L’aqueduc de Fontenay, parfois appelé aqueduc du Cher, est un aqueduc, en grande partie souterrain, qui participait selon toute vraisemblance à l’approvisionnement en eau de la ville antique de , devenue Tours, aux côtés de sources, de puits et d'un autre aqueduc . Il doit son nom le plus usuel au lieu-dit proche de Bléré où se situait son point de départ, à environ à l'est sud-est de Tours, à proximité d'une source principale ; la nappe phréatique dont elle est issue est toujours exploitée au . Il recevait également, tout au long de son parcours, le tribut de plusieurs sources de moindre importance.

L'itinéraire de l'aqueduc empruntait la vallée du Cher le long de sa rive gauche, totalement ou partiellement encastré dans le coteau calcaire à l'exception de quelques ouvrages d'art requis pour le franchissement de vallons, presque en ligne droite entre Bléré et Saint-Avertin, commune limitrophe de Tours dont elle est séparée par le Cher. Si une grande partie de son parcours est attestée, son tracé n'a pas pu être reconnu au-delà de Saint-Avertin, dans un secteur profondément bouleversé par l'urbanisation, ce qui entretient encore le doute sur sa destination finale et même sur une interruption prématurée de son chantier.

Il fut construit sous le Haut-Empire, probablement au de notre ère, en même temps que les principaux monuments publics de , sans qu'une date plus précise puisse être proposée. Il a fait l'objet d'un entretien et de réfections réguliers jusqu'à son abandon à une période qu'il n'est pas possible, en 2015, de définir, mais qui semble antérieure au Haut Moyen Âge. Il n'en subsiste que de rares vestiges facilement accessibles, comme à l'entrée du camping municipal de Véretz (portion de canal exposée après avoir été déplacée) ou en bordure d’une route (piles et canalisation). Bien souvent, l'aqueduc ne se révèle que par des anomalies de relief du terrain (talus allongé) peu suggestives. La fragilité du coteau qui le supporte a entraîné, par éboulement, la destruction d'une partie non négligeable de ses maçonneries. Un tronçon du canal voûté dégagé du remblai qui le recouvrait, situé sur un domaine privé de la commune d'Athée-sur-Cher, fait l'objet d'une protection en tant que monument historique classé. L'eau à Caesarodunum Importance de la ville La ville antique de Tours, fondée au tournant de notre ère sous le nom de , s'étend sur une superficie d'environ au sein desquels la densité de l'urbanisation, encore très mal connue en 2015, semble plus importante en bordure de Loire.. Il semble donc impossible d’évaluer la population résidant à sous le Haut-Empire. Archéologues et historiens proposent des densités de population, pour les villes de la Gaule romaine, allant de 150 à ; cette fourchette, déjà large, suppose en outre que la superficie de la ville soit connue avec précision et que la densité de population y soit uniforme : ce n’est pas le cas à Tours. La plupart des villes d’importance moyenne de Gaule, comprise, ne devaient pas dépasser à .. Cette valeur concorde avec la proposition de pour Tours, émise en 1948 par Jacques Boussard et reprise en 1979 par Henri Galinié et Bernard Randoin.

Dispositifs d'alimentation Les dispositifs d'alimentation en eau de commencent seulement à être appréhendés. Au , l'existence de l'aqueduc de Fontenay et son origine antique sont connues., mais l'hypothèse qu'il ait pu alimenter Tours est alors rejetée par certains historiens comme Jean-Louis Chalmel, faute d'en avoir retrouvé des vestiges dans sa partie terminale. ; d'autres auteurs par contre, sont convaincus que l'aqueduc aboutissait bien à Tours.. Cet aqueduc est alors parfois nommé Aqueduc de Beaune car Jacques de Beaune en aurait fait réparer certaines portions à la fin du ou au début du pour mettre en place un nouveau dispositif d'adduction d'eau dans la ville.L'hypothèse d'une réutilisation de l'aqueduc antique au début de l'époque moderne n'a pas été attestée.. Plus tard, au début des années 1980, la présence de puits individuels exploitant une nappe peu profonde est mise en évidence. ainsi que l'équipement de rares avec des bassins récupérateurs d'eau ()..

Enfin, en 2003, un chantier de fouilles fixe l'emplacement du trait de rive gauche de la Loire sous le Haut-Empire ; un aqueduc perpendiculaire à la Loire, se dirigeant vers le sud et le centre de la ville est découvert, alimenté par une noria puisant l'eau du fleuve. Ce dernier dispositif semble avoir eu une durée de vie relativement courte, de l'ordre de quelques décennies dans le courant du . ; il a pu constituer une source d'eau non potable destinée aux activités artisanales de la ville.. Par contre, rien n'est connu des réseaux de distribution de l'eau à l'intérieur de la ville à partir des aqueducs.

Besoins en eau Les dispositifs d'alimentation en eau de Tours devaient répondre aux besoins, dans l'ordre décroissant de priorité, des fontaines publiques, des établissements thermaux publics puis enfin des activités artisanales et de certaines des demeures privées. Cet ordre de priorité, apparemment très ancien et de portée générale dans l'Empire romain, fut repris par Agrippa puis cité par Frontin. ; il est attesté par les vestiges archéologiques de Pompéi et de Nemausus (Nîmes)... À Tours, seuls deux établissements thermaux publics.., quelques équipées de balnéaires privés., et de probables activités artisanales (boulangerie). sont attestés. Cette vision très parcellaire rend impossible une estimation des besoins en eau de la cité, la variabilité étant déjà très importante pour des villes beaucoup mieux connues que : un habitant de la Rome antique avait à sa disposition environ par jour, celui de Pompéi moitié moins. À titre de comparaison, les besoins en eau d’une ville moderne, toutes utilisations publiques et privées confondues, s’établissent environ à par jour et par habitant..

Architecture et tracé Techniques de construction Canal vignette|alt=Vue en coupe d'un canal maçonné ; légende des couleurs détaillée ci-dessous.|Figure 2 : vue en coupe du canal de l'aqueduc.En rouge : piédroits en mortier.En jaune : voûte en maçonnerie.En gris : pierres de voûte éboulées. vignette|gauche|upright=0.97|alt=Vue en coupe d'un ensemble maçonné en forme de U|Figure 1 : vue en coupe du radier et des piédroits en mortier de sable et de graviers sur une portion de canal démontée et exposée. L'aqueduc est le plus souvent enterré à flanc de coteau sur la rive gauche du Cher. Dans la pente, une tranchée est creusée après un aplanissement du sol sur une largeur correspondant à l'emprise de l'aqueduc (phases 1 et 2). Une couche d'argile mélangée à des graviers, destinée à égaliser le fond de la tranchée, est ensuite déposée au fond de la tranchée (phase 3). Le radier de mortier est ensuite façonné et égalisé dans le fond de la tranchée ; il supporte temporairement un coffrage de planches permettant de couler les piédroits (parois latérales) de l'aqueduc, également construits en mortier (phase 4). Probablement montée sur un voligeage longitudinal temporaire en forme de « V » renversé, une voûte de pierres calcaires ou siliceuses cimentées au mortier de chaux coiffe le canal ; ce même mortier est également appliqué en revêtement des faces intérieure et extérieure de la voûte (phase 5). La tranchée est ensuite comblée jusqu'à masquer entièrement ou partiellement la voûte de l'aqueduc (phase 6). Il n'est pas fait usage, au moment de la construction du canal, de mortier étanche sur la face interne du radier et des piédroits, le développement rapide de concrétions calcaires semblant en tenir lieu. ; le mortier au tuileau imperméable () qui habille ses parois et son radier sur certaines sections a été appliqué lors d'une campagne de réfection. Le canal (ou ) est large d'environ pour une hauteur de , la hauteur sous voûte s'établissant à . ; il s'agit de dimensions moyennes mais peu variables tout au long du parcours de l'aqueduc.

Ouvrages d'art Localement, et dans recensés sur son parcours, l'aqueduc est aérien et sa canalisation est portée sur plusieurs dizaines de mètres par un mur continu ou par des arches prenant appui sur des piles (pont-aqueduc).. C'est ainsi que six ponts-aqueducs sont attestés, d'une longueur de pour le plus important. Un mur porteur a été identifié, long de . Dans les onze derniers cas, le recours à un ouvrage de franchissement est rendu obligatoire par la topographie locale, mais sa nature ne peut être précisée, faute de vestiges ; le plus long de ces ouvrages concerne la traversée de la vallée du Cher, sur au moins .. L'état de conservation des vestiges ne permet pas de décrire le canal que supportaient les ponts ou les murs, peut-être construit sur le même modèle que le canal enterré pour ce qui est de son radier et de ses piédroits, une série de dalles en pierre ou de tuiles remplaçant toutefois la voûte maçonnée selon un dispositif couramment adopté.. De nombreux éboulements de sédiments le long des flancs des vallons ont certainement enseveli beaucoup de vestiges des ponts.

La construction des ponts-aqueducs fait appel, dans un premier temps, à un parement en petit appareil régulier sans arases de briques () qui renferme un noyau de blocage en pierres noyées dans du mortier (). À certains endroits, une couche de mortier recouvre l'ensemble, mais les maçons ont pris soin de dessiner à sa surface des motifs simulant une maçonnerie en appareil.. Dans un second temps, peut-être second ou au troisième siècle, et sur quelques points, l'intrados des voûtes est renforcé par le placage d'une seconde voûte surbaissée dans la maçonnerie de laquelle entrent alors en jeu des éléments de terre cuite. À la même époque, certaines piles sont équipées de contreforts ; d'autres sont intégralement reconstruites, peut-être à la suite de l'effondrement d'un premier pont sapé par des fuites d'eau de l'aqueduc.

Les vestiges de trois piles (photos des piles 1 à 3 de la figure 4) subsistent dans le vallon de Chandon (Athée-sur-Cher). La mesure de la distance séparant ces piles a permis à Cyril Driard de calculer la portée des arches du pont-aqueduc qui traversait ce vallon sur une longueur d'environ et d'en proposer une restitution (photo 4 de la figure 4). L'emplacement attesté d'une quatrième pile récemment disparue confirme ces calculs.. La hauteur du pont a été évaluée en fonction de l'altitude des vestiges du canal en amont et en aval du vallon..

Matériaux de construction et durée du chantier Tous les matériaux utilisés pour la construction de l'aqueduc pouvaient être trouvés ou élaborés sur place. Sable et gravier servant à la fabrication des mortiers étaient très probablement prélevés dans le lit du Cher. Les pierres calcaires et les silex de maçonnerie employés pour les ouvrages d'art et la voûte du canal étaient extraites du coteau, qui fournissait également le matériau de base à la fabrication de la chaux, certainement élaborée dans de petits fours à proximité du chantier en cours.. La quantité de matériaux nécessaire à la seule construction du canal sur la longueur reconnue de l'aqueduc est estimée à de mortier et de pierres ; une estimation similaire ne peut être proposée pour les ouvrages d'art en raison du caractère trop fragmentaire de leurs vestiges. La durée du chantier, impossible à préciser en l'absence de données sur le nombre d'ouvriers qui ont pu y participer, n'a pas dû être inférieure à un an..

Pente et débit de l'aqueduc