Hercule d'Este (dit aussi Hercule de Ferrare, en italien ), né le à Ferrare et mort le à Ferrare, est un des enfants légitimes de Nicolas III d'Este, marquis de Ferrare, de Modène et de Reggio. Après une longue carrière de condottiere, il succède à son demi-frère Borso d'Este le en tant que duc de ces cités, favorise la floraison économique et culturelle de ses duchés, fait transformer et étendre Ferrare, à partir de 1490, par l'architecte Biagio Rossetti (1447-1516).

Jeunesse vignette|gauche|Ludovico Coradino, médaille du duc Ercole, 1473.

Hercule d'Este est le fils de Nicolas III et de sa troisième épouse, Ricciardia de Saluces. Il vient après plusieurs enfants illégitimes, dont Lionel et Borso, issus du lit de Stella Tolomei et jusqu'alors favoris de leur père, qui désigne le premier, dès 1429, comme son successeur, confirmant ce choix dans un document rédigé peu avant sa mort.

Hercule est armé chevalier par l'empereur Sigismond lors du séjour de ce dernier à Ferrare (1433). Il est envoyé par son demi-frère, à la cour du roi de Naples, en compagnie de son frère Sigismond, où ils tiennent compagnie au fils du roi, Ferrante. Ils y reçoivent une éducation humaniste et chevaleresque. La ville attire alors les plus grands savants de l'époque. Laurent Valla est le secrétaire du roi de 1435 à 1446 et Bartolomé Facio y compose le De rebus gestis regis Alphonsi. Hercule y fait son apprentissage de soldat et s'illustre lors des joutes données à l'occasion de la visite de l'empereur Frédéric III en 1452. Sans espoir d'hériter de la seigneurie de Ferrare, il devient un personnage important de la cour de Naples.

Hercule et Sigismond quittent Naples en 1460 et trahissent la confiance de Ferrante, qui vient d'accéder au pouvoir, pour se joindre à l'expédition de son ennemi Jean d'Anjou dans les Pouilles comme condottiere. En 1463, l'opération étant sur le point d'échouer, ils sont rappelés à Ferrare par Borso, autre demi-frère qui a, entre-temps, succédé à Lionel. Hercule est alors chargé de l'administration de Modène et de Reggio, avant d'être sollicité par Venise en qualité de condottiere, auprès de Federico da Montefeltro, le duc d'Urbino. Dans la lutte qui oppose Venise et le pape à Naples et Florence, il y sert alors les intérêts de Ferrare contre les Médicis (1466-1467). C'est à cette occasion qu'il est blessé au pied à la bataille de Molinella, restant estropié et boiteux pour le reste de sa vie. Associé au complot ourdi contre Borso par les Modénais, les Milanais et les Florentins, il finit par les dénoncer et sa trahison lui permet d'intégrer le conseil secret aux côtés de Borso.

En 1469, il commande les troupes vénitiennes et pontificales lors de l'expédition contre Roberto Malatesta, seigneur de Rimini. Il s'assure alors du soutien de Venise et du pape. Maître en duplicité, il n'hésite jamais à trahir ses anciens alliés et à déjouer toutes les ruses.

Accession au pouvoir vignette|Portrait du duc Hercule en armure, sculpture de Sperandio di Bartolommeo de' Savelli, 1475 ca.

À l'été 1471, Borso se trouvant à la dernière extrémité, Hercule, du fait de ses trahisons passées, ne peut compter que sur Venise pour l'appuyer dans la lutte engagée pour la succession. Face à lui, Nicolas, fils de Lionel, est appuyé par Milan, Mantoue et, sans doute, Florence. Intriguant au chevet de Borso, Hercule parvient finalement, avec l'appui militaire et financier des Vénitiens, à écarter Nicolas. Borso, mourant, avait demandé aux deux prétendants à sa succession de quitter Ferrare. Nicolas s'était rendu à Mantoue et Hercule à Modène. Le , quand Borso pousse son dernier soupir, Hercule revient à Ferrare et garde la nouvelle secrète jusqu'à ce qu'une flotte vénitienne vienne à son soutien sur le Pô. Nicolas n'a pas le temps de réagir. Hercule est porté au pouvoir le lendemain, après avoir fait approuver sa succession au duché par les citoyens de Ferrare qui n'ont plus vraiment leur mot à dire depuis longtemps, les institutions communales ayant été vidées de leur substance, et moyennant quelques concessions à leur égard et une répression dirigée contre les partisans de Nicolas. Ceux-ci sont égorgés puis écartelés en place publique, suspectés d'user du poison. Nicolas échappe à un empoisonnement car son meurtrier, croyant avoir avalé la potion venimeuse, appelle au secours, dévoilant ainsi le complot. Il est écartelé et son cadavre est jeté aux chiens errants. Hercule, furieux, lance alors une répression terrible, décide l'arrestation de Nicolas et son exécution. Il devient le deuxième duc de Ferrare à l'âge de 40 ans. Ce n'est qu'en 1472 que le pape, considérant la situation stabilisée après de nouveaux complots et de nouvelles répressions, lui confirme le titre ducal, que Borso avait été le premier à porter. Hercule s'en assure même la transmission à ses fils légitimes, sur trois générations, moyennant un loyer annuel de .

Mariage, emprise sur le duché et politiques matrimoniales vignette|gauche|Aliénor d'Aragon et Hercule d'Este.

Considérant l'évolution des rapports de force dans la péninsule, Hercule s'éloigne de Venise et se rapproche de Naples, avec laquelle il scelle, en 1472, une alliance matrimoniale en prenant pour épouse Éléonore de Naples, la fille de , qui lui apporte en dot et sera par la suite très engagée dans les affaires du duché. Les noces sont fastueuses, accompagnées de mises en scène allégoriques, de tournois, de bals et de banquets. Il commémore son mariage par la commande d'un service de vaisselle d'argent orné à l'antique avec ses armoiries, dessiné par le peintre de cour Cosmè Tura et réalisé par un orfèvre vénitien pour le prix de . La jeune épouse donne rapidement naissance à une fille (Isabelle, ), puis à une seconde (Béatrice, ), et enfin à un fils (Alphonse, ). Quatre autres fils naissent ensuite : Ferrante (1477), Hippolyte (1479), Sigismond (1480) et Albert (1481)Hercule avait également eu, avant son mariage, une fille (Lucrèce), de Ludovica Condulmieri, et un fils (Jules), du lit d'Isabella Arduini..

Le , Nicolas, qui n'a pas abandonné ses prétentions sur Ferrare, tente un coup de main en profitant de l'absence d'Hercule, qui avait déjà échappé à une tentative d'empoisonnement. Il demande, par précaution, au juriste Benedetto Barsi de composer un traité en sa faveur, le De filis non legitime natis, qui s'appuie sur les conclusions peu strictes de Bartole qui offrent une possibilité très vaste de légitimer les bâtards. Il parvient à pénétrer en ville, mais échoue à y soulever la population. Capturé, il est décapitéMais pas en public, étant donné son rang. Pour la même raison, Hercule lui fera des funérailles honorables et il sera enterré la tête recousue au col. puis enterré avec les autres membres de la famille ducale dans l'église San Francesco. Trente conjurés sont pendus, d'autres sont mutilés. Ceux qui sont issus de bonne famille sont épargnés et se voient infliger des amendes. Soupçonnant Venise d'avoir encouragé le complot, Hercule, tout en cultivant des relations apparemment cordiales avec la Sérénissime, cherche de nouveaux appuis : il promet son fils Alphonse en mariage à la Milanaise Anna Sforza (1476-1497) et sa fille Lucrèce au Bolognais Annibale Bentivoglio (1478). Isabelle est, quant à elle, promise à Francesco Gonzague, et Laurent de Médicis est sollicité pour être le parrain de Ferrante. Pour plus de sûreté, il déménage sa résidence du palais familial del Corte au château Saint-Michel.

Alliances Membre de la ligue qui unit encore Ferrare à Venise, Milan et Florence, Hercule participe aux opérations militaires qui opposent, de 1478 à 1480, Florence au pape, allié aux Napolitains. Il y assume même un rôle de condottiere, sa maîtrise des troupes laissant cependant à désirer à ses alliés. Il perd Monte San Savino (), se montre trop lent à défendre Pise (). En , il manque d'être blessé lors d'une bataille rangée entre ses soldats et ceux de son allié Gonzague pour le partage du butin. Cette échauffourée oblige l'alliance à isoler ses troupes et pénalise sa stratégie. En , à la conclusion de la paix, il est remercié et sa carrière militaire prend fin.

Suivant le mouvement fluctuant des alliances, Hercule fiance sa fille Béatrice avec Ludovic Sforza () et Isabelle avec François II Gonzague (). Ses rapports avec Venise se détériorent progressivement entre 1480 et 1481, jusqu'à la catastrophique guerre de Ferrare (1482-1484).

Guerre de Ferrare En 1482, Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV et seigneur d'Imola et de Forlì, à la recherche d'une expansion territoriale, parvient à convaincre Venise de s'attaquer à la Maison d'Este qui, rompant le monopole du sel accordé à la Sérénissime, a commencé à en produire à Comacchio et qui lève un péage sur la navigation sur le Pô. Hercule n'hésite alors pas à trahir ceux qui l'avaient aidé à s'emparer du pouvoir et déclenche une guerre contre Venise. En 1483, Sixte IV, allié de Venise, octroie à celle-ci les fiefs pontificaux de Ferrare en échange de son soutien contre Naples. Hercule est soutenu par Milan, Naples et Florence. Battu par les Vénitiens et les troupes pontificales, il est contraint de négocier avec Sixte IV afin de poursuivre sa lutte inégale contre Venise. Malgré les revers militaires subis par le camp ferraraisLa coalition emmenée par Girolamo Riario comprend, outre Venise et les troupes papales, la république de Gênes et le marquisat de Montferrat. Pour Ferrare, Hercule peut compter sur l'appui de son beau-père, Ferdinand de Naples, et des seigneurs de Milan, de Mantoue et de Bologne., la paix humiliante de Bagnolo, qui met fin au conflit le , n'entérinera pas les changements souhaités par le Pape et son neveu. Hercule d'Este doit céder le territoire de Rovigo, perdu au début du conflit, mais évite l'annexion de Ferrare aux États pontificaux.

La maison d'Este termine la guerre plus endettée que jamais et en ayant perdu une partie de son territoire et de sa population. Hercule, bien décidé à adopter désormais une position de neutralité dans les conflits qui déchirent l'Italie, quitte Ferrare à peine la paix signée, pour un périple qui le mène à Notre Dame de Lorette, puis à Santa Maria delle isole Tremiti, puis à Modène, à Venise, Monferrato, Milan et Rome, où il obtient pour son fils Hippolyte l'archevêché de Strigonia (en Hongrie). Utilisant désormais les armes de la diplomatie, il renforce ses liens avec les principales cours italiennes et le roi de France dont il soutient les prétentions sur Naples

Les mariages projetés ont finalement lieu, pour Lucrèce en 1487, Isabelle avec François II Gonzague de Mantoue en 1490, et Béatrice avec Ludovic Sforza de Milan en 1491. Son héritier Alphonse épouse Anna-Maria, fille de feu le duc de Milan Galeazzo Maria et donc petite-fille de Francesco Sforza en 1491. Tous accompagnés de fêtes fastueuses. Hippolyte devient cardinal en 1493.

Veuf d'Éléonore Éléonore décède en 1493. Hercule poursuit ses voyages : à Venise en 1488, 1491 et 1492 ; à Lucques en 1489 ; à Milan en 1492 et en 1493 ; à Florence et à Rome en 1492 ; à Mantoue presque chaque année. Ces absences répétées, ainsi que les dépenses démesurées de la maison D'Este, provoquent dans ses États désordres, corruption et criminalité. Tout en cherchant à limiter cette dérive, Hercule, personnage complexe, se consacre surtout à la dévotion et à ses activités de prédilection : théâtre, spectacles, peinture, architecture et musique.