L'organisation générale de la Grande Armée comprend l'ensemble des forces terrestres au service du Premier Empire qui prirent part aux guerres napoléoniennes entre 1805 et 1815. Elle est constituée par les troupes françaises et celles levées dans les départements annexés au fil des conquêtes révolutionnaires puis napoléoniennesVoir : Liste des départements français de 1811, Liste des anciens départements d'Italie, Départements des Pays-Bas, Départements français d'Espagne., les armées des « États vassaux » de l'Empire (royaumes de Naples, d'Italie, de Hollande, de Westphalie et d'Espagne, grand-duché de Berg, duché de Varsovie), les contingents de la confédération du Rhin, les troupes étrangères (entre autres polonaise, lituanienne, suisse, danoise et irlandaise), l'armée aux colonies ainsi que l'armée intérieure comprenant notamment les unités de défense côtière et la Garde nationale.

Organisation

thumb|right|Étudiant de l'École polytechnique en 1812 d'après Hippolyte Bellangé.

Réforme militaire de 1803 et de 1804

Le ( an XII), l'armée révolutionnaire française est réorganisée par Napoléon Bonaparte, alors premier consul.

L'institution du tirage au sort (loi du ) a pour effet que le service militaire ne touche que 30 à 35 % des conscrits célibataires ou veufs sans enfantDe nombreuses exemptions existent, comme les causes médicales, le défaut de taille ou le remplacement d'un conscrit par un autre en payant en moyenne (le prix de quatre à cinq chevaux), privilège qui ne touche que 4 % de la population de 1807 à 1811 (avant il est quasiment inexistant car les levées sont peu nombreuses), 1 à 2 % à la fin de l'Empire. Source : ., chaque canton ne devant fournir qu'un contingentement d'hommes qui sont groupés, après affectation, en détachement dont les officiers de recrutement prennent ensuite la charge. Certains préfèrent rejoindre le dépôt de leur régiment par leurs moyens personnels ou reçoivent leur feuille de route pour rejoindre leurs cantonnements lorsque l'armée est en campagne.

Entre 1804 et 1813, sont ainsi appelés.. La légende noire de Napoléon forgée à la Restauration veut qu'il ait plongé l'Europe dans un état de guerre continuel, comme l'atteste la déclaration du député de Bordeaux Joachim Lainé qui accuse la conscription d'être devenue « pour les Français un odieux fléau, parce que cette mesure a toujours été outrée dans son exécution », décimant la population des campagnes.

Sous l'Empire, 7 % à 8 % des Français en âge de porter les armes sont appelés sous les drapeaux. Les guerres napoléoniennes, qui sont encore pré-industrielles, représentent une mobilisation de la société civile exceptionnelle et jusqu'alors inégalée.

À titre de comparaison, au cours de la Première Guerre mondiale un siècle plus tard, 20 % de la population masculine a été mobilisée..

Garde impériale

thumb|Les Grenadiers à cheval de la Garde impériale à Eylau. Huile sur toile d'Édouard Detaille, 1893, collection du musée Condé de Chantilly.

Unité d'élite servant originellement de garde rapprochée à Napoléon, la Garde impériale devient un corps d'armée à part entière le (28 floréal an XII).. La Garde impériale constitue la force sur laquelle l'Empereur peut s'appuyer en toutes circonstances. Il dira à Sainte-Hélène les mots suivants :

Généralement gardée en « réserve tactique », elle est engagée comme « troupe de choc » faisant la décision au moment crucial des batailles livrées par l'Empereur : c'est ainsi qu'elle joue un rôle déterminant lors de la bataille d'Eylau livrée le .

Lors de la bataille de Waterloo livrée le , ultime combat auquel il prend part, Napoléon fait donner la Garde vers 19 heures 30, au moment où les Alliés semblent prendre un avantage considérable. L'échec de l'attaque de la Garde et son recul scellent définitivement le sort de la bataille et entraînent la débâcle de l'armée napoléonienneL'infanterie de la Grande Armée de Napoléon.

La Garde impériale est articulée en trois composantes : la « Vieille Garde », composée des vétérans, la « Moyenne Garde » et la « Jeune Garde » qui mêlent régiments d'infanterie et de cavalerie. De nombreuses unités y sont rattachées, sans toutefois en faire organiquement partie, comme les Gardes d'honneur levés en 1813.

La notion de Grande Armée

thumb|right|Voltigeur et carabinier français de la ligne d'après Hippolyte Bellangé.

Malgré la signature des paix de Lunéville (1801) et d'Amiens (1802) mettant fin à la guerre entre la France et la Deuxième Coalition, Napoléon assemble dès 1803 l'« armée des côtes de l'Océan » au camp de Boulogne, en vue d'un débarquement en Angleterre. C'est le début de la « première » « Grande Armée », nom donné par l'Empereur lui-même à cette imposante phalange. Avec la constitution de la Troisième Coalition en 1805 à l'initiative du Royaume-Uni, qui rassemble à ses côtés l'Empire russe, l'empire d'Autriche et la Suède, afin de lutter contre les progrès de la domination française en Italie (annexion de la république de Gênes et du duché de Parme) et en Allemagne, ce projet d'invasion revint à l'avant-plan des préoccupations de l'Empereur, grevé cependant par la menace que représente la supériorité de la Royal Navy. Dès le , l'armée d'invasion, devenue la « Grande Armée », forte de , marche vers le Rhin, sur les bords duquel se sont déjà portés Russes et Autrichiens. C'est le début de la campagne d'Autriche.

Cette première « Grande Armée » fut dissoute à l’occasion de l'entrevue d'Erfurt entre Napoléon et le tsar Alexandre , l'Empereur ayant besoin de troupes pour renforcer ses armées engagées dans la guerre d'Espagne et du Portugal, où elles venaient de subir d'importants revers.

Si, sensus stricto, il désigne l'armée commandée personnellement par l'Empereur qui prit part aux campagnes d'Allemagne, d'Autriche, de Russie et de France, le terme, popularisé pendant le Premier Empire grâce au « bulletin de la Grande Armée », est entré dans le « vocabulaire historique usuel » pour désigner l'armée napoléonienne dans son ensemble.

Armées d'Espagne et de Portugal

thumb|Gendarmerie française d'Espagne.

À l'automne 1807, le Portugal tardant à se soumettre aux exigences de Napoléon formalisées par deux ultimatums, l'empereur des Français décide d'envahir ce royaume. À la suite du traité de Fontainebleau signé avec Charles IV, il obtient une autorisation de passage à travers l'Espagne pour ses troupes (c'est la convention de Fontainebleau, signée le même jour que le traité), commandées par le général Junot, afin de réduire le Portugal auquel il déclare la guerre malgré la prise d'armes de ce royaume contre l'Angleterre. En , la première tentative d'invasion du Portugal est lancée.

Dans le même temps, Napoléon commence à se mêler des affaires intérieures espagnoles. Prétextant un envoi de renforts à Junot, il fait entrer en Espagne une nouvelle armée, à la tête de laquelle il place le maréchal Murat, en violation de la convention de Fontainebleau. Cette agression marque le début d'une manœuvre secrète de renversement des Bourbons d'Espagne qui aboutira à l'été 1808 à la guerre d'indépendance espagnole, concomitante aux trois invasions françaises du PortugalLes historiens anglo-saxons désignent ces guerres sous le terme générique de :en:trad=Peninsular War - la « guerre de la péninsule (Ibérique) ».

Les « Marie-Louise » de 1813 et l'armée française en 1814

Armée française pendant les Cent-Jours (1815)

thumb|right|L'armée du Nord à la bataille de Ligny, le 16 juin 1815. Peinture d'Ernest Crofts, 1875.

Dès son retour de l'île d'Elbe, Napoléon réorganise l'armée afin de pouvoir faire face à l'Europe coalisée. L'armée napoléonienne est alors composée presque exclusivement d'unités françaises, à l'exception notable des Polonais qui ont toujours montré une fidélité sans faille à l'Empereur. ..

Armée intérieure

Garde nationale

La Garde nationale s'occupe avant tout du maintien de l'ordre dans les villes. Elle sert également de réserve à l'armée et est parfois mobilisée pendant les guerres napoléoniennes.

Garde municipale et gendarmerie impériale de Paris

La garde municipale de Paris est instituée par un décret du .. Elle est organisée en deux régiments d'infanterie à deux bataillons chacun et d'un escadron de cavalerie, tous chargés du maintien de l'ordre dans la capitale. Le recrues sont puisées chez les troupes de la ligne, parmi les officiers et les hommes ayant déjà effectué cinq campagnes. La garde de Paris se contente d'opérations de police jusqu'en 1805, où des détachements partent pour la Hollande. En 1807, les deux régiments d'infanterie, formés de soldats aguerris, sont engagés dans la campagne de Pologne et sont présents au siège de Dantzig puis à la bataille de Friedland.. Deux bataillons passent ensuite au corps d'armée du général Dupont, avec lequel ils guerroient en Andalousie en 1808 et sont faits prisonniers à la bataille de Bailén. Un second détachement entre en Espagne et prend part à la défense de Burgos en 1812.. Cependant, la même année, la conspiration de Malet et l'implication de la garde de Paris dans cette affaire entraîne la dissolution du corps.

La gendarmerie impériale de Paris est créée en 1813 avec des vétérans des légions de gendarmerie d'Espagne, en remplacement de la Garde municipale.

Contingents étrangers thumb|right|Infanterie de l'armée du royaume d'Italie d'après Richard Knötel.

Les contingents étrangers jouèrent un rôle important dans les campagnes menées par Napoléon et combattirent avec distinction dans la Grande Armée, presque tous les peuples européens y trouvant une place.

Lors de la campagne d'Autriche de 1809, un tiers de la Grande Armée était composé de soldats de la confédération du Rhin. À l'apogée de l'Empire, plus de la moitié des troupes qui marchent sur la Russie ne sont pas françaises mais représentent plus de différents (, Hollandais et Belges, (commandés par le général prince Poniatowski), (dirigés par le prince Schwarzenberg), , , , (commandés par le général Grawert, puis par le général York)., , et . À l'exception des Polonais, des Autrichiens et des Prussiens, les divers contingents étaient sous commandement de généraux et de maréchaux français.

L'armée napoléonienne compta aussi dans ses rangs de nombreuses unités étrangères ne relevant pas d'un état allié de l'Empire et qui combattaient donc sous l'« uniforme français » en « corps » constitués d'après leur nationalité.

Par ailleurs, l'application de la conscription dans les départements « annexés », pris sur les États voisins au gré des guerres de la Révolution, amena l'intégration de soldats « étrangers » dans les armées françaises : de nombreux « Belges » furent ainsi incorporés dans l'armée napoléonienne par l'application des lois militaires françaises dans les départements réunis - ceux-ci constituant 25 % des et de Gardes d'honneur.Jean-Joseph Charlier, grande figure de la révolution de 1830 qui amena à l'indépendance de la Belgique, fut ainsi incorporé, comme soldat, au de la du de ligne en 1813 et participa entre 1813 et 1814 à la campagne d'Allemagne avec la division Souham du d'armée.. Ces conscrits et engagés « exogènes » ne furent cependant pas incorporés dans les régiments « nationaux » particuliers.