L’île Juan de Nova , aussi appelée St-Christophe est une île de l'océan Indien. Située dans le canal du Mozambique, c'est un territoire français revendiqué par la république de Madagascar. D'une superficie de , elle est plate et entourée d’une barrière de corail. Elle tient son nom de João da Nova, le navigateur galicien qui la découvrit. Une ligne de chemin de fer y fut construite pour transporter le guano. Elle n’est aujourd'hui plus utilisée. L’île ne possède aucun port, mais offre une piste d’aviation de de long.

L’île est parfois appelée île Jean-de-Noves, pour montrer qu'elle est une possession française. Cette dénomination se trouvait dans les atlas des années 1970 (lors de l’indépendance de Madagascar). Pour la distinguer du nom de personne, l’Insee utilise maintenant des traits d’union dans sa dénomination dans le Code officiel géographique (COG, révision 2008 amendée pour tenir compte du nouveau statut des TAAF dont l’île fait maintenant partie).

L'île abrite la station météorologique La Goulette exploitée par Météo-France et le camp militaire Séga (ou SEGA), où se trouvent du et un gendarme, relevés tous les . La station La Goulette se trouve à l'extrémité ouest de la piste d'aviation de l'île, tandis que le camp Séga est situé au nord-est de ladite piste.

Une revendication sur cet archipel, autrefois rattaché au protectorat français de Madagascar, a été émise par Madagascar en 1973Madagascar revendique également les autres îles éparses..

Géographie vignette|gauche|Carte de l’île Juan de Nova.

L'île de Juan de Nova est située dans le canal du Mozambique en position excentrique vers les côtes malgaches, à de Tambohorano, à à l'ouest-sud-ouest du Tanjona Vilanandro et des côtes africaines.

L'île s'est construite au sommet d'un promontoire sous-marin à partir d'un récif corallien qui a fini par émerger pour former une île recouverte de sable issu du démantèlement du récif par les courants marins.

Ils sont ensuite transportés sur les terres par les vents dominants sud - sud-ouest pour former des dunes d'une dizaine de mètres de hauteur et qui constituent les « sommets » les plus élevés de l'île.

La côte sud-ouest est ceinturée par une barrière corallienne qui empêche tout débarquement tandis que la côte Nord-Est est constituée d'un lagon complètement ensablé et émergé à marée basse. Elle est traversée par la seule passe permettant l'accès à l'île.

L'approche difficile de l'île a provoqué l'échouage de nombreux navires dont persistent certaines épaves comme celle du SS Tottenham (surnommé le Charbonnier), échoué en 1911 sur la côte Sud-OuestBruno Fuligni. Juan de Nova - L'île insaisissable. In : Voyage en France australe. Allary Éditions, Paris, 2025 , pp. 46-77..

La longueur de l'île entre les pointes est et ouest est de pour de largeur, soit une superficie de environ. L'atoll tout entier présente une circonférence de mais il est entouré d'une zone économique exclusive de .

Climat L'île est soumise à un climat tropical de savane (Köppen: Aw, Trewartha: Awha) avec une longue saison sèche chaude de avril à novembre et une courte saison humide étouffante de décembre à mars.

Histoire vignette|Cimetière de l'île Juan de Nova. vignette|Paysage intérieur : cocoteraie (qui produisait autrefois du coprah). vignette|La maison Paturau sur l'île Juan de Nova.

Découverte de l'île (1501) L'île est découverte en 1501 lors de la traversée du canal du Mozambique par le capitaine portugais João da Nova qui commande la troisième expédition portugaise vers l'Inde. Il la nomme Galega ou Agalega (la Galicienne) en référence à sa nationalité. L'île changera ensuite de nom : Johan de Nova sur la carte de Pilestrima (1519), Joa de Nova (Mercator, 1569), San-Christophoro (Ortelius, 1570), Saint-Christophe (Lislet Geoffroy). Elle recevra son appellation définitive par William Fitzwilliam Owen qui la nomme Juan de Nova p. 16 . Elle semble avoir été parfois confondue avec l'île Bassas da IndiaMalick, M. (1976). Notes sur les îles françaises de l’océan Indien. Biologie marine et exploitation des ressources de l’océan Indien occidental, 75-80 (PDF, 7 pages). (qui peut être submergée à marée haute)

Bien que située sur la route des épices, l'île ne présente alors aucun intérêt pour les puissances coloniales en raison de sa taille très réduite et de l'absence d'atouts en termes d'escale. Il est cependant probable qu'elle ait pu servir de refuge pour des pirates comme Olivier Levasseur, qui était surnommé La Buse.

Appropriation par la France (1896-1897) En l'absence de présence étrangère permanente, l'empire colonial français rattache l'île ainsi que celle d'Europa et de Bassas da India par la loi du avant d'être officiellement sous souveraineté française par la mise en place du pavillon le par le capitaine de frégate Forestier à la suite de l'acte du .

Exploitation des ressources (1923-1975) À cette époque, seuls des pêcheurs malgaches évoluent sur l'île lors de la ponte des tortues marines mais en 1900, la location de l'île est accordée à un Français pour un bail de . Il s'emploie à la pêche mais aussi au pillage des navires naufragés. Il ne reste finalement que jusqu'en 1904. L'exploitation du guano et des phosphates de l'île débute avec un nouveau locataire et la production atteint en 1923 tandis que la cocoteraie produit de coprah par an. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'ensemble des installations sont détruites afin qu'elles ne soient pas utilisées par l'ennemi et L'activité reprendra quelques années après la guerre.

Une troisième concession est ensuite accordée le pour une durée de à la société SOFIM (Société française des îles Malgaches), présidée par Hector Paturau, frère de Maurice Paturau. Elle sera reconduite pour le après l'indépendance de Madagascar. L'exploitation du phosphate prend alors de l'importance et de nombreux bâtiments sont construits dont une maison appelé Résidence, deux pavillons Coin de France et l'Assistant Administrateur, des hangars de stockage du phosphate et du guano, une usine de concassage, des entrepôts, des ateliers, un lavoir, les logements des ouvriers, une installation électrique fournissant l'électricité et l'eau courante. Une prison est aussi construite tandis que le cimetière est implanté au milieu des filaos. Enfin des wagonnets sur rail Decauville assurent le transport des marchandises jusqu'au wharf d'embarquement.

Les ouvriers proviennent essentiellement de l'île Maurice et des Seychelles. Les conditions de travail sont extrêmement rudes et chaque ouvrier doit extraire une tonne de phosphate par jour pour gagner . Toute marchandise s'achète à l'entrepôt et chaque manquement aux règles est puni par flagellation voire emprisonnement. À Noël 1960 un des contremaitres en état d'ivresse agresse sexuellement un salarié et menace de réitérer la semaine suivante, l'ouvrier vitriole alors son agresseur. Il est déféré aux assises de Saint-Denis où le jury lui accorde les circonstances atténuantes en le condamnant seulement à cinq années de prison avec sursis. D'autres bagarres et révoltes des Mauriciens se produisent entre 1965 et 1968 ce qui amène les responsables de l'exploitation à demander l'intervention des forces de l'ordre à Jean Vaudeville, préfet de La Réunion. Ces faits vont conduire la Préfecture ainsi que les médias et la presse réunionnaise et métropolitaine à s'intéresser aux activités et aux mœurs douteuses (droit de cuissage pratiqué par l'un des contremaîtres). Cela obligera le président de la SOFIM à se séparer d'une partie de son personnel.

Bien que l'exportation de la production s'effectue par bateau, une piste d'aviation est construite en 1934 à destination des concessionnaires de la Société française des îles Malgaches (SOFIM). Auparavant le , un Farman 190 piloté par l'adjudant-chef René Marchesseau et ayant à son bord le capitaine de réserve Marcel Goulette et le sergent-chef Jean-Michel Bourgeois (mécanicien) atterrit d'urgence sur l'île à la suite d'une fuite d'essence. L'avion était parti de l'aérodrome d'Ivato (Madagascar) à destination de Quélimane (Mozambique). Trois jours plus tard, le capitaine Marcel Goulette et l'adjudant-chef René Marchesseau embarquent à bord du paquebot Marechal Gallieni tandis que Bourgeois séjourne deux mois sur l'île le temps d'aménager une piste de fortune d'où l'avion redécollera le pour Tananarive. Caillol, Roux et Dodement passant à la verticale de l'île à bord de leur Farman, lanceront un message de soutien à Bourgeois. Un panneau au bout de l'actuelle piste rappelle l'événement. Plus tard, un second atterrissage est effectué par Maryse Hilsz, accompagnée de Maurice Dronne, le avec un qui redécolla quelques jours plus tard. En 1934, la piste est baptisée "Marcel Goulette" par René Lefèvre et Jean Assollant qui s'y posent pour l'occasion avec un SPCA 218 de la Régie malgache.

Au cours des années 1960, le cours du phosphate s'effondre et l'exploitation cesse d'être rentable. La SOFIM est finalement dissoute en 1968 et les derniers ouvriers quittent l'île en 1975. L'État français reprend alors la concession et verse une indemnité de CFA à Hector Patureau pour les installations pourtant payées par l'État et des matériels hors d'usage.

Installation d'une station météo (1971-1973) En 1963, une installation météorologique auxiliaire, appelée la Goulette, est installée afin d'effectuer des relevés réguliers de températures et de pressions. Mais lors de son passage sur l'île en 1971, le représentant du Service Météo constate de nombreuses irrégularités dans les relevés ainsi qu'un très mauvais gardiennage de l'île qui sont alors sous la responsabilité de Patureau. Suivant les recommandations de la Veille météorologique mondiale, une station météo de base, à service permanent est donc construite en 1973 au Sud-Ouest de l'île, en bout de piste.

Un projet de création d'un Club Méditerranée est envisagé par Gilbert Trigano, justifiant un temps le maintien d'une équipe de travailleurs sous la responsabilité de Patureau, mais le projet de Club Med est finalement abandonné.

Présence militaire (depuis 1974) En 1974, l'État français décide de l'installation de détachements militaires sur les îles Éparses de l'océan Indien qu'il possède dans le canal (Juan de Nova, Europa et îles Glorieuses) afin, entre autres, de répondre aux revendications territoriales de Madagascar sur ces trois territoires qui se caractérisent par une zone économique exclusive considérable. L'île abrite une petite garnison de du de Pierrefonds et un gendarme. Ils se sont installés dans le logement des ouvriers de la SOFIM qui est devenu le camp SEGA.. Le détachement militaire est ravitaillé par l'Escadron de transport 50 Réunion (ETOM 50) depuis la base aérienne 181. La piste d'atterrissage 10/28 (FMZJ selon la nomenclature OACI), longue de , est la structure de l'île la plus visible depuis le ciel. Elle est constituée de sable comprimé et de ciment et recouverte de bitume puis de sable pour limiter l'impact du soleil sur le bitume.

De nos jours, l'ensemble des installations est en ruines et seuls quelques bâtiments sont encore entretenus à l'usage des militaires ainsi que le cimetière. Convertie en une réserve naturelle qui contribue à la politique nationale de protection de la biodiversité et en particulier des récifs coralliens., l'île est interdite d'accès ; seuls des scientifiques (naturalistes, archéologues) sont autorisés à venir dans le cadre de missions temporaires.

Ressources économiques vignette|Carte de localisation des îles Éparses de l'océan Indien.

Guano