Le rock espagnol désigne le rock produit par des groupes et artistes espagnols ou parlant l'espagnol. Bien que la plupart des groupes formés en Espagne chantent en espagnol, il y a beaucoup d'autres qui chantent en anglais, français et italien; en plus de ceux chantant en langues régionales tel le catalan, le galicien, le basque ou encore l'aragonais.
Histoire Émergence thumb|gauche|Dúo Dinámico.
Le rock émerge en Espagne relativement tôt. Les premiers albums de Bill Haley and His Comets, Elvis Presley et autres solistes, ont été publiés avec une certaine régularité - et quelques mois en retard - dans le pays dès 1956-1957. Elle ne fait aucun écho au sein de la presse ; du moins dans les premiers mois. Le système politique de l'époque, était une dictature autoritaire de type conservateur - la dictature du général Franco - qui, à la fin des années 1950, essayait de s'intégrer dans le contexte européen, abandonnant par la force les voies semi-fascistes des années 1940, et présentant une certaine ouverture socioculturelle et esthétique..
Contrairement aux idées reçues, le régime franquiste ne dénigrera, n'interdira, ni même n'opprimera le rock 'n' roll.. Les gouvernements successifs du général Franco, en fait, ne prêteront aucune attention au phénomène. Il est vrai que la censure officielle a retardé la sortie de certains films, modifié les couvertures de certains albums et même veto à la publication de certaines chansons, mais il n'y a jamais eu de répression systématique de la part du régime.. Dans tous les cas, durant la deuxième moitié des années 1950, et pour ces raisons, l'Espagne devient aussi mature que le reste des pays voisins (France et Italie) en ce qui concerne l'avènement du rock 'n' roll..
L'arrivée du genre se fait en quatre phases. D'une part, la publication plus ou moins régulière de documents originaux. De l'autre, les médias qui, malgré la censure, ont fait écho de cette « nouvelle mode américaine ». En troisième lieu, en raison de l'influence italienne et française (les prémices du rock 'n' roll espagnol étant très conditionnées par ce qui venait de ces deux pays, dont l'influence musicale et culturelle était écrasante). Et, enfin, par l'existence de plusieurs bases militaires américaines dans la péninsule..
Les bases américaines jouent un rôle indéniablement significatif quant à l'émergence du rock en Espagne à la fin des années 1950. Les premiers foyers du rock espagnol étaient justement Madrid (où se situait la base de Torrejón), Saragosse (qui avait sa base américaine), Séville, Cadix (avec Morón de la Frontera et la base navale de Rota), Barcelone et Valence (qui n'avaient pas encore leurs bases, mais qui recevait fréquemment la VI Flota)..
Mais il ne faut pas perdre de vue les influences française et surtout italienne. En dehors du musicien français Johnny Hallyday, les rockeurs flirtants avec Peppino di Capri, Adriano Celentano ou encore Renato Carosone seront déterminants dans la naissance du rock espagnol. Ce filtre « euro-méditerranéen », qui adoucit notamment la rudesse et la provocation des musiciens américains (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richard...), est décisif, surtout les premiers temps (1956-1960). Quant à la presse spécialisée, elle donne naissance entre 1956 et 1958, à des revues musicales comme Discofilia, Mosaico musical et Música y canciones qui, sans se focaliser principalement sur la musique moderne, incluent, dans leurs articles, des informations sur le rock publié et labels du genre..
Années 1960 vignette|Los Brincos en 1964.
À partir de 1960, le rock commence son expansion et son essor en Espagne.. Entre 1960 et 1961, de nombreux nouveaux groupes et solistes apparaissent à travers le pays : Mimo y Los Jumps, Los Pekenikes, Los Sonor, Los Catinos, Los Flecos, Micky y Los Tonys, Los Relámpagos, Los King's Boys, The Brisks et bien d'autres.
Les médias qui, jusque-là l'avaient presque ignoré, commencent à lui attribuer de l'intérêt. Et pas seulement à la radio, où naissent des espaces qui lui sont exclusivement dédiés - comme le légendaire Vuelo 605 -, présenté par Ángel Álvarez ; et beaucoup d'autres), mais même à la télévision (qui appartenait exclusivement à l'État). Ainsi, les programmes de variétés existants sur TVE tels que Los Amigos del Martes, Gran Parada et Escala en Hi-Fi commencent à diffuser des concerts et play-backs d'artistes et de succès rock du moment.
Dans plusieurs villes, des concerts hebdomadaires commencent à être programmés, durant lesquels les jeunes groupes, qui n'ont pas encore enregistré d'album, ont l'occasion de se présenter face à un public aussi jeune qu'eux - le prix des billets était très abordable ; dans le même genre de ce qui, à cette époque, était fait à Paris à l'Olympia.. À Barcelone, ce sont les soirées à El Pinar qui sont mises en avant..
En 1963, la scène connaît un boom évident. La présence du rock augmente à tous les niveaux et la jeunesse espagnole le reconnaît comme une forme d'expression. De l'Italie et, surtout, de la France vient le phénomène yéyé qui, au-delà de la comédie musicale, couvre les aspects esthétiques, littéraires, cinématographiques, de la mode, etc. et qu'en Espagne, il acquiert une importance particulière. Des artistes féminines telles que Gelu, Karina, Rosalie, Lita Torelló, Lorella, Ana Belén, Marisol, et Rocío Dúrcal émergent. Côté artistes masculins émergent Mochi et, surtout, Raphael (qui jusqu'en 1969 a maintenu une ligne pop évidente et qui, d'ailleurs, était le premier artiste espagnol du genre - dans un sens laxiste - pour obtenir un succès international, surtout en Amérique latine).. Pendant ce temps, l'expansion de la surf music américaine et le succès mondial des britanniques The Shadows conditionnent les nouveaux groupes de rock espagnols, dont beaucoup favorisent les morceaux instrumentaux et l'utilisation de la réverbération et de l'écho dans leurs morceaux..
Mais c'est à partir de 1964 que le véritable boom du rock et de la pop en Espagne se fait sentir.. C'est au cours de cette année que les Beatles deviennent un phénomène mondial et que l'invasion britannique se produit, ce qui affecte toute la planète. Les nouveaux styles de rock britannique (beat et rhythm and blues) s'imposent partout, révolutionnant le monde du rock 'n' roll et du pop et donnant naissance à de nombreux groupes et mouvements de jeunesse sur les cinq continents..
Entre 1964 et 1970, le rock et la pop atteignent leur apogée dans l'Espagne franquiste. La radio, la télévision, la presse, le cinéma, la publicité, la littérature, la mode, l'art et toute la société sont soumis à son influence. Malgré l'idéologie réactionnaire et autoritaire du régime, la nouvelle mode prévaut au point de conditionner presque toutes les manifestations culturelles, sociales et esthétiques du pays pendant ces années.
Années 1970 left|thumb|Triana, le groupe le plus important du rock andalou.
Pour une raison ou une autre, la vérité est que, en 1973, la scène underground se retrouve épuisée et, après son passage, la situation du rock espagnol change radicalement par rapport à la fin des années 1960. À l'exception de cas spécifiques, le genre perd le public de la décennie précédente. Le public et les médias sont alors plus enclins aux chansons légères, aux chanteurs nationaux (dans le style de Julio Iglesias et Camilo Sesto) et surtout aux italiens ; les auteurs-compositeurs (qui connaissent un gros boom entre la fin des années 1960 et le début des années 1970) et surtout la musique disco émergente. Le rock espagnol n'est plus la principale référence des nouvelles générations, et sa présence dans les médias, du moins de masse, est beaucoup moins importante..
Cependant, il faut mentionner, l’apparition fugace, entre 1973 et 1976, de ce qui est appelé le gypsy rock, issu à l'époque de la minorité tzigane qui vivait dans les ghettos de certaines grandes villes espagnoles dont les rythmes étaient fondés sur la rumba gitane, la copla, les chansons de prison et le flamenco. Plus qu'un véritable mouvement, c'est une création de l'industrie musicale ; mais, malgré sa courte vie, le genre obtient un succès populaire notable, donnant naissance à des groupes et artistes comme Las Grecas (dont le premier album s'intitule justement Gipsy Rock), Los Chorbos, Los Amaya, et El Luis. Après sa disparition, le gypsy rock, encore présent dans certains groupes gitans comme Los Chunguitos, influence toute la scène rumbera et gitane des années qui suivront (qui n’a rien à voir avec le rock).
thumb|Pereza en concert.
De nouveaux groupes commencent à apparaître en 1973, prêts à tirer parti de l'expérience progressive, à assimiler les nouveaux courants internationaux et à combler le vide créé sur la scène nationale. Ainsi, en Catalogne, des groupes tels que Companyia Elèctrica Dharma, Iceberg, Pegasus et Música Urbana, donnent naissance à un mouvement connu à son époque sous le nom de Rock Laietá. ; et, à leurs côtés, d'autres tels que Suck Electrònic Enciclopèdic, Macromassa et Perucho se consacrent en parallèle à des sons expérimentaux et artistiques, plus liés à la musique électronique et à ce qui se fait dans des pays comme l'Allemagne (krautrock). En Galice, Emilio Cao publie ses premiers albums, directement attribuables à la folk psychédélique, dans lesquels il mélange la musique psychédélique, la musique progressive et de la musique celtique issues de la tradition galicienne. Dans d'autres parties du pays, apparaissent Block, Araxes II, Crack, Pep Laguarda et Tapineria, Agamemnon, Tilburi, Itoiz ou Ibio.. Une majeure partie de ces groupes jouent du rock symphonique (genre qui, à cette époque, dominait la scène mondiale). et qui ajoutent parfois des éléments de musique traditionnelle. Ils chantent tous principalement dans leur langue maternelle (castillan, catalan, galicien ou basque)..
Dans les tous les cas, c'est en Andalousie que le rock symphonique espagnol atteint sa popularité maximale, illuminant développant ainsi le rock andalou.. Des groupes se développent tels que Gualberto, Lole y Manuel, Goma, Imán, Cai, Azahar, Guadalquivir, et Alameda.. Parmi eux, le groupe Triana, devenu une icône de la scène du rock andalou..
La scène du rock espagnol voit paraître durant la fin des années 1970, le punk rock et la new wave.. Des groupes tels que les groupes Kaka de Luxe, Ramoncín y W.C. et La Banda Trapera del Río émergent et sont considérés comme les premiers représentants du punk espagnol, et d'autres comme Mortimer, Danger et Almen TNT, surprennent les critiques, fans et médias..
Ce qui, il y a quelques années, était une scène variée, mais homogène et reconnaissable, change et se divise en deux courants très distincts. D'un côté, il y a des groupes qui, après la disparition du phénomène yéyé, pratiquent ce qui pourrait être considéré comme l'équivalent espagnol de la bubblegum pop (ou chewing gum music) à l'époque aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Années 1980 left|thumb|Las Chinas en 1979.
L'expansion du punk rock provoque l'apparition, entre 1978 et 1979, d'une infinité de groupes pendant une période appelée la Nueva Ola española (en français : )., qui est plus tard rebaptisée la Movida..