivières.
Le système Séré de Rivières est un ensemble de fortifications bâti à partir de 1874 le long des frontières et des côtes françaises, en métropole ainsi que dans quelques colonies. Ce système défensif remplace les fortifications bastionnées mises en place notamment par Vauban. Il doit son nom (non officiel) à son concepteur et promoteur, le général Raymond Adolphe Séré de Rivières.
Le système est fondé sur la construction de plusieurs forts polygonaux enterrés (qualifiés de « forts Séré de Rivières »), formant soit une ceinture fortifiée autour de certaines villes, soit un rideau défensif entre deux de ses places, soit des forts isolés. Ces éléments ont été partiellement modernisés de la fin du jusqu'en 1918, pour former ce que les Allemands ont appelé la « barrière de fer ». Son équivalent est en Allemagne la série des forts Biehler, au Royaume-Uni les forts Palmerston et en Belgique les forts Brialmont.
Les forts Séré de Rivières subirent l'épreuve du feu lors de la Première Guerre mondiale, soit quarante ans après le début de leur construction : ils démontrèrent par leurs résistances l’intérêt de la fortification (Douaumont, Moulainville, Vaux). La grande majorité d'entre eux sont déclassés pendant l'entre-deux-guerres, leur rôle étant repris par les ouvrages de la ligne Maginot. Les forts, rendus aux communes, sont maintenant le plus souvent laissés à l'abandon. Néanmoins, certains restent propriété du ministère de la Défense car toujours potentiellement dangereux (les bombardements reçus pendant les guerres rendant la dépollution pyrotechnique quasi impossible).
Genèse du système Bouleversements vignette|Schéma d'un tracé bastionné. vignette|Le fort de Charenton, construit en 1842-1845 au sud-est de Paris, dont les cinq bastions forment un pentagone. À partir de la fin du , la fortification doit répondre aux avancées techniques dans le domaine de l'artillerie : l'augmentation de la portée des pièces (qui passe de au début du ), de la cadence de tir (grâce au chargement par la culasse), de la précision (grâce au canon rayé) et de la puissance des projectiles (obus cylindro-ogival muni d'une fusée percutante et rempli d'explosif) rendent inefficaces toutes les fortifications érigées selon les principes de la fortification bastionnée. Montalembert avait théorisé de nouvelles formes de fortification (qu'il appelle la « fortification perpendiculaire », correspondant à la fortification polygonale) protégeant des ouvrages d'artillerie se soutenant mutuellement .. Si ces idées sont appliquées dès le début du par les Piémontais (pour les forts de la barrière de l'Esseillon en Maurienne) et par les Prussiens (pour le fort Constantin à Coblence), les Français restent d'abord fidèles aux principes de Vauban et de ses successeurs (tel que Cormontaigne).
En 1832, la prise de la citadelle d'Anvers est due au pilonnage de la place par les mortiers du général Haxo (plus de et bombes sont tirés en de siège).. Une solution à l'augmentation des portées est de construire une ceinture de « forts détachés » pour maintenir le centre-ville à protéger hors de portée de l'assiégeant. Cette solution est appliquée autour de Lyon en 1831-1852 (avec treize forts bastionnés et neuf redoutes), puis autour de Paris en 1840-1846 (avec quinze forts bastionnés et onze batteries placés de 1,5 à de l'enceinte)..
vignette|Siège de Strasbourg en 1870 : canon démonté au milieu des ruines d'un bastion. La citadelle de Strasbourg fut partiellement détruite par les bombardements allemands. En 1863, des expériences sont menées au fort Liédot (sur l'île d'Aix) en tirant dessus avec les nouveaux obus explosifs : le fort ne résiste pas. La solution envisagée est de recouvrir les structures par des masses de terre. En 1867, le Comité des fortifications propose de moderniser les places fortes ; des travaux sont lancés à Metz, Belfort et Langres.. À Metz, l'ancienne enceinte est complétée par une ceinture de forts imaginés par le lieutenant-colonel Séré de Rivières (alors commandant du génie à Metz) : les forts du Saint-Quentin, de Plappeville, de Saint-Julien et de Queuleu. Ces forts de forme trapézoïdale avec des bastions, le tout recouvert de terre, sont chargés de maintenir l'artillerie d'un assiégeant hors de portée de la ville ; les travaux sont terminés en urgence pendant le siège de Metz de 1870 (deux autres forts sont encore à peine ébauchés : ceux des Bordes et de Saint-Privat)..
La guerre franco-allemande de 1870-1871 est marquée par les sièges de Strasbourg, de Bitche, de Metz, de Montmédy, de Verdun, de Belfort et de Paris, tous riches d'enseignements : les fortifications doivent être modernisées. À la conclusion du conflit par le traité de Francfort, la France se retrouve fortement affaiblie et isolée du reste de l'Europe, sous la menace d’une Allemagne renforcée par le gain de l'Alsace-Lorraine (qui rapproche les forces allemandes de Paris), ayant perdu en plus les deux places fortifiées de Strasbourg et surtout de Metz. Une des priorités est de fortifier la nouvelle frontière.
Programme de 1874 vignette|Portrait du général Raymond Adolphe Séré de Rivières. Parallèlement à l’évacuation des dernières troupes d'occupation allemandes en 1873, est créé le « Comité de Défense » qui siège de 1872 à 1888. Ce comité a pour mission la réorganisation défensive de toutes les frontières de France, aussi bien terrestres que maritimes. Pour cela, il fallait boucher la brèche laissée par la perte des places fortes de l'Est, moderniser les anciennes places qui se montrèrent dépassées pendant les affrontements de 1870 et recréer de nouveaux forts adaptées aux nouvelles techniques de combat et notamment aux grands progrès qu'avait fait l'artillerie. Ce comité est créé par un décret présidentiel le . Il compte à sa création neuf membres dont le ministre de la Guerre et des représentants de l’artillerie et du génie.
Séré de Rivières, général de brigade depuis , commandant du génie du d’armée de Versailles (il vient de diriger la prise des forts d'Issy, de Vanves et de Montrouge défendus par les Communards), est présent dès le début dans ce comité, avant d'en être nommé secrétaire en . Le , il est promu à la tête du Service du génie au ministère de la Guerre.. Séré de Rivières est désormais la tête pensante du Comité en ayant tous les pouvoirs nécessaires pour faire admettre ses idées et les réaliser sans réelle opposition. Il expose ses idées dans deux rapports : Considérations sur la reconstruction de la frontière de l'Est () et Exposé sur le système défensif de la France ().. Le rôle de ce système est : de freiner ou d'empêcher une nouvelle offensive ennemie ; de faciliter la mobilisation et le déplacement des troupes en cas d’attaque ; de faciliter la reprise des territoires perdus pendant la guerre de 1870.
Le programme complet des fortifications proposé au Comité de Défense est estimé à de francs. Le , l'Assemblée nationale vote le financement d'une première tranche de travauxLoi du 17 juillet 1874 relative à l'amélioration des défenses de la frontière de l'Est. à hauteur de , dont 29 au titre de l'année 1874. Les études et les terrassements commencent en fait avant le vote du financement, car il y a urgence à la suite des menaces de guerre avec l'Allemagne : à Toul et à Verdun sont élevées durant l'hiver 1874-1875 respectivement trois et six « redoutes de la panique » en terre.. En 1880, alors que les travaux sont déjà bien avancés et à la suite de rivalités internes, de manœuvres politiques et de critiques de son système défensif., le général Séré de Rivières est évincé du Comité le et mis à la retraite. Malgré cela, on continue les travaux prévus, tranche par tranche, sous la direction de Cosseron de Villenoisy.
Principes généraux Places et rideaux Le système défensif de Séré de Rivières s'appuie sur le concept des places fortes (appelés antérieurement des « camps retranchés »), en y rajoutant le principe des rideaux défensifs et des trouées.
Places fortes
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Les places fortes permettent de fournir des points importants de résistance autour des nœuds ferroviaires proches des frontières (Lille, Maubeuge, Verdun, Toul, Épinal, Belfort, Pontarlier, Briançon et Nice), des principales villes (Paris, Lyon et Marseille) et des arsenaux de la marine (Dunkerque, Cherbourg, Brest et Toulon). Des places fortes de seconde ligne sont aménagées (La Fère, Laon, Reims, Langres, Dijon, Besançon et Grenoble). Toutes ces places fortes ont non seulement un rôle défensif, mais également le rôle offensif de bases de départ pour mener d'éventuelles attaques (vers Metz ou Mulhouse, alors allemandes).
vignette|Un bâtiment de casernement dans le fort de Condé (place forte de Laon). vignette|L'entrée du magasin à poudre. Au-dessus un puits de lumière et de ventilation qui assure l'apport de lumière naturelle et évacue la fumée des tirs d'artillerie (batterie de Noisy-le-Roi).
Les nouvelles places fortes doivent s'adapter aux progrès de l'artillerie. Finies les citadelles et les enceintes englobant les villes, maintenant les forts sont rejetés à l’extérieur des cités (d'où l'appellation de « forts détachés »), à environ une dizaine de kilomètres, voire plus, du centre urbain dans le but de laisser l’artillerie et l’ennemi suffisamment loin. On crée désormais autour des places fortes une ceinture de forts distants entre eux de seulement quelques kilomètres, de façon que leurs moyens défensifs puissent couvrir efficacement les intervalles. Ces forts ont la capacité de se défendre mutuellement : chaque fort peut ainsi tirer vers son voisin pour l’aider à se dégager d’une avancée de l’infanterie. En plus des principaux forts, il existe toute une série d’installations destinées à servir aux troupes d’intervalles. On retrouve ainsi des réduits défensifs (ou ouvrage d’infanterie) destinés à recevoir de l’infanterie, des « abris de combats » permettant aux troupes d’intervalles de s'abriter pendant les bombardements et servant également de casernement, des batteries intermédiaires destinées à recevoir de l’artillerie supplémentaire (prévues dès l’origine) ou en remplacement de l'artillerie des forts (en 1915, on avait décidé de désarmer en partie les forts Séré de Rivières que l’on jugeait trop concentrés, donc faciles à atteindre).
En arrière de la ligne de forts, on retrouve toute une série de bâtiments destinés au soutien logistique. Ainsi au centre des places on trouve les magasins centraux de vivres, de matériels et de munitions. Ces magasins permettent de ravitailler les forts et la ligne de front. Ce ravitaillement s’effectue au moyen d’un vaste réseau de chemin de fer militaire à voie de (le système Péchot adopté par l’artillerie en 1888 est d’ailleurs développé sur la place forte de Toul) propre à chaque place. Le long de ces lignes de chemins de fer, on retrouve des dépôts intermédiaires de munitions destinés aux troupes d’intervalles.
Rideaux défensifs Tirant les leçons du siège de Metz de 1870 qui avait montré qu'une armée pouvait se retrouver assiégée dans un camp retranché et qu'on ne pouvait pas se limiter à fortifier uniquement quelques places fortes, Séré de Rivières développe le principe des rideaux défensifs entre ces places. Ces rideaux défensifs utilisent des obstacles naturels (les côtes de Meuse pour le rideau défensif dit « des Hauts-de-Meuse » et le sud-ouest du massif des Vosges pour le « rideau de la Haute-Moselle ») qui sont ainsi valorisés par la présence des forts érigés sur les points hauts.