L'église du Fort, parfois aussi nommée église Saint-Pierre, était la plus ancienne église de Saint-Pierre, dans l'île de la Martinique, située entre les rues du Dr Deschiens et de l'Église, dans le quartier du Fort. Détruite par l’éruption de la montagne Pelée du , ses ruines sont aujourd'hui un monument historique et un point d'attrait touristique majeur de la ville.
Histoire La paroisse du Fort Saint-Pierre est établie vers 1640 et administrée par les Jésuites. La construction en bois de la première église du Fort est sans doute antérieure à 1640 car le Père Bouton écrit : L'église paroissiale est placée sous le patronage du chef des apôtres à cause du Fort Saint-Pierre qui s'élève auprès d'elle, et qui a été ainsi nommé parce que d'Esnambuc s'appelait Pierre. C'est la plus ancienne église de la Martinique et l'une des premières églises françaises du Nouveau Monde. En 1646, le Père Maurile de Saint-Michel, Carme, écrit à son tour :
En 1680, grâce au produit de certaines amendes que lui remet M. de Blénac, le Père Farganel construit une église en maçonnerie dédiée à la Visitation de Notre-Dame et à Saint Pierre, sur son emplacement actuel, au plus près du bourg naissant, en remplacement de la première église paroissiale qui devient la chapelle des morts. Le plan est en croix latine et possède deux chapelles qui font la croisée. Elle mesure 120 pieds de long sur 36 de large. Sa façade ouest s'orne d'un portail dorique surmonté d'un attique. La charpente ne permet pas de supporter plusieurs cloches. Le clocher est donc séparé du corps du bâtiment par une petite place pavée à l'arrière du chevet, autour duquel se structure un quartier, le quartier du Fort. L'église Saint-Pierre est desservie par les jésuites qui y assurent un service avec beaucoup de modestie et d’ordre.
En 1684, en accord avec les supérieurs des différents ordres religieux, le lieutenant général Blénac et l'intendant Bégon donnent leurs limites aux seize paroisses alors existantes à la Martinique, dont celles de la cure de Saint-Pierre : Les limites des paroisses sont approuvées par le roi le .
Lors de sa visite de la Martinique en 1694, le père dominicain Jean-Baptiste Labat ne manque pas de critiquer l'église de ses concurrents jésuites, qu'il trouve disproportionnée, la nef lui semblant trop longue et étroite.
Le gouverneur Marquis de Caylus est enterré dans l'église le .
À la suite de l'invasion de la Martinique par les Britanniques en 1762, le Général Monckton demande au Père Lavalette que l'église Saint-Pierre lui soit remise pour l'exercice du culte anglican. Ce dernier, complaisant, la livre de fort bonne grâce et sans aucune difficulté, profanant le caractère catholique de son église. Au moment de l’expulsion des jésuites en 1763, la paroisse est confiée à l’abbé Perreau, de l'ordre des Capucins, puis les séculiers les remplacent à partir de 1802.
L'église est restaurée de 1839 à 1845 avec le concours et la contribution des paroissiens par "coups de main", mais sans transformation de son plan. Le clocher est restauré en 1868.
Le , un arrêté du gouverneur de la Martinique créé une nouvelle paroisse autour de l'ancienne église des Ursulines rebaptisée Saint-Étienne-du-Centre, l'église du Fort et celle du Mouillage étant devenues insuffisantes pour accueillir l'ensemble des fidèles. Autour de cette église est créé un nouveau quartier, le quartier du Centre, par détachement de celui du Fort qui se limite désormais au sud à la rivière Roxelane.
Après le cyclone du qui endommage l'église du Fort, de grands travaux d'agrandissement et d’embellissement, financés par la Colonie et la générosité des paroissiens, sont entrepris sous l'impulsion de l'abbé Hurard entre 1895 et 1899 sous la direction de l'architecte Émile T'Fla Chebba, conducteur des Ponts et Chaussées. Tout en conservant la référence baroque de l'édifice, la nef est élargie et allongée par l'ajout de deux chapelles latérales, légèrement en retrait par rapport à la façade, l'église de 1680 devenant alors la nef centrale.
Le à , l'église, qui accueille des dizaines de premiers communiants et leurs parents en ce jeudi de l'Ascension, est soufflée par l’éruption dévastatrice de la montagne Pelée qui tue tous les fidèles.
L'église du Fort est classée au titre des monuments historiques par arrêté du .
Description L'Église du Fort de 1680 comportait une nef unique avec un chœur surélevé présentant un autel adossé au mur de chevet. Le transept saillant comprenait à chaque extrémité une chapelle dotée d'un autel adossé à sa paroi est, communiquant avec l'extérieur. Le clocher d'une trentaine de mètres de hauteur et couvert d'un toit à dôme possédait un socle carré et deux étages percés de baies en plein cintre. Il était séparé du reste de l'édifice, comme dans les plus anciennes églises de la Martinique, au Prêcheur et au Marin. La façade présentait une seule porte encadrée de deux paires de pilastres ou encore de colonnes doriques, flanquées de deux niches. L'ensemble était couronné par un fronton triangulaire.
Les travaux considérables réalisés à partir du dernier quart du , donnent à l'église du Fort son aspect final par l'élargissement de la nef sur toute sa longueur et d'une largeur égale à celle du transept. Les murs portants de la nef principale sont alors remplacés par des colonnes et l'introduction de bas-côtés nécessite deux entrées en retrait du corps principal. Le renforcement des supports permet une élévation de la charpente et la réalisation d'une voûte en berceau. À l'intérieur, Saint-Louis de Gonzague et Saint François-Xavier ont un autel tout blanc dans les chapelles du transept. Le maître-autel en marbre blanc et gris est entouré de deux colonnes de marbre supportant des anges munis d'un candélabre. Les fonts baptismaux se trouvent près de l'angle sud-ouest du bas côté sud. En face, une tombe carrelée de gris et noir abrite les restes d'Edouard Simplice Hurard, curé de l'église qu'il a restaurée de 1895 à 1898. Toutes les sculptures sont l'œuvre d'artisans locaux. La façade de style baroque, sur trois niveaux, présente un avant corps central saillant avec entrée principale dont le perron est surmonté d'un fronton triangulaire où figurent les armes du Pape. Deux entrées en retrait du corps central conduisent aux collatéraux. Encadrées de deux colonnes et surmontées d'un fronton, chaque porte est précédée de degrés en pierre de taille semi-hexagonaux. Désormais, un large escalier de 6 mètres à double volée, bordé de deux murets, permet d'accéder au parvis de l'église depuis la rue du Docteur Deschiens située en contrebas. L'ensemble s'intégrait admirablement dans le paysage qu'il dominait.
Le presbytère est vaste et se trouve au milieu de l'allée Perinelle.
Les ruines Les ruines actuelles correspondent à la reconstruction de 1899. Actuellement, il ne reste plus que l'emplacement du clocher séparé, le chevet, le déambulatoire et les vestiges du maître-autel, des tronçons de colonnes, les restes de statues et les escaliers conduisant à l'entrée principale et aux collatéraux, l'escalier central correspondant à la nef occupant une place prépondérante.
Le bloc du fronton propulsé à une dizaine de mètres de la façade, les colonnes jetées en travers de la rue, les fondations noircies et l'épaisseur des murs renversés témoignent de la violence avec laquelle l'église fut frappée.
Liste des curés de la paroisse du Fort Les Jésuites sont desservants de la paroisse de 1640 à 1763, puis les Capucins leur succèdent jusqu'en 1819. Le clergé séculier prend ensuite la direction de la paroisse, à la suite du Concordat, jusqu'au . Comme à la paroisse du Mouillage, la paroisse du Fort a un curé et deux vicaires.
Jacques Bouton, s.j. : 1640 - 1642 Nicolas Brisejon, s.j. : 1642 - 1645 Père Chemel, s.j. : 1645 - 1652 Antoine Barré, s.j. : 1652 - 1658 Père Bonin, s.j. : 1658 - 1659 Henri du Vivier, s.j. : 1659 - 1663 Jean Grillet, s.j. : 1663 - 1665 Laurent Maréchal, s.j. : 1665 - 1670 Père Brion, s.j. : 1670 - 1681 François Le Mercier, s.j. : 1681 - 1684 Martin Poincet, s.j. : 1684 - 1698 Jean-Jacques Farganel, s.j. : 1678 - 1698 Gabriel de la Geneste, s.j. : 1698 - Père Colbert, s.j. : 1709 - 1714 Père Hesdin, s.j. : Père Moreau, s.j. : Père Gombaud, s.j. : Henri Duvivier, s.j. : 1718 - 1724 Ignace de Lesey, s.j. : 1724 - Curé Dumont, s.j. : 1723 - 1734 Guillaume Guillin, s.j. Père Prieur, s.j. : 1741 - 1743 Père Lavalette, s.j. : 1743 - 1761 Père Magloire, s.j. : 1761 - 1763 Père Prétrel, s.j. : 1763 Abbé Perreau : 1763 - 1767 Frère Archange, o.f.m. c : 1775 - 1779 Frère Macaire, o.f.m. c : 1779 - 1794 Frère Fidèle, o.f.m. c : 1797 - 1800 Frère Théophile, o.f.m. c : 1801 - 1819 Félix Pelletier : 1819 - 1825 Abbé Walsh : 1825 - 1828 Abbé Goux : 1828 - 1835 Abbé Girardon : 1841 - 1846 Pierre Sylvestre Rovéry : 1846 - 1848 Pierre-Claude Lespinasse : 1848 - 1858 Thomas Thoué : 1858 - 1877 Abbé Dubourg : 1877 - 1882 Denys-Appolinaire Carrère : 1882 - 1887 Édouard Simplice Hurard : 1887 - 1899 Albert Anquetil : 1899 -
Références
Articles connexes Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Saint-Pierre de la Martinique Église Saint-Étienne-du-Centre de Saint-Pierre de la Martinique Liste des monuments historiques de Saint-Pierre
Saint-Pierre de la Martinique Catégorie:Monument historique à Saint-Pierre (Martinique) Catégorie:Monument historique en ruines en France Catégorie:Monument historique classé en 2002 Catégorie:Patrimoine du XVIIe siècle Catégorie:Patrimoine du XIXe siècle Saint-Pierre