L’affaire de « l'Ange blond », ou de la petite Maria, a pour point de départ la recherche des parents biologiques d'une fillette blonde repérée par la police grecque dans un camp de Roms, le . Huit jours plus tard, après avoir pris une dimension internationale avec la mise à contribution d'Interpol et l'appel à témoins lancé par l'association de protection infantile « Le Sourire de l'enfant », l'enquête débouchait sur l'identification des parents, Atanas et Sacha Roussev, dans un camp rom de Bulgarie. Tous deux confirmaient avoir confié leur fille peu après sa naissance à Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou, le couple auprès duquel elle avait été trouvée. Le , ces derniers étaient acquittés de l'accusation d'enlèvement, faute de preuves. La petite Maria Roussev restait en Grèce, à la garde de l'association.

L'affaire a entrainé des mesures de contrôle dans l'administration grecque, les lacunes de l'état civil ayant été pointées comme l'un des facteurs de la situation de l'enfant. Elle fit surtout l'objet, dans le monde et en particulier en Europe, d'une dizaine de jours de médiatisation intense, avant de disparaitre de l'actualité une fois les parents biologiques retrouvés. Sa couverture médiatique a suscité l'apparition de plusieurs cas similaires à travers le continent, notamment en Irlande où deux autres « anges blonds » furent enlevés à leurs parents roms par les autorités. Elle a été suivie de réactions officielles et associatives visant le plus souvent, à l'instar de celle du commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, à dénoncer les risques de stigmatisation attachés à la diffusion de préjugés fondés sur des stéréotypes.

Fait divers qui vit une enquête policière provoquer un emballement médiatique aussi intense que fugace, l'affaire a donné lieu à des analyses multiples. Celles qui visent à en éclairer le contexte mettent en valeur, selon l'angle choisi, la vulnérabilité des minorités roms devant le trafic d'enfants, le poids particulier des discriminations qu'elles subissent en Grèce, « l'invisibilité officielle » qui les entoure dans l'ensemble de l'Europe ou un climat politique marqué par le durcissement, à l'échelle du continent, des politiques nationales dont elles sont l'objet. Du point de vue du travail social et au regard des intentions policières et associatives en matière de protection de l'enfance, l'affaire apparait comme emblématique des effets pervers inhérents au déclenchement et à l'exploitation d'une « panique morale ». L'analyse de son traitement par les médias fait notamment ressortir la place qu'y ont occupée les représentations sur les Roms, que ce soit dans les facteurs explicatifs de l'engouement médiatique, dans la dramatisation initiale de l'affaire par la presse grecque ou dans les défaillances qualitatives de sa couverture européenne, et à travers la diversité des situations nationales. L'examen de ces représentations conduit à mettre en avant les présupposés raciaux auxquels renvoie l'image de « l'Ange blond » et la nature fantasmatique de celle du Rom voleur d'enfants, qui contraste avec les atteintes concrètes subies par les familles et les communautés roms.

Déroulement En Grèce

Le ., dans un camp rom proche de Pharsale, au centre de la Grèce., des policiers qui effectuaient une perquisition de routine à la recherche de drogue et d'armes sont frappés par l'apparence d'une fillette de quatre à six ans : ses cheveux blonds, sa peau très pâle et ses yeux verts la distinguent tant des quatre enfants au teint mat avec lesquels elle joue que du couple de bruns à la peau foncée. qui loge à proximité. Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou, alors âgés de respectivement , se présentent comme les parents adoptifs de la petite Maria, sans qu'aucun des deux ne puisse en apporter de preuve.. La police retire la fillette du camp. et la confie à la garde de l'association « Le Sourire de l'enfant ».

Des tests ADN confirment que les deux Roms ne sont pas les parents biologiques de l'enfant. Interrogés, ils fournissent successivement plusieurs explications : selon l'une, elle leur aurait été confiée en Crète par son père, ressortissant canadien ; selon une autre, ils l'auraient trouvée à l'entrée d'un supermarché ; pour finir, ils déclarent en avoir reçu la garde de sa mère, une Rom bulgare qui ne pouvait s'en occuper, peu après la naissance.. Suspectés d'avoir kidnappé ou acheté la fillette pour tirer profit des aides sociales et, à terme, d'un mariage forcé, ils sont inculpés le pour enlèvement, ainsi que pour constitution de faux documents lors de la déclaration de naissance faite en 2009 à la mairie d'Athènes. Le couple est placé en détention provisoire dans l'attente de son procès.

Internationalisation gauche|vignette|alt=Photographie de la façade de verre d'un bâtiment, en légère contre-plongée.|Le siège d'Interpol à Lyon (France). En saisissant Interpol, les autorités grecques internationalisent l'affaire. Le directeur de la police pour la région de Larissa, Vassilis Halatsis, déclare à la presse : . Pour déterminer si la fillette a été victime d'enlèvement ou de trafic d'enfant., l'organisation de coopération policière internationale compare d'abord son profil génétique à ceux enregistrés dans sa base de données mondiale. Faute d'obtenir une correspondance, elle demande à ses membres de procéder à la même vérification dans leurs bases nationales.. Maria n'est retrouvée dans aucune des listes d'enfants recherchés..

De son côté, l'association « Le Sourire de l'enfant » lance un appel à témoins qui reçoit quelque . De celles-ci sont extraits huit cas d'enfants disparus, originaires de plusieurs pays dont les États-Unis, la Suède, la Pologne et la France, et qui font l'objet d'un examen approfondi. Parmi eux figurent celui d'une petite Lisa, portée disparue en 2011 à l'âge de par un couple du Kansas, qui témoigne de ses souffrances à la télévision américaine ; ainsi que celui de parents grecs, dont l'un d'origine scandinave, ayant perdu à la naissance, en 2009, une fille dont le corps ne leur a jamais été remis, et qui après en avoir obtenu l'exhumation ont trouvé son cercueil vide.

En Bulgarie

La dernière version donnée par les deux suspects permet aux recherches de remonter jusqu'à un camp rom de Bulgarie, à Nikolaevo. De nombreux habitants y présentent les mêmes caractéristiques physiques que la fillette. Aux dires d'un voisin, une nommée Sacha Roussev s'est montrée émue en voyant l'enfant trouvée à la télévision. Interrogée le , elle reconnait sur photo le couple auquel elle a confié sa fille en 2009. Des tests ADN confirment que son mari Atanas Roussev et elle sont bien les parents biologiques de Maria. Une vérification à l'hôpital de Lamía permet de retrouver le certificat de naissance, en date du ..

La justice bulgare ouvre une enquête pour abandon d'enfant. Les autorités envisagent de retirer aux Roussev sept de leurs enfants pour les placer dans différentes structures d'accueil.. Le témoignage d'Anton Kolev, un cousin, éclaire leur comportement au moment de la naissance de leur fille : ils étaient alors en Grèce pour la cueillette des poivrons, en situation illégale et sans les moyens nécessaires à l'obtention des papiers permettant de la ramener en Bulgarie avec eux. Ils affirment n'avoir reçu aucune contrepartie financière, invoquant à l'appui la précarité de leurs conditions de vie depuis lors ; selon un proche, ils auraient néanmoins touché les nécessaires à leur propre retour en Bulgarie. Le couple explique qu’il n’était pas, à l’époque, en mesure de prendre soin de la fillette, mais qu'il souhaite désormais en reprendre la responsabilité.

En parallèle, Maria Roussev, prise en charge par l'association « Le Sourire de l'enfant », passe plusieurs jours à l'hôpital où elle subit une série de tests médicaux. Il est alors question qu'elle soit accueillie en Bulgarie dans un centre d'assistance sociale, pour quelques semaines ou quelques mois, avant d'être placée dans une famille d'accueil bulgare.

Conclusions judiciaires Le , le tribunal de Larissa décide de laisser la petite Maria aux soins de l'association grecque « Le Sourire de l'enfant ». Le président de celle-ci, Kostas Giannopoulos, précise n'avoir pas effectué de demande en ce sens, pas plus que les parents biologiques, la seule réclamation ayant été formulée par l'agence bulgare de protection de l'enfance. La décision de justice est motivée notamment par le souci d'épargner à la fillette, qui vit dans un foyer avec une vingtaine d'autres enfants, roms ou de langue grecque.. Alors qu'elle ne s'exprimait qu'en romani, elle a appris, selon l'association, à parler couramment les deux langues. Les deux accusés ont, entretemps, été remis en liberté, en attente de leur jugement..

Le , la cour d'appel de Larissa acquitte Christos Salis et Eleftheria Dimopoulou de l'accusation d'enlèvement, faute de preuves. Pour utilisation de faux documents, ils sont condamnés respectivement à et à deux ans de prison, avec sursis. Maria Roussev, à la même époque, toujours prise en charge en Grèce par « Le Sourire de l'enfant », a entamé sa scolarité. Selon les psychologues qui la suivent, elle se remet progressivement des traumatismes subis..

Répercussions Dans l'administration grecque

L'arrestation du couple de suspects a mis en lumière les failles du système d'enregistrement des naissances., pointées comme l'une des causes de l'affaire. Au moment des faits, le registre centralisé n'existe que depuis cinq mois. Eleftheria Dimopoulou a enregistré six enfants à l'état civil de Larissa depuis 1993 et quatre autres, sous une autre identité, à Trikala, également en Thessalie. Christos Salis, de son côté, a fait inscrire quatre enfants à Pharsale. Sur les quatorze enfants déclarés par le couple (dont dix s'avèrent par ailleurs introuvables), six sont prétendument nés en moins de dix mois. Maria a pu être enregistrée au-delà du délai légal de cent jours après la naissance et sa mère adoptive a utilisé une fausse identité pour l'un des deux témoignages nécessaires. Au total, le couple perçoit ainsi d'allocations familiales par mois.

Le procureur chargé du dossier souligne que le cas n'est pas nécessairement unique, qu'une affaire semblable aurait pu arriver ailleurs dans le pays. Le maire d'Athènes lance un audit du registre local d'état civil ; plusieurs des employés chargés des naissances sont suspendus et leur directeur limogé. Au niveau national, la Cour de cassation ordonne une enquête sur tous les certificats de naissance établis depuis 2008, hormis pour celles déclarées par les hôpitaux. À la suite de cette mesure, plusieurs cas de déclarations de naissance considérées comme suspectes par les autorités sont examinés par la justice..

Dans les médias L'affaire connait, sur le moment, une médiatisation d'une ampleur inhabituelle. En Grèce, la découverte et les caractéristiques physiques de la petite Maria alimentent une intense activité médiatique.. Les médias du pays diffusent largement des photos de la fillette, qu'ils baptisent « l'Ange blond ». Le surnom est repris par la presse mondiale quand elle s'empare, trois jours plus tard, du sujet répercuté par les agences de presse (AFP, AP et Reuters notamment) : le , le visage de l'enfant est visible dans une grande partie des médias, en Europe et au-delà. À côté des réponses à son appel à témoins, l'association « Le Sourire de l'enfant » enregistre sur son site web, et un demi-million sur sa page Facebook.