La Mubâhala (arabe : ), mot qui signifie « ordalie », est une procédure rituelle présente dans l’Arabie préislamique qui consiste à arbitrer un conflit entre deux parties en appelant mutuellement sur l’adversaire la malédiction des puissances divines.

Dans l’islam, cette pratique est l’objet, dans le Coran, du verset 61 de la sourate Al-Imran, connu comme le « verset de la mubâhala ». Le mot fait alors référence au débat entre Mahomet et les chrétiens du Najran, à propos de la nature de ʿĪsā (Jésus de Nazareth), qui eut lieu en l’an 10 AH selon les sunnites, en l’an 11 selon les chiites. L’épisode jouera un rôle important dans la détermination des relations entre islam et christianisme. Pour les chiites, il a aussi un caractère très important parce que la mubâhala marque l’élection et la pureté des « Gens de la maisonnée » (Ahl al-bayt) de Mahomet, et en particulier des « Gens du manteau » (Ahl al-Kisa).

Origine du mot et verset de la mubâhala Le rite est désigné sous deux noms qui viennent de la racine B-H-L, signifiant « maudire, atteindre de sa malédiction »A. de Biberstein Kazimirski, Dictionnaire arabe-français, Tome I, Beyrouth, Librairie du Liban, réimpression s.d. de l'édition de 1860, : ibtihâd (masdar, nom d'action, de la forme VIII) qui donne l’idée d’implorer Dieu contre une personne (il n’y a pas alors de réciprocité), et mubâhala (masdar de la forme III) qui marque l’idée de se maudire l’un l’autre et que Louis Massignon traduit par « exécration réciproque » et Louis Gardet par « ordalie d'exécration »Louis Gardet, L'islam. Religion et communauté. Paris, Desclée de Brouwer, 1967, ..

Le mot apparaît (sous la forme verbale itbahala) dans la 3 sourate du Coran, Al-Imran (La Famille d'Imran), plus précisément à son 61 verset, dit « verset de la mubâhala » :

L'histoire Dans la neuvième année de l'Hégire, Mahomet écrivit une lettre à , l'évêque de Najran qui était le représentant officiel de l'Église du Hedjaz (Arabie occidentale), et il invita les habitants chrétiens de cette région à embrasser l’islam. En réponse à cette lettre, les chrétiens envoyèrent une députation à Mahomet. Une dispute eut lieu entre le prophète et la délégation chrétienne sur le statut de Jésus dans le christianisme, à savoir que Jésus est Dieu, Son Incarnation ou encore Son Fils. À l'encontre de cela, le Prophète affirmait que Jésus est une créature de Dieu et, comme les chrétiens ne voulaient pas l’accepter, il les a invités à procéder à une ordalie, appelée en arabe mubâhala. L'invitation à participer a été étendue, dans l'une et l'autre des parties, aux fils et aux femmes. Le Coran fait référence à cet épisode dans la sourate Al-Imran, versets 59-61. Le verset dit « de la mubâhala » est le 61 de cette sourate :

Les participants Le Prophète choisit quatre membres de sa famille pour représenter les musulmans : Hassan, Husayn, Fatima et Ali Ibn Abi Talib (ces derniers formant le groupe que la tradition appelle Ahl al-Kisa, « les gens du Manteau »). Husayn se trouvait sur les épaules du Prophète qui tenait Hassan par la main, tandis que Fatima et Ali venaient à sa suite. Le Prophète leur demanda alors de dire : « Amen » après chaque invocation qu’il réciterait. De leur côté, les chefs de la délégation de Najran s’entretenaient entre eux : si « Mohammed » était venu accompagné de son armée, il n'aurait pas été sincère ; mais puisqu'il venait seul, juste avec sa famille, il était évident qu'il croyait sincèrement en son message.

L'issue de la rencontre Quand ils virent donc arriver le Prophète accompagné des seuls quatre membres de sa famille, ils furent étonnés. L’évêque dit alors :

La délégation se mit d’accord pour ne pas exercer l’exécration réciproque et payer l’impôt annuel (djizia) en contrepartie de la sécurité pour leurs vies et leurs biens.

Mention notable de cet événement dans le corpus sunnite Ibn Kathir écrit dans son commentaire du Coran () :

Notes et références

Bibliographie

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