François Le Gouz, sieur de La Boullaye (Pontigné,  - Bengale, déb. 1667) est un voyageur gentilhomme angevin. Sa vie est scandée par trois grands voyages. Le premier en Europe septentrionale, depuis Paris jusqu'à Dublin et Riga (avril-). Le deuxième jusqu'en Inde à Goa ( - ). Le troisième en tant qu'envoyé du roi pour la fondation de la Compagnie française pour le commerce des Indes orientales (CIO), d' jusqu'à sa mort début 1667 au niveau du Bengale ou du Tibet alors qu'il tentait de rejoindre la Chine des Ming.

Il est l'auteur d'un récit de son voyage, publié à Paris en 1653 puis réédité dès 1657 chez Gervais Clousier, attestant de son succès littéraire pour l'époque, consultable en ligne en libre accès sur la plateforme Gallica. Il avait procédé à la première rédaction manuscrite de son récit en 1650 à Rome, à destination privée des missionnaires jésuites et membres proches de la Congrégation de Propaganda Fide pour l'évangélisation des peuples. Ces trois œuvres se distinguent par la richesse des illustrations qu'elles contiennent.

Plaçant sa geste viatique plutôt au service du roi qu'au service de l'Eglise romaine, François Le Gouz de La Boullaye représente une figure pionnière dans l'histoire de la découverte de l'Inde et de l'hindouisme par les Européens au milieu du XVIIe siècle.{ "type": "FeatureCollection", "features": [

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Biographie

Famille François Le Gouz, premier du nom, naît le La Boullaye, Les Voyages et Observations, op. cit., 1657, p. 541. au château de BordesLe domaine de Bordes est aujourd'hui situé sur le territoire communal de Pontigné (49150), près Baugé-en-Anjou, dans le Maine-et-Loire. Le château n'existe plus et a laissé place à un golfe.. Son père est Gabriel II Le Gouz, écuyer, sieur de Bordes et du GœuvreL’ancien domaine seigneurial du Gœuvre est aujourd’hui réduit au simple statut de gîte (commune de La Ménitré, 49250).. Par son mariage avec Jeanne le Bault (1597-166) (acte de mariage non retrouvé), la terre noble de La Boullaie (ou Boullaye) rentre dans le giron des Le Gouz d’Anjou. En 1633, il cède le domaine et le château de Bordes à son frère Raoul IV Le Gouz. Le couple a quatre enfants : François , Jeanne, Anne et Gabriel (mort jeune). À la mort de son père vers 1646, François Le Gouz hérite des domaines du Gœuvre (héritage paternel) et de la Boullaye (héritage maternel).

Éducation et premiers voyages de formation (1623-1647) Il fait ses études chez les Jésuites du Collège royal Henri IV de La FlècheLa Boullaye, Les Voyages et Observations, 1657, op. cit., p. 448.. Il poursuit par des études universitaires (probablement à Paris) et devient bachelier de droit civil et canonLa Boullaye, ms. 34.K.17, op. cit., f° 7r..

Il réalise un premier voyage en Europe septentrionale en 1643. D'avril à , il prend part au conflit militaire de la guerre civile britannique, se joignant aux forces royalistes derrière Charles Ier d'Angleterre face aux Parlementaires puritains. Il est alors muni de lettres de recommandations de la part de Jean-François de La Porte, Grand Prieur de France (Ordre de Malte), indiquant peut-être un premier statut d'aspirant à l'Ordre de MalteLa Boullaye, Les Voyages et Observations, 1657, op. cit., p. 440.. À partir de mai et jusqu'à son retour à Paris en octobre suivant, il entreprend cette fois-ci un voyage académique de formation (peregrinatio academica) qui l'emmène à Dublin, Amsterdam, Copenhague, Riga (début septembre), Königsberg, Dantzig, Szcsecin, HambourgLa Boullaye, Les Voyages et Observations, 1657, op. cit., p. 460-467 et p. 486-512..

François de La Boullaye envisage déjà de repartir en voyage. Ses amis tentent de le convaincre de rester et de s'installer, par le mariage, par une carrière dans l'Église, par une carrière dans la judicature, ou bien par une carrière dans l'armée. Malgré les arguments qu'on lui présente, il se résolut à partir, visiblement dégoûté par toute perspective de vie sédentaire et motivé par un certain esprit d'aventure. Son choix se porte sur l'Inde. Il s'explique animé par sa volonté de servir son roi par la découverte de territoires encore inexplorés, à la manière des grands explorateurs du siècle précédent. C'est là son idéal d'honnête homme en voyageLa Boullaye, ms. 34.K.17, op. cit., f° 6v..

Le voyage en Inde (1647-1650) Le , il part de Paris, pour aller s'embarquer à Marseille le suivant, à destination de Gênes puis Livourne. Après un séjour de près de deux semaines à Rome, il finit par embarquer à Venise le et atteint Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman, le suivant. Il traverse à terre la Turquie, l’Arménie, et parvient à Ispahan, capitale de l’Empire Perse séfévide le . Il descend ensuite la Perse et embarque au Bandar Abbas (actuelle Ormuz) le pour atteindre les côtes de l’Inde le . Il demeure près d’un an en Inde, entre le Gujarat moghol et les Indes Portugaises (Goa), avant de réembarquer à Surate le de l’an 1649. Il débarque à Basrah au nord du golfe Persique le suivant, puis contourne par terre la Mésopotamie (Arabie septentrionale, Chaldée, Kurdistan) jusqu’à atteindre Alep en Syrie le . Il décide de se rendre en Égypte observer les pyramides et entame son chemin du retour lorsqu’il embarque à Alexandrie le . Il sera finalement de retour à Rome en .

Pour des raisons pratiques, il choisit de dissimuler son identité française et de simuler son identité orientale en adoptant le vêtement turc puis persan lorsqu'il atteint le Levant.

Publier le lointain (1650-1664) À son retour à Rome en , il procède à la rédaction manuscrite du récit de son voyage à la demande du cardinal et préfet de la Propagande Fide, le cardinal Luigi Capponi. Ce manuscrit est destiné aux jésuites missionnaires afin de promouvoir l'évangélisation du sous-continent indien. Ainsi, le gros du récit concerne l'Inde et ses indigènes, en particulier les Hindous. Il contient de nombreuses illustrations sous forme d'aquarelles des divinités hindoues - Rama, Shiva, Krishna, Durga, Ganesha, etc. - peintes à partir des croquis rapportés dans son carnet de voyage par le voyageur, selon ce que lui-même a pu observer dans des temples hindous (mandir). À cet égard, ce manuscrit constitue la première œuvre occidentale à donner à voir des représentations qui se veulent objectives et non-stéréotypées du panthéon hindou, marquant une étape pionnière dans la connaissance de l'Inde par les Européens.

Apprenant le décès de son père pendant son voyage, François de La Boullaye écourte son séjour à Rome - où il projetait de s'installer - et revient en Anjou régler ses affaires d'héritage avec son beau-frère qui le prétendait également décédé. À l'occasion de l'évocation du procès à Paris, il est introduit auprès du jeune roi Louis XIV et de ses ministres et conseillers à la Cour par l'entremise du Comte Guillaume III de Nogent-Bautru et sur recommendation de Mme Lansac, gouvernante du roi. À la suite de cet entretien, le jeune roi lui commande de faire publier le récit de son voyage, chose fait dès 1653, chez l'imprimeur Gervais Clousier. L'ouvrage est un succès, en atteste sa réédition dès 1657, augmenté de deux chapitres.

En 1656, il est nommé à l'office héréditaire de Maître des Eaux-et-Forêts dans le comté de Beaufort en Anjou, accompagné par le titre de conseiller du roi. Il obtient également dans le même temps le titre de gentilhomme ordinaire de la Maison du roi. Il réside tantôt à Paris, tantôt dans son domaine du Gœuvre. Ses fréquentations du temps incluent le Père jésuite Alexandre de Rhodes (fondateur des Missions étrangères de Paris en 1657) avec lequel il a envisagé un temps de repartir en voyage vers l'Asie, ainsi que des figures intellectuelles et philosophes tels que Samuel Sorbière, Pierre Gassendi, Thomas Hobbes.

Il se marie le à l'âge de 41 ans avec Elisabeth Gaultier de BrullonOu Brûlon, Bruslon. Cette ancienne terre noble correspond aujourd’hui à la commune de Brûlon dans le département de la Sarthe (72350). à Saint-Laurent-des-Mortiers, paroisse aujourd'hui située en Sud-MayenneAD 53, 171/E1, Acte de mariage du 2 août 1662.. Le couple n'a pas d'enfant.

Le dernier voyage au service de la CIO (1664-1667) Il repart une dernière fois en voyage en tant qu'envoyé de Sa Majesté le roi chargé de l'établissement de la nouvelle Compagnie française des Indes orientales, sous l'impulsion de Jean-Baptiste Colbert. Une ambassade est formée afin de sécuriser des accords commerciaux avec le Shah de Perse Abbas II et le Grand Moghol Aurangzeb. L'ambassade est composée de Nicolas de Lalain et Jean Beber, accompagnés de Mariage et Dupont, deux marchands de la nouvelle compagnie. L'absence de hiérarchie formelle entre les trois envoyés sera un ferment de discorde permanent. Ils embarquent à Marseille début et atteignent Ispahan le . Le Shah signe une lettre d’octroi le de la même année, stipulant l’octroi à la Compagnie française de trois premières années d’immunité de toutes douanes et tous péages à compter du jour de l’arrivée de ses vaisseauxTavernier, Relation de ce qui s’est passé dans la Negociation des Deputez qui ont esté en Perse, op. cit., p. 38-39.. Le traité est confirmé, quoiqu'avec des avantages réduits, à Farahabad en .

Entretemps François de La Boullaye, avec Beber, se rend ensuite aux Indes négocier le commerce des étoffes et des épices avec le Grand Moghol. Il départ d’Ispahan le et gagne Surate le . Fin , il quitte Surate pour Agra, la capitale du Grand Moghol dans le nord de l’Inde. Mais l'ambassade à la cour du Grand Moghol se solde par un échec, en raison de manquements à l'étiquette et de l'absence de dignes présents à offrir à l'empereur.

François de La Boullaye envisage ensuite de se rendre dans le puissant sultanat du Golconde dans le Deccan au sud de l’Inde, réputé pour ses mines de diamants, afin d’établir le négoce de la part du roi. Fin 1666, il décide finalement de faire chemin vers Patna, la capitale du royaume de Bengale, aux marges orientales de l’Empire moghol. Il y demeure environ dix jours avant de poursuivre au nord vers Dacca, où réside le gouverneur de la province, aussi appelé vice-roi du Bengale, oncle du Grand Moghol, début 1667. Les Hollandais, qui possèdent un comptoir à Patna, rapportent là son assassinat par des soldats perses, alors qu'il tentait de pénétrer dans la Chine des Ming par le Tibet au nord du BengaleTavernier, Relation de ce qui s’est passé dans la Negociation des Deputez qui ont esté en Perse, op. cit., p. 94-95.. La version de cette mort est aussi attestée par François Bernier, qui réside alors à la cour du Grand Moghol à AgraBernier François, Mémoire sur l’établissement du commerce dans les Indes, 1670 : AN, ms. Col., 2e série, Inde C2 62, f° 14-22..

Extraits

À la demande du jeune roi de France Louis XIV, il fait publier en 1653 son récit de voyage contenant de nombreuses gravures sur bois. Extraits ci-dessous.

Sources

Sources manuscrites