L' est un introït dans le répertoire du chant grégorien. Selon la tradition de l'Église, il s'agit du premier chant du l'année liturgique, pour le premier dimanche de l'Avent.
Au Moyen Âge, la composition de ce chef-d'œuvre en grégorien était attribuée à saint Grégoire qui adopta l'Avent dans la liturgie romaine, en rendant hommage à ce saint pape.
Texte texte en latin (avec accent et selon groupe de neumes) texte de la Vulgate traduction en français Ad te levávi ánimam méam ; Déus méus in te confído, non erubéscam ; neque irrídeant me inimíci méi ; étenim univérsi qui te exspéctant, non confundéntur.(verset) Vias tuas, Dómine, demónstra mihi ; et sémitas tuas [é]doce me.Ad te Domine levaviqui sustinent te4. Confundantur omnes ;inqua agentes supervacueet semitas tuas doce me.Vers vous, j'élève mon âme. Mon Dieu, je me confie en vous : que je n'aie pas de confusion ! Que je ne sois pas pour mes ennemis un sujet de risée ! Non, aucun de ceux qui espèrent en vous ne sera confondu ; (verset) Seigneur, faites-moi connaître vos voies et enseignez-moi vos sentiers. (traduction par le chanoine Augustin Crampon 1904)
Non seulement le texte de lAd te levavi s'illustre de son sens théologique en faveur de la liturgie ecclésiastique mais aussi se distingue de quelques caractéristiques concernant le chant grégorien.
D'abord, il est vrai que cet introït en grégorien respecte essentiellement le texte du psaume 25 (24), versets 1 - 4. Il manque toutefois cinq mots du . En effet, lors de la composition de l'introït grégorien, le texte issu de la bible était parfois paraphrasé ou découpé en raison de l'optimisation pour la liturgie ecclésiastique ou de la composition musicale.
Pourtant, il est très difficile à comprendre que le mot « Domine » de la Vulgate, vraiment distingué, était omis dans tous les manuscrits grégoriens. Il est possible que le compositeur considérât une modification selon une raison théologique, par exemple, penitence ou attente. Toutefois, dans la même messe, le texte du psaume 25 était répété pour l'offertoire avec une mélodie différente, en rétablissant le terme « Domine », à savoir « Ad te Domine levavi animam meam ......... non confundentur. »Graduale Triplex, p. 17..
Encore reste une hypothèse : le texte manquait originellement de ce terme, avant la composition grégorienne. Dans le texte du chant grégorien, notamment de l'introït tel le Puer natus est, l'ancien texte latin d'après la version grecque Septante demeurait parfois, à la place de la Vulgate qui est plus proche du texte hébreu.. À Rome, le premier était en usage alors qu'en Gaule, la Vulgate, dite édition Gallicane, était principale<ref group="jf" name="p416"> : « La Gaule a connu dès le le psautier selon ce que l'on appellera plus tard la Vulgate, c'est-à-dire la traduction latine de la Bible faite d'après l'hébreu à partir du et révisée entre 383 et 405 par saint Jérôme. C'est ce psautier qui passe alors dans l'usage courant des églises et notamment des monastères, où il est essentiel pour la récitation de l'office divin. Les anciens psautiers disparaissent alors. Et c'est ce texte de la Vulgate déformé de copiste en copiste depuis quatre siècles, que corrige Alcuin à la demande du roi. On n'abandonnera plus la Vulgate avant qu'à l'époque moderne l'Église redécouvre le texte grec des Septante, abandonné par Jérôme qui estimait à juste titre que la version transmise par la tradition de l'Église était entachée de trop de fautes. »</ref>. De plus, en faveur de Charlemagne, l'abbé Alcuin corrigeait le texte de Rome, avant l'usage dans le royaume carolingien. C'est la raison pour laquelle, tout comme la mélodie, le texte grégorien est hybride et parfois très compliqué. Donc, les moines carolingiens chantaient « qui te exspectant », au lieu de « qui sustinent te » selon la Vulgate. Au regard du terme Domine, le livre du chant vieux-romain, existant avant la version grégorienne (voir ci-dessous), se commençait malheureusement avec « animam meam ». Il faut examiner les documents plus anciensRappelons que le texte du chant grégorien était strictement ceux qui furent autorisés par les papes, notamment Adrien , à Pépin le Bref, puis à Charlemagne, quoiqu'il existe deux groups de manuscrits, Ouest et Est, ou latin et germanique..
Le dernier texte, le verset Vias tuas, Domine de la mélodie choisie par l'Édition Vaticane (1908), demeure problématique dans ce chant. Il est en effet possible que cette partie de laquelle la mélodie est très connue ait été composée et modifiée de façon progressive. D'une part, le manuscrit Laon 239, assez ancien mais très correct, n'attachait ses neumes qu'aux trois mots, « Vias tuas, Domine. » D'autre part, dans la notation de la Vaticane Cette vidéo profite de la notation de l'Édition Vaticane alors que l'interprétation est aisément effectuée selon les neumes anciens, vraisemblablement le Graduale Triplex., se trouve un conflit de la composition. Car, selon le manuscrit Saint-Gall 376 (), p. 83, la mélodie et semitas tu as est directement suivie d'un clivis, do - si, qui corresponde parfaitement au texte de la Vulgate « do(ce me). » Au contraire, la Vaticane débute avec un pes supplémentaire, sol - la, en ajoutant une syllabe é. Certes, ce type de commencement, un clivis très faible, est assez typique dans le chant grégorien, pour préparer le sommet. Néanmoins, il est impossible que cette syllabe accentuée soit attribuée à ce passage simple et léger sans sommet, d'après la loi de composition grégorienne. La conclusion du Graduale Triplex (1979) déconseille donc aux chanteurs de pratiquer ce pes de l'Édition Vaticane, avec l'omission de la syllabe é. C'est pourquoi cette exécution sémiologique de YouTube supprimait le pes sol - la attribué à la syllabe éPar ailleurs, le Graduale Triplex supprima également la première note do attribuée à tuas, en respectant les neumes sangalliens.. Quoi qu'il en soit, concernant le chant grégorien, il faut consulter le texte en cas de doute. Car,
Sens théologique Dans le contexte théologique, l'Avent se caractérise surtout d'une pénitence de tonalité joyeusehttp://www.liturgiecatholique.fr/Avent.html Robert Le Gall, Dictionnaire de liturgie, , 1997, p. 40. Le sujet du psaume 25 (24) est exactement la « confiance du pénitent ». S'il n'est pas certain qu'il s'agît d'une tradition issue de l'église d'Orient, ce psaume attribué au roi David est effectivement adapté à la célébration ecclésiastique de l'Avent :
Encore quelques notes dont on a besoin en faveur de bonne exécution du chant : J'élève mon âme pour prier : on a très bien défini la prière, « une élévation de l'âme vers Dieu. » Que je n'aie pas de confusion, ce qui revient à dire : Que ma confiance en vous ne soit pas trompée ! Vos voies, les voies de la justice et du salut, qui sont aussi celles du bonheur. Le chemin où nous devons marcher nous est tracé par les commandements de Dieu ; David demande à Dieu de lui en donner la pleine et claire intelligence. Au verset suivant, il demandera la grâce dont il a aussi besoin pour les mettre en pratique. Manuscrits
Les ancienneté et authenticité de l'introït Ad te levavi sont assurées par de nombreux manuscrits. Ce chant était vraisemblablement celui de l'un des premiers groupes de chant grégorien remplaçant le répertoire du chant vieux-romain.
Dans la notation de l' Ad te levavi du Graduale Triplex sorti en 1979 par l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, on peut lire les abréviations RBCKS. Cela signifie que le texte de cet introït se trouve exactement et correctement dans cinq graduels grégoriens sans notation sur six, selon l'''Antiphonale Missarum Sextuplex, à l'exception du Graduel de Monza (vers 820) : R : Graduel de Rheinau (vers 800) B : Graduel du Mont-Blandin (VIII ou ) C : Graduel de Compiègne (deuxième moitié du ) K : Graduel de Corbie (après 853) S : Graduel de Senlis (dernier quart du )
Au regard de la notation musicale, le manuscrit Laon 239 (au ou au début du ), le meilleur manuscrit de la notation messine malgré son ancienneté, contient exactement cet introït sur le folio n° 7. Ses neumes sont disponibles dans le Graduale Triplex. Comme le cantatorium de Saint-Gall (vers 922 - 925), un magnifique manuscrit sangallien en raison de sa précision et toujours admiré et préféré par les rédacteurs, était singulièrement réservé aux chantres, à savoir solistes, la mélodie de cet introït destiné à la schola ne se trouve dans ce manuscrit. Aussi Dom Rupert Fischer choisit-il, pour ce Graduale Triplex, les neumes sangalliens dans le manuscrit 376 de Saint-Gall, version de luxe attribuée au , de la page 83 .
Donc, on peut dire que la mélodie de l'introït avait déjà été développé et fixée lorsque le Laon 239 fut achevé par un moine et professeur.
Histoire liturgique Auparavant, psaume 141 aux vêpres par soliste
Cependant, à partir du , notamment aux V et VI siècles, le répertoire romain évolua considérablement avec la schola cantorum composé d'une vingtaine de clercs. Pareillement, en faveur de la procession solennelle d'entrée du célébrant et de ses ministres, apparut l'introït chanté par cette schola et possédant une fonction importante afin de préciser le ton du jour ou de la fête - 79 : « [Il s'agit du] Chant « fonctionnel » : il accompagne la procession d'entrée du célébrant et de ses ministres. Avec cette procession, il constitue le premier rite de la messe. Chant qui témoigne de l'importance de l'élément vocal dans la célébration : l'unité des voix amorce l'union des fidèles qui va s'approfondir progressivement au fil de la célébration. ......... L'introït est en général tiré des Psaumes. ......... Le compositeur de l'introït respecte le texte sacré, sans rester prisonnier de sa matérialité. Il découpe son libretto dans le texte scripturaire, sachant parfois écarter telle expression qui ne sert pas son dessein, rapprocher des versets un peu éloignés ou introduire un mot qui oriente le sens. À la limite, on trouve quelques introïts dont l'ambiance est tout à fait scripturaire, et qui pourtant ne sont pas de l'Écriture. Ce sont de véritables compositions ecclésiastiques. ». Dans cette optique, un certain nombre d'introïts tel le Puer natus est pour Noël furent introduits dans le répertoire romain.
Pour lAd te levavi, il fallait attendre le .
Réforme de saint Grégoire
L'introït Ad te levavi fut ajouté, à la suite d'une grande réforme liturgique issue du pape saint Grégoire . Autrement que ceux qui indiquent le ton de la célébration du jour, cet introït suggère une attitude d'âme, tel le Venite, adoremus ou comme le verset du psaume 141.
À partir du Moyen Âge, le chant Ad te levavi annonçait toujours le début du premier dimanche de l'Avent. Très fréquemment, le nom du saint Grégoire le Grand était dorénavant lié à cette célébration tandis que la création du chant grégorien y compris la composition de l'introït Ad te levavi était traditionnellement attribuée à ce pape.
Enfin, si saint Grégoire avait pu faire écrire ses chants, les mélodies du chant liturgique irlandais auraient été conservées. En fait, à la suite de la recommandation formelle de la règle de saint Benoît par saint Grégoire, ce chant avait disparu sans avoir laissé aucune mélodie écrite, avec la disparition de la règle de saint Colomban, moins adaptée à la vie monastique..
Dans le chant vieux-romain Il est difficile à déterminer correctement la date où ce chant fut adopté dans la liturgie romaine. En effet, à Rome, il reste d'une part peu de livres de chant liturgique copiés avant le . Le pape Innocent III († 1216) ordonna la destruction de livres anciens, en adoptant irrévocablement le chant grégorien auprès du Saint-Siègehttp://palmus.free.fr/session_2004.pdf p. 67, Daniel Saulnier, Session de chant grégorien II, septembre 2004. D'autre part, les livres plus anciens étaient conservés ailleurs, principalement dans les monastères. Il s'agit quasiment des livres du chant grégoriens, après le .