thumb|upright|Topographie de la Germanie inférieure, chaussées romaines, limes et situation des Tongres, Ubiens, Bataves, Trévires, Nerviens et Frisaviones.

La Germanie inférieure, en latin , est une province romaine créée vers 90 par l'empereur Domitien sur la rive gauche du Rhin, avec pour capitale Cologne (Colonia Claudia Ara Agrippinensium), chef-lieu de la cité des Ubiens.

Son territoire est aujourd'hui réparti entre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la France (Ardennes) et l'Allemagne.

Cette province, ainsi que celle de Germanie supérieure, est issue d'un démembrement de la province de Gaule belgique, elle-même issue de la conquête de la Gaule par Jules César (58-52). Cette décision de l'empereur Domitien marque la volonté de mieux défendre la frontière (limes) du Rhin face aux peuples germains de la rive droite que les Romains ont renoncé pour l'essentiel à soumettre, à la suite notamment de la défaite subie en l'an 9 par le proconsul Varus, face au prince chérusque pourtant romanisé Arminius.

Dénominations Une autre dénomination française de la "Germanie inférieure" est "Basse-Germanie", sans équivalent latin.

La Germanie inférieure a été créée après la Germanie supérieure (83), qui incluait les régions actuelles d'Alsace, de Franche-Comté et la Suisse.

On trouve aussi "Germanie seconde", qui correspond à une appellation romaine officielle (Germania Secunda), en liaison avec une Germanie première (Germania prima).

Limites Limites est On trouve à l'est le limes rhénan, qui sépare l'Empire de la Germanie non soumise (défaite de Teutobourg en 9 de notre ère).

De la mer du Nord, sur environSans compter les nombreux méandres du Rhin, au départ de Katwijk près de Leyde, la limite est de la Germanie inférieure suit les méandres du Vieux Rhin à l'époque beaucoup plus large et, à partir de Nimègue, le Rhin lui-même en passant par Neuss, Cologne et Bonn jusqu'à la vallée encaissée de Remagen — au-delà de Bingen, où se termine le Taunus, et où le Rhin entre dans un vaste plateau schisteux et s’y creuse un lit profond — et enfin la ville de Bad Breisig.

Le long du limes bataves, un castellum était construit tous les . Associés aux camps romains, un grand nombre de vicus vont se développer.

Limites sud Ce sont les limitres avec la Germanie supérieure

Un peu plus bas la limite sud de la Germanie inférieure coule la Vinxtbach, une toute petite rivière de qui se jette dans le Rhin entre Rigomagus — aujourd'hui Remagen — et Confluentes — maintenant Coblence — et fait office de frontière Dieter Planck & Willi Beck, Der Limes in Südwestdeutschland. 2. völlig neubearbeitete Auflage, Konrad Theiss Verlag, Stuttgart 1987, p. 107, .

Juste au sud de la petite ville de Bad Breisig, dans un petit vicus appelé Ad fines, on a retrouvé une pierre votive d'une divinité dédiée aux frontières. Elle est aujourd'hui au musée national de Bonn. L'ancien nom de cette petite rivière semble avoir été ObrincasPtolémée, Géographie, 2-8

On ne sait pourquoi cette petite rivière quasi insignifiante dans sa vallée fort accidentée fait office de frontière. Un peu plus haut, la vallée de l'Ahr — défendue par l'oppidum de Remagen (Rigomagus) —, très longue et perpendiculaire au Rhin, aurait pu être plus précise. Il est possible que les Trévires aient montré aux Romains que c'était là leur frontière nord. Cette rivière marque toujours la limite des archevêchés de Coblence et de Cologne. Aujourd'hui encore c'est la limite sud du kölsch — le dialecte parlé dans la région située entre Cologne et Venlo — avec le dialecte de Coblence que l'on retrouve dans toute la Moselle et jusqu'à Trèves..

Limites ouest C'est la Gaule belgique qui va faire la frontière à l'ouest au départ de l'estuaire de l'Escaut, longeant la Lesse. Les limites intérieures sont les limites des civitas des Tongres et des Nerviens soit entre Bavay et Binche et plus bas dans l'Eifel entre les Ubiens et les Trévires le long de la chaussée romaine de Trèves à Cologne, entre Ausava maintenant Büdesheim qui relevait de la civitas Augusta Treverorum Trèves, et Icorigium aujourd'hui Jünkerath qui relevait de la civitas des Ubiens, Colonia Claudia Ara Agrippinensium, aujourd'hui Cologne. Ce n'est qu'à la fin du que le premier document donne des indications un peu plus précises quant aux contours des civitatesNoticia provinciarum et civitatum Galliæ.

Limites nord La mer du Nord a une importance stratégique pour les Romains. Leurs bateaux vont transporter les troupes et le ravitaillement en remontant le Rhin jusqu'à la capitale. Deux ports vont être aménagés aux embouchures du Vieux Rhin — l'ancien cours du Rhin aujourd'hui une rivière — et de la Meuse, reliées par un canal. Un de ces castellum, Lugdunum Batavorum appelé Brittenburg, existait encore au . Il est décrit par Abraham Ortelius en 1581 et par Francesco Guicciardini vers 1600, les derniers vestiges auraient été emportés en 1954 par une tempêteD. Parleviet, De Brittenburg voorgoed verloren, in Westerheem 51/3, 2002.

Géographie

Hydrographie et relief Schématiquement, la Germanie inférieure couvre la rive gauche de la vallée du Rhin et les vallées de la Meuse et de l'Escaut.

Ce sont des régions de plaines, voire de marécages (futurs polders) quand on s'approche de la mer du Nord, mais le sud de la province inclut des parties collinaires.

Voies de communication

Toponymie

Population autochtone et villes romaines Peuples de la province Les Frisiavons, petit peuple proche des Frisons dans l'estuaire de l'Escaut autour de Colijnsplaat à l'embouchure de l'Escaut. Les Bataves dans les estuaires de la Meuse et du Rhin autour de Nimègue et Elst. Les Cugernes, petit peuple entre les Bataves et les Ubiens face à Xanten. Les Cananefates dans l'estuaire du Rhin autour de Voorburg. Les Ubiens originaire de la rive droite du Rhin, seront installés par les Romains entre la Meuse et le Rhin, autour de Neuss Cologne et Bonn limité par la Vinxtbach au sud, limite de la Germanie inférieure, à l'ouest jusqu'à la Ruhr et Juliers et au nord jusqu'à Krefeld. Novæsium et Bonna — aujourd'hui Neuss et Bonn — semblent être leurs premières colonies M. Gechter, Early Roman military installations Ubian and settlements in the Lower Rhine, in Th. Blagg, The early Roman empire in the West, éd. M. Millett, Oxford, 1990. p. 97-102.. Loppidum Ubiorum est construit peu après et deviendra Colonia Claudia Ara Agrippinensium, — actuellement Cologne — vers l'an 50. Les Tungri vont remplacer les Éburons — exterminés par Jules César — dans la vallée de la Meuse de Venlo à Namur et autour de la ville d'''Atuatuca Tungrorum maintenant Tongres et à l'est, au-delà d'Aix-la-Chapelle jusqu'à la Rur et Juliers.

Peuples d'au-delà du Rhin Les Sicambres sont implantés sur la rive droite du Rhin, entre la Ruhr et la Sieg, mais par la suite Tibère en fait déporter en Gaule du Nord. Les Bructères sont implantés entre l'Ems et la Lippe. Les Chattes sont implantés dans la haute vallée du Weser. À l'arrière, les Chérusques sont établis entre le moyen Weser et le cours moyen du Main. Les Chamaves sont établis entre la Lippe et l'Yssel.

Peuples de Gaule belgique Les Nerviens Les Ménapiens

Villes romaines Colonies de droit romain (coloniae) Cologne, Colonia Claudia Ara Agrippinensium (notée dans les inscriptions CCAA) Xanten, Colonia Ulpia Traiana (CUT) Bonn, Colonia Julia Bonna

Municipes Tongres, Atuatuca Tungrorum Nimègue, Ulpia Noviomagus Batavorum Voorburg, Forum Hadriani ou Municipium Ælium Cananefatium

Histoire Conquête par César dans le cadre de la guerre des Gaules

Pour César et les Romains, la Gaule (au nord de la Narbonnaise conquise dès -120) va des Pyrénées au Rhin et se divise en trois régions : l'Aquitaine (au sud de la Garonne), la Celtique (entre la Garonne et la Seine) et la Belgique (entre la Seine et le Rhin). Tous les habitants sont dits Gaulois (Galli), même si les Romains savent que certains peuples ne sont pas des Celtes : notamment les Belges sont pour une part des Germains (ou des Germains celtisés).

Les premiers affrontements entre l'armée romaine et les Germains ont lieu au cours de la guerre des Gaules, menée par Jules César, proconsul de Gaule cisalpine et de Gaule narbonnaise, de 58 à 51.

César attaque dans la région rhénane en -57 et, durant trois ans, tente de soumettre les peuples belges, notamment les Éburons et les Ménapiens, réfugiés dans les zones marécageuses.

À la fin de la guerre des Gaules, après Alésia et Uxellodunum, César considère que la rive gauche du Rhin est soumise à Rome, comme le reste de la Gaule. Elle fait d'abord partie de la province de Gaule, qui n'inclut pas la province de Narbonnaise, dont le chef-lieu est à partir de -43 Lyon, créée comme colonie de droit romain pour les vétérans de César (mort en -44).

Le règne d'Auguste jusqu'en l'an 9 En -27, Auguste divise les territoires de la Gaule conquise par César en trois provinces : la Gaule aquitaine (Saintes, puis Bordeaux), la Gaule lyonnaise (Lyon) et la Gaule belgique (Reims). Les territoires situés à l'ouest du Rhin sont inclus dans la Belgique.

En -17, le gouverneur de Belgique, Marcus Lollius, est battu par les Sicambres, une tribu de la rive droite du Rhin. La légion Alaudæ perd son aigle en raison de cette défaite humiliante. L'empereur Auguste envoie alors Nero Claudius Drusus (futur Germanicus) et Tibère, ses fils adoptifs, au-delà du Rhin. Ils semblent obtenir la soumission des Germains qu'ils rencontrent.

Réorganisation de la rive gauche du Rhin en zone militaire Dans les années -16 à -13, la rive gauche du Rhin devient une zone militaire où viennent stationner deux légions (légions XVII et XVIII) auparavant dans des villes de Gaule belgique J. Lendering, De randen van de aarde. De Romeinen tussen Schelde en Eems, Amsterdam, éd. Ambo, 2000.

On crée deux groupes d'armée : l'armée du Rhin moyen (I Germanica, V Alaudæ et XIX), et l'armée du Rhin inférieur. Bien que les commandants de légion soient sous le commandement du gouverneur de Belgique, ils ont en fait une grande autonomie, à une époque où les communications sont lentes.

Dans le nord de la Germanie inférieure, un camp légionnaire est construit près de Nimègue (), capitale des Bataves, et un autre à Xanten. Ces places, sur les rives du Waal, sont facilement accessibles pour le ravitaillement.

Ces deux camps sont conçus comme points de départ pour la conquête de la Germanie au-delà du Rhin. Drusus ordonne également la construction de canaux et d'un barrage, qui accélère le transport des armées pour le nord et l'est.

À Cologne, la cité des Ubiens construit un grand sanctuaire dédié à Mars, dieu de la guerre, pour la protection des armées durant les campagnes à venir. Dans ce temple, l'épée de Jules César est conservée comme une relique.

Campagnes de Drusus au-delà du Rhin (-12) En -12, les Romains sont prêts à partir en guerre. Mais les Sicambres, se sachant en difficulté, décident d'attaquer et Drusus est défait à deux reprises dans leur région. De retour au Rhin, ses légions se transportent par bateau à Nimègue et rejoignent la mer du Nord. Les Frisons et les Chauques sont forcés de se soumettre.

L'année suivante, Drusus attaque de nouveau à l'est du Rhin. Il traverse le pays des Sicambres, progresse le long de la Lippe et rencontre les Chérusques. Il aurait traversé le Weser, fleuve de Basse-Saxe, si les augures avaient été meilleurs. À son retour, il fonde une forteresse entre l'Elison et la LippeDion Cassius, Histoire romaine, LIV, 33, . près de la ville allemande d'Oberaden.