Eddy Paape, de son véritable nom Édouard Paape, né le à Grivegnée (province de Liège) et mort le à Bruxelles (région de Bruxelles-Capitale), est un dessinateur belge francophone de bande dessinée, principalement connu pour les séries Jean Valhardi, Marc Dacier et Luc Orient.
Après des études à l'Institut Saint-Luc, il commence sa carrière artistique au studio de dessin animé, la Compagnie belge d'actualités. Après la fermeture du studio, il rejoint, en 1947 en compagnie d'André Franquin, Morris et Will, l'équipe de Jijé qui va les initier à la bande dessinée. Le départ de son maître aux États-Unis lui permet de récupérer le dessin de la série Jean Valhardi que Jijé assurait jusque-là dans le journal Spirou. Dans ce même journal, il dessine le premier récit. des Belles Histoires de lOncle Paul suivi de nombreux autres, et les pages de jeux, avant de pouvoir dessiner à partir de 1958 sa propre série, Marc Dacier. Après une brouille avec son éditeur Dupuis dans les années 1960, il rejoint le journal Tintin où il anime notamment la série de science-fiction Luc Orient, mais aussi d'autres séries plus courtes comme Tommy Banco ou Udolfo. Après l'arrêt de Luc Orient en 1984, il dessine des séries qui se limiteront à un ou trois albums comme Carol Détective, Les Jardins de la peur ou Johnny Congo.
Biographie Début artistique Jeunesse et formation Eddy Paape naît le dans la ville belge de Grivegnée près de Liège d'un père militaire de carrière prénommé Adolphe et d'une mère employée dans un magasin. En 1925, la famille change de vie et déménage à Forest une commune bruxelloise pour reprendre une blanchisserie. C'est à cette époque qu'Édouard développe sa passion pour le dessin et que, plus tard, il souhaite dessiner et construire des ponts.. Très jeune, il est repéré par une troupe pour participer à des spectacles publicitaires pour enfants financés par les confiseurs Lamy Lutti. Il y interprète le clown Nono et est le plus jeune participant du spectacle. Si les représentations ont lieu le jeudi après-midi, les répétitions se déroulent le mardi et le mercredi, dans l'ensemble de la Belgique. En 1941, il abandonne les planches pour gagner sa vie..
Toujours décidé à consacrer sa vie aux ponts, il intègre l'école centrale des arts et métiers, mais le dessin industriel l'ennuie rapidement. En 1935, il entre à l'Institut Saint-Luc de Bruxelles pour y apprendre les arts techniques.. À la fin des études, tous les étudiants doivent réaliser une « œuvre » pour l'examen final. Édouard produit une descente de croix de six mètres sur trois, mais c'est à cette période qu'il réalise qu'au-delà de la peinture, ce qu'il apprécie d'abord ce sont les dessins préparatoires, plus que la recherche ou l'équilibre des couleurs.. Au cours de sa formation à l'Institut Saint-Luc, il assiste à des cours d'un nouveau genre, le dessin animé..
Début dans l'animation En 1940, il fuit la Belgique pour la France au gré de l'avancée de la Wehrmacht. Une fois l'armistice signé, il revient à vélo à Bruxelles. pour intégrer la Compagnie belge d'actualités, nouvellement créée par Paul Nagant que le jeune Édouard Paape avait rencontré à l'Institut Saint-Luc lorsque celui-ci cherchait de jeunes artistes pour l'aider dans ses projets.. En compagnie de Jacques Eggermont, lui aussi ancien de Saint-Luc, il signe sous le pseudonyme commun de Jackeddy deux courts métrages d'animation intitulés Zazou chez les Nègres et Le Chat de la Mère Michel. Un dessin animé coûtant très cher à réaliser, C.B.A. a rapidement des problèmes financiers., de surcroit un incendie en 1943 détruit les studios. Eddy Paape est blessé durant ce sinistre. Durant son séjour à l'hôpital, il tombe amoureux de l'infirmière qui le soigne, Laurette Beer, qui deviendra sa femme..
Paul Nagant et C.B.A. quittent Liège pour installer les nouveaux studios à Etterbeek une commune bruxelloise. De nouveaux animateurs sont engagés, André Franquin, Maurice de Bevere qui signera bientôt sous le pseudonyme de Morris et Pierre Culliford qui deviendra plus tard Peyo. Pour les autres animateurs, Eddy Paape est un peu considéré comme le chef du studio sans qui C.B.A. aurait eu du mal à connaître le succès et l'ambiance au studio est au beau fixe malgré la guerre. À la libération, le Plan Marshall finit de ruiner le studio belge. En effet, une clause donne la préférence aux films américains au détriment des productions nationales. Ne trouvant plus de marché pour ses films d'animation, ni en Belgique, ni en France, Paul Nagant ferme C.B.A. en 1946. Eddy Paape et ses collègues se retrouvent alors sans travail..
La période Spirou Entrée à Spirou Sans emploi après la fermeture des studios de la Compagnie belge d'actualités, Eddy Paape enchaîne les petits emplois pour faire vivre sa famille. Des travaux toujours dans le domaine artistique comme la réalisation de dessins pour abat-jour ou des peintures sur poupées. Les contacts qu'il a gardés avec André Franquin et Morris, eux aussi anciens de chez C.B.A., lui permettent de faire la connaissance de Jijé. Ce dernier a été l'homme à tout faire du journal Spirou durant la guerre et produisait presque l'intégralité des dessins de l'hebdomadaire. Eddy Paape parvient donc avec ses anciens collègues de C.B.A. à intégrer les éditions Dupuis..
Eddy Paape commence sa carrière dans la bande dessinée en dessinant les illustrations des rubriques et des romans du journal Bonnes Soirées, publication de Dupuis. Jijé, qui l'a intégré dans son studio en compagnie d'André Franquin, Morris et Will, lui confie le soin de redessiner son histoire Emmanuel. Par la suite, Jijé quitte l'Europe, pour l'Amérique, par peur de la menace atomique qui pèse sur le vieux continent. Avant son départ, il distribue à ses protégés les séries qu'il anime dans Spirou. Eddy Paape hérite de la série Les Aventures de Jean Valhardi, qui raconte les aventures d'un agent d'assurance autour du monde et publié depuis 1941 dans les pages de l'hebdomadaire.. Le Jean Valhardi d'Eddy Paape fait ses débuts dans le du journal Spirou daté du , l'histoire s'intitule Valhardi et les Rubens et est dessinée dans un style proche de celui de son ami Victor Hubinon à qui il donne des coups de main lorsque celui-ci est en retard dans sa série Les Aventures de Buck Danny. Le scénario, est lui, assuré par Jean Doisy qui occupe le poste de rédacteur en chef du journal. Eddy Paape enchaîne ensuite avec l'histoire Sur le rail parue dans lAlmanach 47 du journal Spirou. Pour son ami Victor Hubinon, il s'improvise scénariste pour la série humoristique Fifi publiée dans La Libre junior. Il illustre aussi les textes d Histoires vécues publiées chaque jour sous forme de quatre dessins racontant des grandes destinées historiques..
Valhardi et l'animation de Spirou À partir de l'histoire Le Roc du diable publiée en 1949 du au de Spirou. Jean Doisy arrête le scénario de la série qui est récupéré par Yvan Delporte, alors homme à tout faire de la rédaction de l'hebdomadaire. Eddy Paape collabore toutefois toujours avec Jean Doisy puisque celui-ci écrit des courts romans dans la collection « Les Grands Récits de Spirou » et Eddy Paape en illustre environ vingt-cinq numéros. En 1951, la série Jean Valhardi décline et Jean-Michel Charlier en récupère le scénario à partir de l'histoire Le Château maudit publiée du au . Il parvient à relancer l'intérêt pour la série en supprimant Jacquot, le compagnon d'aventure de Jean Valhardi, pour le remplacer par le photographe Arsène. Le duo marche à merveille et les histoires suivantes Le Rayon super-gamma et La Machine à conquérir le monde sont considérées comme des chefs-d'œuvre du neuvième art.
En dehors de son travail sur la série Jean Valhardi, Eddy Paape s'investit dans l'animation du journal. Il crée les personnages Geai et Mowgli qui vont animer pendant plusieurs années la rubrique Le Coin des dégourdis, la page jeux de Spirou. Il illustre aussi Le Coin des petits curieux, la rubrique sur l'insolite et le courrier des lecteurs intitulé Questionnez, le fureteur vous répondra. Cela lui prend tellement de temps qu'il est obligé de s'installer à Marcinelle près de la rédaction du journal. Dans le même temps est créé Oncle Paul, une série qu'Eddy Paape va illustrer à de très nombreuses reprises..
À la World Press En 1951, Eddy Paape est engagé par Georges Troisfontaines pour rejoindre l'équipe de la World Press qui fournit alors des bandes dessinées notamment pour Dupuis. Il retrouve ainsi le travail d'équipe dans un studio où il fréquente des dessinateurs comme Albert Uderzo, Victor Hubinon, Jean Graton, Dino Attanasio ou encore Albert Weinberg. La World Press étant obligée de fournir les planches à l'heure aux éditions Dupuis, sous peine de compensation financière, les auteurs s'aident entre eux, une planche pouvant être dessinée par plusieurs auteurs, qui ne signent pas. À la World Press, Eddy Paape fait le lien entre Dupuis et Georges Troisfontaines. C'est ainsi qu'à chaque fois qu'un auteur veut se présenter chez Dupuis, il est chargé de l'emmener voir Georges Troisfontaines. Dans le même temps, sous le pseudonyme de Mil Patt, Eddy Paape va collaborer à plusieurs reprises à La Libre junior.. En compagnie de René Goscinny, il est chargé par Georges Troisfontaines d'installer un journal lumineux en couleur (le premier de Belgique) qui diffuse des informations en continu. Il s'occupe de la préparation du système de défilement du texte qui se passe au-dessus de produits chimiques, son compère étant chargé de lui essuyer les yeux qui pleurent à cause des vapeurs chimiques..
Le , la World Press et Dupuis lancent Risque-Tout, un journal qui vise un lectorat plus âgé que Spirou. Au sommaire de cet hebdomadaire, des séries publiées dans Spirou, mais aussi de nouvelles séries par les auteurs de Spirou, toutes sous forme d'histoires complètes. Eddy Paape est présent au générique avec une nouvelle série intitulée André Lefort scénarisée par Jean-Michel Charlier, car dans le même temps Jijé est revenu des États-Unis et a repris sa série Jean Valhardi. Cette dernière appartient aux éditions Dupuis qui l'attribue à l'auteur qu'elle souhaite, Eddy Paape est donc jusqu'à André Lefort sans série à animer. Elle va connaître, deux histoires intitulées Le Dollar déchiré et L'Énigme du diadème d'or, mais elle ne survivra pas à la suppression de Risque-Tout en . Dans le même temps, Jean-Michel Charlier qui lui fournit des scénarios au sein de la World Press, est licencié avec René Goscinny pour avoir tenté de monter un syndicat des auteurs de bande dessinée.. Ils décident alors de fonder une agence concurrente à la World Press appelée EdiPresse et lancent un journal titré Pistolin. Eddy Paape y signe sous le pseudonyme de Jo Legay de courtes histoires historiques proches de lOncle Paul. L'existence de Pistolin sera brève et ne dure que de à ..
Une nouvelle série : Marc Dacier