L’église de l'Acheiropoiètos (en ) est une église byzantine du , située à Thessalonique. Elle est située sur la rue Agia Sophia, près de l'intersection de la rue Egnatia. C'est l'exemple le plus important des modèles de basiliques paléochrétiennes« Église de Panaghia Acheropiitos », sur Archidiocèse d'Athènes, http://www.religiousgreece.gr/web/guest/ieroi-naoi/-/asset_publisher/DkphoauWgHzL/content/i-n-panagias-acheiropoietou (consulté le 18 février 2019). Elle donne un aperçu du type d'architecture digne de la civilisation byzantine. L'église est inscrite depuis 1988 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au sein du bien intitulé « Monuments paléochrétiens et byzantins de Thessalonique ». À cette liste, se rajoute Saint Démétrios, la Rotonde ainsi que le Monastère de Latomou.

Description et Architecture gauche|vignette|Plan de la mosquée Eski Djouma. gauche|vignette|Vue du plafond de l'abside de l'église. C'est une église à plan basilical à trois nefs parallèles, typique de l'architecture paléochrétienne et des premiers temps de l'architecture byzantine. Elle a été bâtie sur un ancien bain romain qui servait encore en partie après la construction de l'église. L'église mesure 51,90 mètres de long et 30,80 mètres de large. Les murs de côtés sont hauts de 14 mètres tandis que le toit recouvrant l'aile centrale est 22 mètres de long. L'église est une basilique, possédant une nef en marbre qui se termine en abside. La nef est divisée en trois ailes, étant séparées les unes des autres par 12 colonnes. Au-dessus, on y retrouve un triforium. Chaque colonne est reliée l'une à l'autre par des arcs, soutenues par des piliers. Au plafond de ces arcs, se trouvent des mosaïques ayant comme motifs des fleurs, des parchemins et des arabesques en or. Les allées de la nef sont illuminées par de grandes fenêtres. Ces fenêtres sont arrêtées par des piliers, délimitant le début du triforium. Au-dessus de ce triforium, l'on y retrouve d'autres fenêtres qui illuminent la basilique. L'abside de l'église prend la forme d'un demi-cercle et est illuminée par trois fenêtres rondes. Le plafond de l'abside est peinturé de fresques. Les colonnes séparant les trois nefs sont composées de marbre. Lorsque l'on rentre dans l'église, on se retrouve dans le narthex avec au plafond un trilobe. Le narthex donne la possibilité aux visiteurs de choisir l'aile dans laquelle ils veulent aller. Si le visiteur choisi l'aile gauche, il y trouvera au bout une chapelle byzantine appelée Agia Irini. Si le visiteur choisi la nef centrale, il y trouvera un trône épiscopal et un synthronon. Si le visiteur choisi l'aile droite, il y trouvera un couloir à sa droite qui le mènera à une sortie donnant sur le côté de l'église.

Avant la prise de Thessalonique par les Turcs, l'église de l'Acheiropoiètos était assez simple. Le plafond était fait de bois, et sur le haut de chaque colonne ayant comme inscription « XPIΣTOΣ » (« Christ » en grec). À la suite de la conversion de l'église en mosquée, ces inscriptions ont été recouvertes de plâtre. À cela, les Turcs y rajoutèrent des médaillons portant les noms du prophète Mahomet ainsi que ses disciples : Abou Bakr, Othmân, Ali et Omar. Les colonnes supportent le toit, étant reliées entre elles par des arches. Ses arcs n'ont pas été recouverts de plâtre par l'empire ottoman et sont demeurés tels quel. On peut y apercevoir des décorations en forme de mosaïques de fleurs et d'oiseaux. De plus, l'église possède un escalier en bois permettant d'aller sur la galerie supérieure où se trouve la « gynaeconitis » (ou gynécée). Dans les églises orthodoxes, c'est une section surélevée réservée aux femmes se situant majoritairement d'un seul côté de la nef. Au , il y aurait eu plusieurs tremblements de terre détruisant une partie des peintures et des mosaïques de la claire-voie et de la galerie. Ce sont les différences de structure des mosaïques qui laissent penser qu'elles auraient été repeintes. Selon des analyses architecturales, la seule partie de l'église dont la mosaïque semble avoir été dessinée et réalisée en synchronisation avec la construction de l'église durant les dernières décennies est le sol.

De plus, il y eut un important tremblement de terre en Thessalonique le , engendrant de dommages considérables. Dans les années 90, l'église fit l'objet d'un projet de restauration afin de solidifier les fondations faibles et d'éviter sa dégradation. Entre 2012 et 2014, il y eut un projet de reconstruction des mosaïques. Ce projet fut réalisé par l'Éphorat des Antiquités Byzantine. Il a été financé par le Programme Opérationnel de Macédoine-Thrace 2007-2013. Ce projet eût pour but de reconstruire les mosaïques restantes du sol et des murs et de leur redonner la vie. Les infrastructures ont également été améliorées afin de préserver l'église.

Historique

Histoire de sa construction gauche|vignette|Plan d'un des chapiteaux d'une des colonnes. L'église fut bâtie entre 450 et 470 et elle est dédiée à Marie sous le nom de panagia Théotokos. On y célèbre également saint Démétrios, patron de la ville. À partir des années 1320 elle prend le nom de Acheiropoiètos (non faite de main d'homme, c'est-à-dire d'origine miraculeuse), d'après une icône qu'elle abrite. Selon Andreas Xyngopoulos l'église se serait appelée auparavant Panagia Hodegetria.

Cette église était importante dans la vie de tous les jours et était un lieu très spirituel. C'était une maison de prières, où les piliers et les colonnes étaient vantés dû à leur grande spiritualité. Selon les écrits Harménopoulos, l'Acheiropoiètos a joué un rôle majeur dans les célébrations du mois d'octobre chaque année. Avant le , il y avait chaque année un discours panégyrique faisant l'éloge de saint Démétrios et de la Vierge Marie. L'église permettait de vénérer les deux en même temps. Dans l'église, il y avait une icône de saint Démétrios qui était grandement vénérée par les Thessaliens. Chaque vendredi, l'église y tenait des célébrations en l'honneur de ce saint. Le vendredi avant la journée du saint, il y avait chaque année une célébration spéciale.

Transformation en mosquée vignette|Plan du côté et du derrière de la Mosquée. vignette|Plan de la Mosquée Eskii Djouma. Dès 1422, le Sultan de l'empire Ottoman, Mourad II convoitait la Thessalonique. En 1430 il marche sur la ville et lui propose de se rendre. Face au refus, Mourad lança une offensive militaire sur Thessalonique qu'il capture, réduisant les restes des habitants en esclavage. Lors de la prise de Thessalonique par les Turcs, de nombreuses églises et monuments furent détruits et saccagés. Le Sultan Mourad convertit l'église en mosquée, lui donnant ainsi le nom d’Eski Camii ou Eski Djouma. Les Turcs apportèrent de nombreuses modifications, lui donnant ainsi l'allure d'une mosquée digne de l'Empire Ottoman. En plus de la convertir en mosquée, il ajouta sur le huitième pilier de la colonnade est une inscription en turc, « Sultan Mourad Khan pris Thessalonique à l'an 833 [=1430] », afin de commémorer le fait que l'église allait être la toute première de Thessalonique à être convertie en mosquée. Le chevalier Bertrandon de la Broquière, un des chevaliers du Duc de Bourgogne, était en visite à Thessalonique et nota que la majorité des chrétiens présents en Thessalonique se sont convertis à l'islam à partir des années 1430. Vers les années 1480, la Mosquée Eski Camii était la seule mosquée utilisée pour les prières du vendredi.

L'incendie de 1917 et La guerre Gréco-Turque gauche|vignette|Dégâts de l'incendie de 1917. Dans la seconde moitié du , Thessalonique subit plusieurs améliorations urbaines. Les remparts maritimes furent détruits et les principales artères de communication furent élargies. Il n'y avait pas de plan d'alignement à cette époque, faisant en sorte que les rues s'enchevêtrassent les unes par-dessus les autres. Cela créait une densité de population extrêmement élevée. La base de constructions des habitations était en bois, à l'exception des monuments, des édifices publics et des édifices religieux rendant la ville sensible aux flammes. En 1917, un violent incendie ayant duré 32 heures éclata dans la ville de Thessalonique. Sur son passage, l'incendie réduisit en cendres 120 hectares et 9500 bâtiments, représentant le deux-tiers des constructions de la ville ainsi que . Afin de contrer cette crise, la mosquée Eski Djouma fut convertie en camp afin d'accueillir les victimes de l'incendie.

En 1923, à l'issue la guerre gréco-turque , les Grecs habitant en Anatolie devaient retourner en Grèce, alors que tous les Turcs présents en Grèce devaient retourner en Turquie. Cela créait une quantité énorme de Grecs à Thessalonique. Les nouveaux arrivants grecs avaient tout perdu et devaient repartir de zéro. La mosquée a donc servi de refuge en attendant que ces derniers s'adaptent à la société. L'Acheiropoiètos est redevenue une église en 1930.

Le tremblement de terre de 1978 gauche|vignette|Géolocalisation du tremblement de terre. Le , un tremblement de terre de magnitude 6,6 sur l'échelle de magnitude de moment a lieu à Thessalonique. L'épicentre du séisme était à 35 kilomètres de la ville. Le séisme, causant la mort d'une cinquantaine de personnes, 220 blessés et des milliers de sans-abri, fut ressenti jusqu'en Yougoslavie et en Bulgarie. 4, 5% des bâtiments subirent des dommages sévères, 21 % des dommages modérés et 74,5% de dommages légers ou sans dommage. L'église de l'Acheiropoiètos fut affectée. Des fissures apparaissent sur presque tous les arcs et les bordures de fenêtres du mur nord, sur l'abside et sur les structures du mur en périphérie. La colonnade sud subit une déviation par rapport à son axe d'origine la rendant croche.

La raison pour laquelle cette église a subi de tels dommages est due à sa construction. Elle n'est pas adaptée pour contrer les effets sismiques. Certaines parties, surtout les coins nord et sud sont particulièrement sensibles aux activités sismiques. Afin d'éviter une dégradation encore plus grande, un projet de consolidation fut réalisé par le Laboratoire de Structure en Béton armé et en Maçonnerie de l'Université Aristote à Thessalonique. Il fut réalisé en collaboration avec le Éphorat des Antiquités Byzantines ainsi qu'avec le Directorat pour la Restauration Byzantine et Post-Byzantine des monuments du Ministère de la Culture. Cette étude avait pour but de renforcer les structures principales ayant servi à garder l'église en un morceau. Une des conclusions de l'étude fut que les failles dans les fondations sont causées par la disposition du sol et du plafond. À cause de leurs dispositions respectives, le stress causé par l'activité sismique du tremblement de terre fut transféré au mur ouest du narthex et sur le mur de l'aile centrale plutôt qu'être réparti dans les structures. Le projet de consolidation commença dans les années 1990 et se termina en 2008. Le projet de réparation a coûté au total 3 millions d'euros, financés à 80 % de fonds européens et 20 % de fonds nationaux.

État actuel vignette|Intérieur de l'église. vignette|Vue de l'arrière de l'église. Aujourd'hui, l'église est un exemple de l'art paléo-chrétien mais elle porte également les traces des modifications apportées au cours des siècles. Entre les Byzantins, les Turcs et les réparations modernes, l'église est aujourd'hui un dérivé de son état original étant un mélange de différentes cultures s'étant chevauchées au sein de cette église.

Les mosaïques présentes dans les intrados des arcs sont toujours en un morceau. Dans les arcs transversaux du narthex, on trouve des Christogrammes en or. Au centre du trilobe situé dans l'entrée, on trouve des croix en or avec des gouttes d'eau dorées arrangés en médaillons bleus. Les médaillons sont entourés par des nymphes dans l'arche centrale et des vignes dans les arches latérales du trilobe. De plus, les mosaïques autour des trois fenêtres du narthex sont toujours là.