thumb|Timbre de Berlin de 1983 : Ligne de télégraphe Berlin-Coblence en 1833 thumb|Station du télégraphe à Cologne (Flittard)

Le télégraphe optique prussien est un système de communication télégraphique entre Berlin et la Rhénanie, qui pouvait transmettre des messages administratifs et militaires au moyen de signaux optiques sur une distance de près de . La ligne télégraphique comprenait jusqu'à 62 stations télégraphiques, munies de mâts de signalisation portant chacun six bras mus par des cordes. Les stations étaient équipées de longues-vues avec lesquelles les télégraphistes lisaient les signaux spécialement codés d'une station émettrice, et ils les répétaient immédiatement à la suivante. Trois expéditions télégraphiques (bureaux d'envoi) à Berlin, Cologne et Coblence permettaient l'accueil, le chiffrement, le déchiffrement et la délivrance des dépêches officielles. Cette installation a été rendue superflue par l'introduction du télégraphe électrique. Même si l'on ne transmet plus de message par télégraphie optique, le principe reste utilisé dans l'alphabet sémaphore, et sous une forme très simplifiée dans les signaux ferroviaires mécaniques

Contexte historique

À la construction de la ligne télégraphique prussienne, la technique de la télégraphie optique mécanique était connue depuis plus de 30 ans : sur la base de l'invention de Claude Chappe et de ses frères, elle était mise en œuvre en France depuis 1794 sur beaucoup de lignes télégraphiques. En Prusse, elle n'avait donné lieu qu'à des expérimentations, comme celle de BergsträsserLouis Figuier, « La Télégraphie aérienne et la télégraphie électrique », dans la Revue des deux Mondes, 1849., effectuée avec les militaires.

thumb|upright|Reconstruction d'un télégraphe optique français selon Claude Chappe sur le Litermont, près de Lebach.

La Suède, le Danemark et l'Angleterre ont aussi mis en œuvre la télégraphie optique peu après, tandis qu'en Allemagne, les messages urgents étaient toujours transportés par estafettes.. À la fin du , les petits États ou parties d'États recouvrant le territoire allemand ne trouvaient pas d'intérêt à une technique de communication dépassant leur propre territoire de souveraineté, et les conditions politiques n'étaient pas réunies pour les accords ou unions nécessaires. Dans les États tels que la Suède, l'Angleterre ou la France, par contre, il n'y avait pas seulement la nécessaire union nationale pour un tel projet, mais ils étaient confrontés à des enjeux politiques, militaires et économiques, comme la sécurisation de grandes longueurs de côtes, le contrôle du transport maritime, ou la situation politique après la Révolution française, et par suite motivés pour la construction de réseaux de communications télégraphiques, et ils en étaient capables..

La Prusse, qui était alors le deuxième État allemand en surface, n'a pas vu de nécessité politique ou structurelle pour l'introduction de la télégraphie, jusqu'au nouvel ordre territorial découlant du congrès de Vienne en 1814/1815. Même après, la mise en œuvre des plans de construction d'une première ligne télégraphique a été retardée par la résistance des militaires prussiens conservateurs. À la rigueur, on n'envisageait en tous cas d'utiliser cette nouvelle technologie de la communication que dans le cadre d'une télégraphie de campagne mobile pour le cas de guerre.. C'est justement la télégraphie de campagne qui avait été utilisée avec succès par Napoléon Bonaparte, ce qui suscitait l'intérêt des militaires.

Cependant, au début des années 1830, on se vit confronté à une situation de politique intérieure fragile dans les provinces prussiennes de l'ouest : les libéraux et les nobles rhénans s'opposaient à l'administration d'État de Berlin, renforcés dans leur désir de Constitution par la révolution de Juillet française et la révolution belge de 1830.. Dans cette situation, il est apparu aux militaires prussiens de plus en plus insatisfaisant d'avoir à envoyer les dépêches d'État urgentes à la faible vitesse d'estafettes montées, ce pourquoi les avocats d'une ligne de télégraphie fixe de Berlin à Coblence via Cologne finirent par imposer leurs vues.

thumb|upright|Carl Philipp Heinrich Pistor

L'idée technique et l'initiative de construire la plus longue ligne de télégraphie d'Europe centrale alors. sont venues du Conseiller privé berlinois en matière de postes , qui présenta en un mémorandum à l'État-major général sur le projet d'édification d'une ligne de télégraphie dans les États royaux prussiens. La construction de l'appareil de télégraphie de Pistor s'inspirait des appareils de l'Anglais Barnard L. Watson, qui à son tour se basait sur le de William Pasley, un mât avec six bras télégraphiques de 1810. Pistor a repris le principe des six bras, mais retravailla à fond la mécanique de la construction. En outre, son atelier développa les longues-vues nécessaires au fonctionnement, qui seront ultérieurement encore produites par Pistor. La construction de l'installation a finalement été ordonnée par une décision du cabinet du ...

L'installation prussienne est restée le seul télégraphe optique d'État sur le sol allemand. Entre 1837 et 1850, la marchand Johann Ludwig Schmidt d'Altona fit fonctionner un télégraphe optique entre l'estuaire de l'Elbe à Cuxhaven et Hambourg pour le service d'annonce des navires. Cette installation a été dirigée à partir de 1841 par Friedrich Clemens Gerke, un pionnier de la télégraphie. Schmidt ouvre aussi en 1847 un télégraphe optique entre Brême et Bremerhaven, qui cependant sera mise hors service en raison de la concurrence d'une ligne télégraphique électrique mise en fonction presque simultanément sur le même trajet..

Construction et opération

thumb|upright|Général de division Franz August O’Etzel

La construction de l'installation relevait de la compétence des militaires prussiens, comme le fonctionnement ultérieur. C'est le major Franz August O’Etzel qui a dirigé la construction. Ce savant pharmacien et docteur en philosophie qui avait étudié à Berlin et Paris connaissait la Rhénanie, avec laquelle il s'était déjà familiarisé auparavant par des travaux d'arpentage. Outre la direction de la construction, il s'est occupé des codes et des méthodes nécessaires pour la correspondance télégraphique, et a écrit les livres de code de la ligne télégraphique. Finalement, il a dirigé le fonctionnement de l'installation comme « Directeur du télégraphe du royaume de Prusse.. »

Parcours

La ligne télégraphique partait du vieil observatoire astronomique de Berlin dans la rue Dorothée, c'était la station . La première section de la construction de 14 stations a été terminée en . Le parcours passait par le Telegrafenberg à Potsdam et Brandebourg-sur-la-Havel et arrivait à Magdebourg.

Les emplacements des stations ont été choisis par O'Etzel lui-même. Il a pris en compte les bâtiments existants, comme le clocher de l'église de Dahlem (Station ), ou il a fait construire de hauts bâtiments ou tours.

thumb|upright|Station : Vieil observatoire astronomique de Berlin dans la rue Dorothée

Pour garantir le contact à vue le long du parcours, il a fallu étêter ou abattre des arbres en bien des endroits. Les exploitants français du télégraphe avaient fait l'expérience que les mâts de signaux ne se laissaient pas facilement voir ni lire sur la plupart des fonds fixes, mais par contre très bien sur le fond du ciel. C'est pourquoi on a construit autant que possible les stations prussiennes sur des sites élevés. Ces endroits ont été désignés souvent par l'expression (mont du télégraphe), par exemple à Glindow (Station , ou à la station , au sud-est de Biederitz). Comme l'accueil et la délivrance des dépêches télégraphiques n'étaient prévus qu'aux expéditions, aux deux bouts de la ligne, on n'a pas accordé d'importance à la liaison avec des bourgs ou des villes. Les stations du télégraphe se trouvaient souvent au dehors des régions habitées. La dernière station de la première section était installée sur l'église Saint Jean de Magdebourg.

Pour accélérer la deuxième section, la plus longue, de la construction entre Magdebourg et Coblence, le ministre des finances et celui de l'intérieur ont donné l'ordre à toutes les autorités locales subordonnées de coopérer sans restriction avec la direction de la construction, pour éviter les voies hiérarchiques et les polémiques fastidieuses. Quand un accord sur l'acquisition d'un terrain pour la construction d'une station de télégraphe n'était pas possible, on pouvait recourir dans le pire des cas à l'expropriation de personnes privées. La ligne passait au nord d'Egeln (château d'Ampfurth), Halberstadt, Goslar, Höxter vers la station à Entrup où après avoir traversé le Weserbergland devant Paderborn, elle obliquait vers le sud-ouest. Ensuite, elle passait côté sud le long de la ligne Salzkotten, Erwitte, Soest, Werl, Iserlohn, Hagen, Schwelm, Lennep et trouvait finalement par les stations de Schlebusch () et Flittard () un chemin vers Cologne. De là, le parcours allait sur la rive est du Rhin par Spich vers Ehrenbreitstein. La station , intégrée dans la fortification d'Ehrenbreitstein formait la fin prévue du parcours. Après la fin de la construction et la mise en fonction en 1833, il ressortit cependant vite que la traversée du Rhin en bac vers Coblence centre représentait un retard appréciable dans le trafic télégraphique, que l'on ne pouvait supprimer que par un allongement de la ligne vers une station terminale à Coblence. On plaça cette station la même année sur le château des Princes-Électeurs, alors utilisé comme caserne, avec des pièces pour l'administration de la partie occidentale de la ligne.

thumb|700px|center|Parcours de la ligne du télégraphe (voir détail des stations)

Avec les deux stations de Schladen () et du Stofenberg près de Liebenburg-Lewe (), la ligne passait un peu à travers le territoire du royaume de Hanovre. Les stations étaient sur le territoire du duché de Brunswick. Les négociations sur l'achat ou le bail des terrains et la construction des stations ont eu un rapide succès.

thumb|Station de fin de la ligne du télégraphe sur le château des Princes-Électeurs à Coblence

Par un écartement plus grand des distances entre les stations , 24 et 25, on a essayé d'économiser deux stations sur le territoire du Brunswick. Au bout d'un an d'exploitation, on a constaté que la plus grande distance conduisait par mauvais temps à de nombreuses interruptions du contact visuel. Ce n'est qu'en 1842 que ce problème a été résolu par la construction d'une station intermédiaire, la près de Mechtshausen. La ligne comprenait ainsi 62 stations. Elles étaient en moyenne à de distance, avec un maximum de et un minimum de ..

Au début, il n'y a eu qu'un bureau d'expédition, à chaque bout de la ligne - Coblence était le siège du président de la Rhénanie et la centrale occidentale du système de défense prussien. Dans la ville de Cologne, avec environ habitants, clairement plus grande et plus importante économiquement aussi bien que pour les techniques du transport, on ne pouvait ni recevoir ni envoyer de dépêches. Les dépêches d'Angleterre ou de Belgique qui arrivaient à Cologne devaient être transmises d'abord par estafette à Coblence, et de là télégraphiées vers Berlin via Cologne, ce qui les retardait d'une journée. C'est pourquoi on a finalement ouvert en 1836 un troisième bureau d'expédition à la station du télégraphe de Saint Pantaléon à Cologne..

Stations thumb|upright|Leviers de commande reconstruits sur le mât de la station de Köln-Flittard thumb|upright|Coupe longitudinale d'une station télégraphique (, Ehrenbreitstein). En bas du mât se trouvent les leviers de commande. La désignation des étages A, B et C est en réalité inversée. thumb|upright|Représentation contemporaine de la station sur l'église Saint Pantaléon, Cologne