Cent mille milliards de poèmes est un livre animé de poésie combinatoire de Raymond Queneau, publié en 1961 aux éditions Gallimard.

Présentation

L'objet-livre de Queneau, mis en page par Robert Massin, offre au lecteur un instrument qui lui permet de combiner des vers de façon à composer des poèmes respectant la forme du sonnet.

Un sonnet est composé de , chacun étant choisi parmi . Queneau a donc composé en tout, chacun imprimés sur une languette pouvant s'insérer à sa place dans le sonnet. Les dix versions de chaque vers ont la même scansion et la même rime. Les rimes des sonnets suivent le schéma ABAB ABAB CCD EED, où A, C et E sont des rimes féminines (respectivement en -ise, -otte et -oques) et B et D des rimes masculines (en [o] et -in). Il ne s'agit donc pas de sonnets dits réguliersArticle Sonnet, in Michèle Aquien, Dictionnaire de poétique, Le Livre de poche, 1993 ., lesquels ont des quatrains en rimes embrassées.

Sylvie Leleu-Merviel relève que : ..

Il y a donc , soit , cent mille milliards, de poèmes potentiels. Selon les mots mêmes de Queneau dans sa préface : L'auteur ajoute :

Par ailleurs, Queneau n'hésite pas, à son habitude, à arranger avec humour la langue à sa manière, en déformant des mots (« exeuquise » pour exquise, « cornédbîf » pour ), en mélangeant les niveaux de langues (« d'une étrusque inscription la pierre était incise » et « il ne trouve aussi sec qu'un sac de vieux fayots »), ou en utilisant des mots rares (baïoques, molve, emberlucoquer), des formes anciennes (avecque) ou des onomatopées (terlintintin).

Adaptations Traductions

Une traduction ou bien recréation en allemand par Ludwig Harig est parue en 1984 chez . En langue anglaise, il y a trois traductions ou adaptations différentes. Une première version intégrale en volume, avec feuilles découpées en bandes, a été réalisée, imprimée et éditée en 1983, avec l'autorisation des ayants droit, par John Crombie, aux éditions de l'association dont il est, avec Sheila Bourne, le fondateur. Une deuxième version, non publiée en volume, a été créée par Stanley Chapman et une troisième par Beverley Charles Rowe.

Musique

Cent mille milliards de poèmes a été mis en musique par Gilles Maugenest :

Plusieurs adaptations musicales de poèmes générés à l'aide des Cent mille milliards de poèmes ont été composées, notamment par Juliette Gréco et Les Frères Jacques. Que dit Queneau ? de Gilles Maugenest sur des poèmes de Raymond Queneau, La Boîte à Chansons, 2002. Deux combinaisons dans Raymond Queneau chanté par Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Zizi Jeanmaire, Bernard Ascal, Les Frères Jacques et Gilles Maugenest, EPM (collection Poètes & chansons), 2003.

Informatique

Un certain nombre de versions informatiques ont été programmées, le principe du livre se prêtant particulièrement à ce genre de réalisation.

Une des premières versions a été programmée dès les par D. Starynkevitch, sur un calculateur CAB500..

Paul Braffort, en 1975, puis Tibor Papp, en 1988, ont produit également des versions..

Un logiciel permettant de générer aléatoirement des sonnets à partir de Cent mille milliards de poèmes figure sur le CD-ROM culturel Machines à écrire dirigé par Antoine Denize et publié par les éditions Gallimard en 2004..

Mais les ayants droit luttent contre ce genre d'implémentations.

Procès

Cent mille milliards de poèmes se présente donc comme un hypertexte avant la lettre. Mais sa mise en ligne sur Internet sans l'accord des ayants droit a donné lieu le à un jugement en référé qui a contribué à établir la jurisprudence française en matière de droit d'auteur sur Internet, en retenant la qualification de contrefaçon concernant des poèmes protégés par le droit d'auteur diffusés sur un site Internet...

En 1997 à la demande de Jean-Marie Queneau (fils et ayant-droit de l'auteur), Christian L., un étudiant en informatique, a été condamné en référé à de dommages et intérêts et de frais de justice pour avoir mis en ligne sur son site, hébergé par Mygale.org et l'Université Paris- (aussi assignés, mais non condamnés), un générateur de poèmes basé sur les Cent mille milliards de poèmes. La justice a demandé la suppression de la page web, mais sans pour autant satisfaire pleinement la demande de la partie civile qui réclamait de dommages et intérêts.

Une seconde affaire, qui mettait en cause Jérôme B., pour laquelle l'hébergeur était le laboratoire LAAS du CNRS, a abouti à un non-lieu, car si la page web a bel et bien été visible en ligne, c'était à la suite d'une erreur de protection d'un site expérimental et non d'une intention de diffuser ce contenu. Ici, la demande était de .

Ces deux plaintes font partie des premières affaires médiatisées dans le domaine des infractions au droit d'auteur sur Internet. L'avocat de Jean-Marie Queneau, Jacques-Georges Bitoun, était résolu à poursuivre tous les fournisseurs d'accès, hébergeurs et auteurs possibles de contrefaçons :

Éditions

Cent mille milliards de poèmes, Gallimard, (rééd. ) . Dans Œuvres complètes - , Gallimard / « Bibliothèque de la Pléiade ».

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Raymond Queneau Oulipo Sonnet

Liens externes .

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