L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Cramoisy, dans le département de l'Oise, en France. Elle possède un clocher roman de deux étages, qui remonte au tout début du .
L'église a été classée aux Monuments historiques par arrêté du . Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy. Les célébrations eucharistiques sont devenues rares en raison de l'étendue de cette paroisse.
En plus du clocher un contrefort plat de la façade et un chapiteau archaïque subsistent de l'église romane dont il est impossible de reconstituer le plan. Dans un premier temps l'église romane a été agrandie par une chapelle de deux travées au sud de la nef que son style gothique primitif permet de dater de 1180 environ. Elle a été démolie à une époque indéterminée. Dans un deuxième temps la façade et toute la nef ont été élargies et un nouveau chœur, avec une chapelle latérale au sud, ont été édifiés dans le style gothique rayonnant vers le milieu du . Alors que la nef paraît provisoire le chœur ne manque pas d'intérêt. La voûte en berceau au nord du clocher détonne en pleine période gothique ; les nervures des voûtes du vaisseau central sont délicatement moulurées mais en partie déformées. Les deux grandes fenêtres de la seconde travée sont remarquables. Celle au nord conserve des vitraux en grisaille d'origine et la fenêtre du chevet possède une verrière polychrome contenant des fragments du . Sur le plan du mobilier des boiseries de retable peintes flanquent l'autel et sont un intéressant témoignage de l'art religieux populaire.
Localisation
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, près de Creil, dans la vallée du Thérain, sur la rive droite de la rivière, et sur la commune de Cramoisy, rue Henri-Heurteur (RD 12) et rue de l'Église. L'église est orientée de la même façon que la vallée du Thérain à Cramoisy, dans un sens nord-ouest / sud-est. Elle est bâtie à flanc de coteau, encore proche du fond de la vallée, à la limite du village, dont elle domine les parties basses. Cependant, le plateau de Thelle au sud-ouest du village et de l'église est nettement plus élevé, et rien n'en apparaît en s'en approchant depuis cette direction. L'édifice est enserré entre deux rues : la rue de l'Église descend du plateau et longe l'élévation méridionale, et la RD 12 est ici déjà située plus bas, et flanque l'élévation septentrionale. Les deux rues se rejoignent devant la façade occidentale. Une courte voie secondaire les relie également près du chevet. Le dénivelé entre les deux rues est considérable, et le mur septentrional de l'église ainsi que le chevet en partie sont construits sur un haut soubassement. L'église est entièrement dégagé d'autres bâtiments, et l'on peut en faire le tour.
Historique thumb|Nef, vue dans le chœur.
Par l'analyse de l'architecture du clocher et la comparaison avec d'autres clochers romans de la région, Dominique Vermand a pu dater le clocher de Cramoisy du tout début du . Il n'est stylistiquement pas très éloigné des clochers de la seconde moitié du de la région. Au début, l'église se compose d'une nef unique et d'un chœur de deux travées ; le clocher étant implanté au sud de la première travée du chœur. De la nef primitive, ne subsiste plus que le contrefort plat à gauche de la façade, et du chœur, ne reste que le chapiteau au sud de l'ancien arc triomphal, avec son tailloir et son fût de colonnette. Vers 1180, le mur sud de la nef est percé de deux arcades au niveau de la seconde et de la troisième travée, afin de la relier à une nouvelle chapelle de style gothique primitif. Les intéressants chapiteaux engagés dans les piliers des arcades se sont conservés. La chapelle elle-même est démolie au premier quart du au plus tardElle n'est ni mentionnée par Louis Graves (1828), ni par Eugène Woillez (1849)., car encombrant la rue de l'Église. Le reste de l'église date du milieu du , quand l'église est agrandie et profondément remaniée. Le mur nord de la nef est démolie, et la façade est élargie vers le nord. Un nouveau mur septentrional est bâti, et avant et surtout, un nouveau chœur est édifié. Comme le montrent les chapiteaux, sa première travée devait être voûtée d'ogives, mais elle a finalement été voûtée en berceau brisé. La seconde travée est de style gothique rayonnant. Du milieu du date également la chapelle latérale sud du chœur, qui est d'un style plus rustique.. — Au cours des années 1840, Eugène Woillez est le premier à étudier le clocher roman de l'église. En 1897, Eugène Müller écrit que l'église de Cramoisy ne manque point d'intérêt.. Par arrêté du , elle est classée aux monuments historiques.
L'église est dédiée à saint Martin de Tours. Sous l'Ancien Régime, elle dépend du doyenné et archidiaconé Clermont du diocèse de Beauvais. La cure est à la nomination de l'évêque de Beauvais.. Au moment du Concordat de 1801, le diocèse de Beauvais est annexé au diocèse d'Amiens, puis il recouvre son indépendance en 1822. Depuis, Cramoisy en fait partie à l'instar de toutes les autres communes de l'Oise. En 1878 (et sans doute pendant une grande partie du ), l'église Saint-Martin est desservie par le même curé que l'église Saint-Leufroy de Thiverny.. En 1996, quarante-cinq nouvelles paroisses plus étendues que les anciennes sont définies dans le diocèse de Beauvais. Cramoisy est intégré dans la paroisse Sainte-Claire avec siège à Mouy, qui compte une vingtaine de clochers.. Les célébrations eucharistiques sont devenues rares en l'église Saint-Martin, et se limitent à environ trois messes dominicales anticipées par an, sans compter les célébrations particulières..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
L'église est orientée assez précisément vers le sud-est du côté du chevet. Elle suit un plan dissymétrique, dont l'irrégularité est imputable à la situation topographique. La nef non voûtée de trois travées est suivie d'un chœur de deux travées au chevet plat. La première travée est peu profonde, et sa voûte en berceau brisé a pour mission de contrebuter le clocher, qui s'élève au sud de cette travée. La seconde travée est approximativement carrée, et s'accompagne au sud d'une chapelle servant aujourd'hui de sacristie. Ces deux travées orientales sont voûtées d'ogives. La seconde et la troisième travée de la nef communiquaient jadis avec un bas-côté, dont les vestiges demeurent visibles tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Depuis l'extérieur, le plan de l'église paraît plus complexe qu'il ne l'est, car depuis son élargissement au milieu du , la façade suggère une nef accompagnée d'un unique bas-côté au sud. Il n'a en fait jamais existé, comme le montre la disposition du chœur. Par sa position, la base du clocher pourrait abriter une chapelle latérale, mais elle est en réalité fermée sur le reste de l'église. Puisque l'arcade vers la chapelle latérale sud du chœur est aux trois quarts fermée par une cloison provisoire, l'espace intérieur de l'église se résume globalement à un rectangle. L'ensemble de l'église est couvert d'une toiture unique à deux rampants. Le premier étage du clocher est relié aux combles du chœur par une structure en charpente, qui est munie d'une bâtière perpendiculaire à l'axe de l'édifice. L'église possède trois accès, à savoir le portail occidental, une porte dans la première arcade bouchée au sud, et la porte de la sacristie du côté sud, qui n'est plus utilisable.
Extérieur Clocher thumb|upright|Le clocher roman, vue depuis le sud-est. thumb|upright|Détails du clocher, relevés par Eugène Woillez. thumb|upright|Façade occidentale. thumb|upright| grande arcade du sud. thumb|upright|Chœur, vue depuis le sud-est, rue Henri-Heurteur.
Le clocher est l'élément le plus remarquable de l'église. Il est encore proche des clochers romans de la seconde moitié du que possède la région, notamment les tours de chevet de Morienval, Rhuis, Saint-Aignan de Senlis, et la tour nord de Saint-Pierre de Senlis. Mais avec Laigneville et Warluis, le clocher de Cramoisy est bien le seul à être primitivement dépourvu de contreforts. Au sud, les trois contreforts qui épaulent le rez-de-chaussée n'ont été ajoutés qu'au milieu du , en même temps que la chapelle latérale sud du chœur. Le contrefort qui fait saillie dans la nef près de l'arc triomphal doit également être secondaire. L'ensemble du clocher est soigneusement appareillé en pierre de taille. Son plan s'inscrit dans un parfait carré de de côté à l'extérieur, et la hauteur depuis le sol intérieur jusqu'à la corniche supérieure est de . Suivent encore six assises ajoutées à l'époque moderne, et un toit également moderne, qui devrait remplacer une simple pyramide en pierre. Le rez-de-chaussée se termine par une voûte à une hauteur de de hauteur, dont Eugène Woillez ne précise malheureusement pas la nature. L'éclairage est uniquement assuré par une sorte de meurtrière en haut du mur latéral (sud-ouest), bien au-dessus du niveau des fenêtres de la chapelle latérale du chœur. Cette disposition donne à penser que l'intérieur n'a jamais été destiné à servir de chapelle, contrairement à Morienval et Rhuis, et tous les clochers romans du . En tout cas, Eugène Woillez et les autres auteurs ne signalent pas de traces d'une ancienne arcade vers l'intérieur de l'église. La base du clocher n'est accessible que depuis la sacristie, et il faut une échelle pour monter aux étages..
Les étages sont au nombre de deux. Ils présentent le même ordonnancement, et chacune de leurs faces est percée de deux baies gémelées en plein cintre, mais la décoration diffère. Les baies du premier étage prennent appui sur un bandeau, qui est mouluré d'un rang de dents de scie vers le bas, et d'un rang de dents de scie en bas-relief latéralement. Les baies sont cantonnées de deux colonnettes à chapiteaux, qui ont pour tailloir une tablette moulurée continue, qui va tout autour du clocher. Son profil est très sommaire, et se compose d'une plate-bande et d'un biseau, sur lequel des lignes brisées sont gravées. Les colonnettes sont monolithiques, et certains fûts sont pourvus de huit larges cannelures, ce qui est assez rare. Les bases sont d'un style lourd, irrégulières, et flanquées de griffes. Le décor sculpté des chapiteaux est archaïque et peu varié. Comme originalité, les cannelures des fûts sont reprises par certains chapiteaux. Il y a aussi des chapiteaux à godrons, qui sont introduits en Normandie vers 1080 / 1085, et apparaissent dans l'Oise environ cinq ans plus tard.. Les autres chapiteaux sont à volutes d'angle, seulement ébauchées ou plus ou moins développées. Parfois elles sont reliées par une tige perlée en forme de méandre, ou un losange s'insère entre deux volutes, au milieu de la face de la corbeille. Les claveaux des fenêtres ne sont pas décorés, mais surmontés d'un bandeau chanfreiné. Sur les autres clochers mentionnés, on y trouve un cordon de billettes. La limite avec le second étage est marqué par ce qui évoque de loin un rang de billettes, mais comme à Saint-Aignan de Senlis, quatre à six petites arcatures en plein cintre sont taillées dans de gros blocs de pierre. Le second étage est sinon analogue. Il se termine par une corniche, dont l'échine entre deux modillons est agrémentée d'une moulure assez complexe. Les modillons sont au nombre de six par face, et comme particularité, chaque angle en comporte un qui est planté de biais. Certains modillons présentent des têtes sculptées ; d'autres sont pourvus d'un décor géométrique simple, ou bien restent frustes.
Façade occidentale