Harry Salem dit Henri Alleg, né le à Londres et mort le à , est un journaliste français, membre du Parti communiste français (PCF) et ancien directeur d'Alger républicain. Il est notamment l'auteur de La Question, un livre dénonçant la torture pendant la guerre d'Algérie.
Biographie
Enfance et installation en Algérie Né à Londres de parents juifs russo-polonais.1958 : D'une république à l'autre - L'avènement de la République de Catherine Dhérent, Ariane James-Sarazin, Jean-Pierre Husson, Jean-Pierre Fabre, page 58, 1998., Henri Alleg passe une partie de son enfance à Paris. En 1939, il part en Algérie et devient intimement lié au Parti communiste algérien. En 1946, il épouse Gilberte Serfaty qui deviendra comme lui une active militante communiste. En 1951, il devient directeur du quotidien Alger républicain.
La guerre d'Algérie : arrestation et torture Il entre dans la clandestinité en 1955, date d'interdiction du journal Alger républicain, quitté l'année précédente par Boualem Khalfa, premier musulman à diriger la rédaction d'un grand quotidien, pour rejoindre la presse du Parti communiste algérien. Henri Alleg continue cependant à transmettre des articles en France dont certains sont publiés par L'Humanité.
Il est arrêté le par les parachutistes de la DP., au domicile de son ami Maurice Audin, jeune assistant en mathématiques et militant du Parti communiste algérien comme lui, arrêté la veille et qui sera torturé à mort.
Il est séquestré un mois à El-Biar, où il est torturé lors de plusieurs séances, puis subit un interrogatoire mené après une injection de penthotal, utilisé comme « sérum de vérité ». Aussi, il est torturé avec les électrodes, la torture par l'eau, étouffement, et la combustion avec des torches et des cigarettes...
Il aurait tenu tête crânement face à ses bourreaux (principalement les lieutenants André Charbonnier et Philippe Erulin sous les ordres du capitaine Marcel DevisLa question, , "Devis s'etant ecarte, Erulin prit le relais et se mit a hurler:" Tu es foutou. c'est ta dernière chance (...) le capitane est venu pour ca."., en leur déclarant : « Je vous attends : je n’ai pas peur de vous ».. Le général Massu, qui reconnaît plus tard l'utilisation de la torture dans certains cas particuliers lors de la guerre d'Algérie, affirme en 1971, « en fait de tortures, Alleg a reçu une paire de gifles »Général J. Massu, La Vraie Bataille d'Alger, Tallandier, 1971.. Roger Faulques, officier du REP, accusé d'avoir assisté à ces tortures, déclare lors d'un procès en diffamation contre Jean-Jacques Servan-Schreiber et Jean-François Kahn en 1970 : « Je ne l'ai vu qu'une seule fois, mais il m'a fourni à cette occasion des indications qui m'ont permis d'arrêter les membres du parti communiste algérien ». Cette provocation est, selon l'un des avocats de la défense maître Badinter, une tentative de justification de l'usage de la torture..
Il est ensuite transféré au camp de Lodi (Draa Essamar, Wilaya de Médéa) où il reste un mois, puis à Barberousse, la prison civile d'Alger, où il n'avait pas de lit, de couverture, de miroir, de chaise, ou de table. L'équipement sanitaire n'était qu'un trou avec un robinet sur le dessus. « Nous étions dans des conditions de manque total de tout ce qui aurait pu nous permettre de survivre », a raconté Alleg..
La Question et la censure En prison, il écrit ses récits de torture, dissimulant les pages écrites et les transmettant à ses avocats. Sa femme, Gilberte, alors expulsée d'Algérie, reçoit les pages, les tape, puis les distribue aux relations littéraires et journalistiques françaises qu'Alleg avait nouées pendant son temps à Alger républicain..
Elle travaille sans relâche pour présenter les pages où Alleg raconte sa période de détention et les sévices qu'il y subit. Lors d'une réunion publique à Paris, Gilberte déclare alors : « Si la « séquestration de mon mari, « l’évasion » de Maurice Audin, le « procès » de Djamila Bouhired ont eu un retentissement exceptionnel, ce ne sont pas des cas exceptionnels. C’est dans notre pays la réalité quotidienne… nous attendons de vous que vous nous aidiez à obtenir l’arrêt de toutes les exécutions… nous vous demandons un effort immense, un effort à la mesure de votre responsabilité. »
Alors que la plupart des éditeurs ont exprimé leur intérêt pour ce qu'Alleg avait à dire, ils hésitent dans le climat politique à le publier eux-mêmes et à mettre en péril leurs entreprises. Gilberte persévère jusqu'à ce qu'elle réussisse à faire publier l'ouvrage de son mari aux Éditions de Minuit. Le livre paraît le et se vend à plus de avant d'être interdit le .. Nils Andersson le réédite en Suisse, quatorze jours après l'interdiction en France de . Malgré son interdiction en France, ce livre contribue considérablement à révéler le phénomène de la torture en Algérie. Sa diffusion clandestine s'élève à Jean-Yves Mollier, « Les Tentations de la censure entre l'État et le marché » in Jean-Yves Mollier, Où va le livre ? édition 2007-2008, La Dispute, coll. « États des lieux », 2007, ..
Un film tiré du livre et réalisé par Laurent HeynemannLa Question (film) réalisé par Laurent Heynemann. sort en 1977 avec dans les rôles principaux Jacques Denis et Nicole Garcia, et reçoit le prix spécial du Jury au Festival international du film de Saint-Sébastien.
Le procès Trois ans après son arrestation, il est inculpé d' et de et condamné à de prison.
Les officiers qu’Alleg a accusés de torture ont tous nié. Après le verdict de culpabilité, les autorités militaires ont envoyé deux médecins pour examiner Alleg, mais personne de l'extérieur du gouvernement français n'a été autorisé à voir Alleg pendant ce temps. En plus, un juge militaire a voyagé avec Alleg dans les bâtiments où Alleg a dit qu’il a été torturé. Le but était pour Alleg de décrire, de mémoire, l'intérieur de l’espace pour valider qu’il a été détenu là-bas. Le jour où son livre La Question est saisi, le gouvernement français publie des informations qui confirment que les médecins ont trouvé des cicatrices sur les poignets et l’aine d’Alleg. Pendant le temps qu’Alleg était en prison, la Commission internationale contre le régime concentrationnaire (CICRC) a rapporté, après avoir visité l'Algérie, que bien qu’il n’y ait pas un système de camp de concentration en tant que tel en Algérie, il y avait des irrégularités, y compris des mauvais traitements et de la torture, et que la police ou les forces militaires en étaient généralement les coupables, détenant parfois des suspects pendant plusieurs semaines avant qu’ils ne soient dûment inculpés ou internés..
Transféré en France, il est incarcéré à la prison de Rennes. Profitant d'un séjour dans un hôpital, il s'évade. Aidé par des militants communistes, il rejoint la Tchécoslovaquie grâce, notamment, à Alfred Locussol..
Le retour en France Il revient en France après les accords d'Évian, puis en Algérie où il participe à la renaissance du journal Alger Républicain. « Persona non grata » en Algérie à la suite du coup d'État d'Houari Boumédiène, il se réinstalle en France en 1965. Il reprend sa plume entre 1966 et 1980 pour le compte du quotidien L’Humanité dont il devient secrétaire général. En 1979, il est envoyé spécial de L’Humanité à Kaboul et justifie l'intervention soviétique en Afghanistan., ce qui est la position officielle du Parti communiste français.. Son départ à la retraite coïncide avec son installation à Palaiseau, rue Gabriel-Dauphin, où il demeure jusqu'à la fin de sa vie.
Le film documentaire de Jean-Pierre Lledo Un rêve algérien retrace son retour, plus tard dans une Algérie qui l'accueille à bras ouverts et où il retrouve avec bonheur ses anciens compagnons.
Il est par ailleurs membre du Pôle de renaissance communiste en France et déclare regretter en 1998 « la dérive social-démocrate du PCF, qui abandonne son authenticité communiste ».. Il fait partie de l'association « Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe » (CISC)., fondée le sous le nom de « Comité Honecker de solidarité internationaliste », qui soutient l'ancien dirigeant de la RDA, Honecker, poursuivi par la justice allemande..
Il est également membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine.
L'Appel des douze Henri Alleg cosigne, en 2000, l'Appel des douze « pour la reconnaissance par l’État français de la torture » 18 mars 2002.. Les autres signataires de ce texte sont : Josette Audin, épouse de Maurice Audin, assassiné par ses tortionnaires. Simone de Bollardière, veuve du général Jacques Pâris de Bollardière, opposé à la torture et condamné à deux mois de forteresse. Nicole Dreyfus, avocate de Baya Hocine et Djohor Akrou. Noël Favrelière, rappelé, déserteur. Gisèle Halimi, avocate de Djamila Boupacha. Alban Liechti, appelé, insoumis. Madeleine Rebérioux, historienne, secrétaire du Comité Audin. Laurent Schwartz, mathématicien, président du comité Audin. Germaine Tillion, ethnographe, résistante, auteur de L'Afrique bascule vers l'avenir. Jean-Pierre Vernant, historien, résistant. Pierre Vidal-Naquet, historien, auteur de La Torture dans la République.
Les signataires précisent dans ce texte adressé au président de la République de l'époque Jacques Chirac, le sens de leur démarche : « Pour nous, citoyens français auxquels importe le destin partagé des deux peuples et le sens universel de la justice, pour nous qui avons combattu la torture sans être aveugles aux autres pratiques, il revient à la France, eu égard à ses responsabilités, de condamner la torture qui a été entreprise en son nom durant la guerre d'Algérie. Il y va du devoir de mémoire auquel la France se dit justement attachée et qui ne devrait connaître aucune discrimination d'époque et de lieu. »
Appel pour la reconnaissance de l'abandon des harkis En 2005, il cosigne une lettre au Président de la République, demandant à l'État français de reconnaître l'abandon des harkis en 1962Didier Monciaud, « Une vie d’engagements communiste et anticolonialiste », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 122|2014, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 30 mars 2024. URL : http://journals.openedition.org/chrhc/3373 ; DOI : https://doi.org/10.4000/chrhc.3373..
L'hommage au Père-Lachaise Henri Alleg meurt le ...
Lors de ses obsèques au cimetière du Père-Lachaise le , en présence de représentants des États français et algérien, le président algérien rappela dans un message lu en son nom que La Question est
Henri Alleg repose au cimetière de Palaiseau..
Œuvres La Question, Lausanne, E. La Cité, 1958 ; Paris, Les Éditions de minuit, Alger, Éditions Rahma, 1992. . Mémoire algérienne : Souvenirs de luttes et d'espérances, Paris, Éditions Stock, 2005, 407 pp., . . Prisonniers de guerre; Victorieuse Cuba. Les Éditions de Minuit : La Guerre d'Algérie (en collaboration avec P. Haudiquet, J. de Bonis, H. J. Douzon, J. Freire, G. Alleg), 3 volumes ; Étoile rouge et Croissant vert; SOS America ! ; La Grande Aventure d'Alger républicain (en collaboration avec A. Benzine et B. Khalfa) ; L'URSS et les Juifs ; Requiem pour l'Oncle Sam. Chez Messidor-Temps Actuels. La Grande Aventure d'Alger républicain (réédition Delga, 2012)Guy Pervillé, compte rendu, L’Annuaire de l’Afrique du Nord, 1981, . Le Siècle du Dragon : un reportage et quelques réflexions sur la Chine d'aujourd'hui et (peut-être) de demain, Paris, Éditions Le Temps des cerises, 1994 Le Grand Bond en arrière. Éditions Le Temps des Cerises : Le Grand Bond en arrière (réédition Delga / Le Temps des cerises, 2010) Les Chemins de l'espérance. Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes Retour sur La Question. Éditions Aden et Le Temps des cerises
Bibliographie
Jean-François Miniac, Les Nouvelles Affaires criminelles de l'Orne, de Borée, Paris, .
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Filmographie 1977 : La Question de Laurent Heynemann 2003 : Un rêve algérien, documentaire de Jean-Pierre Lledo