Le Nouvel Empire est la période la plus prospère de toute l'histoire égyptienne après l'âge d'or connu dans l'Ancien Empire. C'est une période de raffinement et d'évolutions qui s'étale sur un peu plus de cinq siècles. L'initiateur en est , premier roi de cette époque. Chasseur des Hyksôs, il va mettre en place les fondations du Nouvel Empire en compagnie de sa mère Iâhhotep et de son épouse Ahmès-Néfertary.

Le Nouvel Empire couvre une période allant d'environ 1500 à , et est formé de trois dynasties : les , et s.

Cette époque compte de nombreux personnages illustres : , , , Hatchepsout, Akhenaton, Toutânkhamon, Horemheb, , , Taousert, Sethnakht.

C'est la période la plus connue de l'histoire égyptienne, du fait de l'expansion territoriale égyptienne ; et surtout car elle comprend beaucoup de personnalités connues. De cette époque nous viennent de nombreux témoignages architecturaux dont les « demeures des millions d'années », mais aussi des temples édifiés pour rendre un culte aux rois défunts en adorant leur Ka (temple de Louxor, tombe de , Ramesséum, Abou Simbel). C'est une période très ouverte vers le monde extérieur, comme la Crète, les Hittites (ennemis un certain temps)

Les débuts du Nouvel Empire vignette|Bas relief d'un noble, v. 1295/ Brooklyn Museum.

Cette période commence par la fin du règne Hyksôs qui occupait la Basse-Égypte. Vers , le roi hyksôs ne contrôle plus que le nord de l'Égypte depuis Avaris, sa capitale. Ce sont les révoltes des princes thébains qui mettent fin à l'occupation des Hyksôs en Égypte. D'abord sous Kamosé qui les repousse vers le nord, leur prenant les territoires de Moyenne-Égypte. Le roi hyksôs essaie en vain de s'allier avec des souverains nubiens de Kerma, mais son messager est fait prisonnier sur la route des oasis.

Ahmôsis, futur roi thébain, prend la ville de Memphis lors d'une seconde attaque et place ses troupes devant la ville d'Avaris qu'elles prennent. Après trois ans de siège, la dernière place forte des Hyksôs (Sharouhen, dans le désert du Néguev) est prise par les Égyptiens. C'en est fini des Hyksôs, les territoires anciennement égyptiens sont remis sous leur contrôle.

C'est par l'expulsion des Hyksôs hors d'Égypte et par l'unification de la Haute et Basse-Égypte par que commence le Nouvel Empire d'après les égyptologues. Au début du Nouvel Empire, on note surtout de grandes conquêtes, notamment vers l'Asie Mineure et la Nubie, qui amènent les frontières de l'Égypte du cœur de l'actuel Soudan (près d'Abou Hamed, au nord de la cinquième cataracte) jusqu'à un pays appelé Naharina (près de l'Euphrate, au nord-est du pays).

Ainsi, l'Égypte acquiert une sorte de réputation mondiale. Cependant, les territoires au-delà de la vallée du Nil ne sont pas bien contrôlés, notamment les principautés qui, bien que contrôlées par un conseiller égyptien, restent sous la domination des populations autochtones. De nombreux témoignages montrent que l'Égypte souhaite quand même dominer le monde « jusqu'à ses limites ». Cela reste utopique, surtout quand on sait que l'Égypte n'a jamais su pacifier la Syrie septentrionale et centrale, où elle rivalise d'abord avec les princes du royaume du Mitanni, puis avec les Hittites.

La politique intérieure au début du Nouvel Empire

, puis (en grec : Aménophis) réalisent l'unification des Deux Terres, indispensable à la prospérité du pays. Pour cela, ils engagent des réformes telles que l'homogénéité de l'administration, de la législation, du calendrier et du culte. est élevé au rang de dieu à sa mort pour ces actes.

À cette époque, on renforce l'importance de la famille royale au sein du culte divin. Par exemple, c'est à une princesse de la famille royale que revient le titre d'épouse du dieu Amon, à Thèbes. Cette fonction est très importante car elle apporte à la famille royale une plus grande influence politique (en raison de l'oracle d'Amon). Cette époque voit aussi Amon, dieu à l'origine seulement local, élevé au rang de dieu dynastique (constructions de temples dans tout le pays).

Hatchepsout et vignette|.

À la mort de , c'est le fils d'une épouse secondaire, , qui monte sur le trône. En raison de son jeune âge, la régence revient à sa tante et belle-mère, Hatchepsout, fille de et épouse de .

Hatchepsout s'impose sur le plan politique. Elle dresse de nombreux obélisques dans le temple de Karnak et construit un magnifique temple funéraire sur la rive ouest de Thèbes, au lieu-dit Deir el-Bahari. Dans ce temple, on peut voir des scènes de théogamie, où est relatée la naissance divine du pharaon.

L'histoire retient une Hatchepsout pacifique et un belliqueux, et parfois même un peu trop énergique : au cours d'une chasse de cent vingt éléphants dans une plaine de l'Oronte, le roi fait une démonstration personnelle de son audace, mais un officier doit intervenir pour le tirer d'une situation périlleuse.

Les campagnes de Syrie et de Canaan

Hatchepsout et bénéficient des acquis de , qui avait conquis le Sud de Canaan et avait imposé l'autorité égyptienne sur la Syrie au roi du Mittani. Durant le règne d'Hatchepsout, le prince de Qadesh profite de son pacifisme pour réunir des détracteurs au pouvoir égyptien ; de plus, les conflits surtout commerciaux ne cessent de croître. À la mort de la femme pharaon, les troupes de atteignent Gaza. Après un siège de sept mois, la ville de Megiddo se rend, suivi de nombreuses principautés qui reconnaissent la suprématie égyptiennepar exemple, le souverain d'Assour, ennemi du Mitanni, qui établit des liens avec le pharaon. La vingtaine d'années suivantes sont occupées par des campagnes visant à asseoir l'emprise égyptienne sur la Syrie centrale. Pour intervenir rapidement contre un risque de rébellion à Qadesh, deux bases sont établies, à l'embouchure de l'Oronte, à Gaza et peut-être aussi à Damas.

Les campagnes vers le Sud

Dès la fin de l'occupation des Hyksôs, on s'empresse de reconquérir les territoires du Sud, notamment dans la région d'Éléphantine et en Basse-Nubie, où les princes de quelques cités avaient conclu des accords avec le roi de Kerma. , comme Ahmôsis avant lui, attaque le centre du pouvoir de Kerma ; la ville est assiégée et le royaume anéanti (vers ).

Pour continuer à contrôler ces territoires, la région est mise sous contrôle d'un vice-roi égyptien nommé fils royal de Koush et dont le pouvoir s'étend jusqu'à proximité d'El Kab, dans la région du désert oriental. Tout comme ceux des princes d'Asie du Nord, les fils des princes nubiens sont emmenés à la cour égyptienne, et élevés parmi les jeunes princes égyptiens afin de préserver leur loyauté future. Le tribut reçu du Sud est administré par le temple d'Amon à Thèbes.

Le culte du roi et de ses ancêtres est introduit dans les régions du Sud en édifiant de nouveaux temples au sud de Kerma (notamment à Saïs, Soleb et Napata). On voue ainsi des cultes à Amon, Ptah et Horus. Pour protéger les arrivées massives d'or nubien, si précieux aux yeux de l'Égypte qui en avait besoin pour consolider son prestige, des forteresses sont édifiées à la sortie du Ouadi Allaqi.

Avec les tributs du Nord ajoutés à ceux du Sud, déposés au trésor royal de Thèbes, l'influence économique de l'Égypte est devenue incontestable. Avec la fin du monopole maritime minoen en CrèteSûrement dû à l'irruption d'un volcan sur l'île de Santorin, et la prise de pouvoir par Mycènes, l'Égypte a l'occasion de pratiquer plus amplement des échanges commerciaux avec les autres royaumes.

Les produits égyptiens, dont l'or était très apprécié des royaumes étrangers, n'ont pas de mal à se répandre dans toute la mer Égée. Mais l'Égypte importe aussi beaucoup de produits finis, ainsi que de matières premières et de la main d'œuvre : des artisans syriens, d'Asie Mineure et de Crète viennent travailler sur les chantiers navals royaux du port de Memphis.

Le fer provient du Liban, près de Koumidou, et la turquoise est extraite des mines de Sarabit al-Khadim dans le Sinaï. Cette ouverture sur le monde méditerranéen modifie profondément les modes et les goûts. L'influence des conseillers étrangers ne cesse de croître, et de nombreux mots d'origine sémitique sont introduits dans la langue égyptienne.

, et

, fils de , poursuit les campagnes en Syrie. Son petit-fils impose sa politique avec le soutien de l'armée, car il a reçu une formation militaire. Le roi du Mitanni, qui craint une nouvelle menace d'une grande puissance hittite, aspire à des rapprochements avec l'Égypte, et permet à d'installer son propre dirigeant sur le trône du pays de Noukhassé, au sud d'Alep.

n'a qu'à poursuivre la politique militaire déjà bien installée en Syrie et n'a à faire que quelques campagnes en Nubie. Il se marie avec une fille d'officier influent dans la cour de la région d'Achmim. À dix huit ans, il a une épouse secondaire, Giloukhepa, fille d'un souverain du Mitanni, avec en dot, d'importants territoires du Levant. D'autres mariages politiques ont ainsi lieu, notamment avec les filles des rois de Babylone, d'Assour et d'Arzawa en Anatolie.

Les campagnes militaires finies, le roi peut se consacrer à son pays, et prend de grandes décisions lors de sa fête-SedCérémonie royale en l'honneur des trente ans de règne du souverain. D'abord, il construit un immense ensemble palatial à Malqata, sur la rive gauche du Nil, qui disposait de son propre port. Il est alors vénéré quotidiennement à la cour comme l'incarnation du Soleil. Amenhotep fils de Hapou, érige pour le roi un imposant temple funéraire.

Cette époque est aussi celle de la naissance du culte d'Aton, dont le nom est habituellement donné au disque solaire. D'après l'idéologie, le roi et le dieu se mêlent la nuit pour qu'au matin, le roi apparaisse sous l'incarnation d'une divine forme humaine. Aton fait de l'ombre à Amon qui est contesté par la cour, et ainsi naît une dispute entre celle-ci et les grandes familles égyptiennes.

Akhenaton vignette|Akhenaton.

Amenhotep , fils d' et de Tiyi, épouse Néfertiti, probablement d'origine étrangère. Il a sans doute baigné depuis son enfance dans les discussions sur le culte dynastique du roi et de son dieu Amon. Ainsi, on peut supposer qu'il a préparé depuis longtemps le remplacement du culte d'Amon par celui du dieu solaire, ce qu'il fait effectivement, six ans après son couronnement : il supprime le culte d'Amon à Karnak, mais, au lieu de supprimer le temple, il l'utilise au profit de son dieu. Sa femme Néfertiti et sa fille Mérytaton exercent la fonction sacerdotale des anciennes épouses du dieu. Petit à petit, on supprime le nom d'Amon dans les lieux de cultes égyptiens, et la propriété d'Amon change de culte.

C'est à partir de l'an 5 du règne d'Amenhotep -Akhenaton que la reine mère et la cour au complet déménagent pour le palais de l'actuelle Amarna, en Moyenne-Égypte. Akhetaton (« horizon d'Aton ») est le nom de cette ville, destinée à la fonction de capitale. En changeant de capitale, il change son nom pour celui plus connu d'Akhenaton, probablement par provocation aux règles religieuses précédentes ; il centralise le culte solaire au palais royal avec le temple du palais d'Aton et un temple funéraire, et sa tombe est volontairement édifiée loin de celles des fonctionnaires de la cour dans le désert oriental. Souvent, on représente Akhenaton par des statues répondant à la modification des canons artistiques, et non forcément à la réalité physique.

En architecture comme en sculpture, on note de profondes modifications, notamment au niveau de la coupe des blocs de pierres (probablement des nouveaux modules utilisés pour tailler la pierre). Des expressions populaires font leur apparition dans des documents officiels, on parle alors de néo-égyptien. Des représentations du pharaon et de sa famille remplacent aussi les représentations des dieux locaux dans tout le pays.