Pierre Gassend, connu surtout sous le nom de Pierre GassendiL'historien des sciences Paul Tannery souhaitait fortement qu'on dise plutôt Pierre Gassend (Œuvres de Descartes, ), mais c'est la forme Gassendi qui a prévalu., né à Champtercier (près de Digne-les-Bains) le et mort à Paris le , est un mathématicien, philosophe, théologien et astronome français. Il est notamment connu pour : avoir réintroduit la notion d'atome ; avoir défendu l'existence du vide ; être le premier à avoir réalisé en l'expérience sur la chute d'une pierre du haut du mât d'un navire en mouvement, expérience ayant permis de vérifier l'affirmation de Galilée (-) selon laquelle la pierre lâchée du haut du mât d'un navire tombera au pied du mât que le navire soit au repos ou animé d'un mouvement de vitesse constante.

Biographie La légende veut que Pierre Gassendi ait commencé à se passionner pour les beautés du ciel en gardant les troupeaux de ses parents pendant la nuit. Enfant, il suit les cours des écoles de Digne, et fait preuve de grandes dispositions pour les langues et les mathématiques. Il s'inscrit par la suite à l'université d'Aix-en-Provence, où il suit l'enseignement philosophique de Philibert FezayeEt non Fesaye, comme orthographié par Bougerel (1737) pp. 6, 8 & 474 et Barjavel (1841). Voir Armogathe, Jean-Robert L’enseignement de Pierre Gassendi au collège royal d’Aix-en-Provence et la tradition philosophique des Grands Carmes in Murr, Sylvia, éd. (1997) (p.9) ou Tamizey de Larroque, Philippe Documents inédits sur Gassendi. Revue des questions historiques, Librairie de Victor Palmé, éditeur, 1877, ii + 36 pp. (p.8)., qu'il remplaçait quand Fezaye ne pouvait sortir de chez luiCasimir-François-Henri Barjavel, « Fesaye (Philibert) », , dans Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, 1841.

Premières années En 1612, le collège de Digne lui demande quelques conférences de philosophie. En 1614, Gassendi obtient son doctorat en théologie à Avignon. Il est nommé chanoine de Digne.

En 1617, il entre dans les ordres. Il est nommé professeur de rhétorique au collège de Digne.

En 1618, Gassendi note ses premières observations du ciel lors de l'apparition d'une comète « à tête crépue ». Il entre en relation avec l'astronome Joseph Gaultier de la Vallette (1564–1647).

En 1620, il établit les tables de la position de Jupiter par rapport aux étoiles fixes.

L'année suivante, il donne leur nom aux aurores boréales.

De 1622 à 1623, Gassendi est nommé professeur de philosophie au collège d'Aix. Il en est chassé, semble-t-il, par l'arrivée en 1621 des jésuitesGassendi sur Mac Tutor., par lettre patente de Louis XIII.

Le , il observe une éclipse de Lune à Digne. La même année, il décrit les positions de la planète Mars.

Il se rend à Grenoble, où il publie en 1624, contre les aristotéliciens, ses Exercitationes paradoxicæ versus Aristoteleos, son premier livre, rédigé en 1622. Cette rupture avec l'aristotélisme prépare celle, douze ans plus tard, de Descartes dans son Discours de la méthode.

En 1625, Gassendi est à Paris ; il observe la position de Vénus depuis le pont Neuf et une éclipse avec Claude Mydorge. En avril, il retourne dans le Midi.

En 1626, il devient le prévôt de la cathédrale Saint-Jérôme de Digne ; mais dès lors sa vie se confond avec ses observations astronomiques ; il est un inlassable collectionneur d'éclipses. Avec le philosophe Thomas Hobbes, Gassendi partage ses critiques de Descartes ; il est en rapport avec tous les grands astronomes de son temps : Kepler, Riccioli, Hortensius, HévéliusLettres à Hevelius : Gassendi, Opera omnia, , … sa renommée s'étend jusqu'à Prague, Dantzig, Leyde et Bologne. Ses observations sont menées en grande partie en étroite liaison avec son ami le conseiller au Parlement Nicolas-Claude Fabri de Peiresc auprès duquel il passe ses années de transition.

À Galilée, il écrit le :

Le temps des éclipses

En 1628, après un passage à Paris en mai, Gassendi voyage pendant neuf mois avec François Luillier et sur ses instances. Il arrive vers la fin de l'année en Flandres et en Hollande où il rencontre Isaac Beeckman, Thomas HobbesAdolphe Franck : Dictionnaire des sciences philosophiques, . et Henri Reneri. Il compose De Paraheliis à la demande de Peiresc et Examen de la doctrine de Fludd à celle de Mersenne. En 1629, il tente de dissuader l'astronome-astrologue Jean-Baptiste Morin de publier une fausse théorie des marées ; il fait quelques observations sur les flocons de neige dont se servira ultérieurement DescartesAdam-Tannery, Œuvres de Descartes, 1910, ?. Le , il observe à Paris une éclipse de Soleil quasi totale. Il contribue à populariser les thèses de Galilée, notamment par la publication de ses lettres De motu impresso a motore translato et De proportione qua gravia decidentia accelerentur. Le , toujours à Paris, Gassendi décrit le passage de Mercure devant le Soleil, annoncé par Kepler. Il tente de reprendre son expérience avec le passage de Vénus en décembre, mais le passage a lieu de nuit. Le , il décrit une éclipse de Lune à Lyon chez le frère du ministre-cardinal Armand de Richelieu. Le , Gassendi se rend à la chapelle de Saint-Lazare, près de Digne, afin d'y observer une éclipse de Soleil. En , il adresse une lettre de consolation à Galilée qui vient d'être condamné et auquel il conseille la patience. Le , il est à nouveau à Digne pour y observer une éclipse de Lune. Le de la même année, il se trouve à Aix pour observer Jupiter ; et le pour observer Mars. En 1635, Gassendi est à Aix ; il y décrit la première éclipse de Lune de l'année. En 1636, il mesure à Marseille la hauteur du Soleil au solstice d'été afin de reprendre les mesures effectuées dix-neuf siècles plus tôt par Pythéas le Massaliote.

Après Peiresc

Peiresc meurt en 1637. Il écrira sa biographie et en gardera un profond chagrin.

Gassendi se lie avec le gouverneur de Provence, Louis de Valois, comte d'Alais et duc d'Angoulême qui devient alors son protecteur, mais il demeure essentiellement à Paris. Il y enseigne aux familles nobles et aux jeunes gens qu'elles protègent, Claude-Emmanuel Chapelle, le fils naturel de François Luillier, maître des Comptes et ses amis, François Bernier, Jean Hesnault, sans doute Cyrano de Bergerac. MolièreSelon Grimarest. Même sans transmission directe, l'influence de Gassendi explique bien plusieurs opinions de Molière., Boileau et La Fontaine, auraient suivi son enseignement. Il est en correspondance avec le père Mersenne.

Le , il observe une éclipse de Lune de l'abbaye de Saint-Germain. La même année, il illustre à Marseille par une expérience de physique les théories de Galilée sur la chute des corps. Un curieux narre la scène :

En cette année 1641, Gassendi est élu à l'agence générale du clergé de France. Une position officielle parmi les plus importantes car elle fait le lien entre l'Église et les séculiers. Il rencontre Thomas Hobbes. En mars, il reçoit les Méditations de Descartes ; leur querelle commence véritablement à cette occasion. Descartes répond à Mersenne qu'il « méprise » ce pauvre homme qui « n'a pas le sens commun et ne sait en aucune façon raisonner ». Après la réponse de Descartes à ses objections, il publie ses Instances, que fait imprimer son ami Sorbière et auxquelles Descartes répondit par une lettre à son éditeur. Le , Gassendi observe une éclipse de Lune de l'hôtel de Thou. Mersenne l'engage à porter la contradiction à Jean-Baptiste Morin qui a attaqué son De motu impresso une translato motore. Le , il observe une éclipse de Lune à Sucy-en-Brie, en compagnie de l'abbé de Champigny et du président Molé.

La consécration et la fin

thumb|Buste de Gassendi dans la cour du Collège de France En 1645, il est nommé professeur de mathématiques au Collège royal, il y enseigne l'atomisme d'Épicure et de Lucrèce. Pour lui, cette physique est compatible avec la doctrine chrétienne. Une de ses tâches est d'y lutter contre la croyance, ordinaire à l'époque, en les feux infernaux souterrains.

Le , Gassendi observe encore une éclipse de Lune ; toujours en 1646, il publie, contre le jésuite Casrée, un livre sur l'accélération des graves. En 1647, il publie De Vita, moribus, et doctrina Epicuri libri octo. pour défendre la doctrine d'Épicure. L'année suivante, il se réconcilie officiellement avec Descartes (de passage à Paris) grâce aux bons soins de César d'Estrées. Tannery a évoqué un repas des trois philosophes, Descartes, Gassendi et Hobbes, réunis à la table du marquis de NewcastleAdam-Tannery, Œuvres de Descartes, 1910, ..

En 1648, une maladie de poitrine le contraint à quitter Paris pour le Midi.

En 1649, il publie ses commentaires sur le dixième livre de Diogène Laërce et son Syntagma philosophiae Epicuri. qui est son livre le plus célèbre. Il voyage en Provence, passe deux ans à Toulon où il retrouve son secrétaire, élève et protégé, François Bernier, revenu d'un long voyage en Europe de l'est.

Le , il détermine le rapport des diamètres réels de la Lune et du Soleil, qui selon lui, est de 1 contre à . L'année suivante il revient à Paris. Bernier y attaque Morin pour défendre Gassendi ; l'astrologue le fait menacer d'excommunication et Gassendi obtient de Bernier qu'il cesse sa dispute. Sorbière se propose de traduire la philosophie de Gassendi et d’Épicure mais la publication ne se fait pas et l'impression en est arrêtée pour complaire à GassendiAdam-Tannery, Œuvres de Descartes, 1910, .. En 1653, Gassendi publie ses vies de Tycho Brahe et de Copernic ainsi qu'une histoire de l'église de Digne. Le , Gassendi observe sa dernière éclipse dans le château de Montmor, au Mesnil-Saint-Denis.

Soigné par sept médecins, et de nombreux apothicaires, il reçoit douze saignées, sept purges et vingt-deux lavements avant de s'éteindre le entre les bras de son élève. Un monument de marbre blanc reçut sa dépouille dans la propre chapelle de son ami Montmor, en l'église Saint-Nicolas-des-Champs, ce monument a été détruit durant la Révolution en 1793.

L'homme

Selon le témoignage de ses contemporains, Gassendi se levait régulièrement à trois heures du matin, jamais plus tard que quatre heures, et quelquefois à deux. Il étudiait jusqu'à onze heures, à moins de recevoir une visite et se remettait à l'étude vers deux ou trois heures après midi jusqu'à huit. Il soupait légèrement (une tisane tiède, des légumes, rarement de la viande) et se couchait entre neuf et dix heures. On le disait pieux, et pratiquant avec scrupule ses devoirs de prêtre ; ses paroissiens l'appelaient le saint prêtre. Par sa pauvreté, sa modestie, sa douceur, son humanité, sa bienfaisance, sa charité et sa simplicité, il faisait figure d'un anachorète, vivant dans le monde selon la règle d'un monastèreLouis Mandon, Études sur Gassendi, -176Guy Patin rappelle avec humour le souvenir d'une « débauche » à laquelle ont participé Naudé (« qui n'a jamais goûté de vin »), Gassendi (qui « s'imagine que son corps brûlerait s'il en avait jamais bu ») et lui-même (qui en boit fort peu), . Ce genre de propos donne un appui à ceux, comme René Pintard, qui parlent de « libertinage érudit » (liberté d'idées sans nécessairement liberté de mœurs). Patin, au même endroit, décrit son trio : .. Peu d'auteurs ont imaginé qu'il s'agissait là d'une posture, ou d'un masque.

La postérité

Henri Louis Habert de Montmor publia ses œuvres complètes à Lyon en 1658 et Bernier répandit sa doctrine en la vulgarisant. Déformée, la philosophie de Gassendi apparut dès lors comme celle d'un matérialiste. Les médecins Nicolas de Blégny, Guillaume Lamy, G.B. de Saint Romain (témoin des expériences sur le vide réalisées au Puy-de-Dôme)Sylvia Murr, Gassendi et l'Europe, 1592-1792, . contribuèrent à forger cette image.