La Buxton Memorial Fountain est une fontaine commémorative néogothique des Victoria Tower Gardens, à Londres, au sud du palais de Westminster. Commandée par le député Charles Buxton et conçue par l'architecte Samuel Sanders Teulon, avec une importante contribution du commanditaire, elle est érigée en 1865-1866.. Le monument commémore le Slavery Abolition Act 1833, entré en vigueur en 1834, ainsi que l'action menée dans le mouvement abolitionniste britannique par le père de Charles Buxton, Thomas Fowell Buxton, et plusieurs de ses associés.
Installée à l'origine à Parliament Square, la fontaine remplit à la fois une fonction de point d'eau potable et une fonction commémorative. Son pavillon octogonal se distingue par une forte polychromie, une toiture pyramidale en fer émaillé réalisée par Skidmore, des mosaïques et un ensemble sculpté dont les huit figures d'origine sont dues à .
La fontaine est retirée de Parliament Square lors du réaménagement de la place en 1949, puis remontée dans les Victoria Tower Gardens en 1957... Son retrait et son déplacement suscitent des débats qui témoignent à la fois de la dépréciation de l'esthétique victorienne et de prises de position en faveur de sa conservation. Classée Grade II en 1970, elle est élevée au Grade II* en 2007, année d'une importante restauration. De nouveaux travaux de conservation sont achevés en 2025, p. 4..
Histoire Contexte abolitionniste et mouvement des fontaines publiques Après l'abolition de la traite négrière britannique en 1807, la campagne visant à mettre fin à l'esclavage dans les colonies britanniques se poursuit. Une société antiesclavagiste fondée en 1823 réunit notamment Thomas Fowell Buxton, William Wilberforce, Thomas Clarkson et Zachary Macaulay. Buxton succède à Wilberforce comme l'une des principales figures parlementaires du mouvement et contribue à l'adoption du Slavery Abolition Act en 1833. La loi entre en vigueur en 1834. Le système d'« apprentissage » imposé à une partie des personnes anciennement esclaves maintient toutefois une forme de travail contraint jusqu'en 1838.. Une étude de Historic England sur les traces matérielles de l'économie esclavagiste et de son abolition en Angleterre situe la fontaine parmi les monuments qui matérialisent la mémoire abolitionniste dans l'espace public, p. 22 et 149-150..
Le projet s'inscrit aussi dans l'essor des fontaines publiques au Royaume-Uni au milieu du . L'accès à une eau potable fiable constitue alors un enjeu sanitaire et philanthropique important. En avril 1859, Samuel Gurney et Edward Wakefield fondent à Londres la Metropolitan Free Drinking Fountain Association, qui mène campagne pour une eau gratuite et salubre et associe cette action au mouvement de tempérance. L'historien Stuart Burch relève que Charles Buxton figure parmi les vice-présidents de l'association et que celle-ci cherche dès ses débuts à établir une fontaine monumentale près du Parlement, thèse de doctorat, p. 138-143..
Commande, conception et construction Charles Buxton, troisième fils de Thomas Fowell Buxton, reprend ce projet et commande un monument célébrant la loi de 1833 tout en honorant son père et les abolitionnistes associés à son action. En novembre 1863, Teulon demande à l'administration de mettre un terrain à disposition. Un emplacement est attribué à l'angle de l'enceinte de Parliament Square, près de Great George Street et de King Street ; l'autorisation est accordée en août 1864.
Les sources ne décrivent pas exactement de la même manière la répartition des rôles entre Teulon et Buxton. Historic England attribue la conception à Teulon tout en reconnaissant une contribution créative importante de Charles Buxton, qui pratique l'architecture en amateur. À partir des archives de l'Office of Works, Burch souligne de son côté l'implication personnelle de Buxton, intéressé par le style gothique et déjà auteur de projets architecturaux privés. Il indique également que Thomas Earp intervient comme entrepreneur sur le chantier.
Les sources ne retiennent pas non plus le même repère chronologique pour l'achèvement du monument. Historic England date son érection de 1865-1866, tandis que Burch situe son achèvement matériel en avril 1865 et signale la publication d'une gravure dans The Builder en janvier 1866. La fontaine relève ainsi de la campagne de construction de 1865-1866, tout en étant documentée comme matériellement achevée dès 1865.
Parliament Square : réception, retrait et déplacement thumb|right|upright=1.25|alt=Photographie stéréoscopique ancienne montrant la Buxton Memorial Fountain à son emplacement d'origine sur Parliament Square.|La fontaine à son emplacement d'origine sur Parliament Square, sur une vue stéréoscopique du . La fontaine demeure à Parliament Square pendant plus de huit décennies. Son entretien devient toutefois un sujet récurrent au cours du : Burch relève des discussions sur la responsabilité de sa maintenance dès le début du siècle et des travaux de reconstruction au milieu des années 1920, thèse de doctorat, p. 310-312.. Parallèlement, le regard porté sur son architecture néogothique polychrome devient de plus en plus critique.
En 1949, le gouvernement engage le réaménagement de Parliament Square selon le projet de George Grey Wornum, notamment pour améliorer la circulation avant le Festival of Britain de 1951. Le projet prévoit le retrait de la Buxton Memorial Fountain sans réinstallation sur la place. Le débat parlementaire du fait apparaître des jugements esthétiques opposés. Un député souhaite la disparition de la fontaine au motif qu'elle serait dépourvue de valeur artistique ; un autre la défend comme un exemple particulièrement représentatif du dessin victorien et estime que le rejet de l'esthétique du est alors en train de reculer. Historic England résume cette situation en observant qu'en 1949 la fantaisie gothique du monument compte peu d'admirateurs, tout en rappelant les prises de position en faveur de sa valeur historique.
Le sort du monument reste indécis pendant plusieurs années. Une disposition du Parliament Square Act 1949 impose qu'une décision de ne pas le remettre sur la place et de le transférer ailleurs reçoive l'approbation des deux chambres du Parlement. Le , le ministre des Travaux publics Nigel Birch explique devant la Chambre des communes que le dessin classique du nouveau Parliament Square s'accorde difficilement avec le caractère néogothique de la fontaine. L'Anti-Slavery Society défend toutefois son maintien à proximité du Parlement en raison de son lien direct avec la campagne parlementaire contre l'esclavage. La proposition de transfert dans les Victoria Tower Gardens est approuvée. La notice patrimoniale consacrée à la fontaine date son remontage de 1957, tandis que la notice des Victoria Tower Gardens situe son installation dans la campagne d'aménagement menée en 1955-1956..
Pour l'historienne Madge Dresser, la controverse ne se limite pas à une querelle de goût. Les défenseurs du monument invoquent aussi sa portée politique et internationale, notamment la place de l'abolition dans l'identité britannique et la perception du monument par les populations du Commonwealth.. Burch analyse de son côté le déplacement de la fontaine dans le cadre plus large de l'organisation symbolique des abords du Parlement.
Conservation et protection patrimoniale thumb|left|upright=0.85|alt=Vue de la fontaine devant la tour Victoria du palais de Westminster.|La fontaine en 2010, après la restauration de 2007, avec la tour Victoria à l'arrière-plan.
Les huit figures métalliques d'origine placées au niveau de la corniche disparaissent progressivement : certaines sont volées en 1960 et les autres en 1971. Des figures de remplacement sont installées en 1980 ; l'audit patrimonial de la cité de Westminster les décrit comme réalisées en fibre de verre. Elles disparaissent elles aussi par la suite, p. 99.. La fontaine cesse par ailleurs de fonctionner comme point d'eau. Une campagne de restauration est menée pour les Royal Parks entre l'automne 2006 et février 2007 ; le monument restauré est dévoilé le ..
Le monument est inscrit au patrimoine au Grade II le . Le , dans le contexte du bicentenaire de l'abolition britannique de la traite négrière, il est élevé au Grade II*. Historic England fonde cette protection renforcée sur quatre principaux éléments : le caractère inhabituel du monument dans l'œuvre de Teulon et la contribution de Buxton à sa conception ; sa fonction de repère dans un environnement monumental dominé par le palais de Westminster ; l'usage particulièrement riche de matériaux polychromes, notamment la toiture émaillée ; et son intérêt historique comme mémorial du Slavery Abolition Act.
Une nouvelle campagne de réparations est menée en 2025 pour améliorer l'état visuel de l'ouvrage et préserver ses matériaux d'origine. Un rapport patrimonial de février 2026 indique que les travaux sont achevés et n'ont pas modifié la contribution du cadre paysager à la signification du monument.
Parallèlement, le cadre de la fontaine fait l'objet d'une nouvelle évaluation patrimoniale dans le contexte du projet de United Kingdom Holocaust Memorial and Learning Centre prévu dans les Victoria Tower Gardens. Après l'entrée en vigueur du Holocaust Memorial Act 2026 le , la demande d'urbanisme doit être redéterminée. Les documents actualisés traitent explicitement la fontaine comme un bien patrimonial protégé dont l'environnement doit être pris en compte dans l'évaluation du projet..
Architecture et décor Composition thumb|right|upright=0.85|alt=Vue rapprochée du fût central, des colonnettes et des quatre bassins de la fontaine.|Le fût central et les quatre bassins en granite, au cœur du pavillon.
Le monument prend la forme d'un petit pavillon octogonal. Sa structure emploie principalement le calcaire et le granite ; les ouvertures sont formées d'arcs brisés portés par des faisceaux de colonnettes. Au centre, un fût dessert quatre bassins de granite disposés selon les axes du plan. Burch mentionne également l'emploi de marbre poli du Devon pour certains fûts et souligne la combinaison délibérée de matériaux conçus pour résister aux effets de la pollution urbaine.
Une étude géologique publiée en 2011 par le Royal Archaeological Institute détaille davantage cette polychromie minérale. Elle distingue notamment un noyau de granite gris écossais, quatre bassins en granite de Cornouailles, des bases en grès rouge de Mansfield et un soubassement en grès gris de Pennant, provenant du sud du pays de Galles. Elle identifie également les colonnettes comme du granite rose de Peterhead, alors que d'autres descriptions patrimoniales les présentent comme du marbre poli du Devon.. Des abreuvoirs placés au niveau du sol étaient également prévus pour les chiens.
L'ensemble est couronné par une haute toiture pyramidale en fer émaillé, terminée par un fleuron. Historic England attribue cette toiture à Skidmore et la considère comme l'un des principaux éléments de la valeur patrimoniale du monument. La combinaison de la toiture, des mosaïques et de la pierre sculptée constitue l'un des traits les plus marquants de la polychromie du monument.
Style et programme décoratif Historic England décrit le gothique de Teulon comme vigoureux et idiosyncratique et le rattache aux architectes victoriens parfois qualifiés de rogue architects, connus pour une approche très personnelle du néogothique.. La Buxton Memorial Fountain concentre plusieurs caractéristiques de cette esthétique : Historic England insiste sur son caractère « inhabituel et exubérant » dans l'œuvre de l'architecte et sur le contraste entre sa silhouette colorée et le néogothique monumental du palais de Westminster voisin.