Labbaye de Saint-Antoine a été l'abbaye-mère de l'ordre hospitalier de Saint-Antoine avant d'être un bien des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem lors de la réunion des hospitaliers de Saint-Antoine avec les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Elle est située à Saint-Antoine-l'Abbaye, dans le département de l'Isère, en France. Elle comprend une église abbatiale et des locaux qui abritait les logements des moines.
Historique Les origines vignette|gauche|150px|Vitrail de saint Antoine par Louis-Victor Gesta. Un chevalier du nom de Jocelin de Châteauneuf, fils du seigneur de la Motte-Saint-Didier en Viennois, aurait été guéri par saint Antoine qui avait vaincu les feux de la tentation et qui lui serait apparu pour lui demander de tenir la promesse qu'il avait faite d'accomplir le pèlerinage en Terre sainte et de rapporter ses reliques d'anachorète de Thébaïde. Il est parti vers 1074, avec Guigues Didier. Jocelin a entrepris de construire une église plus grande mais est mort avant qu'elle soit très avancée. Son beau-frère Guigues Didier a continué les travaux. Le pape a ordonné que les reliques soient déposées dans un lieu favorable au culte. Guigues Didier a appelé des moines de l'abbaye de Montmajour et leur fit une donation en 1083 pour exercer des fonctions curiales dans la paroisse Notre-Dame et l'église Saint-Didier du château.
Peu après, l'évêque de Valence Gontard, administrateur de l'Église de Vienne alors vacante, autorise les moines bénédictins de l'abbaye de Montmajour à établir un prieuré à Saint-Antoine. En 1088, les moines de Montmajour s'installèrent donc à Saint-Antoine et commencèrent la construction du prieuré et de l'église romane. Le pape Urbain II les autorisa à déposer les reliques de saint Antoine dans leur église. Cette première église fut consacrée par le pape Calixte II le . Guigues Didier est présent à cette consécration et jure d'observer les privilèges accordés par le pape à la nouvelle église consacrée « à la louange et au nom de la sainte et indivisible Trinité, en l'honneur de la Bienheureuse Marie toujours vierge, et sous le patronage de saint Antoine ».
vignette|Façade occidentale de l'église. vignette|Façade occidentale de l'église, de nuit.
Des épidémies d'ergotisme frappe l'Europe, comme celle de 994 en FranceDes hécatombes au Moyen Âge, Pierre Ropert, France Culture (2023)., donnant aux malades l'impression d'être brûlés vifs et gangrenant rapidement leurs membres qui, sans hémorragie, se séparaient du reste de leur corps. On est alors venu sur ses reliques demander la protection de saint Antoine qui avait résisté aux feux de la tentation. En 1089 un jeune noble, Guérin de Valloire, atteint par le feu sacré, fait vœu, en cas de guérison, de se consacrer aux malades. Il est sauvé et avec son père Gaston, fonde une communauté. Ils créent vers 1095 une communauté de frères séculiers connue sous le nom de compagnie charitable des frères de l'aumône, et fondent un hospice et une maison de l'Aumône à proximité du prieuré. On y soigne les maladies contagieuses, la lèpre, la peste bubonique ou le mal des ardents (dit aussi feu de Saint-Antoine, ignis sacer ou « feu sacré »)Guitard Eugène-Humbert, Le mal des Ardents ou le feu de Saint-Antoine, , Revue d'histoire de la pharmacie, année 1947, .
L'abbaye consacrée à saint Antoine En 1191, un différend s'est élevé entre les bénédictins et le grand maître des Antonins, Pierre Soffred, sur le droit d'envoyer des quêteurs au nom de saint Antoine. Les Antonins jusque-là devaient suivre les offices dans l'église prieurale. Ils souhaitèrent la construction d'une chapelle mais les bénédictins y firent opposition. Les bénédictins voulaient reconstruire la grande église et ils commencèrent par l'abside. Le grand maître des Antonins, Falque obtint de l'archevêque de Vienne, Humbert II, la possibilité de construire une église dédiée à Notre-Dame, le /1209Voir bibliographie : Dom Germain Maillet-Guy, Les origines de Saint-Antoine, , mais avec une limitation des dimensions.
À la fin du , les Antonins ont déjà neuf commanderies dans le Dauphiné, la commanderie de Sant'Antonio di Ranverso (Saint-Antoine de Ranverso) construite en 1188, dans le Val de Suse. Ils ont essaimé jusqu'en Hongrie. De nombreuses personnalités sont venues visiter l'abbaye et prier sur les reliques de saint Antoine. Le plus ancien personnage cité, vers 1200, est saint Hugues de Lincoln.
En 1218, Honorius III autorise les frères à prononcer les trois vœux religieux.
Vers 1231, les Antonins deviennent indépendants des bénédictins. En 1247, le pape Innocent IV leur imposa la règle des chanoines de saint Augustin.
En 1256, le pape Alexandre IV autorisa les hospitaliers de Saint-Antoine à construire un hôpital aux portes du prieuré bénédictin. Cet hôpital devait être le Grand hôpital ou hôpital des démembrés qui accueillait les malades atteints du « mal des ardents ». Progressivement abandonné, il a été démoli en 1655Voir panneau d'information sur le site..
Les différends entre les bénédictins et les antonins vont aller en augmentant. En 1273, ils vont jusqu'en cour de Rome concernant les dons et les legs faits aux antonins.
Les bénédictins commencèrent la nouvelle grande église par le chœur à la fin du , mais les travaux s'arrêtèrent quand ils quittèrent Saint-Antoine.
vignette|La nef vers le chœur. En 1289, Aymon de Montagne, grand maître des antonins, obtint de l'abbé de Montmajour, Étienne de Sola de Montarene, la libre et entière possession du prieuré bénédictin de Saint-Antoine, sa vie durant. Quelque temps auparavant, il avait acheté à Aymar de Châteauneuf la seigneurie.
Les bénédictins sont chassés du prieuré de Saint-Antoine par un coup de main dirigé par Pierre de Parnans, gentilhomme de la maison de l'AumôneLouis-Toussaint Dassy, Le trésor de l'église abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné, et des hommes d'armes. Les antonins deviennent alors responsables de tout le service religieux de la paroisse.
En 1293, l'abbé de Montmajour demanda à l'archevêque de Vienne de rétablir son abbaye à Saint-Antoine. De cette expulsion va naître une querelle pour savoir où se trouvaient les reliques de saint Antoine, à l'abbaye de Saint-Antoine ou à l'église Saint-Julien d'Arles où elles auraient été déposées le par les moines de MontmajourLouis-Toussaint Dassy, Le trésor de l'église abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné, .
Le prieuré de Saint-Antoine est érigé en abbaye chef d'ordre par le pape Boniface VIII le . Pour dédommager l'abbaye de Montmajour de la perte du prieuré de Saint-Antoine, le pape obligea les Antonins à payer à l'abbaye de Montmajour une pension annuelle de tournoisLouis-Toussaint Dassy, Le trésor de l'église abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné, . Aymon de Montagne en devint le premier abbé. L'ordre hospitalier de Saint-Antoine possédait alors de nombreuses maisons et commanderies, même dans des régions lointaines.
En 1317, son successeur, Ponce d'Alairac, a trouvé le monastère lourdement chargé de dettes par suite des négociations pour acquérir la seigneurie, le prieuré et organiser la nouvelle abbaye. Pour entourer le bourg de défenses, il doit demander la participation des habitants.
C'est en 1337, avec le troisième abbé, Guillaume Mitte que la construction de la grande église peut reprendre après un arrêt de plus de , grâce à un legs de son frère Ponce Mitte qui a permis de terminer le chevet vers 1342. C'est ce qui explique le changement de style dans l'église à partir de l'arc triomphal. Toutes les maisons et commanderies de l'ordre vont participer au financement de la grande église de l'hôpital. Les efforts de financement du chapitre général sont encouragés par le pape Urbain V. L'abbé Ponce Mitte (1370-1374), neveu de Guillaume Mitte, construit le grand réfectoire.
La construction s'est poursuivie régulièrement sur toute la longueur de l'édifice vers la façade. Les travaux des deux dernières travées de la nef et les collatéraux sont réalisés entre 1343 et 1362. La quatrième travée de la nef est édifiée entre 1389 et 1417. En 1400 commence le voûtement de la nefNote : Voir panneaux d'information dans l'église sur la chronologie de la construction de l'abbatiale..
Le grand mur de soutènement devant le parvis de l'église est élevé entre 1405 et 1410 signalant que les travaux de consolidation du terre-plein pour élever la façade. Il a été repris en sous-œuvre en 1604, puis prolongé vers l'ouest en 1710. Le grand escalier menant au parvis a été réparé en 1711.
Bellet a trouvé un document signalant en 1426 un certain « Maître Robin Favier, peintre citoyen d'Avignon et habitant de Saint-Antoine » sans pouvoir lui attribuer une peinture murale particulière dans l'église.
Comme toutes les églises du Dauphiné, l'abbatiale et l'église Notre-Dame de l'hôpital ont eu à subir des destructions pendant les guerres de Religion. Les bandes du baron des Adrets saccagèrent et pillèrent le trésor en mai-, détruisirent la statuaire des portails et la châsse de saint Antoine.
L'occupation de 1567 a été plus grave car la toiture et le clocher ont été incendiés. L'ancienne toiture de tuiles vernissées a disparu ainsi que la flèche du clocher. La façade est décapitée et privée de son encadrement d'arcs-boutants. Les Protestants sont restés plus longtemps. Les nouvelles incursions qui ont lieu en 1580 et 1586 ont entraîné de nouveaux dégâts qui ont rendu l'abbaye inhabitable.
Les travaux de restauration commencèrent en 1593 par la toiture, puis par les fenêtres hautes en 1605. L'abbatiale est nettoyée. Dans son Histoire du Dauphiné rédigée en 1670, l'historien Nicolas Chorier signale que les murs avaient été badigeonnés quelques années plus tôt. Les murs des chapelles latérales ont été percées pour établir un couloir de circulation.
Au , l'effort a été fait sur la décoration de l'abbatiale. Les nouveaux bâtiments conventuels sont construits au .
L'abbé Nicolas Gasparini (1732-1747) constate qu'aucun novice français n'était entré dans l'abbaye entre 1744 et 1746. Aigri, il préféra donner sa démission. L'ordre n'attire plus. Son successeur va essayer de redonner un lustre à l'abbaye en développant l'étude des sciences, en en faisant une sorte d'académie où on formerait des théologiens, des littérateurs, des antiquaires et des artistes. En 1754, les boiseries de la nouvelle sacristie sont sculptées sous l'abbatiat d'Étienne Galland. Le cloître et le réfectoire sont démolis au .
Les restaurations sont entreprises à partir de 1844 et pendant tout le pour réparer des dégradations faites pendant la Révolution qui ont été moins néfastes que pendant les guerres de Religion. Elles ont essayé de rétablir un état antérieur aux dégâts des guerres de Religion. De nouveaux vitraux sont posés.
Réunion de l'ordre hospitalier de Saint-Antoine avec l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem