thumb|right|Publicité pour l'éditeur Formiggini à Rome, avec son emblème : la louve romaine comique et bondissanteDétail du verso d'une carte postale de la série Cartoline parlante (« carte postale parlante ») éditée par Angelo Fortunato Formiggini. Au nombre des inscriptions apparaît : Biblioteca Circolante (« Bibliothèque Mobile »). Il s'agit de la Bibliothèque Mobile créée à Rome par Formiggini en 1922.. thumb|En 1908, dans La Secchia, premier livre qu'il a édité, Formiggini est caricaturé par A. Majani dit : NasicaIllustration pour La Mastèla a l'editòur dl'Armesdanza, texte en dialecte de Bologne écrit par Ettore Bresbi, paru dans La Secchia . .

Angelo Fortunato Formiggini (Modène, – Modène, ) est un philosophe et éditeur italien, juif, franc-maçon, antifasciste, ou mieux : « a-fasciste ». Étudiant, il est espérantiste et membre très actif des ordini goliardici (ordres goliardiques) et de la Corda Fratres, dont en 1903 il préside le Consulat de Rome, puis l'importante section italienneAldo Alessandro Mola, Corda Fratres, Storia di una associazione internazionale studentesca nell'età dei grandi conflitti, 1898-1948 (« Corda Fratres, Histoire d'une association internationale étudiante à l'époque des grands conflits », 1898-1948), CLUEB, Bologne 1999, .. En 1907, passionné par l'humour, il présente à Bologne une thèse universitaire de philosophie sur la Filosofia del ridere (« Philosophie du rire) ».

En 1908, il fonde la maison d'éditions qui porte son nom. Qui publie en trente ans, de 1908 à 1938, plus de 700 titres, dont en particulier sa collection la plus célèbre : I Classici del ridere (« Les Classiques du rire », 105 volumes de 1912 à 1938). Il crée la Casa del Ridere (« Maison du Rire »), bibliothèque et musée du Rire.

De 1918 à 1938, il édite le périodique mensuel culturo-bibliographique L'Italia che scrive (« L'Italie qui écrit »), connu également par ses initiales : ICS. En 1920, il crée lIstituto per la Propaganda della Cultura Italiana (« Institut pour la Propagation de la Culture Italienne »), maison d'éditions qui a vocation de réaliser la première grande encyclopédie italienne : la Grande Enciclopedia Italica (« Grande Encyclopédie Italica »). Le projet n'abouti pas à cause de l'opposition du ministre Giovanni Gentile. Qui est plus tard à l'origine de lEnciclopedia Italiana di scienze, lettere ed arti (dite : la Treccani). En 1922, Formiggini crée une Biblioteca Circulante (« Bibliothèque Mobile ») à Rome, qui compte rapidement .

Sa famille, ses études et activités professionnelles, l'amènent à habiter à Modène, Bologne, Gênes et Rome. En 1938, il meurt prématurément et tragiquement à l'âge de 60 ans, poussé au désespoir et au suicide par les persécutions fascistes.

Sa notoriété n'a pas dépassé les frontières de son pays. Ses écrits, rédigés surtout en italien et aussi en Voir par exemple, écrit en dialecte de Modène par Formiggini et publié en 1908 : Al Punt ed Rén (En italien : Il Ponte di Reno, en français : « Le Pont de Reno »)., n'ont jamais été traduits dans d'autres langues. Encore très connues en Italie jusqu'à la fin des années 1930, sa personnalité et son œuvre sont aujourd'hui largement oubliées du grand public, et ne sont plus connues que d'un nombre réduit de spécialistesLa damnatio memoriae imposta dal regime fascista sulla figura e l'opera formigginiana ha sortito il suo drammatico effetto, al punto che solo uno sparuto gruppo di adepti, oggi, conosce la vicenda umana e editoriale del modenese. (La imposée par le régime fasciste sur la figure et l'œuvre formigginienne a eu son effet dramatique, au point que seul un petit groupe d'adeptes, aujourd'hui, connaît l'histoire humaine et éditoriale du Modénais.) Extrait de : Nicola Bonazzi Ebreo dopo. Angelo Fortunato Formiggini tra utopia e disinganno, Un editore dimenticato (« Juif tardivement. Angelo Fortunato Formiggini entre utopie et désillusion, Un éditeur oublié »), sur le site Internet en italien Griselda online, portale di letteratura (« Griselda online, portail de la littérature »)..

Biographie Les débuts dans la vie Angelo Fortunato Formiggini est né le jour du solstice d'été, à Collegara, une banlieue de Modène. Après la naissance de Sofia, Giulio, Emanuele et Peppino, il est le cinquième et dernier fils de Pellegrino Formiggini et Marianna NacmaniAldo Alessandro Mola opus cité, .. Il appartient à une famille juive installée très anciennement à Modène. Le plus ancien document connu attestant sa présence dans cette ville remonte à l'année 1629. Les ancêtres de Angelo Fortunato sont originaires de Formigine, d'où ils ont pris leur nom de familleC'est là que se trouve le village homonyme de la famille. Voir à propos de cette localité : Jacques Barzilay, Dictionnaire géographique et descriptif de l'Italie, servant d'itinéraire et de guide aux étrangers..., Truchy éditeur, Paris 1823, page 129).. Les Formiggini, durant une période, ont été les orfèvres de la famille d'Este, puis sont devenus financiersDans une liste de notables juifs publiée dans le Journal de l'Empire du 30 août 1806 on trouve un Formaggini, de Milan, membre du collège électoral des savants, propriétaire terrien en Italie. Voir sur la base Commons la reproduction de l'article faite dans le Journal des débats du 30 août 1906..

Angelo Fortunato va d'abord à l'école à Modène. En 1889-1890 et 1891-1892, il est à Milan, habite au Convitto nazionale Longone (Pensionnat national Longone), et suit les cours du prestigieux Ginnasio Parini (Lycée Parini). Ensuite, il va à Bologne étudier dans un autre établissement également prestigieux : le Liceo classico Galvani (Lycée classique Galvani).

En 1894, il a seize ans et commence à écrire une autobiographie. Elle commence ainsiLe récit du sauvetage par Formiggini du jeune garçon qui était en train de se noyer dans le fleuve Panaro se trouve dans : Angelo Fortunato Formiggini Preludio autobiografico (Prélude autobiographique) de La ficozza filosofica del fascismo e la marcia sulla Leonardo (La bosse philosophique du fascisme et la marche sur la (fondation) Leonardo), cité dans : Liceo-Ginnasio « Giuseppe Parini » Milano, Il Liceo « Parini » e la Shoah, Dalle legge antiebraiche del 1938 alla « soluzione finale », Giorno della Memoria 2012 (Lycée-Gymnase « Giuseppe Parini » Milan, Le Lycée « Parini » et la Shoah, Des lois antijuives de 1938 à la « solution finale », Journée de la Mémoire 2012). :

1894 : 8 luglio, domenica. – Oggi, giorno in cui credo di aver fatto una buona azione, ho deciso di cominciare il libro delle mie memorie...

(1894 : , dimanche. – Aujourd'hui, jour où je crois d'avoir fait une bonne action, j'ai décidé de commencer le livre de mes mémoires...)

La « bonne action » consistait dans le fait d'avoir sauvé la vie d'un petit garçon nommé Bompani, âgé d'environ neuf ans, qui se noyait dans le fleuve Panaro, près du pont de Sant'Ambrogio à Collegara près de Modène.

En 1896, Formiggini est expulsé du Liceo classico Galvani (Lycée classique Galvani) pour avoir écrit, imprimé et diffusé à l'intérieur de l'établissement un poème satirique : La divina farsa. Ovvero la descensione ad infernos di Formaggino da Modena (La divine farce. Telle est la descente aux enfers de Formaggino de Modène). Où, sur les traces de la Divine Comédie de Dante, ils caricaturent ses professeurs et camarades de classe. Il se moque également de lui-même par un jeu de mots, déformant ici son nom de Formiggini en Formaggino, qui signifie en italien : le fromage fondu. Il va poursuivre ses études secondaires au Liceo Muratori (Lycée Muratori) de Modène.

Formation universitaire, ordres goliardiques, Corda Fratres thumb|325px|La Casa Formiggini (Maison Formiggini), viale Margherita, siège estival de la Corda Fratres à Modène. Ses études secondaires achevées, il s'inscrit à la Faculté de droit de Modène. En plus de ses activités studieuses et culturelles, il est très actif dans les ordini goliardici (ordres goliardiques, appelés aussi Goliardia), sociétés festives et carnavalesques traditionnelles des étudiants italiens. Il écrit en dialecte de Modène des poésies satiriques qu'il signe Furmajin da Modna (Petit fromage de Modène).

Il fréquente la société festive bolonaise de lAccademia della Lira (Académie de la Lyre). Qui lui donne l'idée de créer une société festive à Modène : lAccademia del Fiasco (Académie de la Fiasque). Dans le cadre de cette académie, il mène des activités. Comme par exemple, faire procéder à la plantation d'un figuier le , à l'occasion de la traditionnelle festa degli alberi (fête des arbres). Ce jour-là, Formiggini prononce un discours de louanges pour le figuierAldo Mola, opus cité, ..

Formiggini doit interrompre ses études pour faire son service militaire. Il termine celui-ci avec le grade de caporal. De retour à la vie civile, il présente le , une thèse universitaire dont le sujet est : La donna nella Torah in raffronto con il Manava-Dharma-Sastra. Contributo storico-giuridico a un riavvicinamento tra la Razza ariana e la semita (La femme dans la Torah comparée au Manava-Dharma-Sastra. Contribution historico-juridique au rapprochement entre les races aryenne et sémite). Il affirme dans cette thèse qu'à l'origine les Aryens et les Sémites étaient un même peuple. De nombreuses années plus tard, il a avoué qu'il avait complètement inventé cette thèse, qui, incidemment, n'a même pas été discutée.

En 1902, il déménage à Rome et entre à la Faculté des sciences humaines, où il suit les cours du grand philosophe Antonio Labriola. Angelo Fortunato rejoint l'association festive et fraternelle étudiante internationale de la Corda Fratres (les Cœurs Frères). Fondée en 1898 par Efisio Giglio-Tos, cette association regroupe de très nombreux étudiants, dont un tiers des étudiants italiens.

En , on trouve Formiggini membre du Comité de la Società Italiana per la propaganda della lingua Espéranto (Société Italienne pour la promotion de la langue Espéranto L'Esperantiste, 30 novembre 1902, page 134, .).

Il devient en 1903 le responsable du consulat de Rome de la Corda Fratres. Et fait la connaissance à cette occasion de Emilia Santamaria, qui l'assiste comme secrétaireAldo Alessandro Mola opus cité, .. En , il est élu président de l'importante section italienne de la Corda Fratres.

La Casa Formiggini (Maison Formiggini), viale Margherita, est le siège estival de la Corda Fratres à ModèneVoir une carte postale montrant la Casa Formiggini (Maison Formiggini), siège estival de la Corda Fratres à Modène...

Le , il épouse Emilia Santamaria. Et retourne à Bologne où il s'inscrit à l'université. Le , il y passe son deuxième diplôme, cette fois-ci en philosophie, avec une thèse sur la Filosofia del ridere (Philosophie du rire). Où il affirme que le rire rend fraternellement solidaire les hommes. Et que l'humour est la massima manifestazione del pensiero filosofico (la plus haute manifestation de la pensée philosophique).

La Franc-maçonnerie Angelo Fortunato Formiggini intègre la Franc-maçonnerie italienne.

Le , il atteint le grade de Maestro massone (maître maçon) dans la loge maçonnique romaine Lira e spada (Lyre et épée)Le diplôme de Maître maçon d'Angelo Fortunato Formiggini est reproduit en page d'illustration à gauche de la page 145 du livre d'Aldo Alessandro Mola Corda Fratres, Storia di una associazione internazionale studentesca nell'età dei grandi conflitti, 1898-1948,, CLUEB, Bologne 1999..

Les débuts dans l'édition thumb|right|197px|Couverture de La Secchia... (Le Seau...), premier ouvrage édité par Formiggini en 1908. L'activité éditoriale de Formiggini débute le dimanche , à l'occasion d'une joyeuse Festa mutino-bononiense (Fête modéno-bolonaise) qu'il organise à Fossalta (et qui devait initialement se dérouler le précédent). Elle est censée célébrer le poète modenais Alessandro Tassoni et « l'amitié renaissante entre Bologne et Modène ». À l'occasion de cet événement, il édite à ses frais deux livres :