thumb|L'ouverture du front roumain par les généraux Gheorghe Avramescu et Petre Dumitrescu, et l'avance soviétique les .

Le Front roumain durant la Seconde Guerre mondiale oppose : de au , les forces de l'Axe d'une part, comprenant la Wehrmacht, des troupes hongroises ainsi que le gros de l'Armée roumaine, et d'autre part l'Armée rouge soviétique et les deux divisions roumaines alliées « Tudor Vladimirescu » et , puis, à partir du , les forces de l'Axe, soit trois armées allemandes (, et ) et deux hongroises ( et ) contre l'Armée roumaine passée du côté des Alliés et l'Armée rouge soviétique (deuxième et troisième Front d'Ukraine). thumb|Le front roumain de la Seconde Guerre mondiale l'été 1944Ștefan Pascu (dir.), Atlas pentru Istoria României, ed. Didactică și Pedagogică, Bucarest 1983, .. thumb|Le front de l'Est du : en bleu, le territoire conquis par les Soviétiques en Europe du Sud-Est à la suite du retournement du front roumain. Dans l'original américain de cette carte, les frontières sont en partie fantaisistes, et seules les troupes soviétiques sont montrées côté Allié.

Contexte La Roumanie a participé à la Seconde Guerre mondiale du au : jusqu'au le régime fasciste Antonescu combat aux côtés de l'Axe tandis que deux divisions (« Tudor Vladimirescu » et « Horia-Cloșca-Crisan »), quelques unités de la flotte et aviateurs, combattent du côté Allié ; à partir du le pays entier passe du côté Allié. roumains ont été engagés aux côtés des Allemands contre l'URSS : parmi les forces de l'Axe, il s'agit du contingent le plus fourni après celui de l'AllemagneQuid, édition 2000. Les opérations militaires des forces roumaines terrestres contre l'URSS les portent vers l'est jusqu'au sud-ouest d'Astrakhan, en Kalmoukie (automne 1942). roumains se rendent ou sont faits prisonniers à Stalingrad : environ un quart rejoint les divisions « Vladimirescu », , la moitié reprend la guerre dans l'armée roumaine lorsque la Roumanie rejoint les Alliés, le dernier quart reste et meurt en captivitéAlexandru Duțu, Mihai Retegan, Marian Ștefan, România în al doilea război mondial (La Roumanie dans la Seconde Guerre mondiale), éd. « Magazin istoric », juin 1991, .. roumains ont été engagés aux côtés des Soviétiques contre l'Axe : il s'agit du contingent le plus fourni après ceux des États-Unis, de l'URSS et de l'Empire britannique.. La campagne militaire roumaine, terrestre et aérienne, se poursuit vers l'ouest sous les ordres de l'Armée rouge jusqu'aux abords de Prague en Tchécoslovaquie (Chotěboř-Humpolec)Duțu, Retegan, Ștefan, Op. cit. 1991, ..

Déroulement 220px|left|thumb|Militaires roumains et soviétiques discutant près de Stalingrad en 1942 : les seconds sont, en théorie, prisonniers des premiers... mais pour peu de temps : les Roumains seront bientôt engagés dans les divisions roumaines alliées « Tudor Vladimirescu » et « Horia-Cloșca-Crișan ». En , le front de l'Est de l'Axe recule vers l'Ouest devant l'offensive de l'Armée rouge (II front et III front d'Ukraine). Après une première avancée partielle en Roumanie, les Soviétiques stabilisent le front pour cinq mois en Moldavie septentrionale et concentrent leurs forces plus au nord, pour avancer en Pologne, car ils savent que la mission clandestine inter-Alliée Autonomous du SOE est à BucarestDennis Deletant, Springer, 2016, British Clandestine Activities in Romania during the Second World War, p. 33, en contact avec le roi roumain Michel qui négocie, à Ankara et au Caire, par l'intermédiaire du prince Barbu Știrbei et de la princesse Marthe Bibesco, le passage de la Roumanie aux AlliésGhislain de Diesbach, La Princesse Bibesco - La dernière orchidée, Perrin, Paris 1986. Staline attend donc que la Roumanie « tombe comme un fruit mûr », ce qui se produit le lorsque les généraux roumains Gheorghe Avramescu et Petre Dumitrescu ouvrent le front aux soviétiques : ayant perdu , et 25 avions, ils sont accusés de trahison, et, pour quelques heures, sont remplacés par Ilie Șteflea, un fidèle du maréchal Antonescu, allié d'Hitler, le jour même de l'arrestation du dictateur lors du coup d'état du Johannes Frießner : Verratene Schlachten, die Tragödie der deutschen Wehrmacht in Rumänien ("Batailles trahies, la tragédie de la Wehrmacht en Roumanie"), éd. Holsten-Verlag, Leinen 1956.. Du l'Armée rouge avance d'une cinquantaine de kilomètres, créant assez de panique dans l'état-major roumain pour permettre au roi Michel , le d'arrêter et destituer Antonescu, tandis qu'à Stockholm, l'ambassadeur roumain Frederic Nanu et son attaché Neagu Djuvara, demandent l'armistice aux Alliés, par l'intermédiaire de l'ambassadrice soviétique Alexandra KollontaïNeagu Djuvara, La guerre de 77 ans et les prémisses de l'hégémonie américaine (1914 - 1991), Humanitas, Bucarest 2008..

À Bucarest, le roi Michel et le Conseil national de la résistance proposent à l'ambassadeur allemand Manfred von Killinger une reddition sans combats des forces allemandes présentes sur le sol roumain. Von Killinger refuse et la Roumanie, désormais gouvernée par le général Sănătescu, déclare la guerre à l'Axe sans attendre la réponse des Alliés à sa demande d'armistice. Au matin du , elle engage contre l'Allemagne et la Hongrie. L'armée roumaine reçoit l'ordre de cesser toute résistance contre les Soviétiques et d'engager contre les forces Allemandes et Hongroises des actions offensives afin d'en « libérer le territoire roumain »Le Figaro du vendredi 25 août 1944, article La Roumanie se range aux côtés des Alliés, et 2 ; cet article contient une info erronée : il affirme qu'Antonescu se serait enfui en Allemagne. En fait, il fut livré aux Soviétiques, conformément à leur demande ; en 1946, ils le rendirent aux Roumains qui le traduisirent en justice, le condamnèrent à mort et l'exécutèrent.. left|upright|thumb|La division « Tudor Vladimirescu » lors de son entrée dans Bucarest fin août 1944 ; en bas, passée en revue par le roi Michel début septembre. left|thumb|Accueillie en libératrice par les bucarestois anti-allemands (mais avec méfiance par ceux craignant le communisme), l'Armée rouge entre à son tour à Bucarest, début . thumb|La fraternisation entre l'Armée roumaine et l'Armée rouge, réelle sur le front anti-allemand, est mise en exergue par les médias, mais à l'arrière, les officiers soviétiques continuent à se méfier des Roumains tandis que le MVD/NKVD multiplie les arrestations.

À partir du les forces roumaines, parfois grossies d'engagés venus des maquis, quittent leurs positions sur le front soviétique et lancent leurs offensives contre l'Axe. L'Armée rouge avance dans leur sillage ou à leurs côtés, et le front se déplace alors de vers le sud-ouest en une semaine. Parmi les forces alliées, la Roumanie engage le quatrième contingent le plus fourni après ceux de l'URSS, des États-Unis et du Royaume-Uni. Du moins, sur le front, car dans les chancelleries, les réponses de l'URSS, des États-Unis et du Royaume-Uni se font attendre jusqu'au , et les Alliés continuent à considérer la Roumanie comme un pays ennemi.

De ce fait, pendant la durée de cette attente (trois semaines) les gares, les ports, Ploiești et Bucarest furent successivement bombardés par les Stukas de la Luftwaffe basés à Băneasa, au nord de Bucarest, par les bombardiers lourds américains venus de Foggia et par l'aviation soviétiqueVasile Tudor, La Guerre aérienne en Roumanie, Piteşti, éd. Tiparg, 2006 ; la Wehrmacht comme l'Armée rouge se considérant en terrain ennemi ou en territoire occupé, pratiquèrent le pillage et le viol systématiques. L'armée roumaine, qui subit la contre-attaque allemande, continue à être attaquée par l'Armée rouge, bien qu'elle ait reçu l'ordre de ne pas se défendre. Les Soviétiques s'emparent de nombreux armements et continuent à faire des prisonniers, tout comme les AllemandsSpiridon Manoliu, Un jour pour se retourner, Le Monde du 25 août 1984 sur [1 ] ; ..

Pendant cette période, les forces de l'Axe opposèrent une résistance variable selon les endroits : elle fut vive aux abords des aérodromes (la Luftwaffe basée en Roumanie bombarda les gares roumaines et Bucarest), des ports du Danube (importants pour la Kriegsmarine) et autour des champs de pétrole de Ploiești, important enjeu stratégique ; elle fut plus sporadique ailleurs. La Wehrmacht et les forces hongroises protégeaient en fait leur retraite, essayant de rapatrier le maximum de matériel et pratiquant la « stratégie de la terre brûlée ».

Le l'armistice peut enfin être signé à Moscou par le même prince Barbu Știrbei qui, à Ankara, avait négocié avec les Alliés et vainement tenté d'obtenir d'eux un débarquement anglo-américain dans les BalkansÀ l'automne 1943, en raison de l'influence de Harry Hopkins sur le président Roosevelt, les États-Unis refusèrent d'appuyer l'offensive britannique en Égée, qui fut un échec et mit fin aux espoirs de Winston Churchill de débarquer un jour dans les Balkans pour y établir ou rétablir des régimes libéraux-démocratiques pro-occidentaux. Dès lors les Britanniques durent, à la conférence de Téhéran, renoncer à toute prétention sur l'Europe de l'Est, mais Churchill espérait obtenir de Staline, en échange, la garantie de conserver la Grèce dans la zone d'influence britannique, en dépit de sa puissante résistance communiste (Pascal Boniface, Le grand livre de la géopolitique : les relations internationales depuis 1945 - Défis, conflits, tendances, problématiques, ed. Eyrolles, 2014). Pour obtenir cela, les Britanniques firent un compromis en acceptant le principe du partage de l'Europe en zones d'influence entre les Alliés occidentaux et l'URSS (Diane S. Clemens, « Yalta Conference » in World Book vol. 21, 2006, et Pierre de Senarclens, Yalta, coll. Que sais-je ?, PUF, 1990, ) à la conférence inter-alliée « Tolstoï » ( Site). Dès lors, le sort de la Roumanie après-guerre fut scellé : elle serait traitée en pays ennemi vaincu et non en co-belligérant comme l'espéraient ses dirigeants, mais ce sort fut aussi celui de la Pologne, livrée à Staline alors qu'elle n'avait à aucun moment cessé de combattre contre les nazis (son aviation avait contribué à sauver le Royaume-Uni en 1940), et de la Grèce dont la résistance communiste, abandonnée par Staline, fut décimée par les conservateurs pendant la guerre civile grecque..