Sputnik est une agence de presse multimédia internationale lancée officiellement par le gouvernement russe le , au sein de Rossiya Segodnya, en remplacement de RIA Novosti. Elle est entièrement financée par l’État Russe. Proposant d'apporter « un regard russe sur l'actualité », elle diffuse dans 30 langues dans 34 pays (mais pas en russe, contrairement à RIA Novosti).
En Occident, Sputnik est majoritairement considérée par les experts et les médias comme un outil de la propagande russe, se livrant à la désinformation. En France, l'agence est considérée proche de l'extrême droite et complotiste, tandis qu'en Amérique latine, elle a des positions proches de la gauche socialiste, avec des positions pro-Poutine et contre l'Occident.
Dès le , dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Sputnik est bannie de l'Union européenne. Le , la société est placée en liquidation judiciaire et cesse la production de contenu peu après.
Organisation et objectifs L'objectif affiché est de , d'apporter « un regard russe sur l'actualité » dans un environnement médiatique international considéré par le pouvoir russe comme une « propagande hostile ». Alléguant un , Sputnik annonce vouloir donner , , . Radio Sputnik, se substituant à La Voix de la Russie, est l'élément audio de cette plate-forme et a vocation à être diffusé dans trente langues en 2015, pour un total de plus de par jour, couvrant plus de 130 villes et trente-quatre pays en modulation de fréquence, HD Radio, diffusion audionumérique, ainsi que via les téléphones mobiles et l'Internet.
La majeure partie des émissions devrait être produite dans les pays de destination, a annoncé Dmitri Kisselev, responsable de la maison-mère Rossiya Segodnya, nommé par décret par Vladimir Poutine et présentateur sur la chaîne Rossiya, où il a fait plusieurs déclarations contre les homosexuels. Kisselev est considéré en Europe comme et est sur la liste noire des personnalités sanctionnées par l'Union européenne. Dans chaque pays concerné, Sputnik a l'intention de constituer un centre multimédia avec une station de radio, un site internet, une agence d'information locale et un centre de presse.
En français En France, les canaux d'informations russes créent des chaînes en français : après l'éphémère ProRussia (2012-2014), Sputnik en français, filiale de Rossia Segodnia (agence de presse russe active à l'international, créée en par un décret de Vladimir Poutine), entre en activité en 2014. RT France, créée en 2017, est une deuxième chaîne d'information russe en français. Newsguard précise que la chaîne ne révèle pas son appartenance au gouvernement russe. Il existe plus d'une trentaine d'autres versions linguistiques de Sputnik.
Critiques Propagande russe Sputnik est considéré comme un organe de propagande russe par de nombreux médias français, notamment Arrêt sur images ou dans des reportages pour la chaîne Arte..
Pour RFI de Sputnik, .
Pour François-Bernard Huyghe de l'Institut de relations internationales et stratégiques, Sputnik célèbre .
En , le Washington Post ayant accusé Sputnik d'avoir amplifié des informations trompeuses sur l'élection américaine pour punir Hillary Clinton et favoriser Donald Trump, Le Monde pointe le rôle similaire de Sputnik News et RT en France, producteurs et promoteurs de nombreuses informations sciemment erronées.
Pour L'Obs / Rue89, le site d'information montre une , titrant . Même avis pour Juliette Obadia des Inrocks, pour qui Sputnik diffuse des articles pro-Kremlin. Selon Tatiana Kastouéva-Jean, chercheuse à l'Ifri spécialiste de la Russie :
Dans une conférence de presse commune avec Vladimir Poutine, fin , Emmanuel Macron a accusé Russia Today (RT) et Sputnik qui selon lui . Les deux média ont la même rédactrice en chef, Margarita Simonian. Selon Nina Bachkatov, journaliste spécialiste de la Russie, cela s'est produit en deux étapes : . Mais selon Nina Bachkatov, . Donc selon Bachkatov le terme a pu surprendre les journalistes de Sputnik qui considèrent être des médias comme les autres car . D'après Julien Nocetti, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), les acteurs de Sputnik considèrent comme normal et non infamant que les médias nationaux reflètent le point de vue de leur État.
Pour David Cadier de l'IFRI, c'est depuis les « révolutions de couleur » dans l'espace postsoviétique et leur interprétation faite par Moscou, que l'investissement de la Russie dans les médias participe d'une volonté d'influencer les processus politiques dans les États tiers. Le Kremlin s'appuie à l'étranger sur deux médias qu'il finance, RT et Sputnik, qui Le chercheur considère que , et que
Selon Newsguard, Sputnik France « relaie de la désinformation et de la propagande en faveur des intérêts de la Russie » sans révéler ses liens avec le gouvernement russe.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 concrétise les peurs de nombreux détracteurs de la chaîne, qui comme sa Russia Today s'aligne ouvertement sur la propagande du Kremlin, relayant de manière systématique et sans débat tous les éléments de langage de Vladimir Poutine. .
Désinformation En 2016, Wilheml Unge, un porte-parole des services de renseignement suédois, reproche à Sputnik de diffuser de la . Pour un expert de la communication travaillant pour la commission européenne, . Ainsi, en 2017, Sputnik, reprenant à la va-vite un communiqué alarmiste de la police locale, publie un article sur le « chaos » créé à Hambourg par les manifestations liées au sommet du G20, illustré par une photo prise en réalité à Séoul en 2016, lors des manifestations qui ont mené à la destitution de la présidente coréenne..
De nombreux articles présentent une image apocalyptique de la France avec un surtraitement des moindres violences, notamment à propos de l'affaire Théo et des incidents en banlieue qui y sont liés. Sputnik choisit des titres-chocs comme , ou
Sonia Devillers déclare sur France Inter que Sputnik relaierait des avec . Nina Bachkatov interrogée par L'Express constate que les candidatures à l'élection présidentielle de 2017 de Marine Le Pen et de François Fillon, qui ont toutes deux exprimé des positions soutenant la politique étrangère du Kremlin, ont reçu un traitement plus chaleureux que celle d'Emmanuel Macron. Dans les derniers jours avant le second tour, Sputnik est un des médias mis en cause par l'entourage d'Emmanuel Macron à la suite de la diffusion d'une rumeur sur un compte offshore dissimulé par le candidat aux Bahamas. Ces accusations sont démenties par Sputnik qui n'a parlé de l'affaire qu'après le dépôt de plainte d'Emmanuel Macron pour divulgation de fausses nouvelles et faux. En 2019, Sputnik publie une fausse déclaration de Marlène Schiappa créée par un compte Twitter parodique se présentant sous le nom de journal de l'ÉlyséeMarlène Schiappa obligée de démentir de fausses déclarations sur Twitter sur leparisien.fr du 24 mars 2019, l'article est retiré au bout de selon Sputnik. Quelques semaines plus tard, l'agence reprend vite l'interprétation largement partagée sur le net d'une vidéo montrant un responsable du club vainqueur de la Coupe de France refusant de serrer la main d'Emmanuel Macron (alors qu'on apprendra plus tard que les deux hommes s'étaient déjà serré la main hors champ).
Pour David Cadier de l'IFRI, cette désinformation n'est pas destinée à permettre à Moscou de Pour ce faire, ce média fournirait des contenus « clé en main » de nature à alimenter les discours des mouvements critiques des institutions (par exemple d'extrême-droite ou complotistes, comme dit ci-dessous), bien plus qu'une vision du monde cohérente.
Sputnik relaye également la propagande de guerre pro-Russe et pro-Assad concernant le conflit en Syrie. Cela inclut notamment les « propagandes » rejetant la responsabilité du gouvernement syrien dans les attaques chimiques et crimes de guerre contre la population civile, mais également la « propagande » sur les faits d'arme et interventions militaires russes. Sputnik fait intervenir des personnes présentées comme journalistes indépendants mais controversées et soupçonnées de travailler en collaboration avec le gouvernement syrien comme Vanessa Beeley et Eva Bartlett, .
Pour contrer cette influence des médias étatiques russes en Europe, l'Union européenne a créé une équipe de onze spécialistes de la communication qui ont pour charge de mettre en avant les succès de l'UE dans les pays d'Europe de l'Est (Ukraine, Géorgie , Moldavie) et qui exposera la désinformation avec un réseau de bénévoles. Selon le journal La Croix cette organisation apparait toutefois face à la puissance d'un média comme RT, qui dispose d'un budget de d'euros annuelBruxelles s'alarme de la désinformation russe - Olivier Tallès, La Croix, 4 mai 2017..
Newsguard place le site français de Sputniknews parmi les 10 sites francophones de désinformation les plus influents.
Liens avec l'extrême droite française et la complosphère La version française a été lancée le , et a rapidement trouvé sa place dans les réseaux sociaux conspirationnistes et d'extrême droite aux côtés de sites comme Égalité et Réconciliation ou .. Pour Nicolas Hénin,
Début 2016, Édouard Chanot rejoint Sputnik en tant que journaliste chroniqueur. ; il officiait auparavant sur Radio Courtoisie, station de radio associative dirigée à l'époque par Henry de Lesquen, considérée comme la radio . et déjà proche de la diplomatie russe..
Durant la campagne présidentielle de 2017, l'équipe d'Emmanuel Macron interdit à Sputnik France l'accès de son siège de campagne, ce qui est considéré par le Kremlin comme une discrimination des médias russes. Sputnik envisage par ailleurs une plainte pour des accusations mensongères portées à son encontre par Emmanuel Macron. Ce dernier s'est plaint publiquement de Sputnik lors de la visite officielle de Vladimir Poutine. Pour Nina Bachkatov, comparé à RT, Sputnik qui déclare sur son site est . À l'identique des sites conspirationnistes, qui ne font pas de l'audience directement mais essayent selon L'Express.
Selon la spécialiste de la Russie Anne Nivat analysant les médias pro-russes Sputnik et RT,
Influence Le site web de Sputnik a une portée qui resterait limitée d'après un article de L'Express publié en : il ne compte que sur Facebook et Twitter. Le site revendique un doublement de son trafic entre et . En 2014, la BBC s'inquiétait de face à l'audience grandissante de Sputnik et des autres médias internationaux russes.
Les taux d'audience de Sputnik restent faibles en Europe et, paradoxalement, les initiatives visant à dénoncer ses pratiques contribuent parfois à lui faire de la publicité. Les activités sur les réseaux sociaux sont, elles, plus importantes et encore moins aisément attribuables, car la diffusion de fausses informations diffusées par Sputnik est amplifiée via les réseaux sociaux : des bots multiplient automatiquement leur partage et des trolls appuient les commentaires. Il est donc difficile de mesurer les effets et l'influence réelle de cette désinformation.
Mesures de rétorsion En , Twitter annonce ne plus accepter les publicités de RT et de Sputnik sur son réseau, et en novembre, Google décide de déclasser Sputnik dans ses algorithmes de façon à rendre le média plus difficile d'accès pour les internautes, en réponse aux accusations d'ingérence du gouvernement russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016.
Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, annonce que le bannissement de Russia Today et Sputnik de toute l'Union européenne s'appliquerait dès le et précise que .
Notes et références
Annexes Articles connexes Médias en Russie Voice of America Censure des médias russes RT et Sputnik par les autorités européennes
Liens externes
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