thumb|upright=1.5|George Washington Custis Lee (fils aîné de Robert Lee) sur son cheval, en compagnie de son État-Major, en train de présenter la parade des Confédérés à Richmond (Virginie), le 3 juin 1907, devant la statue de Jefferson Davis.
La « Cause perdue » (Lost Cause of the Confederacy) est une théorie américaine relevant d'une idéologie à travers une démarche historique voire pseudo-historique cherchant à présenter la société blanche traditionnelle du Sud des États-Unis comme chevaleresque et mue par son sens de l'honneur, en occultant généralement l'importance qu'y avait l'esclavageGallagher (2000) . Gallagher a écrit : dans le fondement même de cette société. Parmi les manières de se remémorer la guerre de Sécession, la Cause perdue constitue un point de vue minoritaire, mais important dans le sud des États Unis. Il tente de minimiser voire de nier le rôle central de l'esclavage dans le déclenchement et l'issue de la guerre de Sécession.
Ceux qui ont contribué à ce mouvement considèrent que la cause de la Confédération était noble et que la plupart de ses chefs étaient des modèles de chevalerie. Le Sud esclavagiste aurait ainsi succombé à la force numérique et industrielle de l'Union, surpassant le courage et la supériorité militaire de la Confédération. Les partisans du mouvement de la Cause perdue condamnent également la Reconstruction qui a suivi la guerre de Sécession. Ils estiment qu'il s'agissait d'une tentative délibérée, de la part des politiciens nordistes et des spéculateurs, de détruire la culture traditionnelle du Sud. Au cours des dernières décennies, les thèmes liés à la Cause perdue ont été largement promus par le mouvement des néo-Confédérés, à travers des livres et des éditoriaux, ainsi que dans le magazine Southern Partisan.
Histoire Beaucoup de Sudistes blancs ont été ruinés, économiquement, émotionnellement et psychologiquement par la défaite de la Confédération en 1865. Avant la guerre, ils étaient fiers de penser que leur riche tradition militaire leur permettrait de dominer le conflit. Après la fin du conflit, ils ont trouvé un réconfort dans le fait d'attribuer leur défaite à des facteurs indépendants de leur volonté, tels que la trahison. Beaucoup de Sudistes ont ressenti que leur mode de vie avait été bouleversé par le Nord, avant et après la guerre civileGallagher (2000) .
L'expression « Cause perdue » apparait pour la première fois dans le titre d'un livre de 1866, écrit par l'historien Edward A. Pollard, Ulbrich, . (traduisible par La cause perdue: une nouvelle histoire sudiste de la guerre des Confédérés). Cependant, ce sont les articles écrits par le lieutenant-général Jubal Anderson Early dans les années 1870 pour la Southern Historical Society, qui ont clairement établi la Cause perdue en tant que phénomène culturel et littéraire de longue durée. La publication de The Rise and Fall of the Confederate Government, écrit par Jefferson Davis en 1881 : un livre en deux parties en défense de la cause sudiste, du point de vue de Davis, constitue un autre texte important dans l'histoire de la Cause perdue. Bien que les ventes initiales aient été très décevantes pour l’auteur, il continue à être réimprimé et il est souvent utilisé pour justifier la position des Sudistes et l’éloigner de la question de l’esclavage.
La première source d’inspiration de la Cause perdue pourrait provenir du général Robert Lee. Lorsque celui-ci publie son discours d’adieu à l’Armée de Virginie du Nord, il console ses soldats en leur parlant de « l’importance du nombre et des ressources » contre lesquels l’armée des États Confédérés s’est battue. Dans une lettre adressée à Early, Lee demande des informations sur les effectifs ennemis, de à , la période durant laquelle son armée a été engagée contre celle du lieutenant-général Ulysses S. Grant, lors de l’Overland Campaign et du siège de Petersburg). Lee écrit : « Mon seul but est de transmettre, dans la mesure du possible, la vérité à la postérité, et de rendre justice à nos braves soldats. »Gallagher, . Dans une autre lettre, Lee demande toutes les « statistiques telles que les effectifs, la destruction de la propriété privée par les troupes de l’Union, etc. ». Il envisage alors de montrer la différence de force entre les deux armées et estime que « ce serait difficile de faire comprendre au monde les dangers contre lesquels nous nous battons. » En ce qui concerne les journaux, qui l’accusent d’être coupable de cette défaite, il écrit : « je n’ai pas assez réfléchi pour faire attention, ou même pour corriger ce qui a été mal interprété dans mes paroles ou dans mes actes. Nous devrons être patients et souffrir, pendant un certain temps au moins… L’esprit du public n’est pas encore prêt à entendre la vérité. ». L’intervention d’Early et celle des écrivains de la Cause perdue ont contribué à faire émerger ces arguments au , et ils ont continué à être débattus tout au long du Gallagher et Nolan ..
Des associations commémoratives telles que lUnion des vétérans de la Confédération, les Filles de la Confédération, et le réseau des associations mémorielles féminines intègrent les thèmes de la Cause perdue pour aider les Sudistes à faire face aux nombreux changements de cette époque, et plus particulièrement la ReconstructionUlbrich, .Janney, .. Ces institutions perdurent et les descendants des soldats sudistes continuent à participer à ces réunions. Cependant, ces groupes servent maintenant à honorer la mémoire et les sacrifices des soldats confédérés, plutôt qu'à ressusciter les anciennes mœurs sudistes.
Le nouveau Sud Les historiens estiment que le thème de la « Cause perdue » a aidé les Sudistes blancs à s’adapter à leur nouveau statut et à avancer vers ce que l’on appelle « le nouveau Sud ». Hillyer affirme que la Société littéraire en mémoire des Confédérés (CMLS), fondée par les femmes blanches de l’élite de Richmond, en Virginie, dans les années 1890, illustre cette solution. La CMLS a ainsi créé un musée de la Confédération, afin de présenter et de défendre la cause des Confédérés, et de remémorer l’avant-guerre de Sécession, par opposition à la nouvelle culture d’entreprise qui la remplace. En mettant l’accent sur le sacrifice militaire, au lieu des doléances à l’égard du Nord, le musée de la Confédération participe au processus de réconciliation interne, d’après Hillyer. En représentant l’esclavage comme une institution empreinte de bienveillance, le musée justifie les Lois Jim Crow, qui constituent, selon ses promoteurs, une solution adaptée aux tensions raciales exacerbées par la Reconstruction. Enfin, en glorifiant le soldat ordinaire, et en décrivant le Sud comme « solide », le musée promeut l’acceptation du capitalisme industriel. Ainsi, tout en les critiquant, le musée de la Confédération facilite l'acceptation des transformations économiques du nouveau Sud, et permet à Richmond de concilier souvenirs du passé et espoirs pour l’avenir, dans la mesure où la ville développe de nouveaux rôles industriels et financiersReiko Hillyer, « Relics of Reconciliation: The Confederate Museum and Civil War Memory in the New South », Public Historian, novembre 2011, Vol. 33 , ..
Un renouveau religieux Wilson affirme que beaucoup de Sudistes blancs pensaient que la défaite était une punition de Dieu pour leurs péchés, et qu'ils ont cherché réconfort dans la religion. L’après-guerre a vu naître une « religion civile » très organisée, chargée de mythologie et de rituels. Les Sudistes blancs ont tenté de défendre, sur un plan culturel et religieux, ce que la défaite de 1865 avait rendu impossible sur le plan politique. La Cause perdue (la défaite endurée à l'issue d'une guerre sainte) a laissé les Sudistes face à la culpabilité, au doute, et au triomphe du mal : ainsi, ils ont développé ce que Comer Vann Woodward a nommé « un sens singulier de la tragédie de l’histoire par les Sudistes. »Charles Reagan Wilson, « The Religion of the Lost Cause: Ritual and the Organization of the Southern Civil Religion, 1865-1920 », Journal of Southern History, mai 1980, Vol. 46 , in JSTOR.
Poole affirme qu'en 1876, alors qu'ils combattaient le gouvernement républicain lors de la Reconstruction en Caroline du Sud, les démocrates blancs ont mis en scène la Cause perdue à travers des célébrations baptisées Hampton days, en criant Hampton or hell! (« Hampton ou l’enfer ! »). Ils présentaient alors la lutte entre Wade Hampton et le gouverneur en place, Daniel H. Chamberlain, comme une bataille religieuse entre le bien et le mal, et appelaient à la « rédemption »W. Scott Poole, "Religion, Gender, and the Lost Cause in South Carolina's 1876 Governor's Race: 'Hampton or Hell!", Journal of Southern History, Aug 2002, Vol. 68 Issue 3, . De fait, à travers le Sud, les conservateurs qui luttaient contre la Reconstruction étaient souvent appelés les Redeemers (Rédempteurs), faisant ainsi écho à la théologie chrétienneStephen E. Cresswell, Rednecks, redeemers, and race: Mississippi after Reconstruction (2006).
Doctrines
Les doctrines principales du mouvement de la Cause perdue sont les suivantes : Des généraux de la Confédération tels que Robert E. Lee, Albert Sidney Johnston et Thomas Jonathan Jackson étaient des modèles de vertu parmi la noblesse du Sud ; ils ont combattu courageusement et loyalement. D’un autre côté, beaucoup de généraux nordistes sont décrits comme ayant des standards moraux moins exigeants, soumettant les populations civiles du Sud à des indignités telles que la marche de Sherman vers la mer, ou la campagne de la terre brûlée menée dans la vallée de Shenandoah par Philip Sheridan. Ulysses S. Grant est souvent représenté comme un alcoolique. Les pertes sur le champ de bataille étaient inévitables, à cause de la supériorité du Nord en termes de ressources et d’effectifs. Les pertes sur le champ de bataille sont aussi le résultat de la trahison ou de l'incompétence de la part de certains subordonnés du général Lee, comme le général James Longstreet, à qui l’on a reproché d’avoir douté de Lee à Gettysburg, ou comme George Pickett, responsable d'une charge catastrophique qui a brisé l’arrière des lignes Sudistes (la Cause perdue est centrée principalement sur Lee et le théâtre oriental des opérations, et cite souvent Gettysburg en tant que tournant décisif de la guerre de Sécession). Ce serait la défense des droits des États, plutôt que la préservation de l’esclavage, qui aurait conduit onze États à se séparer de l’Union, précipitant ainsi la guerre. La séparation était une réponse constitutionnelle légitime aux agressions culturelles et économiques à l'encontre du mode de vie sudiste. L'esclavage était une institution empreinte de douceur, et les esclaves étaient loyaux et fidèles à des maîtres bienveillantsGallagher et Nolan . Nolan écrit : « Étant donné le rôle central des Afro-Américains dans le conflit régional, ce n'est pas surprenant que les rationalisations sudistes se soient étendues au caractère des individus appartenant à cette population. Dans la légende, il existe deux images importantes des esclaves noirs. La première est celle de « l'esclave fidèle » ; l'autre est celle que William Garrett appelle « le stéréotype du Noir heureux. » ».