Lhawaïen, en hawaïen ou (), est la langue vernaculaire des habitants indigènes de l'archipel d'Hawaï, les Hawaïens. Cette langue et l'anglais sont les langues officielles de l'État américain d'Hawaï..

L'hawaïen fait partie des langues austronésiennes., plus précisément des langues marquisiennes. Elle se rapproche donc des autres langues polynésiennes. comme le marquisien, le tahitien, le samoan, le maori ou le rapanui. Il est aussi proche du fidjien, et de façon moins évidente de l'indonésien, du malgache et des différentes langues formosanes de Taïwan. et de celles des PhilippinesDescriptif et carte des migrations dans : ..

C'est une langue qui risque de disparaître puisqu'elle appartient à la liste des langues en situation critique. de l'UNESCO dont on estime que seulement la parlent comme locuteurs natifs en 2000 : sur six des sept îles habitées, la langue hawaïenne n'est plus utilisée quotidiennement depuis la colonisation anglo-américaine. Il faut toutefois noter que le dialecte de Ni'ihau est un dialecte qui fait exception : il n'a jamais été altéré ou affaibli, et ses locuteurs l'utilisent encore tous les jours.

Le créole hawaïen est une langue locale, qui prend ses racines dans l'anglais, mais également dans les langues asiatiques, notamment le japonais et le cantonais, introduits par les immigrants qui travaillèrent dans les champs de canne à sucre ou dans les plantations d'ananas. On peut également noter l'influence des langues des Philippines, du français et du portugais.

Histoire Avant 1820 À Hawaï thumb|Port d'Honolulu', 1816, par Louis Choris. thumb|Danse d'hommes hawaïens, lithographie de Jean-Augustin Franquelin, . vignette|upright=0.7|Heneri Opukaha'ia, élève hawaïen de la , Cornwall.

Pendant environ (de 1000 à 1778), l'hawaïen était la seule langue employée dans l'archipel d'Hawaï et n'était parlée nulle part ailleurs. En , les Britanniques débarquèrent avec le navigateur James Cook.. Des Allemands accompagnent Cook, comme Johann Reinhold et Georg Forster.. Pendant les années suivantes, l'île sera visitée par de nombreuses expéditions en provenance du vieux continent ou par l'intermédiaire des colonies plus proches. Une première expédition scientifique française partit le et fit escale à Hawaï le , deux ans avant son retour en Bretagne le .. Les commandants des deux navires étaient Lapérouse et Fleuriot de Langle. À bord du brick Rurik, le voyage d’exploration scientifique est réalisé en 1816 par une équipe russe composée de nombreuses autres nationalités comme le célèbre écrivain et naturaliste allemand, Adelbert von Chamisso., accompagné par le médecin allemand Johann Friedrich von Eschscholtz et le peintre naturaliste français, Louis Choris, qui racontera également son périple avec de nombreuses illustrations dans l’ouvrage Voyage pittoresque autour du monde. dont certaines montrent la culture hawaïenne précoloniale. Comme il a déjà été évoqué plus haut, Chamisso s'intéressera également à la langue hawaïenne en faisant une conférence sur sa grammaire à l'Académie des sciences de Berlin, quelques années après son retour.

L'arrivée des Chinois est attestée dès 1778 et jusque 1900, comme premiers ouvriers agricoles dans les plantations de canne à sucre créées dans l'archipel. Comme les hommes venaient seuls, les mariages mixtes avec des natives hawaïennes ont contribué à leur intégration .. Ils sont rejoints par les Portugais en 1878., en majorité de Madère et des Açores, embauchés par la , qui recrute également parmi les Japonais à partir du sur la base d'un accord bilatéral avec l'empereur du Japon. Ce sont les Espagnols qui prennent la succession des Portugais dans les plantations de canne à sucre avec une arrivée de dizaine de milliers de personnes, adultes et enfants, entre 1907 et 1913.. Avant eux, l'Espagnol polyglotte, Francisco de Paula Marín, était déjà arrivé en 1794 à Hawaï, connu pour avoir créé le premier vignoble dans l'archipel et promu officier dans l'armée hawaïenne par le roi pour ses loyaux services auprès du souverain. Il n'est pas le seul négociant et entrepreneur européen à avoir pris pied à Hawaï dans un esprit de découverte et de respect de la culture ancestrale locale. Le négociant allemand de la ville hanséatique de Brême, Friedrich Hackfeld, sera très impliqué dans la vie économique hawaïenne du règne de dont il sera le conseiller. Hackfeld s'installera définitivement à Hawaï en 1848, et son fils prendra la succession de sa société à sa mort.

L'hawaïen apparut en même temps que le marquisien., la langue des îles Marquises, et le tahitien, vers l'an 1200., quand les locuteurs de langues polynésiennes découvrirent l'archipel d'Hawaï et y installèrent des colonies permanentes. La séparation entre ces colons polynésiens et leurs terres d'origine entraîna un changement graduel de leur langue, développant ainsi l'hawaïen qui est maintenant distinct du tahitien..

Avant l'an 1000, cette langue était le proto-polynésien. Plus loin dans le temps et l'espace, c'était une des langues aux Philippines, qui descendait d'une ancienne langue austronésienne parlée à Taïwan il y a environ . La langue de la même famille la plus éloignée géographiquement de l'hawaïen est le malgache, parlé sur l'île de Madagascar, à peu près de l'autre côté du globe par rapport à Hawaï.

L'ancienne langue tahitienne fut isolée à Hawaï du reste du monde pendant . En 1778, le navigateur anglais James Cook fut le premier Européen à découvrir Hawaï, ce qui marqua une nouvelle étape dans le développement et l'usage de l'hawaïen. Pendant cette période, jusqu'en 1820, il commença à prendre la forme d'une langue écrite, mais largement restreinte aux noms isolés et mots recueillis par les explorateurs et voyageurs.

À l'étranger Les gens responsables de l'« importation » des langues européennes furent également responsables de l'« exportation » de l'hawaïen vers de nouveaux territoires, parce que quelques locuteurs natifs choisirent d'explorer le reste du monde sur les bateaux des navigateurs. Bien qu'il n'y en eût pas assez (et apparemment ils étaient tous des hommes) pour établir des communautés linguistiques viables à l'étranger, dans quelques endroits du monde, on a dit de certains d'entre eux qu'ils avaient répandu l'usage de l'hawaïen, au moins un petit peu. L'un d'entre eux, un adolescent du nom de ʻŌpūkahaʻia, de son anglais Henry Obookiah, eut un impact majeur sur l'avenir de la langue. Il alla en Nouvelle-Angleterre, et devint finalement un étudiant à la de Cornwall.. Obookiah fut le premier élève de l'école missionnaire pour étrangers de Cornwall en 1817 ; il fut rejoint par dont plus de la moitié étaient Hawaïens. En 1818, le nombre avait doublé.

L'objectif de l'école consistait à recruter des jeunes hommes issus des cultures indigènes dans le monde pour les convertir au christianisme, les éduquer et les former à la prédication, au travail social, à la traduction ou au professorat. Une fois formés, on les renvoyaient dans leur patrie pour qu'ils transmettent leur nouvelle foi. Néanmoins, l'exemple de Henry Obookiah n'est pas le plus représentatif dans la mesure où il ne rentra jamais au pays ; il succomba au typhus à l'âge de à Cornwall. Toutefois, grâce à lui et ses condisciples hawaïens, l'école missionnaire et tous les missionnaires actifs dans les îles hawaïennes ont initié les premiers travaux de normalisation et standardisation de l'alphabet et de l'orthographe de l'hawaïen.

Des habitants soutinrent une mission d'évangélisation à Hawaï, et fournirent des informations sur la langue hawaïenne aux missionnaires américains avant leur départ en 1819. Quelques locuteurs de l'hawaïen travaillèrent à bord de navires européens ou américains de cette époque, étendant ainsi, quoique légèrement, l'aire géographique dans laquelle l'hawaïen pouvait être parlé. Cependant, aucune communauté de langue hawaïenne ne fut établie à l'étranger.

De 1820 à 1887 À Hawaï L'arrivée des Hale protestants américains en 1820 marqua une autre étape dans le développement de la langue hawaïenne. Leur mission d'évangélisation fut inspirée par la présence de plusieurs jeunes hawaïens, particulièrement ʻŌpūkahaʻia. Les missionnaires voulaient convertir tous les Hawaïens au christianisme.. Pour atteindre leur but, ils devaient apprendre la langue pour publier une bible en hawaïen, prêcher en hawaïen Ils parvinrent à créer un alphabet pour l'hawaïen vers 1826, apprirent aux autochtones à lire et à écrire, publièrent des documents éducatifs et traduisirent finalement la Bible. Les missionnaires influencèrent également le roi pour qu'il établît la première constitution en hawaïen, en 1839 et 1840..

À l'étranger

En 1837, l'écrivain allemand de souche française, Adelbert von Chamisso, publia une grammaire du hawaïen, qui est le rapport de la conférence qu'il tint devant l'Académie royale des sciences de Berlin.. Il a pu consulter un locuteur natif à Berlin. vignette|upright=0.7|Danseur de hula kahiko au Festival Merrie Monarch, 2003. Quand le roi hawaïen David Kalakaua fit un voyage autour du monde en 1881., il permit à de nombreuses nations du mondeLe voyage du roi Kalākaua autour du monde en 1881 comprit les destinations suivantes : USA, Japon, Chine, Siam, Birmanie, Inde, Égypte, Italie, Belgique, Empire allemand, Autriche-Hongrie, France, Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Irlande, États-Unis. de faire la connaissance de son royaume et de sa culture ancestrale. À travers le récit biographique de son compagnon de route, le ministre de l'éducation, William Armstrong, on sait que c'est à Vienne (Autriche) dans la prestigieuse monarchie danubienne qu'il fut impressionné par le bal, donné en son honneur à la cour autrichienne. Il envoya une missive dans son pays pour signaler qu'il souhaitait rétablir la culture hawaïenne de la danse hula, rejetée pour raison de lascivité par les missionnaires. Il créa un orchestre de valse dans son royaume insulaire, encouragea le développement de la musique hawaïenne (lui-même jouait l'ukulele) et par voie de conséquence l'étude de la langue des chants traditionnels intimement liée à la chorégraphie des danses hula kahiko (danses ancestrales relatant les mythes et les actes héroïques des grands personnages). Le roi Kalākaua, surnommé Merrie Monarch, est par ailleurs l’auteur du chant Hawai’i Pono’ī devenu l’hymne officiel de l’état d’Hawaï. En raison de son action bénéfique pour la sauvegarde de la langue et de la culture artistique hawaïenne, un concours de danses traditionnelles a lieu tous les ans à Hawaï ; il porte le nom du souverain : dont de nombreux extraits sont visibles sur les plateformes de vidéos en ligne. La langue hawaïenne y occupe une place centrale à travers les chants du kumu (professeur) et les répons des danseurs qui ont également un texte à chanter ou réciter.

Quand la reine Kapiolani et sa sœur, la princesse, puis reine Liliʻuokalani, firent un voyage en Amérique du Nord et dans les îles Britanniques, en 1887, la chanson Aloha'Oe de Liliʻuokalani était déjà une chanson célèbre aux États-Unis.

De 1834 à 1948 C'est la période de cent quinze ans pendant laquelle des journaux étaient publiés en hawaïen. Les missionnaires introduisirent des journaux à la fois en hawaïen et en anglais et jouèrent un rôle significatif en publiant une grammaire (1857) et un dictionnaire hawaïens (1865). La littérature dans cette langue fut répandue parmi la population locale, surtout par les Hawaïens natifs. L'emploi de la langue a dû atteindre son maximum vers 1881. Cependant, dès 1854, des gens commencèrent à s'inquiéter parce que la langue était « destinée à s'éteindre à court terme ». En dépit d'un grand déclin dans l'usage de l'hawaïen, comparé à son apogée, ces peurs ne sont jamais devenues réelles.