Pierre Daum, né le à Thionville, en Moselle, est un journaliste français, auteur d’enquêtes sur le passé colonial de la FranceVoir la notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France..

Biographie Pierre Daum est diplômé de l’université de Metz (aujourd’hui université de Lorraine). Son mémoire de DEA porte sur la stylistique proustienneVoir le catalogue de la BU de l’université de Lorraine.. Après une année à l’Éducation nationale comme enseignant de français, il s’installe en Autriche en 1994, et commence à écrire des articles pour des journaux français (Le Monde, L’Express, etc.Colette Augier, « Il mène des enquêtes au long cours », La Provence, 21 février 2013.).

En 1999, il devient le correspondant à Vienne du quotidien Libération. En 2004, depuis Montpellier, il devient correspondant de Libération pour le Languedoc-Roussillon, poste qu’il occupe jusqu’en 2007. Il collabore depuis 1996 au Monde diplomatiqueVoir la Fiche auteur des éditions Actes Sud..

Enquêtes sur le passé colonial de la France Les travailleurs indochinois de la Seconde Guerre mondiale En 2005, Pierre Daum découvre l’histoire des vietnamiens recrutés en 1939, la plupart de force, afin de servir comme ouvriers dans les usines d’armement de la métropoleArticle de Nathalie Dubois, « Les indigènes oubliés », Libération (journal), 25 mai 2009.Article de Thomas Wieder, « Ces Indochinois enrôlés de force par l'administration française », Le Monde, 3 juillet 2009.. Parqués dans des camps d’internement du Sud de la France, ces « travailleurs indochinois » sont finalement utilisés dans tous les secteurs de l’économie française, sans jamais percevoir de salaire. Une partie d’entre eux sont à l’origine de la relance de la riziculture en CamarguePierre Daum, «Quand la Camargue était vietnamienne», Géo Histoire, avril-mai 2013.. La plupart de ces hommes seront rapatriés entre 1948 et 1952. Pendant quatre ans d’enquêtes, Pierre Daum a retrouvé une trentaine des derniers anciens travailleurs indochinois encore en vie, en France et au Viêt Nam, et a recueilli leurs témoignages.

En 2009, il publie sa première enquête historique, Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952), avec une préface de l’historien Gilles Manceron. Quatre ans plus tard, le livre est adapté au cinéma par le réalisateur franco-vietnamien Lam Lê dans le film Công Binh, la longue nuit indochinoise (2013). Traduit en vietnamien, le livre sort au Viêt Nam en 2014 aux éditions Tri ThucVoir le site des éditions Tri Thuc.. En 2015, il participe au film documentaire d'Alain Lewkowicz, Riz amer (52 min), sur le rôle des travailleurs indochinois dans la relance de la riziculture en CamargueVoir la fiche du film.. En 2017, il collabore comme conseiller historique au film d'Ysé Tran, Une histoire oubliée (52 min), qui retrace le parcours de centaines de travailleurs indochinois envoyés dans l'industrie lorraine au lendemain de la Seconde Guerre mondialeVoir la présentation du film sur la plateforme du film documentaire français..

La même année, avec le dessinateur Clément Baloup, il publie aux éditions La Boite à bulles Les Linh Tho - Immigrés de force, une bande dessinée qui retrace l’enquête qu’il a menée sur l’histoire des travailleurs indochinoisVoir la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.. Dans sa préface, l’historien Benjamin Stora écrit : Voir la préface de Benjamin Stora..

En 2019, il publie aux éditions Créaphis, avec la collaboration d’Ysé Tran, L’Empire, l’usine et l’amour, sur les travailleurs indochinois venus s’installer en Lorraine après 1945Voir la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.. Pour Marie Poinsot, "cet ouvrage croise histoire coloniale et histoire de l’immigration en France dans une perspective très utile. On voit bien comment une séquence régionale s’inscrit dans les grands chantiers de la recherche historique actuelle sur les migrations coloniales et postcoloniales qui font débat en France"Voir la revue Hommes et migrations, n° 1328, janvier-mars 2020..

En , il publie aux éditions Elytis Colonisés, déplacés, exploités, une étude centrée sur les 4 000 Travailleurs indochinois passés par la poudrerie de Bergerac, en Dordogne, entre 1940 et 1948Voir la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.. Pour Thomas Jonckeau, "cette histoire aurait tranquillement glissé dans l’oubli sans le travail passionné de Pierre Daum […] Pierre Daum s’efforce de redonner une vie, une histoire et un visage à ces hommes qui ont participé à la vie locale, à l'économie et même à la Résistance"Voir l’article du journal Sud-Ouest, publié le 26 février 2026.. Cet ouvrage s’inscrit dans un projet plus vaste qui comprend une exposition et un mémorialVoir l’article « Une exposition hommage aux Travailleurs indochinois », paru dans le journal Dordogne Libre le 15 juin 2025.. Ce projet a été construit en partenariat avec Michel Lecat, petit-fils du photographe Robert Bondier, et détenteur d’un fonds photographique de quelque 500 000 clichés, dont un millier concerne les Travailleurs indochinois de BergeracVoir la Galerie photo Bondier-Lecat retraçant un siècle de la vie bergeracoise..

Les Pieds-noirs restés en Algérie Pierre Daum travaille à partir de 2006-2007 sur les problématiques de décolonisation. Il réagit en particulier au documentaire de Gilles Perez, "Les Pieds-Noirs. Histoire d’une blessure", diffusé sur France 3 en , laissant entendre que ceux-ci ont été obligés de partir en raison du risque pour leur vie et celle de leurs enfantsDocumentaire de Gilles Perez, Les Pieds-Noirs. Histoire d’une blessure, diffusé sur France 3 en novembre 2006, cité par Pierre Daum, dans Le Monde diplomatique de mai 2008, p. 16-17 , ce qui "ne correspond que très partiellement à la réalité", selon l'historien Benjamin Storal'historien Benjamin Stora, cité par Pierre Daum, dans Le Monde diplomatique de mai 2008, pages 16 et 17 . Dans une enquête sur le terrain commencé dès , et publiée en mai dans Le Monde diplomatique, il réunit des témoignages illustrant les statistiques indiquant qu'environ 20% d'entre eux restent en AlgérieBruno Etienne, Les Problèmes juridiques des minorités européennes au Maghreb, Editions du CNRS, Paris, 1968, p. 236 et suivantes "Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie" par Pierre Daum, dans Le Monde diplomatique de mai 2008, pages 16 et 17 . Selon ces statistiques, étaient encore en Algérie en « Pierre Daum pour libérer l’histoire », Blog de Le Gai savoir sur Mediapart, mis en ligne le 15 juillet 2012.. Les chiffres donnés par Pierre Daum en 2008 puis en 2012 émanent cependant de l'ambassade de France, en .

En 2012, Pierre Daum publie une nouvelle enquête, Ni valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendanceArles, Actes Sud, 2012.Le livre est sorti en même temps en Algérie aux éditions Média Plus, à Constantine., reprenant le titre de son article de 2008, montrant à nouveau que tous les Pieds-noirs n’ont pas quitté l’Algérie au moment de l’indépendance du pays, en 1962. Dans la préface du livre, l’historien Benjamin Stora souligne qu’"aucune étude approfondie n’avait jusqu’à présent été entreprise sur le sort des Européens et des Juifs restés en Algérie après 1962", et que "le livre de Pierre Daum constitue dès lors une grande première"Op. cit., ..

Dans un compte rendu publié sur son blog personnel, l’historien Guy Pervillé a estimé de son côté qu'une partie de ceux qui ne sont pas rentrés en France ont quitté l'Algérie pour d'autres pays et que Pierre Daum "confond le discours public officiel du FLN sur l’égalité des droits offerte à tous les habitants de l’Algérie quelle que soit leur origine avec la réalité du nationalisme arabo-musulman qui s’est imposée en 1962"« Réponse au livre de Pierre Daum : Ni valise, ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance (2012) », par Guy Pervillé. Mis en ligne sur son blog le 11 juin 2012.. Guy Pervillé cite en particulier l'historien Daniel Lefeuvre, proche de lui sur ces questions, qui avait fait valoir qu'à l’été 1961, le Délégué général du gouvernement en Algérie, Jean Morin, avait "perdu ses illusions" car il constatait le "caractère xénophobe des manifestations musulmanes des 1er et 5 juillet 1961", et signalait que les Français d’Algérie "ne croient plus en la parole du chef de l’État"Le dernier exposé de Daniel Lefeuvre ? (2013), compte rendu Guy Pervillé, 2 avril 2014..

Les « harkis » restés en Algérie En 2015, Pierre Daum publie une nouvelle enquête, Le Dernier Tabou, les « harkis » restés en Algérie après l’indépendance.. Il y révèle que "la majorité des harkis, bien qu’ayant traversé une période effroyable après guerre, n’ont pas été victimes de massacres et ont continué, non sans difficultés évidemment, leur vie en Algérie".. Ce livre est le résultat d’une longue enquête en Algérie, au cours de laquelle le journaliste a rencontré quarante-trois anciens supplétifs algériens de l’armée française (ceux qu’on appelle communément en France les harkis), mais aussi des anciens appelés et engagés algériens restés dans leur pays après l’indépendanceVoir l'article de Serge Cordellier dans Alternatives Internationales n° 067 - juin 2015. L’historien François-Xavier Hautreux salue "la grande qualité de cet ouvrage, qui permet de faire entendre ces voix si longtemps tues"..

En France, le livre est attaqué à sa sortie par certaines associations françaises de harkis et d’enfants de harkis., qui l’accusent notamment de "négationnisme des massacres [de harkis] de 1962". ». En , Pierre Daum est déprogrammé du Salon du livre de Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes., ville qui a accueilli un camp de harkis en 1962. Une conférence de Pierre Daum prévue à Toulon en est également annulée..

En Algérie, l’ouvrage est qualifié de "livre-révélation" en une du quotidien francophone El Watan.. En 2015, des extraits du livre, traduits en arabe et comportant certains passages falsifiés, sont publiés sans autorisation par le journal arabophone El Hayat.. La sortie du livre à Alger, initialement prévue en , est brusquement annulée par l’éditeur algérien.. Finalement, le livre est publié en chez Koukou Éditions..

Publications Les Plaisirs et les Jours, de Marcel Proust : étude d'un recueil, Paris, Nizet, 1993 Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952) , préface de Gilles Manceron, Arles, Actes Sud, 2009 « Des Immigrés de force ou l’histoire des travailleurs indochinois en France et en Isère de 1939 à 1952 », in Des 4 coins de l’empire, Soldats et travailleurs coloniaux en Isère, 1914-1945, Grenoble, Musée de la Résistance et de la déportation, 2011 Ni valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, préface de Benjamin Stora, Arles, Actes Sud, 2012 « Et si on restait ? 1962 : quelles conditions pour les Européens et les Juifs qui voulaient rester », in Amar Mohand-Amer et Belkacem Benzenine, Le Maghreb et l’indépendance de l’Algérie, coédition CRASC (Oran) – IRMC (Tunis) – Karthala (Paris) 2012 « L’engagement des travailleurs indochinois en France en faveur de l’indépendance du Viêt Nam (1943-1952) », in La Mobilisation des immigrés pour la décolonisation France, 1930-1970, Paris, Migrance N° 39, 2012, coordonné par Louisa Zanoun « Les travailleurs indochinois de la Seconde Guerre mondiale », in Ève Duperray, Indochine de Provence, Le silence de la rizière, Arles, Actes Sud, 2012 « Une Mémoire qui ressurgit, Les travailleurs indochinois de la Seconde Guerre mondiale », in Hommes et migrations n°1305, Paris, Musée de l’Histoire de l’immigration, 2014 Le Dernier tabou, les "harkis" restés en Algérie après 1962, Arles, France, Actes Sud, 2015 Les Linh Tho, Immigrés de force, avec Clément Baloup, Paris, France, La Boîte à Bulles, 2017 L’Empire, l’usine et l’amour, « travailleurs indochinois » en France et Lorraine (1939-1952), avec Ysé Tran, Grâne, France, Créaphis éditions, 2019