vignette|Sacramentaire de Drogon, initiale décorée « T » du Te igitur, 850. thumb|Enluminure d'une lettrine extraite du codex Gigas, . vignette|Alphabet enluminé dans le livre Heures de Charles d'Angoulême ().
Une enluminure est une décoration exécutée à la main qui orne un manuscrit (du latin manus, « les mains » et scribere, « écrire »). Les techniques de l'imprimerie et de la gravure ont fait presque disparaître l'enluminure ; quelques livres imprimés en sont toutefois décorés.
Le terme « enluminure » est souvent associé à celui de « miniature », qui désigne une illustration. L'enluminure tantôt se mêle au texte et tantôt s'en éloigne, au point même, parfois, de ne plus entretenir aucune relation avec lui. On peut établir différentes distinctions : scènes figurées, compositions décoratives, initiales ou lettrines historiées, signes divers.
Le verbe latin illuminare (« éclairer », « illuminer ») a donné le mot français « enluminer ». Ce terme regroupe aujourd'hui l'ensemble des éléments décoratifs et des représentations imagées exécutés dans un manuscrit pour l'embellir, mais au il faisait surtout référence à l'usage de la dorure.
La technique de l'enluminure comporte trois activités : l'esquisse, le mélange des pigments de couleurs avec la colle animale et le coloriage par couche. L'enluminure est réalisée par un « enlumineur » ; son travail consiste à enjoliver un texte, un récit...
Enluminure et miniature thumb|Miniature du Roman de Mélusine par les Maîtres de Guillebert de Mets, 1410. Le terme « enluminure » est souvent associé à celui de « miniature », qui vient du latin minium, désignant un rouge vermillon. Jadis, le terme s'appliquait, de préférence, aux lettres ornementales majuscules (lettrines) dessinées en rouge (grâce à un oxyde de plomb de couleur rouge) sur les manuscrits ; puis le rapprochement (sans fondement étymologique) avec les mots « minimum », « minuscule », s'est opéré, et la miniature a désigné les images peintes, de petite taille, comparées aux tableaux et aux peintures murales (fresques). S'appliquant à toute représentation de format réduit, le terme a donc désigné également les petites scènes peintes sur d'autres objets que les manuscrits. Le mot « manuscrit » vient du latin : manus (main) et scribere (écrire), c'est-à-dire un texte écrit à la main.
On peut donc parler de « manuscrits enluminés », de « manuscrits à miniatures », et même de « manuscrits à peintures », comme le font certains spécialistes, puisque l'artiste chargé de cette part de l'œuvre était nommé pictor au Moyen Âge, pour le distinguer du scriptor (étymologiquement ce terme a donné scribe c'est-à-dire « celui qui écrit » mais copiste est plus adapté pour le Moyen Âge) chargé de la seule copie du texte.
Types d'enluminures L'enluminure n'est pas, comme le veut une idée reçue, que la simple lettrine (la lettre mise en couleur) par les copistes en début de chapitre ou de paragraphe, permettant ainsi de saisir facilement la structure du texte.
Sur le plan matériel, un ouvrage écrit comporte un texte dont les caractères ont une forme : lorsque l'écriture a une fin esthétique, on parle de calligraphie. L'étude des écritures anciennes est l'objet de la paléographie.
L'enluminure tantôt se mêle au texte et tantôt s'en éloigne, au point même, parfois, de ne plus entretenir aucune relation avec lui. On peut établir les distinctions suivantes, tout en notant leur caractère arbitraire, les artistes mêlant volontiers les genres : thumb|Bible de Jan de Selmberk, 1440. Exposée à la bibliothèque du couvent de Strahov, Prague. scènes figurées (historiées) : pleines pages (ex. les Beatus) ; insérées entre deux paragraphes ou chapitres ; en marge ;vignette|Antiphonaire de Philippe de Lévi, musée des Augustins de Toulouse. compositions décoratives : bordures (ex. les manuscrits flamands du ) ; bandeaux marginaux ; cartouches (ornements en forme de parchemin dont les extrémités sont enroulées (généralement en sens inverse) destinés à recevoir, dans la partie centrale, une inscription) ; frontispices (composition placée en première page) ; fins de lignes (motif plus ou moins allongé, ayant la hauteur du corps des lettres, et destiné à combler le vide entre le dernier mot écrit et la marge de droite) ; signes de paragraphes ou pied-de-mouche (lorsque le texte est copié en continu, un motif peint, assez simple et stéréotypé, marquait la séparation entre deux paragraphes ou entre deux versets du texte original) ; drôleries ou grotesques (dans les marges, en-têtes et pieds de pages des manuscrits gothiques tardifs, on voit, parmi les entrelacs végétaux des créatures oniriques plus ou moins monstrueuses et comiques. Le terme « grotesque » vient de l'italien « pittura grottesca », qui désignait des images peintes découvertes à partir du à Tivoli dans la Villa Hadriana, le mot « grottes » désignant jadis les monuments enfouis) ; thumb|Pontifical (Liber Pontificalis) d'Albert de Sternberg, 1376. Exposé au monastère de Strahov. vignette|Homéliaire dit de Saint-Barthélemy (vers 1250-1300), détail d'une lettrine D comportant un autoportrait de l'enlumineuse Guda. initiales ou lettrines : lettres peintes ou « rubriquées » (du latin « ruber », « rouge ») : lettres « simples » (leur étude se partage entre l'esthétique et la paléographie) ; lettres champies (lettres, la plupart du temps dorées, placées sur un fond peint, rehaussées de motifs stéréotypés) ; lettres filigranées (lettres décorées d'un motif d'inspiration végétale dessiné à la plume fine) ; lettres ornées (lettres cadres : elles sont constituées par le dessin de la majuscule auquel s'ajoutent des entrelacs, des plantes, des animaux et même des personnages, sans qu'il s'agisse d'une scène proprement dite) ; lettrines synthétiques (le décor seul dessine la lettre : moines en train de couper du bois, par exemple) ; lettres historiées (des scènes narratives sont représentées dans les espaces libres de la lettre) ; signes divers (il ne s'agit pas d'enluminures proprement dites, mais certains de ces signes ont une valeur esthétique qui leur ouvre une place dans cette nomenclature) : signes de pagination ; signes d'oublis et de fautes dans les marges ; signes d'annotations (dans les marges, la manicule destinée à appeler l'attention du lecteur sur un passage particulier du texte) ; on trouve également des esquisses de la future enluminure, réalisées à l'encre pâle ou, à partir du , à la mine de plomb, et destinées au peintre.
Technique Les moines enluminaient les livres rédigés par des moines copistes. La technique de l'enluminure comporte trois activités : l'esquisse, le mélange des pigments de couleurs avec la colle animale et le coloriage par couche.
Une fois le parchemin prêt à être utilisé, l'enlumineur réalise son dessin à l'encre. Le dessin achevé, il place les feuilles d'or et après pose la peinture. En tout dernier, il vient cercler les zones peintes avec un trait de contour pour plus de netteté. Certains détails peuvent être apportés avec du blanc pour faire ressortir les couleurs.
Étapes d’exécution d'une enluminure Utilisation d'une poudre graphite pour créer un contour pointillé, Les pointillés sont esquissés, Le croquis est retracé à l'encre, La surface est préparée pour l'application d'une feuille d'or, La feuille d'or est posée, La feuille d'or est polie pour lui donner un aspect brillant et réfléchissant à la lumière, Des impressions sont faites pour adhérer la feuille, Une base colorée est appliquée, Des tons plus sombres sont utilisés pour donner du volume, Des détails supplémentaires sont ajoutés, Des couleurs plus claires sont ajoutées pour donner de la particularité, Les contours à l'encre sont tracés pour finaliser l'enluminure.
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Volumen et codex Les premiers manuscrits enluminés sont les ouvrages de l'Égypte pharaonique, constitués de papyrus et en forme de rouleaux plus ou moins longs. Le Livre des morts d'Ani (British Museum) mesure , et le manuscrit de Turin environ .
Ici, il ne sera question que de l'enluminure occidentale, telle qu'on la trouve principalement sur le parchemin.
Jusqu'au , les manuscrits sont copiés dans les établissements ecclésiastiques, principalement dans les abbayes. Les moines copistes travaillaient toute l'année, ne s'arrêtant de copier que lorsque l'encre venait à geler l'hiver. À partir du , un artisanat et un marché, pas uniquement tenus par des clercs, se développent avec l'essor de l'université et des administrations et l'émergence d'un nouveau public amateur de livres.
À la même époque, l’Orient connaît une production particulièrement abondante de manuscrits, notamment au sein de l’Empire byzantin. La présence des croisés en Terre sainte contribue également à cet essor, favorisant l’implantation de scriptoriums, d’abord à Jérusalem, puis à Saint-Jean-d’Acre au siècle. Ces ateliers produisent des manuscrits mêlant l'influence de l'art byzantin, les influences occidentales et celles arabo-musulmanes.
On appelle volumen le livre formé d'une feuille unique faite de plusieurs feuillets cousus à la suite les uns des autres, et enroulée sur elle-même ou sur un bâtonnet de bois. Le mot vient du latin volvere, rouler, enrouler.
Le codexLa langue espagnole a conservé le terme de códice pour désigner un manuscrit ancien. est un livre à pages cousues, qui apparaît au À son apparition, il est adopté principalement par les chrétiens. Ce n'est qu'au début du qu'il se généralise dans le monde romain. Il est adopté au dans l'Empire byzantin. À l'époque, le codex était considéré comme plus pratique, mais l'on tenait le volumen pour plus sérieux.. Il représente un progrès remarquable par rapport au volumen : le codex contient deux fois plus de texte puisqu'on peut écrire sur le recto et le verso ; il est plus facilement transportable, maniable et entreposable ; sur le plan intellectuel, le codex présente d'énormes avantages dans la mesure où il facilite la « navigation » du lecteur dans le texte, ce qui permet à la lecture sélective de se répandre. Le texte devient donc plus précis, les citations plus exactes (le volumen rend difficile le retour en arrière, la recherche d'un passage) ; on voit apparaître de nouvelles techniques de mise en relation, comme les tables de concordances, les gloses et les notes ; le codex permet le regroupement de textes dans une même reliure ; l'enluminure se développe mieux dans le codex en parchemin que sur le volumen en papyrus.
Néanmoins, le codex ne fait pas disparaître le volumen enluminé. Ainsi, dans l'abbaye Saint-Bavon de Gand, un volumen datant de 1406 et comportant une belle enluminure historiée est conservé. Mais généralement les rouleaux tardifs ne sont pas enluminés : ils sont utilisés pour des généalogies, des chroniques, des inventaires, des pièces de procédure, etcLe « rôle » d'un acteur se trouve sur le rouleau contenant la pièce de théâtre. « Enrôler » un soldat, c'est inscrire son nom sur une liste en rouleau..
Le parchemin, support par excellence vignette|Charte de mariage de George Lamgloys et de Jane Mersier - 21 mai 1587, Enluminure sur parchemin, Lyon, bibliothèque municipale de Lyon. Coste 343-1. vignette|Un parchemin enluminé moderne : le diplôme du prix Nobel de physique de Pierre et Marie Curie, 1903. Le papyrus est très fragile et boit facilement l'encre et les couleurs. Le parchemin est beaucoup plus résistant et offre plus de possibilités à la création artistique du fait qu'il supporte mieux l'action chimique des encres et des couleursSelon une légende, Ptolémée V (vers 210 - vers 181 av. J.-C.) aurait interdit l'exportation de papyrus à Pergame, dont la bibliothèque rivalisait avec celle d'Alexandrie. C'est ce qui aurait permis l'essor du support en peau pour l'écriture. Le mot « parchemin » vient du latin pergamena, qui signifie « de Pergame »..