Tarkhan Tayumurazovich Batirachvili (en ), connu sous le nom de guerre Abou Omar al-Chichani (en ) ou Omar le Tchétchène, né le , à Birkiani, en Géorgie, et mort le , à Shirqat, en Irak, est un djihadiste géorgien tchétchène, commandant de l'État islamique en Syrie et, auparavant, sergent de l'armée géorgienne.
Ancien combattant de la deuxième guerre d'Ossétie du Sud en 2008, Batirachvili est devenu djihadiste après avoir été démis de ses fonctions par l'armée géorgienne et a occupé divers postes de commandement au sein de groupes militants islamistes engagés dans la guerre civile syrienne. En 2012-2013, Tarkhan est le chef du groupe rebelle Katiba al-Mouhajirine (« Le Bataillon des Émigrants ») et son successeur, Jaych al-Mouhajirine wal-Ansar (« Armée des émigrants et des partisans »). En 2013, Batirachvili rejoint l'État islamique et devient rapidement un haut commandant de l'organisation, dirigeant une série de batailles, et obtenant finalement un siège au conseil de la choura de l'EIIL.
Le , le département du Trésor des États-Unis a ajouté Batirachvili à sa liste des terroristes mondiaux expressément désignés, et sept mois plus tard, le gouvernement américain a annoncé une récompense pouvant aller jusqu'à 5 millions de dollars américains pour des informations permettant sa capture. Il y a plusieurs rapports affirmant qu'il a été tué tout au long de 2015 et 2016. L'EIIL confirme qu'il a été tué en à la suite d'une frappe aérienne américaine.
Biographie
Origines et jeunesse Tarkhan Tayumurazovich Batirachvili naît le dans la RSS de Géorgie, en Union soviétique (actuelle Géorgie). Son père, Temour Batirachvili (également orthographié Teimuraz Batirashvili), est un fermier tchétchène d'ethnie Bats, qui sont des chrétiens orthodoxes. Sa mère est une Kistine musulmane - un sous-groupe d'ethnie tchétchène de la vallée de Pankissi (en Géorgie) - du clan Mastoy.
Tarkhan Batirachvili naît dans le village chrétien de Birkiani, l'un des six villages des gorges de Pankissi, peuplé largement de Kistines, situé dans une région pauvre du nord-est de la Géorgie. Pendant son enfance, son père est rarement présent, travaillant longtemps en Russie et les enfants sont principalement élevés par leur mère. Dans sa jeunesse, Tarkhan travaille comme berger dans les collines au-dessus des gorges de Pankissi. Plus tard dans les années 1990, les gorges de Pankisi constituent un important point de transit pour les rebelles participant à la seconde guerre de Tchétchénie. Tarkhan aurait été en contact dans cette zone avec les rebelles tchétchènes qui s'étaient déplacés en Russie. Selon son père, il aurait jeune secrètement aidé des militants tchétchènes en Russie et les avait parfois rejoints dans le cadre de missions contre les troupes russes.
Service dans les forces armées géorgiennes En 2006, après avoir terminé ses études secondaires, Tarkhan s'engage dans l’armée géorgienne et s’est distingué en tant que maître de diverses armes et plans, selon son ancien commandant Malkhaz Topuria, qui l’a recruté dans un groupe spécial de reconnaissance. Son unité a reçu une formation au centre national d'entraînement de Krtsanisi, qui comprenait de l'entraînement avec les forces spéciales américaines. Tarkhan aurait été une « étoile montante ». Il atteint le rang de sergent dans une unité de renseignement nouvellement formée et, pendant la deuxième guerre d'Ossétie du Sud en 2008, il sert près de la ligne de front de la bataille de Tskhinvali, espionnant les colonnes de chars russes et relayant leurs coordonnées aux unités d'artillerie géorgiennes. Selon le Business Insider, l'unité de Tarkhan a infligé de graves dommages aux Russes et parmi les actes auxquels ils ont participé, il y a eu l'attaque d'une colonne de la 58ème armée russe au cours de laquelle son commandant, le général Anatoly Khroulov, a été blessé.
Tarkhan n'a jamais été décoré pour son service militaire. Il devait être promu officier, mais en 2010, il est diagnostiqué comme atteint de tuberculose. Après avoir passé plusieurs mois dans un hôpital militaire, il est réformé pour raisons médicales. Il essaye de se ré-enrôler, sans succès. À son retour chez lui, il postule à un emploi dans la police locale et est rejeté. À peu près à la même époque, sa mère est également décédée d'un cancer. Selon son père, il est devenu « très désillusionné ».
Activité militante islamiste Selon le ministère géorgien de la Défense, Tarkhan aurait été arrêté en pour détention illégale d'armes et a été condamné à trois ans de prison. Néanmoins, selon un agent des services géorgiens de sécurité, il est condamné pour vente d'armes aux rebelles tchétchènes.
Début 2012, il aurait été libéré après avoir purgé environ 16 mois pour raison de santé et au bénéfice d'une amnistie générale et aurait immédiatement quitté le pays. Selon une interview sur un site internet djihadiste, Tarkhan a déclaré que la prison l'avait transformé ; , a-t-il déclaré.
Son père, Temour Batirachvili raconte à propos de cette période d'emprisonnement : « Ces années en prison l'ont changé. Il s'est converti à l'islam. Avant, il n'était pas religieux », puis « un jour il m'a dit : Papa, ce pays [Géorgie] n'a pas besoin de moi ».
Tarkhan aurait dit à son père qu'il partait pour Istanbul, où des membres de la diaspora tchétchène, pour la plupart issus du groupe djihadiste de l'Émirat du Caucase, étaient prêts à le recruter pour diriger des combattants à l'intérieur de la Syrie ravagée par la guerre ; un de ses frères plus âgé était déjà parti en Syrie quelques mois auparavant.
Dans une interview réalisée fin pour Sanâ al-Châm, un nouvel hebdomadaire de l'EIIL, Tarkhan a déclaré qu'il avait envisagé en premier lieu de se rendre en Syrie, , puis avoir pensé au Yémen, et avoir résidé en Égypte dans l’attente d’une occasion. Finalement, il arrive en Syrie en .
Lors de l'été 2012, en Syrie, et désormais connu sous le nom d'Abou Omar al-Chichani, Tarkhan fonde avec d'autres djihadistes étrangers la brigade al-Mouhajirine, dont il prend le commandementBill Roggio, Chechen commander leads Muhajireen Brigade in Syria, The Long War Journal, 20 février 2013.. Son unité a pris part à la bataille d'Alep et, en , elle a aidé le Front al-Nosra à participer à un raid sur une base de défense aérienne et de missiles Scud à Alep.
En , ils se sont battus aux côtés du Front al-Nosra lors de l'envahissement de la base militaire Sheikh Suleiman à Alep-Ouest. En , avec les brigades Tawhid et le Front al-Nosra, ils ont pris d'assaut la base du de l'armée syrienne, près du principal aéroport d'Alep.
En , la brigade al-Mouhajirine fusionne avec trois autres groupes pour former un nouveau mouvement, Jaych al-Mouhajirine wal-Ansar, placé également sous le commandement d'Abou Omar al-ChichaniMurad Batal al- Shishani, “Obliged to Unite under One Banner”: A Profile of Syria’s Jaysh al-Muhajireen wa’l-Ansar, The Jamestown Foundation, 19 avril 2013..
En , al-Chichani joue un rôle important dans l'assaut décisif qui permet aux rebelles de s'emparer de la base aérienne de Menagh à Alep. Une branche de la brigade al-Mouhajirine est impliquée dans l'offensive de Lattaquié en 2013.
En 2013, il fait allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi dont il devient un proche conseiller et rejoint l'État islamique en Irak et au LevantDaech : le Pentagone confirme la mort en Syrie d'«Omar le Tchétchène», Le Parisien avec AFP, 15 mars 2016.. Il garde d'abord cette allégeance secrète, avant de l'annoncer en . Il quitte alors le groupe Jaych al-Mouhajirine wal-Ansar, suivi par la majorité de ses combattants.
En , Abou Omar al-Chichani est nommé « émir » (commandant) pour le front nord de la Syrie, intègre le majlis al-choura (comité central et organe dirigeant de l'organisation djihadiste). En , lorsque la guerre éclate entre les rebelles et État islamique, Abou Omar al-Chichani prend al-Bab et Jerablus à l'Armée syrienne libreCédric Labrousse : La ville syrienne de Jarablus, de la révolution à l’horreur. En , il succède à Abou Abdel Rahman al-Bilaoui, tué à la bataille de MossoulNBC News : Rising Star of ISIS Has Chechen Background and Fierce Reputation, et est nommé « émir » de toute l'armée de l'État islamique. Son rang exact dans la hiérarchie de l'EI n'est cependant pas connu avec exactitude, il est parfois désigné comme le « général de l’armée noire » ou le « ministre de la guerre du califat ». Sa tête est mise à prix par les États-Unis pour cinq millions de dollars..
Mort Le , il est visé par une frappe aérienne américaine près de Al-Chaddadeh, en Syrie« Omar le Tchétchène », chef militaire de l’EI, visé par une frappe américaine, Le Monde avec AFP et Reuters, 9 mars 2016.Syrie: les États-Unis espèrent avoir éliminé un chef militaire de l'EI, "Omar le Tchétchène", AFP, 9 mars 2016.. Selon l'OSDH, Abou Omar al-Chichani est grièvement blessé mais il survit à l'attaquePhilippe Berry, Syrie: Omar le Tchétchène grièvement blessé mais pas tué, 20 Minutes, 9 mars 2016.. Toutefois, le , l'OSDH annonce qu'il est en état de mort clinique Omar le Tchétchène" cliniquement mort Le Figaro, 13 mars 2016. Le 14, le département de la Défense des États-Unis annonce qu'il estime que Omar le Tchétchène est mort des suites de ses blessures. Cependant le , l'agence Amaq, liée à l'État islamique, dément et affirme qu'Abou Omar al-Chichani n'est ni mort, ni blesséUne agence proche de l'EI dément la mort d'Omar le Tchétchène, Reuters, 15 mars 2016..
Le , l'agence Amaq annonce la mort d'Abou Omar al-Chichani et affirme qu'il a été tué dans une bataille dans la ville de Charqat, à l'extrême nord de la province de Salah ad-Din en IrakMort d'«Omar le Tchétchène», l'un des principaux chefs de l'Etat islamique, Libération avec AFP, 13 juillet 2016.. Les États-Unis admettent que leur affirmation précédente selon laquelle ils avaient tué Abou Omar al-Chichani était inexacte et qu'ils l'avaient encore pris pour cible le . Les États-Unis essayent toujours de vérifier si Abou Omar al-Chichani avait vraiment été tué cette fois. Le président américain Barack Obama confirme la mort d'Abou Omar al-Chichani lors d'une conférence de presse tenue un mois plus tard. La mort d'al-Chichani est également confirmée par sa familleLa famille d'"Omar le Tchétchène" confirme la mort du djihadiste, Le Point avec AFP, 15 juillet 2016..
Perception Les jugements sur Abou Omar al-Chichani sont contrastés : des observateurs et des médias occidentaux l'ont présenté comme un génie militaire tandis que des djihadistes, dont d'anciens compagnons d'armes, l'ont au contraire raillé pour son incompétence en tactique militaire et sa méconnaissance de l'islam et de la langue arabe. Selon Michael Weiss et Hassan Hassan : ..
En revanche, selon Romain Caillet et Pierre Puchot : ..
Références
Bibliographie
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