London Calling est le troisième album du groupe britannique The Clash, édité par CBS Records et sorti le au Royaume-Uni puis en aux États-Unis sous le label Epic Records.

Album rock de référence, p. 486, , ce disque polyvalent mêle de nombreux styles, p. 537, : ska, punk rock, pop, new wave, rockabilly, jazz, soul et reggae. Les thèmes abordés et dénoncés à travers les morceaux sont le chômage, la consommation de drogues, les conflits raciaux, la politique ainsi que les responsabilités des adultes dans la société. Avec ce double album, le groupe souhaite alors se démarquer du mouvement punk qu'il juge sur le déclin .

Vendu à près de deux millions d'exemplaires dans le monde., l'album est certifié disque de platine aux États-Unis. et permet aux Clash de sortir du microcosme punk.

Genèse et enregistrement

Contexte vignette|gauche Après un premier album jugé trop brut par CBS Records, le groupe a pour souhait de trouver le succès à l'étranger, et notamment aux États-Unis, Terry Chimes, ex-batteur des Clash : . Avec un budget plus important, il décide de quitter le Royaume-Uni et d'enregistrer son second album intitulé Give 'Em Enough Rope avec Sandy Pearlman, connu pour avoir produit Blue Öyster Cult, un groupe de hard rock américain des années 1970. Malgré la présence de quelques titres phares comme Tommy Gun et English Civil War, le succès n'est pas au rendez-vous à la sortie du disque, l'album étant jugé trop américanisé.

Après ce second album et de retour en Angleterre, le groupe se sépare de son manager Bernard Rhodes Gilbert, Pat (2005). Passion Is a Fashion: The Real Story of The Clash. Da Capo Press. . pp. 212-213.. Cette séparation contraint la bande à changer de locaux pour l'enregistrement de son album suivant. Les Clash quittent alors les studios de Camden Town à Londres, et recherchent un nouvel endroit pour procéder aux enregistrements.

Déroulement thumb|Localisation de la Cité de Westminster, à Londres. Durant l'été 1979, le groupe commence à travailler à l'écriture et à la composition des chansons de l'album, suivant leurs influences rockabilly, ska, reggae et jazz. Johnny Green, le nouveau manager, trouve au groupe des locaux au centre de Londres, à Pimlico, dans la cité de Westminster, pour composer et répéter ses chansons. Joe Strummer écrit les paroles des morceaux et Mick Jones compose et arrange la musique. En août de la même année, il investit les studios Wessex à Highbury, au centre-nord de la ville, avec leur nouveau manager. Ces studios sont réputés pour avoir accueilli des groupes comme les Rolling Stones, Queen, les Sex Pistols ou encore The Sinceros. Alors que les Clash arrivent dans le studio numéro un pour y enregistrer, The Damned le quitte afin de passer au mixage de leur troisième disque Machine Gun Etiquette..

La formation demande à Guy Stevens de produire l'album, à la consternation de CBS Records. Stevens a des problèmes d'alcool et de drogues et ses méthodes de production sont réputées non conventionnelles. L'ex-producteur de Mott the Hoople peaufine le son du groupe tout en lui laissant son identité et le disque est réalisé rapidement, en quelques semaines, car peu de prises sont nécessaires à l'enregistrement des morceaux.

Joe Strummer déclara à propos de l'enregistrement de l'album : .

Caractéristiques artistiques Structure de l'album Dix-neuf morceaux sont enregistrés pour l'édition originale de 1979, pour une durée totale de soixante-cinq minutes. Tous les morceaux sont écrits par Mick Jones et Joe Strummer, à l'exception de quatre d'entre eux : Brand New Cadillac (Vince Taylor), The Guns of Brixton (Paul Simonon), Wrong 'Em Boyo (Clive Alphonso) et Revolution Rock (Jackie Edwards et Danny Ray).

Tableau : Sur l'édition originale de 1979 n° Face Une Face Deux Face Trois Face Quatre 1 London Calling 3:20 Spanish Bombs 3:18 Wrong 'Em Boyo 3:10 Lover's Rock 4:03 2 Brand New Cadillac 2:08 The Right Profile 3:54 Death or Glory 3:55 Four Horsemen 2:55 3 Jimmy Jazz 3:54 Lost in the Supermarket 3:47 Koka Kola 1:47 I'm Not Down 3:06 4 Hateful 2:44 Clampdown 3:49 The Card Cheat 3:49 Revolution Rock 5:33 5 Rudie Can't Fail 3:29 The Guns of Brixton 3:09 - - Train in Vain (Stand by Me) 3:09

Musicalité et engagement

London Calling est considéré comme un manifeste social de l'Angleterre. L'album en donne en effet une description précise et cohérente. Le groupe, à travers les paroles et la musique, veut véhiculer un message, en utilisant la fusion des genres musicaux, parfois inédite, puisqu'il mêle rock, punk, rockabilly, funk, reggae, pop, rhythm and blues et jazz. Même les chansons plus mineures complètent de façon utile l'album, p. 272, .

À l'instar des deux premiers albums du groupe, London Calling pousse encore plus loin son éclectisme musical et s'éloigne du son punk pur. Pour cet opus, chaque membre apporte sa touche personnelle. Il y a une volonté de jouer plusieurs styles musicaux, p. 45, .

thumb|La centrale nucléaire de Three Mile Island, deux semaines après l'incident abordé dans London Calling.

Face Une Plusieurs thèmes sont abordés dès la première chanson, London Calling. Tout d'abord, le texte de la chanson phare de l'album reflète l'inquiétude et le scepticisme de Joe Strummer face à la situation mondiale. Survenu au printemps 1979, l'accident de la centrale nucléaire de Three Mile Island est cité comme une , p. 308, . Cet incident lié à la fusion d'un réacteur nucléaire et d'autres catastrophes sont référencés. Ainsi, les menaces d'inondations de Londres qui ont débouché sur la construction du barrage Thames Barrier sont également abordées.

Les paroles se moquent également ouvertement de la starification qui a suivi l'explosion du punk, un mouvement qui semble déjà toucher à sa fin : ().

thumb|Portrait de Vince Taylor, interprète original de Brand New Cadillac.

Le deuxième morceau, intitulé Brand New Cadillac, est une reprise de Vince Taylor. Ce chanteur de rock britannique, populaire jusqu'au milieu des années 1960, connaît alors une longue traversée du désert due à ses problèmes d'alcool et de drogues, p. 172, . Le groupe qualifie ce morceau d' et Mick Jones espère que les royalties de cette reprise pourraient aider Taylor. Dans ce morceau, comme le titre l'indique, il est question d'un homme racontant que sa petite copine conduit une (traduction de ) Paroles : et que celle-ci le snobe depuis qu'elle est en possession de cette voiture. Les paroles précisent que la fille n'est jamais revenue vers lui Paroles du dernier refrain, où le texte est répété trois fois : .

Dans Jimmy Jazz, seul morceau dévoilant les influences jazz du groupe notamment présentes dans le swing des instruments, p. 253, , il est question d'un personnage recherché activement par la police. Sur un rythme presque parfois plus ska et reggae que jazz., le message de la troisième chanson de l'album est la dénonciation de l'attitude et des méthodes barbares des forces de l'ordre, p. 150, .

Hateful est un morceau influencé par le rythme des compositions de Bo Diddley, d'ailleurs la première partie du groupe lors de sa tournée aux États-Unis début 1979, p. 120, . Dans ce titre, le narrateur raconte la relation ambigüe qui le lie à son dealer : (« Oh, tout ce que je veux, il me le donne / Tout ce que je veux il le donne, mais pas gratis. C'est odieux »).

Rudie Can't Fail est la cinquième et dernière chanson de la première face. Promotion de l'hédonisme, elle met en scène un jeune homme fait référence à l'expression . critiqué pour son incapacité à devenir un adulte responsable. Plusieurs genres musicaux y sont fusionnés : des éléments de musique pop sont mélangés à la soul et au reggae, p. 313, . Comme dans plusieurs de leurs chansons, une référence est faite à un chanteur reggae dans les paroles (« Mais je te dis que je ne peux pas vivre pour rendre service / Comme le docteur qui est né pour quelque chose »). En effet, à l'époque, Doctor Alimantado et son titre Born for a Purpose sont populaires dans le mouvement punk par l'intermédiaire de Johnny Rotten .

Face Deux

Le texte de Spanish Bombs rend hommage aux révolutionnaires et républicains qui combattirent avec le pendant la guerre civile espagnole, p. 143, . Il s'agit de la première chanson des Clash à traiter de questions sociales sans relation avec la réalité locale du Royaume-Uni. L'idée de l'écrire est influencée par le terrorisme en Irlande et en EspagneSweeting, Adam. Death or Glory dans Uncut. Octobre 2004. p. 67, à la suite des longues conversations au sujet de l'ETA entre Strummer et sa compagne Gaby Salter. Le groupe, bien que d'origine britannique, n'a pas uniquement composé en anglais, et le morceau est en partie chanté en espagnol. En effet, intercalé entre des couplets chantés en anglais, le refrain contient les termes Spanish Bombs suivis par des chœurs en espagnol répliquant . Celui-ci a donné lieu à diverses interprétations puisqu'il a été directement traduit de l'anglais en une phrase qui semble manquer de sens (« Spanish bombs je te veux un infini, je te veux oh mon cœur »). Toutefois, comme te quiero est également une manière de dire je t'aime en espagnol, on pourrait traduire cette phrase par « Spanish bombs, je t'aime infiniment, je t'aime oh mon cœur », ce qui a plus de sens. La chanson loue l'héroïsme des républicains et des anarchistes en particulier, durant cette période, puis finit par mentionner la localité de Grenade, où habitait Federico García Lorca et qui est devenu la scène de certaines des luttes les plus violentes .

C'est après avoir lu la biographie de Montgomery Clift par Bosworth prêtée par Guy Stevens que Joe Strummer décide de composer The Right Profile. La septième chanson se base sur la vie chaotique de l'acteur, en se focalisant sur ses problèmes d'abus d'alcool et de médicaments. À un moment intitulé Canalside Walk , le titre final fait référence au fait qu'après un accident de voiture survenu en 1956, Clift finit le tournage de L'Arbre de vie en ne laissant filmer que son profil droit, p. 16, . Selon le machiniste itinérant Johnny Green, la chanson est également un hommage à Guy Stevens, dont le style de vie correspondait à celui de Montgomery Clift, p. 315, .

Le huitième titre de l'album, Lost in the Supermarket, écrit par Joe Strummer, imagine l'enfance de Mick Jones grandissant en banlieue, en compagnie de sa mère et sa grand-mère, p. 239, . Il est chanté par ce dernier, une habitude du groupe pour les chansons plus intimistes. Plus lente que la plupart des autres de l'album, ses paroles poussent à combattre le consumérisme rampant qui se développe de plus en plus, en critiquant radicalement l'invasion de la publicité, .

Commençant comme un titre instrumental intitulé Working and Waiting, la chanson Clampdown (littéralement ) décrit les dérives de la société capitaliste et l'absence de but de la jeunesse qui entrainent la montée de l'extrêmisme. Comme souvent dans les textes de Joe Strummer, la chanson pousse la jeunesse de la classe ouvrière à se battre contre ce . Ainsi, le fascisme est dénoncé par des références telles que celle de , p. 185, . Ceci est une allusion aux couleurs qu'arborent généralement les fascistes sur leurs uniformes militaires, par exemple les chemises brunes de la SA en Allemagne, les chemises bleues du parti franciste dirigé par Marcel Bucard ou encore celles des , le surnom donné au mouvement fasciste fondé par Eoin O'Duffy en Irlande.