Le 2,8-cm schwere Panzerbüchse 41 (sPzB 41) était une arme antichar allemande utilisée durant la Seconde Guerre mondiale. Sa particularité est qu'elle fonctionne suivant le principe de Gerlich, alliant munitions à noyau de tungstène et canon à âme conique. Officiellement classé parmi les fusils antichar lourd (en allemand : schwere Panzerbüchse), il serait néanmoins plus judicieux de le classer parmi les canons légers anticharE.g. US War Department Intelligence Bulletin, novembre 1944 du fait de sa conception et de son calibre.
Historique du canon à âme conique Le principe du canon à âme conique fut inventé en 1903, par l'ingénieur allemand Karl Puff. Le projectile utilisé avec une telle arme devait être pourvu d'une enveloppe molle qui était comprimée par la conicité de l'alésage interne du canon. La vitesse du projectile était donc augmentée étant donné que son diamètre était considérablement diminué tandis que la pression à l'intérieur du canon restait constante. Malheureusement pour Puff son invention fut sans suite, en raison de la complexité de fabrication d'un canon rayé à âme conique dépassant la capacité de fabrication des armuriers allemands de l'époque.
Au début des années 1930, le Hermann Gerlich de Kiel (Allemagne), diplômé en thermodynamique et ayant travaillé pour les firmes d'armement Vickers, Son et Maxim, parvient à créer un procédé de fabrication reprenant le principe de Puff, pour l'adapter sur des carabines de chasse de la marque HalgerTHE FIELD ARTILLERY JOURNAL VOL. XXII JULY-AUGUST, 1932 No. 4 US ARMY. En adjoignant à cette carabine de calibre (.280), une nouvelle munition baptisée "Halger Ultra" Gerlich obtint une vitesse initiale de pouvant percer une plaque de blindage de à Artillery: An Illustrated History of Its Impact By Jeff Kinard. Fort de cette arme dotée d'excellentes performances balistiques avec une flèche minimale et des capacités antiblindage, Gerlich tenta de vendre son procédé à plusieurs forces armées, mais sans succès en raison du coût de fabrication et du trop fort recul généré pour une arme d'épaule.
À noter que durant cette période, le fabricant d'arme américain Springfield Armory valida ce concept dans une nouvelle version de son fusil M1917. Ce fusil, utilisant le procédé de Gerlich, développait une vitesse initiale de contre seulement sans.
En 1934, Gerlich renonça à tenter de commercialiser lui-même son concept et se rapprocha du conglomérat allemand Rheinmetall.
En 1939, en se basant sur les études de Gerlich, Mauser-Werke AG développa un fusil antichar de calibre , initialement désigné Gerät 231 ou MK.8202. Durant la période juin - , un premier lot de 94 piècesCertaines sources parlent de 30 unités fut expérimenté par la Wehrmacht. Après diverses améliorations, le prototype entra dans sa phase de production de masse sous l'appellation Panzerbüchse 41. Avec des projectiles ayant une vitesse initiale de , le sPzB 41 pouvait pénétrer de blindage en acier nickelé à une distance maximum de . Chaque unité coûtait , ce qui est relativement peu onéreux en comparaison des autres armes antichar - un canon 5-cm Pak 38 coûtait . De 1941 à 1943, la production de cette arme ne fut pas continue en raison du manque récurrent de tungstène pour ses munitions.
Conception et développement
Bien que le sPzB 41 fut classifié comme fusil antichar, sa conception est plutôt typique d'un canon antichar, avec système d'absorption du recul, affut sur roues et bouclier de protection. Les seules caractéristiques communes avec les fusils antichar sont l'absence de mécanismes assurant le pointage en élévation et traverse, car celui-ci pouvait être pointé manuellement par un seul servant.
Canon et système d'absorption du recul Le canon rayé du sPzB 41 était en acier monobloc pesant à lui seul. L'âme de celui-ci est alésée de façon conique, passant d'un calibre de (niveau de la chambre) à (au niveau de la bouche). Une telle conception permettait d'augmenter significativement la pression à l'intérieur du tube pour permettre d'atteindre des vitesses initiales élevées (), mais devait utiliser des projectiles spéciaux . Chaque projectile était muni d'une double collerette en acier mou entourant un noyau en tungstène . Ce dispositif se déformait au fur et à mesure de la réduction du diamètre du canon, permettant de conserver une pression constante. La durée de vie du canon était estimée à 500 coups.
La mise à feu est effectuée par la pression d'un levier situé sur la culasse. La culasse à glissement horizontale était de type "trois quart automatique" : elle se refermait automatiquement une fois qu'un obus était chargé. La visée était assurée par une mire métallique ou à l'aide d'un viseur optique ZF 11 (provenant du 3,7-cm Pak 36) pour les distances supérieures à . Un contrepoids disposé sur l'arrière du berceau permettait d'équilibrer l'arme lors des phases de pointage. Le tireur manipulait le canon à l'aide de deux poignées situées autour de la culasse.
L'absorption du recul était basée sur un frein de bouche et un système d'amortisseur hydraulique couplé à un ressort récupérateur. Le frein de bouche était vissé sur le tube et verrouillé à l'aide d'un contre écrou. Sa fonction était absorbé l'énergie du recul en détournant les gaz à travers ses ouvertures latérales.
Le dispositif principal d'amorti du recul (frein hydraulique et ressort récupérateur) en fonte était situé entre le canon et son berceau. Le canon, lors du tir, recule sur son affut guidé par des rails amorti par le système de piston hydraulique puis retourne à son emplacement d'origine grâce au ressort récupérateur. La course de recul est comprise entre à Page 306-309.
Bouclier Le bouclier de protection a été conçu pour résister aux impacts de balles, aux éclats et ondes de chocs proches. Il est constitué de deux feuilles d'acier de d'épaisseur espacées de . Cette conception offre une meilleure résistance aux impacts par rapport à une plaque unique de même forme et poids. Outre le bouclier principal, 2 protections supplémentaires étaient fixées au niveau de la culasse autour du viseur.
Affut L'affut est de type biflèche à roues. Le berceau du canon reposé sur un essieu à roues doté de suspension sur lequel les bras étaient fixés. Repliés ceux-ci servaient de mat de remorquage, dépliés ils assuraient la stabilité latérale de l'arme lors des tirs. Les roues étaient constituées de jantes en tôle munies de roues pleines en caoutchouc.
Mise en batterie et transport Prévu pour être mis en dotation au sein des unités motorisées, le Panzerbüchse 41 pouvait être remorqué à une vitesse maximale de et de plus était généralement couplé à une remorque de type Infanteriekarren IF8 embarquant les munitions. La vitesse était limitée en raison de la taille des roues de l'affut, par conséquent il n'était pas rare que l'arme soit chargée dans une remorque spéciale de type Sonderanhänger 32/3 pour accroitre la vitesse de traction.
Le poids du Panzerbüchse 41 permettait une manutention et une mise en batterie aisée. Les roues étaient rapidement (30 à ) et facilement démontable sans outils, permettant de rabaisser encore plus sa silhouette.
En cas de besoin, sans outils supplémentaires, le sPzB 41 était démontable en 5 parties : le bouclier de protection (), le canon avec son frein de bouche (), le berceau avec le système d'amorti du recul, la culasse et le contrepoids (), l'essieu à suspension avec ses roues () et enfin les supports de l'affut ().
Production + Unités de 2,8-cm sPzB 41 produites par année Année 1940 1941 1942 1943 Total Nombre 94 349 1 030 1 324 2797
Variantes 2,8-cm schwere Panzerbüchse 41 (s.PzB.41): Version originale de production montée sur un affut à roues muni de suspension destinée aux unités motorisées. La caractéristique de cette version est la présence d'un mat de remorquage. Poids de avec la possibilité de démonter les roues (). 2,8-cm schwere Panzerbüchse 41 mit leichter Feldlafette 41 (s.PzB.41 le.Fl.41): Variante allégée destinée aux unités de parachutistes (Fallschirmjäger) et troupes de montagne (Gebirgsjäger) . Poids réduit de à à la suite de la suppression du bouclier (temporaire) et du système de suspension de l'affut, le remplacement des roues par des galets, la refonte de l'affut et à l'utilisation d'alliage léger. 2,8-cm KampfWagenKanone 42 ( KwK 42): Variante destinée à être utilisée en tourelle de char . Sa différence notable est le chromage de l'intérieur du canon, qui augmente sa longévité de 500 à 1000 obus. 24 unités ont été produites mais peu d'informations subsistent sur leur utilisationPage 28-30. Cette arme fut notamment montée sur des véhicules blindés sur roues Sd.Kfz. 221, des semi chenillées Sd.Kfz. 250/11 ou SdKfz 251 et des véhicules tout terrain Horch 901 ou (Horch Type 40 / Kfz. 15).
Munition et balistique
Munitions Le schwere Panzerbüchse 41 tire une munition spécialement étudiée de 28 × . Il existe 4 types de projectiles :
MunitionTypeDescription Poids projectileVélocitéCharge explosiveFuséePoids totallongueurCharge propulsiveType percuteur Panzergranatpatrone 41 (Pz.Gr. 41)Anti blindage composite non rigideDésigné aussi Armour-piercing, composite non-rigid (APCNR) Obus anti blindage à cœur de carbure de tungstène (91 % de tungstène) entouré d'acier doux avec une pointe balistique en magnésium. Conditionné en caisse métallique de 12 obus (poids total : ) // de nitrocellulose A percussion C/13 nA ou C/13 nA St. Sprenggranatpatrone 41 (Sprgr.Patr. 41)Haut pouvoir explosif Obus à fragmentation de PETN Kpf.Z.45 de nitrocellulose A percussion C/13 nA ou C/13 nA St. Sprenggranatpatrone Übung 41 (Sprgr.Patr.Üb.41) Exercice, inerte Obus d'exercice avec pointe en bois pour simuler l'utilisation de la Sprgr. 41 ///// /A percussion C/13 nA ou C/13 nA St. Platzpatrone (Platzpatr. 41)Exercice, à blancObus d'exercice pour tir à blanc/ /// / /A percussion C/13 nA ou C/13 nA St.
Coût et production + Coût de production pour obusMunitionsstatistik Stand: 1. September 1942. Berlin : Wa J Rü (Mun), Stab I b, 1942. 116 p.Heereswaffenamt. Zusammenstellung der Explosivstoffgewichte für deutsche Munition (zu H. Dv. 450 Rdnr. 46). Berlin : Oberkommando des Heeres, 1944. 21 p. Merkblatt 28/1.PAWLAS, Karl R. Waffen-Revue W 127 - Datenblätter für Heeres-Waffen, -Fahrzeuge und Gerät. Nurnberg : Publizistisches Archiv für Militär- und Waffenwessen, 1976. 248 . / 2,8-cm Pzgr. Patr. 41 2,8-cm Sprgr. Patr. 2,8-cm Pzgr. Patr. 41 Üb2,8-cm Platzpatr. 41TypeAntiblindageFragmentationExerciceA blancPrix (en reichsmarks) / Acier / Tungstène / / /Magnésium / / /Cuivre Aluminium //Plomb ///Zinc /
+ Munitions pour 2,8-cm sPzB 41 produites par année (en milliers)Année 1940 1941 1942 1943 Total 2,8-cm Pzgr. Patr. 41 156.2 889.5 270.0 278.1 1602.8 2,8-cm Sprgr. Patr. / 9.2 373.3 130.1 512.6
Balistique Les projectiles d'une longueur de pour de diamètre du Panzerbüchse sont constitués d'une enveloppe en acier doux, présentant 2 collerettes. Ces collerettes seront comprimées au fur et à mesure de la baisse du diamètre du canon, assurant ainsi la rotation du projectile durant le vol. Grâce à cette conception, le projectile subit une pression constante de . Une pointe balistique en magnésium assure la stabilité en vol du projectile. Lors de l'impact, la pointe balistique et l'enveloppe sont détruites, la capacité de pénétration est alors garantie par le noyau en tungstène.
+ Capacité de pénétration du canon 2,8-cm sPzB 41 Munition Type PoidsVélocitéInclinaisonà à à à à 2,8-cm Pzgr. Patr. 41 Anti blindage composite non rigide -/ -
En service opérationnel