L'article antimaçonnisme par pays expose les diverses formes que prend cette idéologie au travers du monde et des époques depuis son apparition et sa condamnation officielle par la bulle pontificale In eminenti apostolatus specula en 1738.
Allemagne Le , les nazis ont interdit la franc-maçonnerie, forte à l’époque de membres, d’autant plus facilement qu’elle fut largement consentante .. Ils lui reprochaient son cosmopolitisme et son culte du secret. Ils l’accusaient de retarder l’émergence de « l’homme nouveau » et d’être instrumentalisée par les juifs. Près de Allemands payèrent de leur vie leur appartenance à la franc-maçonnerieL’Histoire, 2001, ..
Arabie Saoudite En 1977, la loge Red Sea No. 919 de la Grande Loge d'Allemagne à Jeddah fait l'objet d'une descente de la police secrète et ses membres, des expatriés américains pour la plupart, sont arrêtés, fouillés et détenus pendant trente jours dans les locaux de la police secrète et interrogés sur leurs activités. Leurs domiciles sont perquisitionnés et leurs effets confisquésThierry Zarcone, Le croissant et le compas, Islam et franc-maçonnerie, de la fascination à la détestation, Dervy, Paris, 2015, p. 282..
Autriche En 1801, François d'Autriche fait interdire la franc-maçonnerieMichel Cugnet, Qui se cache derrière la franc-maçonnerie ?, les éditions de l'Hèbe, ..
Bahrein Le pays devient indépendant en 1971 et vers 1975 le gouvernement ordonne la fermeture des logesThierry Zarcone, Le croissant et le compas, Islam et franc-maçonnerie, de la fascination à la détestation, Dervy, Paris, 2015, p. 120..
Canada Deux « périls » selon l'expression du jésuite Henri Bernard menacent la vie intellectuelle montréalaise au début du siècle : l'un anglo-protestant et l'autre maçonniqueHenri Bernard, La Ligue de l'enseignement : histoire d'une conspiration maçonnique à Montréal, Notre-Dame-des-Neiges-Ouest, 1903 (p. XIII)..
Jusqu'au milieu du , jusqu'à la révolution tranquille, l'ensemble de la vie culturelle et sociale du Québec est régie par l'Église catholique. L'éducation et la santé sont des enjeux importants. Des humanistes dont plusieurs francs-maçons créent la ligue de l'enseignement en 1902, mouvement qui réclame des réformes en prônant l'enseignement de l'hygiène à l'école, l'inspection sanitaire des écoles, l'élaboration d'un programme d'éducation physique et l'examen médical des écoliers. Mais plus largement encore, des médecins, dont plusieurs sont francs-maçons, cherchent à s'insérer dans le réseau de responsabilités sociales. Pour les opposants, le but de la ligue est de soustraire le domaine de l'éducation à la mainmise du clergé en chassant les évêques du Conseil de l'instruction publique, afin de saper l'autorité de l'Église dans la société.L'abbé Antonio Huot exprime la vive réaction du clergé dans Le Fléau maçonnique publié en 1906Rita Desjardins, « Ces médecins montréalais en marge de l'orthodoxie », Canadian Bulletin of Medical History / Bulletin canadien d'histoire de la médecine, vol. 18, 2, 2001, ..
L’antimaçonnisme fut aussi représenté au Québec, par des abbés catholiques dont le père Thomas Couët et l’abbé Georges Panneton. L’influence supposée de la franc-maçonnerie fut également dénoncée par Adrien ArcandVoir : Adrien Arcand, À bas la haine, 1965., chef de groupuscules fascisants durant les années 1930 et directeur de plusieurs journaux antisémites. Des auteurs conspirationnistes comme René Bergeron et Serge Monast seront également des représentants de ce type de discours.
Au Canada anglais, le plus célèbre auteur d’écrits antimaçonniques et complotistes est William Guy Carr, dont les « documents » sur le Nouvel ordre mondial et les thèses sur le complot des Illuminati continuent d’influencer la littérature de complot. Carr a pris au sérieux les canulars de l'affaire Léo Taxil et il a contribué à perpétuer la réputation « sataniste » du maçon américain Albert Pike.
En , le Comité des citoyens, qui reçoit l'appui du mouvement nationaliste, porte les réformistes au pouvoir à Montréal. C'est le moment choisi par l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française pour purger la vie montréalaise de l'infiltration maçonnique. Ses membres, Albert J. Lemieux et V. E. Beaupré, président d'une section du mouvement, bientôt rejoints par Charles Albert Millette, Jean-Baptiste Prince et J. Bourgoinbo, s'adonnent à de l'écoute, après avoir loué l'appartement situé au-dessus du local de la loge dans l'édifice La Patrie situé à l'angle de la rue Sainte-Catherine et hôtel-de-ville. Dans la foulée de ces événements, le maire J. J. Guérin, un Irlandais catholique ami intime de Paul Bruchési et membre de la faculté de médecine, ouvre une enquête le . Louis Laberge et Adelstan de Martigny sont interrogés, les membres de la loge maçonnique étant soupçonnés d'avoir voulu intervenir à l'occasion du congrès eucharistique de 1910. Mais l'enquête est jugée ultra vires (au-delà de ses compétences) par la cour supérieure.
Par ailleurs, au terme d'un procès, Lemieux, accusé de vol de documents et d'agression armée sur Ludger Larose, est acquitté. Mais Lemieux publie la liste des membres de la loge l'Émancipation et cette dénonciation entraîne la mise au ban avec pour conséquence directe pour de nombreux francs-maçons la perte de leur emploi. La loge l’Émancipation dut cesser toute activitéRita Desjardins, « es médecins montréalais en marge de l'orthodoxie », Canadian Bulletin of Medical History / Bulletin canadien d'histoire de la médecine, vol. 18, 2, 2001, ..
Le clergé catholique a longtemps usé de son influence afin de décourager l'adhésion des francophones à la franc-maçonnerie. En butte aux attaques de Ignace Bourget de 1858 à 1870. Dès 1858, Bourget avait dénoncé la franc-maçonnerie dont les initiés fomentaient, selon lui, de « noirs complots » contre la religion et l'État. À ce moment, les loges étaient fréquentées par les citoyens anglophones les plus respectables. Le juge William Badgley, ancien procureur général du Québec, en était grand maître. Il avait succédé à Peter McGill et à Aide:Homonymie, deux anciens présidents de la Banque de Montréal et commerçants éminents. Dans le district de Québec, le grand maître était Claude Dénéchau, conseiller législatif, le premier Canadien-français à atteindre cette haute fonction maçonnique. Il y avait en effet deux grands maîtres au Québec depuis le début du : l'un avait juridiction sur la région de Québec et de Trois-Rivières, l'autre sur celle de Montréal et de William-Henry (Sorel).
Égypte En 1952, quand le roi Farouk fut détrôné par Gamal Abdel Nasser, la franc-maçonnerie fut interdite.
Espagne Philippe V d'Espagne fait interdire et persécuter la maçonnerie en 1740Michel Cugnet, Qui se cache derrière la franc-maçonnerie ?, les éditions de l'Hèbe, ..
En 1925, Miguel Primo de Rivera interdit la franc-maçonnerie sous le régime du directoire.
En 1936, la phalange espagnole a lancé une proclamation suffisamment éloquente : José A. Ferrer-Benimeli Université de Saragosse, La franc-maçonnerie face aux dictatures L’Obsession Antimaçonnique des totalitarismes La franc-maçonnerie face aux dictatures..
Le premier décret antimaçonnique date du et émane du général Dalla Y Lahoz, commandant en chef des nationalistes aux îles Canaries.
Durant les débuts de la guerre civile, le simple fait d’être franc-maçon fut considéré comme un « délit de lèse-patrie » ainsi que le relevait l’article phalangiste d' du . Les francs-maçons . Il fallait . Le simple fait d’être reconnu comme tel était suffisant pour que des centaines de personnes soient passées par les armes immédiatement sans aucune forme de jugement.
Le , le général Francisco Franco décréta que toutes les inscriptions ou symboles de caractère maçonnique, ou qui pouvaient être jugés offensants pour l’Église catholique, devaient être détruits et enlevés de tous les cimetières de la zone nationale dans un délai de deux mois. Il inclut les loges dans les lois des Responsabilités politiques du Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le Livre de poche, article « Franquisme », ..
À la fin de la guerre civile espagnole, le , est promulguée la loi de Répression de la maçonnerie et du communisme qui prévoit la constitution d'un Tribunal spécial pour la répression de la maçonnerie et du communisme qui commence à fonctionner en 1941. Cette loi reste en vigueur jusqu'en 1963 qui voit la création du Tribunal de l'ordre public. L'ancienne loi est abrogée.
États-Unis En 1828, le Parti anti-maçonnique fut fondé à New York en réaction contre les penseurs libéraux (et premiers hommes politiques modernes américains) qui avaient fait la révolution de 1776 et surtout en réaction aux rumeurs d'assassinat par ses ex-frères de loge de William Morgan, un franc-maçon ayant décidé de quitter l’organisation et de révéler ses coulisses. Il eut une dizaine d'années d'activité puis ses membres rejoignirent le Parti whig. L'affaire Morgan, en une quinzaine d'années, réduit de moitié les effectifs maçonniques aux États-Unis et presque aucune nouvelle loge voit le jour durant cette périodeSteven C. Bullock, Revolutionary Brotherhood : Freemasonry and the Transformation of the American Social Order, 1730-1840, Chapel Hill : University of North Carolina Press, 1996, ..
France et début du thumbnail|left|La France catholique attaquée par les Francs-maçons par Achille Lemot pour Le Pèlerin, 12 octobre 1902. thumbnail|195px|right|Rituel palladique. Invocation de Baphomet par des francs-maçons selon Léo Taxil. thumbnail|195px|right|Bande-dessinée antimaçonnique d'Henriot pour Le Pèlerin, 8 septembre 1902. En France, l'idéologie s’accentue à partir de 1884 à la suite de l’encyclique Humanum genusTexte sur le site du Vatican. du pape Léon XIII qui condamne les activités de la franc-maçonnerie. À partir de 1879, les francs-maçons sont ciblés par l'opposition aux lois Jules Ferry..
Leur dénonciation culmine avec les propos de Léo Taxil qui, avec son mystification, va amalgamer la franc-maçonnerie et le satanisme, désignant le Baphomet à tête de bouc comme leur idole. Les années qui suivent voient une floraison du maçonnisme au sein des instances dirigeantes de l'armée et de l'antimaçonnisme à l'extérieur qui, avec l’affaire Dreyfus, se combine avec l’antisémitisme et l'antigermanisme. C’est alors que se propagent les dénonciations de complots judéo-maçonniques dans les milieux d’extrême droite et chez les nationalistes doctrinaires. De nombreuses revues se consacrent exclusivement à la dénonciation de la franc-maçonnerie et, en particulier, à l’implication du Grand Orient de France dans la vie politique de la Troisième République, comme dans l’exemple demeuré célèbre du député Henri Brisson.
En 1899, le journaliste antidreyfusard Jules Guérin fonde le Grand Occident de France, ligue antisémite et antimaçonnique française alors subventionnée par le duc d'Orléans.
L’Action française incluait l’antimaçonnisme comme doctrine officielle à travers les écrits de Charles Maurras sur les 4 États confédérés de l'Anti-France (à savoir les juifs, les protestants, les francs-maçons et les métèques) qu’il considérait comme trahissant les intérêts et la cohésion nationale.
Au tout début du la fameuse affaire des fiches, qui fit tomber le gouvernement d’Émile Combes, ne fit que renforcer cette tendance. Il s’agissait d’un fichage des opinions politiques et religieuses des officiers de l’armée française, demandé par le général Louis André, anticlérical virulent, aux loges maçonniques. Les fiches ainsi constituées furent vendues au Figaro et publiées le . Le scandale qui en découla amena la démission forcée quelques jours plus tard de ce général.
En 1906, la Ligue française antimaçonnique est fondée et animée par Paul Copin-Albancelli. Celle-ci, éclate trois ans plus tard, en 1909, et se reconstitue sous le nom de Ligue de défense nationale contre la franc-maçonnerie..