La guerre des Bananes désigne une série d'interventions des armées des États-Unis en Amérique centrale et dans les Caraïbes entre la fin de la guerre hispano-américaine de 1898 et le début de la politique de bon voisinage en 1934-1935. Ces conflits provoquèrent un engagement à Cuba, au Mexique, à Panama, dans la zone du canal de Panamá, en Haïti (1915-1935), en République dominicaine (1916-1924) et au Nicaragua (1912-1925 et 1926-1933).
Les causes de ce conflit sont variées, mais en grande partie de nature économique. La dénomination du conflit provient de la connexion entre les interventions militaires des États-Unis et la préservation de leurs intérêts commerciaux.
Parmi les plus importantes sociétés implantées dans la zone, la United Fruit Company a des intérêts financiers significatifs dans la production de bananes, de tabac, de canne à sucre et d'autres productions courantes dans les Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.
Les États-Unis ont également des intérêts politiques et veulent maintenir leur sphère d'influence sur le continent américain ainsi que le contrôle du canal de Panama dont ils terminent la construction en 1914 et qui est important pour le commerce mondial et la projection d’une puissance navale.
Un des faits les plus marquants de ces conflits fut l’occupation américaine de Veracruz pendant plus de six mois en 1914, en rétorsion à l’incident de Tampico du , qui implique la brève arrestation de marins américains par des soldats du régime du président mexicain Victoriano Huerta. L’incident survint dans une période où les relations diplomatiques avec les États-Unis étaient mauvaises, à cause de la Révolution mexicaine, alors en cours.
En réaction à l’affaire de Tampico, le président américain Woodrow Wilson ordonna à la Navy d’occuper Veracruz. Huerta fut renversé et un régime plus favorable aux États-Unis fut mis en place. Mais l’incident dégrada les relations entre les États-Unis et le Mexique pour de nombreuses années.
Contexte
La politique étrangère des États-Unis est restée fidèle au testament de George Washington et à la doctrine Monroe. Les Américains tout absorbés par la conquête de l'Ouest et leur développement industriel ne se sont pas dotés des atouts des grandes puissances. Pierre Mélandri établit un lien entre le début des ambitions internationales des États-Unis, la prise de conscience de leur suprématie industrielle ainsi que la fin de la frontièreRappel : la frontière est un front de colonisation et non une limite entre les États en 1890. En 1880, il n'y a presque pas de flotte militaire et commerciale, les effectifs de l'armée sont très réduits. Dans les années 1880, le gouvernement fédéral commence à développer la marine militaire, elle passe du mondial en 1883 au en 1906. Il s'assure aussi de bases à Pearl Harbor et dans les Samoa. L'acceptation facile de l'annexion de Hawaii par le Sénat en 1898 montre que les esprits sont mûrs pour l'aventure expansionniste. Désireux de détourner la colère populaire due à la crise économique, les responsables politiques entretiennent auprès de l'opinion publique une grande susceptibilité nationaliste avec l'aide de deux journaux à grand tirage, The World et The Journal.
Avec le traité de Paris, l'Espagne reconnaissait l'indépendance de Cuba, tout en cédant les Philippines, Porto Rico et Guam aux États-Unis, en échange d'un versement de vingt millions de dollars américainsJean-Michel Lacroix, op. cit., ., tout ceci marquant le début de l'expansion outre-mer des États-Unis.
La guerre de 1898 a constitué incontestablement un tournant dans l’histoire américaine. Les États-Unis prenaient place dans le cercle étroit des grandes puissances coloniales de la planète. Le , le Washington Post publiait un éditorial resté célèbre : « Une prise de conscience nouvelle semble entrer en nous — un sentiment de force accompagné d’un nouvel appétit, le vif désir de montrer notre force […] Ambition, intérêt, soif de conquêtes territoriales, fierté, pur plaisir de se battre, quelque nom qu’on lui donne, nous sommes animés d’une sensation nouvelle. Nous voilà confrontés à une étrange destinée. Le goût de l’Empire est sur nos lèvres, semblable au goût du sang dans la jungle ».
Désormais, les Américains ne désiraient plus se contenter de ne s’occuper que de leurs affaires intérieures. Les États-Unis avaient établi leur suprématie sur les Caraïbes et étendu leur influence jusqu'aux rivages de l’Asie. Ils étaient devenus une puissance mondiale par la manifestation de leur force et celle-ci allait dorénavant affecter la politique internationale de toutes les grandes puissances. L'historien Howard Zinn écrit : « Désormais, le goût de l'empire possédait aussi bien les politiciens que les milieux d'affaires à travers tout le pays. Le racisme, le paternalisme, et les questions de profit se mêlaient aux discours sur la destinée de la civilisation »Howard Zinn, op. cit., ..
En Espagne, la défaite (le « désastre de 98 ») ébranle profondément l'opinion et déclenche un sentiment de frustration et de pessimisme généralisé dans la société. La débâcle donne lieu à l'émergence du régénérationnisme, courant idéologique hétérogène qui mène une réflexion sur la nation espagnole et essaie de remédier à la décadence de l'Espagne.
Histoire
Campagne de Porto Rico (1898) vignette|197x197px|Le général américain Nelson Miles à la tête de ses troupes à Porto Rico. En 1898, se produit la guerre hispano-américaine dont les enjeux sont encore l'objet de débats historiques. L'île est alors conquise par les États-Unis. L'année suivante, le traité de Paris signé entre les États-Unis et l'Espagne est ratifié par le sénat américain après un débat houleux. En échange de 20 millions de dollars, l'Espagne cède ses dernières possessions d'Amérique latine - Cuba et Porto Rico -, ainsi que les Philippines.
En 1900, le Congrès américain promulgua la loi organique (PL56-191) instaurant un gouvernement populaire restreint à Porto Rico. En 1901, le Congrès des États-Unis, influencé par la Cour suprême des États-Unis, décidenqu'aux fins de la clause d'uniformité de la Constitution, Porto Rico appartenait aux États-Unis, mais n'en était pas considéré comme faisant partie des États-Unis..
Interventions à Cuba (1898-1922) Une série de rébellions entre 1868 et 1898, dirigées par le général Máximo Gómez, n'a pas réussi à mettre fin à la domination espagnole et a coûté la vie à cubains et espagnols.. Une intervention militaire en faveur des insurgés, est lancée le par le président William McKinley, contre le gouvernement espagnol. La reddition de l'armée espagnole est rapide. La guerre hispano-américaine entraîne le retrait de l'Espagne de l'île en 1898 et, après trois ans et demi de régime militaire des États-Unis, Cuba obtient son indépendance.
Le traité de Paris du , met fin au conflit, et marque la fin de l'occupation espagnole. Un gouvernement militaire d'occupation est alors mis en place par les États-Unis le jusqu'en 1902Cuba.. gauche|vignette|261x261px|Maximo Gómez (assis au centre) avec son état major. Le , les forces armées des États-Unis évacuent pour l'essentiel le territoire cubain et la république de Cuba est officiellement créée. Pour la première fois de leur histoire, l’indépendance des Cubains est reconnue formellement, mais aux termes de l'amendement Platt, du sénateur américain , les États-Unis conservent des bases navales et sont garants de la constitution, avec le droit d’intervenir dans les affaires du pays en cas d'effondrement constitutionnel.
En 1906, le premier président de Cuba Tomás Estrada Palma souhaita se représenter bien que la constitution n'ait pas prévu explicitement ce cas. Une vive contestation de l'opposition s'ensuivit. La démocratie cubaine est encore balbutiante. À la demande des dirigeants cubains, quatre interventions militaires américaines auront lieu en 1906, 1909, 1917 et 1919. Ces interventions répondent à de réelles crises constitutionnelles cubaines.
Les Américains se retirent de l’île, mais leurs investissements y restent considérables, et le commerce de Cuba est largement tourné vers les États-Unis avec des exportations de canne à sucre et des importations industrielles. L'amendement Platt complète ce dispositif jusqu'en 1933. L'influence des États-Unis restera forte jusqu'en 1959.
Occupation du Honduras (1903-1925) En 1896, le président du Honduras, Miguel Rafael Dávila, et le président du Nicaragua, José Santos Zelaya, proclament avec la Grande république d'Amérique centrale, censée aboutir à une union des États de la région et repousser les projets expansionnistes des États-Unis. Ces derniers réagissent en soutenant financièrement les conservateurs de Manuel Bonilla. Dans un contexte de détérioration des relations commerciales, des mercenaires américains organisent un raid contre le port d'Acajutla ; Davila les repousse et traite les prisonniers en « flibustiers ». Les États-Unis suscitent alors de nouveau Manuel Bonilla contre lui. Le vaisseau de guerre USS Tacoma, dans les eaux du Honduras, prête un appui opportun à Bonilla pour renverser le gouvernement. Le président qui émerge après cette crise, Francisco Bertrand Barahona, constitue un gouvernement très favorable aux intérêts des États-Unis. Les importations en provenance des États-Unis peuvent ainsi doubler entre 1910 et 1913.
Durant cette période, plusieurs compagnies américaines dominent le secteur clé de l'exportation de bananes du pays, ainsi que les terres et les chemins de fer associés, ce qui conduit à l'envoi de troupes américaines en 1903, 1907, 1911, 1912, 1919, 1924 et 1925.
Occupation du Nicaragua (1912-1933)
En 1909, les États-Unis offrent un appui politique aux forces rebelles menées par les conservateurs contre le président Zelaya. Les raisons d'un tel soutien de la part des États-Unis sont des divergences sur la proposition de canal de Nicaragua, le risque que la politique du Nicaragua déstabilise la région, la tentative de Zelaya de réglementer l'accès des étrangers aux ressources naturelles. Le , des navires de guerre de l'United States Navy sont envoyés dans la région des insurgés. Les États-Unis justifient l'intervention par la nécessité de protéger les vies et les biens de leurs concitoyens. Zelaya doit démissionner le .
Pas moins de quatre présidents à la solde des États-Unis se succèdent en un an. Finalement, les États-Unis accèdent à la demande du président Adolfo Díaz (1875-1964) et envoient leurs troupes dans le pays en 1912 pour rétablir l'ordre. Les marines américains restent au Nicaragua jusqu'en 1933 (entre 1912 et 1925, puis après une interruption de 9 mois, entre 1926 et 1933) réprimant les soulèvements qui visent la libération du pays.
En 1914, le traité Bryan-Chamorro est signé entre le Nicaragua et les États-Unis. Ces derniers obtiennent la concession de construire un futur canal en échange de trois millions de dollars. Bien que le canal de Panama ait été construit dès 1903, la région continue d'être d'un intérêt stratégique et ce traité vise aussi bien à écarter d'autres intérêts étrangers. Ils obtiennent aussi le droit d'établir une base militaire dans le golfe de Fonseca pour une période de 99 ans et la cession pour la même durée des îles du Maïs au large des Caraïbes. gauche|vignette|Des Marines américains brandissent le drapeau capturé d'Augusto César Sandino au Nicaragua en 1932. Après le premier retrait des U. S. Marines, un autre conflit violent a lieu entre libéraux et conservateurs en 1926 connu comme le nom de guerre constitutionnaliste, d'où le retour des U. S. Marines qui imposent le , lequel s'appuie sur un gouvernement de coalition. Le général Augusto César Sandino n'adhère pas à cet accord et mène une guérilla contre le pouvoir établi. Il déclare :