Isabelle d'Este, née le à Ferrare et morte le à Mantoue, est une aristocrate qui fut, comme sa sœur cadette la duchesse de Milan Béatrice, une des femmes les plus importantes de la Renaissance et une figure à la fois culturelle et politique de tout premier plan. Elle est restée célèbre dans l'histoire comme la « Première dame de la Renaissance ».

Biographie Isabelle d'Este est la fille aînée d'Hercule d'Este, duc de Ferrare, de Modène et de Reggio, et de son épouse Éléonore de Naples, elle-même fille de Ferdinand de Naples et d'Isabelle de Tarente. Sa plus jeune sœur est Béatrice d'Este, qui épouse le duc de Milan, Ludovic Sforza. Son frère Alphonse devient duc de Ferrare, et Hippolyte est un cardinal influent de la curie.

Fiançailles et mariage gauche|vignette|Médaille d'Isabella, Gian Cristoforo Romano.

Elle n'a que six ans lorsqu'un contrat de mariage est signé, le , entre les Este et les Gonzague, contrat qui la fiance au fils aîné du marquis Frédéric de Mantoue et de Marguerite de Bavière, François, alors lui-même âgé de treize ans. Le négociateur mantouan trouve que (). Elle l'épouse, à Mantoue même, le , âgée de quinze ans. François II de Mantoue est âgé de vingt-trois ans et est depuis 1484 marquis de Mantoue. De leur union naissent huit enfants :

Éléonore de Mantoue (1493-1550), qui épouse en 1507 François Marie della Rovere, duc d'Urbino ; Margarita (1496-1496) ; Frédéric II (1500-1540), puis de Mantoue ; Livia (1501-1508) ; Ippolita (1503-1570), nonne à Mantoue ; Hercule (1505-1563), évêque de Mantoue en 1521, il obtient la pourpre cardinalice en 1527 et sera l'un des présidents du concile de Trente ; Ferdinand (1507-1557), le de Guastalla et chef de la lignée des Gonzague de Guastalla ; Paola (1508-1569), nonne franciscaine à Mantoue.

Relations avec Milan gauche|vignette|Portrait probable de Galeazzo Sanseverino, statue dans la collection du Grand Musée du Duomo de Milan. vignette|redresse|Portrait présumé des deux sœurs : Béatrice (à gauche) et Isabella (à droite), dans la fresque du plafond de la Sala del Tesoro du Palazzo Costabili près de Ferrare. Attribué à Benvenuto Tisi da Garofalo, daté de 1503-1506. vignette|Ludovic le More, beau-frère d'Isabella. Ronde de la frise Renaissance arrachée au château Visconti d'Invorio Inferiore.

En 1491, Isabelle d'Este s'est rendue avec un petit entourage à Brescello et de là à Pavie, pour accompagner sa sœur Béatrice qui était mariée à Ludovic le More. À cette occasion, elle a revu - puisqu'elle l'avait déjà connu enfant à Ferrare - Galeazzo Sanseverino, avec qui elle a entrepris un échange de lettres dense et parfois humoristiqueJulia Mary Cartwright, Béatrice d'Este, Duchessa di Milano, traduzione di A. G. C., Milano, Edizioni Cenobio, 1945, p. 51-58. Il faut dire, cependant, que l'identité de l'expéditeur n'est pas certaine et pourrait être le presque homonyme Galeazzo Visconti, comte de Busto Arsizio, courtisan également cher aux ducs.

Entre les deux s'est immédiatement enflammée une dispute, destinée à durer des mois, sur qui était le meilleur paladin, Orlando ou Rinaldo : Galeazzo soutenait le premier, les sœurs d'Este le second. Galeazzo, qui exerçait une forte fascination, réussit bientôt à les convertir tous les deux à la foi d'Orlando, mais Isabella, de retour à Mantoue, revint préférer Rinaldo, de sorte que Galeazzo se souvint d'elle comme « Moi seul suffisait à la faire changer d'avis et crier Rolando ! Rolando ! », l'invita à suivre l'exemple de sa sœur et jura qu'il la convertirait une deuxième fois, dès qu'ils se reverraient. Isabella répondit en plaisantant qu'elle apporterait alors une grenouille pour l'offenser, et la dispute dura longtempsAlessandro Luzio e Rodolfo Renier, Delle relazioni d'Isabella d'Este Gonzaga con Lodovico e Beatrice Sforza, Milano, Tipografia Bortolotti di Giuseppe Prato, 1890, p. 30-36..

Le , lui parlant des amusements qu'il a eus avec Béatrice, il lui écrit : « Je m'efforcerai aussi de m'améliorer afin de donner plus de plaisir à la S. V., quand je viendrai la chercher cet été », et déplora le manque de « sa douce compagnie ». La présence d'Isabelle d'Este était en fait très désirée à Milan, non seulement par Galeazzo mais aussi par sa sœur, Ludovico et les autres courtisans, mais la marquise a pu s'y rendre à quelques reprises, car son mari Francesco se méfiait de l'envoyer à elle, jugeant que dans cette cour trop de « folie » ont été commises, et peut-être aussi par jalousie de Ludovico.Daniela Pizzagalli, la signora del Rinascimento. Vita e splendori di Isabella d'Este alla corte di Mantova, Rizzoli, p. 137.

Malgré l'affection, Isabelle d'Este commença à ressentir de l'envie pour sa sœur Béatrice, d'abord pour le mariage très chanceux qui l'avait touchée et pour les énormes richesses, puis pour les deux fils en parfaite santé qui lui étaient nés peu de temps après, alors qu'elle semblait incapable d'avoir des enfants et en cela suscitait les inquiétudes de sa mère Éléonore, qui l'exhortait continuellement dans des lettres à être aussi proche que possible de son mari. Une certaine haine peut également être vue dans une lettre à sa mère datant de sa visite à Pavie en , quand, parlant de Béatrice, elle a écrit : « elle n'est pas plus grande que moi, mais elle est beaucoup plus grande ! » ; de la même manière, elle s'est également exprimée à son mari, ne pouvant pas encore savoir, peut-être, que la grossièreté de la sœur était due à la grossesse naissante (elle était au quatrième-cinquième mois)Maria Serena Mazzi, Come rose d'inverno, le signore della corte estense nel '400, Nuovecarte, 2004, p. 38.  

Ces frictions étaient peut-être aussi liées au fait que Ludovico avait initialement demandé la main d'Isabelle d'Este, en 1480, et que cela n'avait pas été possible car, quelques jours plus tôt, le duc Ercole l'avait officiellement promise à Francesco GonzagaCartwright, p. 7..

Malgré tout, en 1492, elle était très proche de Béatrice dans un moment difficile de sa grossesse, c'est-à-dire quand elle a été soudainement frappée par une attaque de fièvres paludéennes, et en 1495, elle est retournée à Milan pour aider sa sœur dans sa deuxième naissance et a également baptisé son neveu FrancescoLuzio e Renier, p. 107..

À l'été 1494, à l'occasion de la descente des Français en Italie, Béatrice invite sa sœur à Milan pour embrasser Gilbert de Montpensier et d’autres membres de la maison royale, selon la coutume française. Le secrétaire Benedetto Capilupi a rapportéLuzio e Renier, p. 97. :

En fait, il ne semble pas que Béatrice ait eu des sentiments contradictoires envers Isabelle d'Este, ni qu'elle ait vu d'un mauvais œil la complicité entre cette dernière et son mari Ludovic Sforza en effet, qui était de nature généreuse, donnait souvent à Isabelle d'Este même des cadeaux très chers : une fois, il lui envoyait quinze bras d'un tissu si précieux qu'il lui coûtait quarante ducats sur son bras - une somme étonnante - en disant qu'il avait déjà fait une robe pour BéatriceLuzio e Renier, p. 62.. Après la mort de sa femme, qui a eu lieu en 1497, Ludovico en vint à faire allusion à une relation secrète avec Isabelle d'Este, affirmant que c'était par jalousie de sa femme que le marquis Francesco avait joué un double jeu entre lui et la seigneurie de Venise. La rumeur a cependant été rapidement démentie par son père ErcolePizzagalli, 2001, p. 137..

D'autres ont plutôt défini l'attitude de Béatrice envers sa sœur comme un « deuxième enfant complexe » parce que dans la lettre de félicitations à Isabelle d'Este pour la naissance de la petite Éléonore - qui, étant une femme, a incroyablement déçu sa mère - elle a ajouté les salutations de son petit fils Hercule à « soa cusina », bien que l'enfant n'ait pas encore atteint l'âge d'un an. Quelque chose que des historiens comme Luciano Chiappini ont interprété comme une sorte de moquerie, de « méchanceté raffinée », « une gifle donnée avec grâce et grâce ». En fait, si Isabelle d'Este a toujours été la fille la plus aimée de ses parents, Béatrice avait été cédée à son grand-père, et ce n'est qu'avec la naissance du premier-né qu'elle a obtenu sa propre vengeanceLuciano Chiappini, Gli Estensi, Dall'Oglio, p. 172-173..

Ayant également reçu des éducations différentes, les deux sœurs étaient à l'opposé l'une de l'autre : Isabelle d'Este, plus comme sa mère, était douce, gracieuse et amoureuse de la tranquillité ; Béatrice, plus comme son père, était impétueuse, aventureuse et agressive. Cependant, elles étaient unies par le désir d'exceller en tout.

Un mariage difficile La relation avec son mari au fil des ans s'est souvent avérée tendue, parfois très tendue, à la fois pour les différences politiques entre les deux et pour la difficulté de procréer un héritier mâle. En vérité, Francesco pour sa part a toujours été très fier de ses filles et ne s'est jamais montré déçu, en effet, dès le début il s'est déclaré amoureux de la première-née Eleonora, née en 1493, malgré la déception absolue d'Isabelle d'Este qui a refusé sa fille, qui a ensuite été très amoureusement éduquée par sa belle-sœur Elisabetta, qui à cause de l'impuissance de son mari n'a jamais eu d'enfants. Quand en 1496 la deuxième fille Margherita est née, Isabelle d'Este était tellement en colère qu'elle a écrit à son mari, qui combattait alors les Français en Calabre, une lettre dans laquelle elle l'a blâmé, déclarant qu'elle ne faisait que récolter les fruits de ses semis. François a répondu qu'il était plutôt très heureux de la naissance de sa fille et a en effet interdit à quiconque de montrer son mécontentement à son égardPizzagalli, 2001, et 114-115..

Ce n'est qu'en 1500 qu'est finalement né le fils tant attendu Federico, qui était le plus aimé d'Isabelle d'Este.

Dès qu'elle fait son entrée dans leur ville, les Mantouans sont éblouis par son raffinement. De son côté, elle tombe sous le charme de la petite cour mantovane. Un mois seulement après son arrivée, elle écrit à son père : « J'ai déjà pris tant d'amour à cette ville, que je ne peux pas ne pas prendre soin du respect et des intérêts des citadins (Honori et utilitate est une expression latine signifiant respect (considérations) et intérêts. Donc en italien Honori ne doit pas être traduit par honneur et utilitate par utilité, ce serait un faux-ami. de li citadini) ». Sa contribution est déterminante pour l'avènement d'un nouveau climat culturel très fécond. D'un goût sûr, elle est l'exigeante mécène d'une importante cour d'hommes de lettres, mais aussi de musiciens ou de peintres comme Andrea Mantegna qui décore son studioletto.

Elle est également fort habile et avisée en politique, ayant plusieurs fois à assumer la régence de l'État pendant les nombreuses absences de son mari, notamment durant la très délicate période de la captivité de François II à Venise. Elle est pour cela entourée de conseillers choisis par elle-même et son époux. Elle fait preuve de talent, loyauté et fidélité envers son mari quand bien souvent, ailleurs, règnent la trahison et l'infidélité. Elle est aidée par son prestigieux précepteur, Mario Equicola, qui met ses talents de diplomate au service de la politique de sa protectrice..

En 1493, elle accompagne François II à Venise pour les célèbres fêtes de l'Ascension. Celui-ci s'y rend avec l'intention d'obtenir une augmentation du prix de location de sa . Grâce à son sens des affaires et sa grande finesse diplomatique qui servent les intérêts de son mari, elle parvient à soutirer aux Vénitiens, soit le double du paiement initialement envisagé.