L’USS Oregon (BB-3) est un cuirassé pré-dreadnought de classe Indiana de l'United States Navy. Sa construction est autorisée le , et le contrat est attribué à l'Union Iron Works de San Francisco, en Californie, le . Sa quille est posée exactement un an plus tard. Il est lancé le , baptisé par sa marraine Daisy Ainsworth (fille du magnat ) et livré à la Marine le avant d’être mis en service le avec pour capitaine H.L. Howison. Plus tard, il est aussi commandé par les capitaines et Alexander H. McCormick. Le capitaine assume son commandement le pendant la guerre hispano-américaine.
L’Oregon sert pendant une courte période avec l'escadre du Pacifique avant d'être chargé d'une expédition le long de la côte pacifique de l'Amérique du Sud en en préparation à la guerre avec l'Espagne. Il quitte San Francisco le , et atteint la ville de Jupiter en Floride 66 jours plus tard après un voyage de ; ce qui considéré comme une réalisation remarquable à l'époque. Ce voyage popularise le navire auprès du public américain et démontre la nécessité d'une route plus courte, ce qui appuie la construction du canal de Panama. Après avoir terminé son voyage, l’Oregon est chargé de se joindre au blocus de Santiago de Cuba avec l'escadre de l'Atlantique Nord commandée par le contre-amiral Sampson. Il prend part à la bataille de Santiago de Cuba, où avec le croiseur , ils sont les seuls navires assez rapides pour prendre en chasse et forcer à se rendre le croiseur espagnol Cristóbal Colón. C’est à cette époque qu’il reçoit le surnom de .
Après la guerre, l’Oregon est remis en état et renvoyé vers le Pacifique. Il sert pendant un an aux Philippines pendant la guerre américano-philippine, puis passe un an en Chine à Wusong lors de la révolte des Boxers avant de retourner aux États-Unis pour une révision. En , l’Oregon retourne dans les eaux asiatiques et y demeure pendant trois ans avant d'être retiré du service en . L’Oregon est remis en service en , mais il est peu actif et il est officiellement mis en réserve en 1914. Après l'entrée en guerre des États-Unis dans la Première Guerre mondiale en 1917, l’Oregon sert comme escorte pour les navires de transport au cours de l'intervention en Sibérie. En , il est désarmé, pour la dernière fois car en conséquence du traité naval de Washington, l’Oregon est déclaré en . En , il est prêté à l'État de l'Oregon qui l’emploie comme un monument flottant et musée à Portland.
En , l’Oregon est requalifié IX-22. En raison de l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, il est finalement décidé que la valeur de la ferraille du navire est plus importante que sa valeur historique et il est vendu. Sa carcasse dépouillée retourne ensuite aux mains de la Marine qui l’utilise comme barge de munitions pendant la bataille de Guam, où il demeure pendant plusieurs années. Pendant un typhon en , ses amarres rompent et il dérive vers la mer. Il est retrouvé à au sud-est de Guam avant d’être remorqué. Il est vendu le et mis au rebut au Japon.
Conception et construction
vignette|gauche|Salle des tubes lance-torpilles de l'’Oregon, 1898. L’Oregon est construit à partir d'une version modifiée d’un design de cuirassé à courte portée élaboré en 1889. Le concept original faisait partie d'un ambitieux plan de construction navale de 33 cuirassés et 167 navires plus petits. Cependant, le Congrès des États-Unis voit ce plan comme une tentative de mettre fin à la politique isolationniste et n'approuve pas ce dernier. Un an plus tard, le Congrès approuve le financement de trois cuirassés de défense côtière, l'Oregon et ses sisterships et . Ce sont les trois premiers cuirassés de l'United States Navy. Ces navires sont limités à la défense côtière en raison de leur faible endurance, d’un déplacement relativement petit et d’un franc-bord (distance entre le pont et l'eau) peu élevé, ce qui limite leurs capacités en haute mer. Ils sont cependant lourdement armés et blindés au point que le Conway's All The World's Fighting Ships décrit leur conception comme .
La construction des navires est autorisée le et les contrats de l’Indiana et du Massachusetts sont attribués à William Cramp & Sons à Philadelphie. Le chantier a également proposé de construire l’Oregon, mais le Sénat a spécifié que l'un des navires devait être construit sur la côte Ouest des États-Unis. Par conséquent, le contrat de construction de l’Oregon, sans les armes et le blindage, est attribué à Union Iron Works à San Francisco pour . Le coût total du navire est deux fois plus élevé soit environ . Sa quille est posée le et il est lancé deux ans plus tard, le , lors d’une cérémonie en présence de milliers de personnes. La construction est par la suite ralentie en raison de retards dans les livraisons du blindage, de sorte que le navire n'est finalement achevé qu’en . Lors de ses essais en mer, le , il atteint la vitesse de , soit une amélioration significative par rapport à la vitesse de conception de et supérieure à ses navires jumeaux.
Carrière militaire Voyage en Amérique du Sud vignette|gauche|L’USS Oregon en 1898. Premier cuirassé de la marine américaine sur la côte du Pacifique, l’Oregon est mis en service le sous le commandement du capitaine H.L. Howison. Lors de l'hiver de 1897-1898, il est mis en cale sèche où des quilles de roulis sont installées afin d’améliorer sa stabilité. Il quitte le quai le après avoir reçu des nouvelles de l’explosion de l' dans le port de La Havane. Alors qu’il fait route vers San Francisco pour charger les munitions, les relations entre l'Espagne et les États-Unis se dégradent très rapidement. À San Francisco, le capitaine du navire tombe malade et il est remplacé par le capitaine .. En raison de la menace imminente de la guerre, on ordonne à l'Oregon de renforcer l’escadre de l'Atlantique Nord sur la côte Est. Pour ce faire, le navire doit effectuer un voyage d'environ autour de l'Amérique du Sud.
Le , l’Oregon commence la première étape de son voyage et quitte San Francisco en direction de Callao au Pérou. Il arrive le et se réapprovisionne en charbon. Le navire devait initialement faire une halte à Valparaíso au Chili, mais Clark décide de gagner du temps et l’Oregon entre dans le détroit de Magellan le , où il essuie une forte tempête. Il est forcé de jeter l’ancre sur un plateau rocheux pendant la nuit et continue le lendemain à travers le passage étroit jusqu’à Punta Arenas au Chili. Pendant le ravitaillement, il est rejoint par la canonnière , qui fait également voile vers la côte Est. Les navires quittent Punta Arenas ensemble et font route vers Rio de Janeiro où ils arrivent le et apprennent que les États-Unis et l'Espagne sont maintenant officiellement en guerre. L’Oregon s'arrête très brièvement à Salvador au Brésil puis à la Barbade pour un dernier ravitaillement de charbon. Il arrive au large des côtes de la Floride le , complétant un voyage de en 66 jours ; une réalisation remarquable pour l'époque.
Le Dictionary of American Naval Fighting Ships décrit l'impact du voyage sur le public et le gouvernement américain comme suit : . La vaste couverture médiatique du voyage augmente également la popularité du navire auprès du public américain.
Guerre hispano-américaine
L’Oregon rejoint la base navale de Key West, où il est rattaché à l’escadre de l'Atlantique Nord sous les ordres du contre-amiral William T. Sampson. Là, ils apprennent que le Flying Squadron du commodore a trouvé la flotte espagnole et a entamé le blocus de cette dernière dans le port de Santiago de Cuba. Sampson vient renforcer le blocus le et assume le commandement général des forces sur places.
Afin de sortir de l'impasse, les Américains décident d'attaquer Santiago par la terre. Une force expéditionnaire, sous le commandement du major-général William Rufus Shafter, débarque à l'est de la ville et attaque le . Le commandant espagnol, l'amiral Pascual Cervera y Topete constatant une situation désespérée, tente de percer le blocus le ; la bataille de Santiago de Cuba débute alors. La vielle, les croiseurs et et le cuirassé ont quitté la zone pour se ravitailler en charbon dans la baie de Guantánamo. Le navire amiral de l'amiral Sampson, le croiseur , a également fait route à l'est plutôt ce matin là pour une réunion avec le général Shafter, laissant le commodore Schley à la direction des opérations. Ces départs fragilisent le blocus le jour de la bataille. Trois cuirassés modernes l’USS Oregon, l' et l' et le yacht armé gardent le blocus à l'est, tandis que l'ouest n'est défendu que par le cuirassé de seconde classe l', le croiseur et le yacht armé .
vignette|alt=Oregon seen from behind, several other ships are visible in the background|L'Oregon dans le port de New York lors de la revue navale en après la victoire de la guerre hispano-américaine.
Lorsque la flotte espagnole sort du port à le , elle prend immédiatement la direction de l'ouest et essaie de prendre de vitesse les navires américains. L’Oregon prend les devants dans la poursuite qui s’ensuit. En effet, c'est le seul des grands navires américains à disposer de ses machines sous pression opérationnelle quand la bataille commence. Le croiseur Brooklyn, qui a deux de ses quatre moteurs désaccouplés, peut encore atteindre et se trouve juste derrière. Le navire amiral de Cervera, le Infanta María Teresa, subit de lourds dommages et Cervera ordonne de conduire ce dernier vers le rivage à pour l'empêcher de couler. L’Almirante Oquendo partage son sort 15 minutes plus tard et le Vizcaya à . Seul le Cristóbal Colón, qui a d’avance à ce moment, est toujours opérationnel et continue sa route vers l'ouest. Il est cependant pris au piège le long de la côte par les navires américains et doit faire un grand détour de vers l'ouest autour du cap Cruz. Schley ordonne à l’Oregon de maintenir la chasse et envoie le Brooklyn directement au cap. Les navires américains rattrapent lentement le navire espagnol et commencent à tirer lorsque le Cristóbal Colón arrive à portée de leurs canons. Le Cristóbal Colon, qui a été envoyé à Cuba avant que ses canons principaux soient installés, ne peut pas répondre aux tirs américains. Il abaisse pavillon à et il est sabordé dans la bouche de la rivière Tarquino afin d'empêcher sa capture par les Américains.
La bataille de Santiago de Cuba est une victoire complète pour les États-Unis et laisse l'Espagne sans force navale dans les Caraïbes. Santiago capitule le et la guerre elle-même prend fin moins d'un mois plus tard, le . L’Oregon se dirige alors vers New York pour une remise en état et repart pour le Pacifique en sous le commandement de son nouveau capitaine . C’est à cette époque qu’il acquiert le surnom de , très probablement à cause de sa haute étrave, de sa performance lors de la croisière autour de l'Amérique du Sud et de son action au cours de la bataille de Santiago.
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