Arbèle ou Arbèles est une cité antique assyrienne située en Mésopotamie, capitale de la région nommée Adiabène. Cette ville est connue par l'histoire d'Alexandre le Grand qui y aurait vaincu Darius III en 331 (bataille d'Arbèles ou de Gaugamèles). Elle porte aujourd'hui le nom d'Erbil et fait partie du Kurdistan irakien.

Situation géographique Arbèle est une cité antique d’Assyrie à la frontière de l’IranDer Neue Pauly, encyklopédia der antike, Weimar, 1996, vol. 1., .. Elle se situe dans la province d’Adiabène entre le grand Zab (Lycos) et le petit Zab (Crapos), à l’est du TigreBATTISTINI Olivier et Charvet Pascal,Alexandre le grand, histoire et dictionnaire, Paris, Laffont, 2004 (Bouquins), ..

Actuellement elle se nomme Erbil et se trouve en Irak dans le Kurdistan méridional, à au sud-est de MossoulDictionnaire historique et géographique ecclésiastique, Paris, 1924, vol. 3., ..

Toponymie Les premières traces du nom de la ville apparaissent sur des tablettes cunéiformes babyloniennes, où elle est appelée Arbilum (Arba (quatre)-ilum (dieux). Le nom ne subit pas de grands changements durant les périodes assyriennes et perses.

Ce sont les Grecs qui, en écrivant le nom au neutre pluriel, la nomment Arbela qui, en passant par le latin, devient Arbèles en français.

L’étymologie serait d’origine akkadienne, mais ceci n’est pas établi avec certitudeDeroy Louis et Mulon Marianne, Dictionnaire de noms de lieux, Paris, Le Robert, 1992 (Les usuels), ..

Histoire Histoire politique thumb|Vue actuelle de la citadelle d'Erbil (2007). La ville d’Arbèle se situe sur un territoire habité depuis l’antiquité éloignée ( millénaire ) Hansman John F., Arbèla, ¨ARBELA capital of an ancient northern Mesopotamian province located between the two Zab rivers. Encyclopædia Iranica, 1986.. Sa citadelle est au moins occupée depuis le chalcolithique, peut-être même depuis le néolithique. thumb|left|Représentation de la ville d'Arbèles à l'époque assyrienne (milieu du ), bas-relief du Palais Nord de Ninive. Musée du Louvre. Sous les Sargonides (), elle est une ville importante et un centre du gouvernement néo-assyrien. C'est aussi un important centre religieux, puisque sa divinité protectrice, la déesse Ishtar d'Arbèles, est une des plus vénérées en Assyrie, notamment par les souverainsP. Villard, « Arbèles », dans F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, 2001, .

thumb|Charge des chariots à faux à la bataille d'Arbèle, gravure d'André Castaigne (1898-1899). En 547 , le roi achéménide Cyrus II envahit l’Assyrie, qui devient alors une satrapie, dont Arbèle est la capitale ainsi qu’un important centre administratif. Mais en 331 , la Bataille d'Arbèle voit la victoire du roi de Macédoine Alexandre le Grand sur le dernier roi achéménide, Darius III : Alexandre fait cadeau de la satrapie à un de ses généraux, Amphimachus.

Il existe une incertitude et des débats quant au lieu de la « bataille d’Arbèle ». Certains auteurs (notamment Plutarque et Strabon) placent la bataille au village de Gaugameles, à 35 km au nord-ouest.

Après la mort d’Alexandre en 323 , le district des deux rivières du Zab, comprenant la ville, devient une séleucide nommée Adiabène. La cité devient une métropole unie à Nisibe et à Mossoul.

Après sa victoire sur les Séleucides en 141 , Mithridate I de Parthe prend le contrôle de la Mésopotamie du nord et fait d’Arbèle la capitale de la province. Antiochos VII (Séleucide) en reprend le contrôle, mais la contre-offensive de Phraatès II rend le territoire aux Parthes.

En 88 , après la mort de Mithridate II de Parthie, Tigrane II d’Arménie occupe le territoire d’Adiabène, mais en 69 , il propose au roi Phraatès III, de reprendre l'Adiabène en échange d’une alliance contre l’avancée des Romains.

En 195, durant sa campagne en Mésopotamie, l’empereur Septime Sévère occupe la province, mais un an plus tard, Vologèse IV de Parthie force les Romains à évacuer le nord du territoire. C’est pendant cette période que Narses d’Adiabène refuse de suivre le roi lors d’une attaque contre des révoltés à l’est : en représailles, plusieurs villes sont pillées, dont Arbèle.

En 216, Caracalla envahit la cité et détruit des tombes royales Parthes. Son successeur Macrin accordera en signe de paix une compensation pour les dégâts.

En 222, enfin, Ardachir , fondateur de la dynastie des Sassanides, s’empare d'Arbèle, qui va rester sous le contrôle de cette famille pendant près de 400 ans jusqu’à la conquête du territoire par les califats arabesThoraval Yves, Dictionnaire de civilisation musulmane, nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Larousse, 2001 (Les référents), p.318.. Pendant cette période, la ville est administrée par un gouverneur (« maupat »).

Histoire religieuse Durant la période assyrienne, la ville était célèbre pour son culte à la déesse Ishtar qui était d’ailleurs nommée « la dame d’Arbèle ». Sous les Sargonides (), le temple de la ville est promu Oracle pour les prophètes du culte extasiés. Au , sous l’impulsion de la reine Hélène d’Adiabène, la région est convertie à la religion judaïque. Au cours de la période chrétienne, la région est très vite convertie et la ville devient un important siège diocésain tenu par un métropolite. Cependant, les persécutions seront nombreuses notamment sous Sapor II (309-379).

Liste non exhaustive des métropolites de la cité d'Arbèle Abrahamius (martyr sous Sapor II) Paul Jonadab (sous Chrosroès) Machiche (640) Jésuiab (648) Georges (après 650) Salibazacha, Siméon, Jean et Acha (764) Maramane, Jésuiab II, Rostamus et Nestorius (880) Ebedjésus, Georges II et Titus (1176) Joseph (avant 1218) Sébarjésus (1222) Denha (1266) Moise (1282) Abraham (début du ) Adam ()op. cit., Paris, 1924, vol. 3., p.1455.

Après le départ des Romains et la reconquête perse, la ville est associée à l’Église chaldéenne d’Orient.

Histoire économique La cité d’Arbèle était l’un des 34 arrêts de la « Route d’Arrapha » qui traversait l’empire perseHerzfelfd Ernst, The Persian empire: studies in geography and ethnography of the Ancient Near East, Wiesbaden, Steiner, 1968, p.228.. De plus, elle était un point de jonction important des routes de caravanes allant du nord vers le sud et de l’est vers l’ouest.

La chronique d'Arbèle

Entre 540 et 569, un prêtre d'Arbèle rédige une chronique consacrée à Pinehas, évêque de la ville. Une seule copie nous est parvenue. Pour écrire cette chronique, l'auteur s'est inspiré d'un ouvrage de 410 écrit par Abel, un maître écrivain non identifié, mais aussi de plusieurs autres sources anciennes comme des actes de conciles et des vies de martyrs. Même si cette chronique d'Arbèle donne des renseignements sur la politique et la culture de l'Iran parthe et sassanide, ainsi que des détails intéressants sur le développement du christianisme et de la culture syriaque dans ces régions, la valeur historique de cette source est très controversée parmi les historiens. Elle contient en effet des erreurs, des contradictions et une chronologie défectueuse. On peut constater une certaine tendance à l'exagération, voire un discours tendancieux quand il s'agit de parler de christianisme ou de martyrs : ces deux sujets semblent représenter un enjeu relativement important pour l'auteur, car il tend à glorifier la ville en prouvant que l'Adiabène est le centre le plus ancien du christianismePigulevskaâ Nina Viktorovna, Les villes de l’état iranien aux époques parthe et sassanide: contribution à l'histoire sociale de la Basse Antiquité, Paris, Mouton, 1968 (Documents et recherches sur l'économie des pays byzantins, islamiques et slaves et leurs relations commerciales au Moyen Age. 6), p.67..

Notes et références.

Bibliographie Dictionnaire historique et géographique ecclésiastique, Paris, 1924, vol. 3. Der Neue Pauly, encyklopédia der antike, Weimar, 1996, vol. 1. Battistini Olivier et Charvet Pascal, Alexandre le grand, histoire et dictionnaire, Paris, Laffont, 2004 (Bouquins). Deroy Louis et Mulon Marianne, Dictionnaire de noms de lieux, Paris, Le Robert, 1992 (Les usuels). Herzfelfd Ernst, The Persian empire: studies in geography and ethnography of the Ancient Near East, Wiesbaden, Steiner, 1968. Pigulevskaâ Nina Viktorovna, Les villes de l'Etat iranien aux époques parthe et sassanide: contribution à l'histoire sociale de la Basse Antiquité, Paris, Mouton, 1968 (Documents et recherches sur l'économie des pays byzantins, islamiques et slaves et leurs relations commerciales au Moyen Age. 6). Hansman John F., Arbèla,http://www.iranicaonline.org/articles/arbela-assyrian-arbailu-old# Thoraval Yves, Dictionnaire de civilisation musulmane, nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Larousse, 2001 (Les référents)

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