vignette|Rhazès statue à Vienne,Pavillon des érudits. Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi, connu aussi comme (persan : ) ou Al-Razi, ou Ar-Razi, ou Ibn Zakaria (Zakariya) ou (en latin) comme Rhazes et Rasis, ou Rhasès (865-925) est un savant pluridisciplinaire perse qui a fait d'importantes contributions à la médecine, à l'alchimie et à la philosophie. Alchimiste devenu médecin, il aurait isolé l'acide sulfurique et l'éthanol. dont il fut parmi les premiers à prôner l'utilisation médicale. S'agissant de la pratique médicale, il a vigoureusement défendu la démarche scientifique dans le diagnostic et la thérapeutique et a largement influencé la conception de l'organisation hospitalière en lien avec la formation des futurs médecins. Empiriste et rationaliste, il fut l'objet de nombreuses critiques pour son opposition à l'aristotélisme et pour sa libre-pensée vis-à-vis de la doctrine de l'islam.
De nos jours son nom est commémoré avec l' près de Téhéran et son anniversaire est célébré tous les en Iran lors de la « Journée de la pharmacie. »
Biographie Son principal biographe est Ibn Ali Usaybia, médecin historien du . Une lettre d'al-Biruni donne aussi des informations sur sa vie..
L'homme vignette|Miniature : Rhazès porte diagnostic par examen d'un urinal, dans le « Recueil des traités de médecine » de Gérard de Crémone, 1250-1260. Mohammad Ibn Zakarīyā al-Rāzī est né en 865 dans la ville de RayEn persan Razi signifie « de la ville de Ray »., ville d’Iran située à l'ouest de Téhéran. Une grande partie de ses recherches y fut effectuée. C'est aussi là qu'il mourut entre 925 et 935. Avicenne vécut aussi un moment dans cette cité de l'Iran. Cette ville était peuplée de DaylamitesArrivés au . (d'origine scythe) imprégnés parfois du zaydisme, mais surtout inspirés de courants philosophiques et scientifiques chinois et de libre-pensée.. La ville a été totalement détruite au à la suite des invasions mongoles.
Il aurait d'abord été musicien, probablement joueur de oud d'une grande virtuosité, avant de se tourner vers l'alchimie, la philosophie, les mathématiques et l'astronomie. Il n'aurait découvert la médecine que plus tard. Contrairement à une idée répandue, il n'est pas le premier à dire que le monde est rond car Ératosthène, au , avait calculé avec une assez bonne précision la circonférence terrestre et plus tard, le mathématicien indien Aryabhata l'Ancien fera de même au . Il semblerait qu'il se soit aussi intéressé à l'orfèvrerie.
Selon certains de ses biographes, Razi aurait souffert d'une maladie des yeux provoquée par les émanations résultant de ses expériences d'alchimie qui lui aurait fait abandonner ce domaine pour s'intéresser à la médecine mais Razi aurait dit lui-même que sa vue avait été affectée par des lectures prolongées. Vers l'âge de trente ans, il entame donc une formation de médecin à Ray. Lettré, il est persan mais lit et écrit en arabe ; il étudie les textes des anciens Grecs (Hippocrate, Galien), et aussi hindous, éventuellement traduits en syriaque, puis en arabe. Les écrits d'Ali Ibn Sahl Rabban al-Tabari (mort vers 870) auront notamment une grande influence sur lui. Il poursuit sa formation en voyageant en Syrie, en Égypte, en Andalousie, complétant ses connaissances livresques par une pratique clinique et expérimentale.
De retour en Orient, il est d'abord nommé médecin à la cour du prince samanide Abu Salih al-Mansur, régnant sur le royaume du Khorassan au nord-est de l'Iran. Sa notoriété grandissant, il est chargé de la direction de l'hôpital de Ray puis du bimaristan (hôpital central) Muqtadari de Bagdad sous le règne du calife abbasside Al-Muktafi. La légende raconte que, pour choisir l'emplacement des bâtiments à construire, il aurait fait suspendre des morceaux de viande en différents lieux de la ville et aurait choisi le site comme étant celui où la viande se décomposait le moins vite.
À la mort du souverain Al-Muktafi, en 907, Razi retourne à Ray. De nombreux étudiants le suivent et il poursuit son enseignement médical. Devenu aveugle à la fin de sa vie, il refuse de se faire opérer de la cataracte. Son attitude est expliquée de deux façons, il aurait dit , ou il aurait constaté que l'opérateur prévu ignorait l'anatomie.
Il meurt à Ray le (ou 932 suivant les sources), en l'an 313 du calendrier musulman. La date de 925 est jugée plus probable.
Le médecin, l'enseignant et l'homme de science En tant que médecin-chef de l’hôpital, progressiste et humaniste, Razi introduisit des pratiques radicalement nouvelles dans le soin des patients et la formation des médecins. Il distinguait en effet trois aspects de la médecine : la santé publique, la médecine préventive et le traitement des maladies spécifiques. Dans cette optique, il organisa des consultations externes, promut les soins à domicile et ouvrit l'hôpital et l'accès aux soins et aux nécessiteux et non pas seulement aux riches. Insistant sur le rôle de la médecine préventive, il se fit l'auteur du tout premier traité médical à l'usage des non-médecins fondé sur sept principes destinés à assurer la préservation de la santé : modération et équilibre lorsque le corps est en mouvement et lorsqu'il est au repos ; modération en mangeant et en buvant ; élimination des surabondances ; amélioration et réglementation des habitats ; évitement des excès néfastes avant qu'ils ne deviennent incontrôlables ; recherche d'une harmonie entre les ambitions et les résolutions ; discipline d'acquisition de bonnes habitudes notamment concernant la pratique de l'exercice physique.
Enseignant admiré et fin pédagogue, il prit l'initiative de pratiquer des visites au chevet des malades avec les médecins et les étudiants. Chaque malade était d'abord examiné par l'étudiant le plus jeune, son examen et conclusions étant critiqués par les plus anciens, et ainsi de suite de grade en grade, les malades les plus difficiles étant examinés devant tous par le maître. Il insistait sur la nécessité d'une formation continue au cours de la vie du médecin et les encourageait à prendre des notes sur leurs observations et à en discuter entre eux. alt=Abû Bakr al-Râzî (vue d'artiste)|gauche|vignette|Abû Bakr al-Râzî (vue d'artiste) Razi est reconnu pour ses talents d'observation alliés à une grande rigueur scientifique. Il joua un rôle décisif dans le développement de la méthode clinique, attachant une grande importance aux signes cliniques mais aussi à la symptomatologie qui devaient constituer la base d'un raisonnement menant au diagnostic puis à la thérapeutique. Il insistait sur l'importance d'allier le savoir théorique à la pratique clinique.
Ce faisant, il se fit un critique sévère mais admiratif de l'œuvre de Galien qu'il jugeait manquer d'observations empiriques. Cela lui valut d'être lui-même attaqué. Pratique peu courante à l'époque, Razi citait scrupuleusement ses sources scientifiques, qu'elles fussent grecques ou arabes.
Contrairement à l'usage d'alors, il associait à la démarche de soin le malade lui-même (dont il estimait que l'état psychologique conditionnait la réussite du traitement), mais aussi l'entourage du malade : « Il faut que les malades et ses proches soient avec le médecin et non contre lui, qu’ils ne lui cachent rien des états du malade et de son comportement. » Dans cette même approche, il insistait sur le rôle de la diététique dans le soin et la prévention des maladies.
Utilisant ses connaissances en chimie pour son activité médicale, il peut être considéré comme un fondateur de la thérapeutique iatrochimique (l'usage de substances chimiques pour soigner des maladies). Il œuvra pour la constitution de la pharmacologie comme discipline médicale à part entière et le chapitre qui lui est consacré dans son traité Kitab al-Hawi restera une référence jusqu'au en Europe. Il alerta très tôt ses contemporains sur l'usage inconsidéré de médicaments et les difficultés résultant de la polypharmacie (l'usage de plusieurs médicaments à la fois).
Ibn al-Nadim identifie cinq domaines dans lesquels Razi s'est distingué : Razi a été reconnu comme le meilleur médecin de son temps pour avoir pleinement compris et appliqué les connaissances médicales grecques ; il a voyagé dans de nombreux territoires. Ses visites répétées à Bagdad et ses services à plusieurs princes et souverains sont connus de nombreuses sources ; il a été un enseignant en médecine qui a attiré de nombreux étudiants, que ceux-ci soient débutants ou non ; il était reconnu comme compatissant, gentil, droit, et dévoué au service de ses malades qu'ils soient riches ou pauvres ; lecteur assidu, il a été un écrivain prolifique.
Rétrospectivement, on peut ajouter à cette liste son rôle majeur dans le développement d'une médecine scientifique basée sur les faits et une vision très moderne de la médecine hospitalière associant clinique scientifique, formation universitaire et souci de santé publique.
Œuvre scientifique et médicale vignette|Livre de médecine de Rhazès alt=Manuscrit d'une traduction en latin du Kitâb al-Hawi fî al-tibb|vignette|Manuscrit d'une traduction en latin du Kitâb al-Hawi fî al-tibb (Gallica / BNF) Razi pratiquait de nombreuses spécialités médicales : chirurgie, gynécologie, obstétrique, ophtalmologie… Il a puisé sa science dans l’Abrégé du Khûzistan (Kunnash al-Khûz), et a largement recouru à Aqrâbadin, ouvrage de pharmacopée syriaque traduit en arabe par le médecin chrétien Sabur ibn SahlSylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008, 93..
Razi a écrit 184 livres et articles dans plusieurs domaines scientifiques, dont 61 relevant de la médecine, tous en langue arabe. Ses principaux ouvrages sont : En médecine Kitab al-Hawi fi al-Tibb Havi seu continens (Contenant de Rhazes), Faraj ben Salim, manuscrits Kitab al-Mansuri fi al-Tibb (Livre de médecine pour Mansur) Kitab fi al-jadari wa-al-hasbah (La variole et rougeole) Kitāb manāfiʻ al-aghdhiyah wa-dafʻ maḍārrihāLe texte en ligne est disponible aux États-Unis., 1305 A. H. Kitab ila man la yahduruhu al-tabib (Livre pour qui n'a pas accès à un médecin) Shukuk 'ala alinusor (Doutes sur Galien)Pour consulter une traduction : Pauline Koetschet, Bakr al-Rāzī, Doutes sur Galien. Introduction, édition et traduction, Berlin/Boston, éditions De Gruyter, séries : Scientia Graeco-Arabica 25, 2019.. Al-Teb al Molooki (Médecine royale) Al-Murshid aw al-Fusul (Aphorismes) Guide du médecin nomade En chimie At-Tadbîr Kitab Sirr Al-Asraar, traduit en latin c’est le Secretum secretorum (« Secret des secrets »)
Psychiatrie et psychologie Razi est l'auteur d'un des tout premiers traités de psychologie et de psychiatrie. L'hôpital qu'il dirigea à Bagdad fut le premier à posséder un service pour les malades mentaux.
Neurologie Razi s'intéressa aussi à la neurologie : il décrivit le rôle moteur et sensitif des nerfs en identifiant sept des nerfs crâniens et trente-et-un des nerfs spinaux par un nombre référant à leur position anatomique depuis le nerf optique jusqu'au nerf hypoglosse. Sur le plan fonctionnel, il établit le lien entre certains signes cliniques et la localisation anatomique d'une lésion.
Petite vérole contre rougeole Dans le monde méditerranéenLa première description de la variole dans le monde chinois date de 340 environ et est due à Ge Hong, en Inde elle est due à Vagbhata vers le septième siècle. R. W. Nicholas, « The Goddess Sitala and Epidemic Smallpox in Bengal », Journal of Asian Studies, XLI, 1, 1981, ., après les écrits du médecin syriaque Aaron d'Alexandrie en 622R. W. Nicholas, « The Goddess Sitala and Epidemic Smallpox in Bengal », Journal of Asian Studies, XLI, 1, 1981, .D. R. Hopkins, The Greatest Killer: Smallpox in History, University of Chicago Press, Chicago, 2002, ., Razi, en tant que médecin en chef à l'hôpital de Bagdad, a fourni une des premières descriptions connues de la petite vérole et la distingue nettement de la rougeole :