Rê (ou Râ, prononcé ) est le dieu Soleil dans la mythologie égyptienne, créateur de l'univers. Il peut apparaître sous plusieurs formes, dont celle de Khépri, le scarabée bousier : symbolisant la naissance ou la renaissance ou encore Atoum, l'être achevé (le clergé égyptien expliquait que l'astre solaire pouvait revêtir des formes différentes lors de sa course dans le ciel : Khépri était le soleil levant tandis que Rê était le soleil à son zénith et Atoum, le soleil couchant)La cosmogonie héliopolitaine, sur le site le Panthéon égyptien (2007).Introduction à l'Ennéade d'Héliopolis par Dominique Cardinal, sur le site Égypte.. Au fil du temps, Atoum (le soleil couchant) est assimilé progressivement par les théologiens égyptiens à la forme de Rê (le soleil à son zénith), de sorte que l'on parle de Rê-Atoum, le dieu créateur, qui préside la Grande Ennéade constituée des neuf dieux principaux. Par la suite, Rê a également été associé à plusieurs autres dieux comme Amon pour devenir Amon-Rê.

Il existe plusieurs versions de sa naissance. Dans l'une d'elles, elle serait attribuée à la déesse Neit, qui aurait mis Rê au monde sous la forme d'un œuf. Rê sortit de l'œuf et fut aveuglé par la lumière. Cette lumière fit couler des larmes de ses yeux, d'où naquirent les premiers humains. Cependant, il existe une version plus classique relatée notamment par Neil Philip dans son œuvre Mythes et Légendes : il semblerait que Rê se soit créé lui-même en se nommant, comme il créera les éléments de la vie en les faisant sortir du Noun, l'océan primordial. Il devient la divinité principale sous l'Ancien Empire. Il est souvent représenté avec une tête de faucon sur laquelle est posé le disque solaire protégé par le cobra dressé.

Le dieu Rê était également fortement associé au jour de l'an. Le Akhet, jour de l'an égyptien, était l’occasion d’une « fête de Rê » selon un papyrus et un ostracon d’époque ramesside, et selon deux autres papyrus, il s’agissait du jour de sa naissance. Mais déjà, dans les textes des pyramides, Rê était considéré comme « le maître de l’année ».

Origine

Le dieu Rê est attesté a minima à partir de la , avec notamment le nom de « fils de Rê » introduit au cours de la , mais aussi les noms de certains rois (Djédefrê, Khâfrê, Menkaourê, etc.), certains membres de la famille royale (Râhotep, Rânefer, Rekhetrê, etc.) ainsi que des roturiers (Hésirê, Néferseshemrê, Râdjiefânkh, etc.). Cependant, le vocable « rê » (rˁ) existait déjà auparavant, dès la , notamment avec le roi Nebrê, ou Râneb, deuxième roi de la dynastie. Le débat porte sur la réalité d'une divinité nommée Rê dès cette dynastie, et donc par là même la signification du nom du roi.

La majorité des chercheurs considère ou est plus encline à penser que Rê n'était à l'origine pas un dieu mais simplement le Soleil : on peut citer Stephen Quirke, Winfried Barta, Hans Wolfgang Helck, Jürgen von Beckerath ou encore Toby Alexander Howard Wilkinson. Ainsi, selon ces chercheurs, le nom d'Horus du deuxième roi de la doit être lu « Nebrê », soit « Seigneur du Soleil », et non « Râneb », soit « Râ est (mon) Seigneur ». L'égyptologue Jochem Kahl pense quant à lui que Rê a commencé à être honoré au plus tard au début de la ; il avance comme argument : le nom d'Horus du deuxième roi , à lire « Râneb » (« Râ est mon Seigneur »), mais aussi le nom de Nebty Ouneg, que Kahl identifie à Râneb et qui renvoie à la divinité homonyme, cette divinité étant par ailleurs attestée dans les Textes des pyramides dans deux formules, la première en tant que suivant de Rê, la seconde en tant que fils de Rê, le nom de plusieurs fonctionnaires des et s : Râhotep, Hésirê, Néferseshemrê, Râdjiefânkh, Khourê, Râkhouef : ces fonctionnaires ont pour point commun d'être tous scribes, et, pour les cinq de la (tous sauf Râhotep), ils représentent près de trente pour cent des scribes de l'époque, de plus, pour les particuliers pendant l'Ancien Empire, lorsque leur nom incluait celui d'un dieu, ce dernier était écrit avec des signes unilitères, mais cette règle n'était pas encore systématique pendant la période thinite ; ainsi, les noms de deux des fonctionnaires étaient écrits avec le signe du dieu (Gardiner N5), tandis que, pour les quatre autres, le nom du dieu est écrit avec les signes unilitères de la bouche (Gardiner D21) et du bras (Gardiner D36), un sceau du roi Péribsen figure le nom de Seth du roi surmonté de l'animal séthien mais aussi du disque solaire (Gardiner N5), sur un autre sceau de Péribsen est inscrite la phrase « Le Doré, qui a unit les Deux Terres pour son fils, le roi (nsw.t-bit.y) Péribsen » ; le Doré est considéré comme renvoyant très probablement au dieu solaire, sur l'épaule de la statue d'Hetepdief, à droite des noms d'Horus des trois premiers rois de la , est représenté un oiseau qui pourrait être le héron Bénou, représentant l'âme de Rê, le titre du grand prêtre de Rê à Héliopolis est le « Grand des Voyants » (wr mȝ.a), ou bien « Celui qui voit le Grand » (mȝ wr) ; or ce titre est attesté dès la fin de la sur des récipients en pierre découverts dans les galeries sous la pyramide de Djéser et dans la tombe de Khâsekhemouy, Maât, personnification de l'ordre cosmique et de la Justice et considérée comme l'alliée la plus proche de Rê, n'est attestée qu'à partir de la même époque que Rê, c'est-à-dire la , l'attestation la plus éclatante étant le nom complet du roi Sekhemib-Perenmaât, l'inscription d'un récipient en pierre datant de la seconde moitié de la mentionne la formule « seket-Rê » (sk.t-Rˁ), qui pourrait être une fête liée au coucher de Soleil ; une fête similaire attestée dans les Archives d'Abousir est la « Nuit de Rê ».

Ainsi, dans l'hypothèse de Jochem Kahl, le passage de la à la est un changement idéologique profond, là où le roi, auparavant tout puissant (les sacrifices lors des funérailles du roi en sont un exemple), devient subordonné au dieu Rê : « Rê est mon Seigneur » (Râneb), « Celui qui appartient au Dieu [Rê] » (Nynetjer), « Le Doré, qui a unit les Deux Terres pour son fils, le roi Péribsen » ; et doit réaliser la Maât constamment : « Sekhemib, Celui qui se présent pour Maât ». Le dieu Rê était d'ailleurs à cette époque l'une des deux divinités importantes pour les scribes, avec la déesse Seshat ; Thot ne devint prédominant pour les scribes qu'à partir de la Première Période intermédiaire, période pendant laquelle les Textes des sarcophages ont été compilés.

Mythe

D'après la mythologie, à la suite d'un long règne exercé directement sur sa création et les humains, il devient vieux et fait face à leur rébellion. Sa fille Tefnout la réprime, mais désormais vulnérable il décide de gagner le ciel. Il la rappelle à lui et elle se transforme alors pour devenir la vache céleste Nout formant la voûte céleste destinée à porter en son sein la barque solaire et son cortège divin désormais symbolisé par les étoiles.

Rê voyage chaque jour à travers le ciel à bord de sa barque sacrée (parcours du Soleil), et chaque nuit au travers des mondes souterrains (la Douât). Chaque lever de soleil est une victoire remportée par Rê sur les « forces des ténèbres ». Peut-être est-ce là l'explication apportée par les Égyptiens aux phénomènes d'éclipses du Soleil, qui seraient autant de défaites momentanées du dieu sur les ténèbres.

Les « forces des ténèbres » sont représentées par le serpent Apophis, qui cherche chaque nuit à déstabiliser la barque solaire et à avaler le monde pour le plonger dans les ténèbres. Rê est épaulé dans son combat par Seth, divinité guerrière particulièrement crainte. C'est l'un des rares mythes où Seth a un rôle positif, et les pharaons qui le prendront comme dieu protecteur n'auront de cesse de le rappeler.

gauche|vignette|Rê à bord de sa barque.

Pharaon, après sa mort, prend place sur la barque de Rê pour rejoindre le royaume des morts.

Le roi Khéphren est le premier à inclure le nom de Sa-Rê (« Le fils de Rê ») dans sa titulature, qui précède le nom de naissance du pharaon inscrit dans un cartouche. Il a pour but de rattacher charnellement le pharaon à la puissance cosmique de l'univers, Rê.

C'est à Héliopolis qu'était vénérée la sainte ennéade, ou assemblée des neuf dieux issus de Rê qui symbolisaient la création du monde : Rê - le soleil - le feu divin ; Shou - l'air - le souffle divin ; Tefnout - l'humidité - la semence divine ; Geb - la terre ; Nout - la voûte céleste ; Ousir (Osiris) ; Aset (Isis) ; Seth ; Nephtys.

Iconographie

gauche|vignette|Rê et ImentètTombe de Néfertari.

Rê était représenté comme un homme à tête de faucon lanier ou de faucon pèlerin, orné d'un disque solaire entouré d'un cobra, et partageait des caractéristiques avec le dieu du ciel Horus.

Rê était représenté sous diverses formes. D'autres formes courantes sont un homme à tête de scarabée (sous sa forme de Khépri), ou un homme à tête de bélier. Rê était également représenté sous la forme d'un bélier, d'un scarabée, d'un phénix, d'un héron, d'un serpent, d'un taureau, d'un chat ou d'un lion, entre autresThe Complete Gods and Goddesses of Ancient Egypt, Wilkinson .

C'est dans le monde souterrain qu'il est le plus souvent représenté avec une tête de bélier ; sous cette forme, Rê est décrit comme le « bélier de l'ouest » ou le « bélier en charge de son harem »>.

Dans certains ouvrages, Rê est décrit comme un roi vieillissant à la chair d'or, aux os d'argent et aux cheveux de lapis-lazuli.

Culte vignette|redresse=1.5|Une femme vénère Rê-Horakhty, qui la bénit par des rayons de lumière.

Le principal centre cultuel de Rê était Iounou, « le lieu des piliers », connu plus tard par le royaume ptolémaïque sous le nom d'Héliopolis (Koinē grec : Ἡλιούπολις, littéralement « ville du soleil ») et aujourd'hui situé dans la banlieue du Caire. Il était identifié au dieu solaire local Atoum. En tant qu'Atoum ou Atoum-Rê, il était considéré comme le premier être et l'initiateur de l'Ennéade (« Les Neuf »), composée de Shou et Tefnout, Geb et Nout, Osiris, Seth, Isis et Nephtys.

Le culte local de Rê a commencé à se développer à peu près à partir de la deuxième dynastie, l'établissant comme une divinité solaire. À la , les pharaons étaient considérés comme des manifestations de Rê sur Terre, appelées « fils de Rê ». Rê était appelé le premier roi d'Égypte, et l'on croyait donc que les pharaons étaient ses descendants et ses successeurs. Son culte a augmenté massivement à la , lorsque Rê est devenu une divinité d'État et que les pharaons ont fait construire en son honneur des pyramides, des obélisques et des temples solaires spécialement alignés. Les souverains de la disaient à leurs fidèles qu'ils étaient les fils de Rê lui-même et de la femme du grand prêtre d'Héliopolis. Ces pharaons ont dépensé une grande partie des revenus de l'Égypte dans des temples solaires. Les premiers Textes des pyramides ont commencé à apparaître, donnant à Rê de plus en plus d'importance dans le voyage du pharaon à travers la Douât (le monde souterrain).

Au cours du Moyen Empire, Rê est de plus en plus associé et combiné à d'autres divinités principales, en particulier Amon et Osiris.

À l'époque du Nouvel Empire d'Égypte, le culte de Rê était devenu plus complexe et plus grandiose. Les murs des tombes étaient consacrés à des textes extrêmement détaillés décrivant le voyage de Rê dans le monde souterrain. On disait que Rê transportait les prières et les bénédictions des vivants avec les âmes des morts sur le bateau-soleil. L'idée que Rê vieillissait avec le soleil s'est répandue à l'époque du Nouvel Empire.

De nombreux actes de culte comprenaient des hymnes, des prières et des sorts pour aider Rê et le bateau-soleil à vaincre Apophis.

La montée du christianisme dans l'Empire romain a mis fin au culte de Rê.

Relations avec les autres dieux

Dieux associés à Rê