Le présent historique, aussi appelé présent de narration, est l'emploi de l'indicatif présent dans une phrase ou un texte relatant des événements passés du point de vue du narrateur. L’emploi de ce temps verbal est fréquent dans le discours journalistique et historiographique..
Il se distingue du présent « de vérité générale » , qui indique qu'un fait est vrai dans sa globalité, quel que soit le moment où on le considère.. Exemples : ;
Usage Le présent historique fait partie, avec le présent de reportage, de l’emploi non déictique d’un temps verbal de nature déictique. La fonction déictique étant de renvoyer au moment de l’énonciation, le rôle du présent historique est celui d’un actualiseur narratif/discursif du passé qui intervient afin d’interrompre la séquence temporelle d’un passé révolu. L’alternance entre le présent et temps du passé comme pivots de la trame événementielle permet de ménager des effets de contraste pour mettre en évidence un épisode particulier de la narration. Le présent historique ne peut occuper à lui seul l’espace narratif et doit être employé en association avec d'autres temps : imparfait, plus-que-parfait et futur historique..
Le présent historique est généralement introduit par des temps du passé, pour relater un fait qui a eu lieu dans un passé plus ou moins éloigné, en le présentant comme s'il était en train de se produire au moment où l'on parle. Il est souvent employé pour donner une vivacité particulière au récit. La Fontaine l'utilisait volontiers : Lorsque le présent historique est associé à un temps passé, le présent doit exprimer les faits essentiels, et le passé, les faits accessoires, les explications :
Expansion du procédé : En fait, le présent de l’indicatif possède aujourd’hui Cette valeur omnitemporelle du présent lui permet d'être utilisé dans n'importe quel contexte temporel. La dimension temporelle est alors indiquée en joignant à la forme verbale une date ou un adverbe de temps :
Pour marquer des relations d'antériorité entre divers événements ou une disparité temporelle, le présent historique est utilisé en combinaison avec le passé simple ou le passé composé :
Utilisé seul dans une phrase, le présent dénote l’actuel et ne peut être historique. La nécessité de marquer les relations d'antériorité ou la disparité temporelle de plusieurs événements exige l’application du présent historique à au moins deux verbes pour contextualiser l’évènement à l’intérieur d’un autre évènement :
mais :
Le présent historique ne peut pas non plus être introduit par un présent de vérité générale :
laisse supposer qu’il est encore actuellement Président de la République.
Il est clair qu’il ne l’est plus.
Concordance Le présent historique est contraint par la concordance à partager l’espace narratif avec d’autres temps. L’usage du présent historique s’inscrit dans un mode énonciatif qui fait évoluer l’énonciation de l’histoire du sous-système verbal : « plus-que-parfait ; aoriste ; imparfait » à celui du « passé composé ; présent ; futur » : devient :
De même :
Les évènements paraissent se dérouler tous en même temps, voire ne pas être reliés.
La chronologie et le lien entre les évènements sont actés par le sous-système verbal « passé composé ; présent ; futur ».
Le « futur historique » suscite de fortes réactions normatives, en raison des effets secondaires non maîtrisés, comme celui de la prolepse, paradoxal dans la relation d’événements passés, susceptibles d’entraver la compréhension que son usage engendre, sous couvert de faciliter la lecture, surtout chez les lecteurs les plus jeunes.
Subjectivité Les temps du passé offrent un point de vue objectif, car ils mettent les évènements à distance en les dépeignant comme perçus de l’extérieur : Le présent offre, en revanche, un point de vue subjectif sur l’Histoire en train de se faire en dépeignant les évènements comme perçus de l’intérieur, en cours d’accomplissement :
La subjectivité du présent résulte de l’effet de suspense ou de tension narrative créés par les temps imperfectifs.
Le présent historique rend également inopérante l’opposition aspectuelle sécant/non-sécant, l’aspect sécant envisageant l’action saisie à un moment précis de son déroulement, et l’aspect non-sécant envisageant l’action globalement, considérée de l’extérieur comme un tout indivisible.. Comparer :
Oppositions aspectuelles En présentant le fait comme s'il était en train de se produire au moment où l'on parle, l’aspect imperfectif du présent présente l’inconvénient de paraître prolonger le temps de l’action jusqu’à celui de l’énonciation :
Seul un temps perfectif peut indiquer qu’Erik Satie a cessé de vivre :
Les possibilités de mise en relief permises par la narration au passé sont absentes de la narration au présent, alors que la narration au passé permet de relater les faits de premier plan constituant la trame événementielle proprement dite, tandis que l’imparfait exprime l’arrière-plan, cadre et les circonstances accessoires :
La découverte et l’espoir sont mis sur le même plan.
La découverte prévaut clairement sur l’espoir.
Le présent historique rend inopérant l’opposition aspectuelle sécant/non-sécant permise par le caractère anaphorique de l'imparfait :
laisse à penser qu’il continue de se croire protégé, même après l’invasion.
Il se croyait protégé jusqu’à l’invasion, qui le détrompe.
En l'absence d’opposition aspectuelle, le récit au présent historique perd tout étalement « en profondeur ». Dans cette phrase : « La commission d’urbanisme commercial donne un avis défavorable, mais le préfet est seul juge : il appuie le projet. », le présent ne permet pas de lever l’ambiguïté : si « le préfet fut seul juge », alors il a indûment pris cette décision de son propre chef, mais si « le préfet était seul juge », il n’a fait qu’exercer les prérogatives liées à sa fonctionPhrase tirée du Matin du prise en exemple dans ..
Références
Bibliographie . . . . . .
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