thumb|Deux Sadhous à Katmandou. thumb|Sadhou shivaïte à Vârânasî (Inde). thumb|Naga sādhu (Sadhou nu) en Inde 2013. thumb|Gravure du .

Le sādhu ou SadhouIsabelle Massieu, « Le Népal », Revue des Deux Mondes, Cinquième période (tome 58), 1910, p. 355 ().Pierre Ceresole, « Épisodes de voyage, En vue de l’Himalaya, les Sadhous », 1936, p. 61–62 (du sanskrit साधु sādhu, « ayant atteint son but, homme de bien, saint homme »The A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, page 187 .) est, en Inde, celui qui a renoncé à la société pour se consacrer à l'objectif de toute vie, selon l'hindouisme, qui est le moksha, la libération de l'illusion (māyā), l'arrêt du cycle des renaissances et la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique. En tant que renonçants, ils coupent tout lien avec leur famille, ne possèdent rien ou peu de choses, s'habillent d'un longhi, d'une tunique, de couleur safran pour les shivaïtes, jaune ou blanche pour les vishnouites, symbolisant la sainteté, et parfois de quelques colliers. Ils n'ont pas de domicile et passent leur vie à se déplacer sur les routes de l'Inde et du Népal, se nourrissant des dons des dévots.

Au-delà de la recherche spirituelle, les raisons qui poussent à choisir la vie de sādhu peuvent être diverses : fuir sa caste, échapper à une situation familiale pénible, à une situation économique calamiteuse, mais aussi pour une femme à l'infamie du veuvage, ce qui fait qu'il existe, bien qu'en nombre bien moindre (10 % de la population sādhu), des sādhu femmes ou sādhvī (साध्वी sādhvī).

Ils seraient apparentés aux gymnosophes, les philosophes nus que les Grecs d'Alexandre le Grand croisent en pénétrant le monde indien.

Dans leur recherche d'absolu, les sādhu pratiquent des tapas, récitations de mantras, rituels magiques, contrôle du souffle, yoga, abstinence sexuelle, vœu de silence, méditation ou mortifications.

Un grand nombre d'entre eux consomment rituellement du haschich, comme Shiva est censé le faire selon eux, pour déchirer le voile de la maya. D'autres cependant refusent cette consommation qu'ils jugent opposée à leur idéal. Les sādhu shivaïtes frottent leur corps avec des cendres, symboles de mort et de renaissance. À l'image de Shiva, ils portent leurs cheveux extrêmement longs.

L'allégeance des sādhu à Shiva ou à Vishnou se reconnaît par les marques traditionnelles qu'ils peignent sur leur front et parfois par la couleur de leurs vêtements. Il leur arrive de s'affronter lors des Kumbhamelâ pour des problèmes de préséance, chacun prétendant entrer le premier dans l'eau sainte.

Les sectes shivaïtes importantes de sādhu Les naga baba thumb|left|Regroupement de naga baba, Ardh Kumbh Mela, Prayagraj, 2007. Les naga baba forment une tradition shivaïte d'ascètes dont les membres sont considérés comme les plus hauts dignitaires de la brahmanitude, du fait de leur ascèse extrême (ils sont le premier corps de yogis à pouvoir entrer rituellement dans le fleuve sacré lors des Khumba Mela) ; naga est un mot polysémique et il signifie en hindi : « montagne », « serpent », « bijou », « pierre précieuse » ou « exemplaire »Hindi Français, dictionnaire général, Nicole Balbir, Jagbans K. Balbir, l'Asiathèque, page 498, . Leur existence n'a pas de fondateur connu autre que le Dieu Shiva en personne (signifiant par là que leur origine remonte à la nuit des temps) et, contrairement aux autres sādhu, ils sont vindicatifs, organisés en sept akhara, c'est-à-dire en régiments et entrent facilement en conflit avec les autres sectes. Ils luttèrent même militairement contre les envahisseurs musulmans puis contre les Britanniques. Ils arborent souvent des armes, symboliques ou non, comme des épées, des bâtons, des lances et surtout le trishula (trident), un signe du Seigneur Shiva.

En signe de non-possession absolue et de maîtrise complète de leur corps grâce au yoga, ils se dispensent souvent de tout vêtement (un des noms de Shiva est Digambara, « vêtu de Ciel »), de même que les moines jaïna digambara, ces derniers pratiquant scrupuleusement l'Ahimsâ (non-violence absolument et individuellement en n'importe quelle circonstance). La non-violence du jaïnisme est différente de la non-violence conçue par l'hindouisme : même si l'on est attaqué physiquement, ou qu'une violence se présente, s'en défendre ou prendre les armes pour protéger des vies est considéré comme une violence aussi, qui amène du karma impur dont on doit se purifier, selon les jaïns en situation de monachisme ; en revanche, les brahmanes considèrent que « tolérer la violence est une forme de violence », et le statut de Kshatriya ou d'ascète-guerrier n'est donc pas vu comme contraire à l'Ahimsâ, puisqu'ils considèrent que l'on ne doit pas laisser prospérer la violence.

Certains sont spécialistes de la mortification de leur pénis, y attachant souvent des masses très lourdes dans le but de le désexualiser et de prouver leur dévotion et abnégation envers le Dieu Shiva (représenté souvent sous forme de Lingam), pratique attestée par l'abbé Dubois, un des premiers indianistes. Leur corps est enduit de cendres provenant du feu sacré brûlant jour et nuit en l'honneur de Shiva, ou issues de bouses de vache sacrée, bouses séchées et brûlées et utilisées en Inde comme antiseptiques, ou recueillies sur les lieux de crémation. La cendre est ce qui reste lorsque le corps et ses sens sont vaincus : l’egoïsme est annihilé. Les sādhu clament ainsi leur détachement et la mise à mort des tourbillons mentaux (cittavriti) faisant obstacle au yoga, abolition de toute pensée permettant l'union avec la Divinité du yoga, Shiva, et appelé moksha (« délivrance »).

Les Gorakhnathi Les Gorakhnathis ou Nath babas suivent les enseignements tantriques du fondateur de leur secte Gorakhnath (peut-être autour de l'an mil), qu'ils considèrent comme une incarnation de Shiva et qui est l'auteur traditionnel du premier traité, maintenant perdu, de Hatha Yoga. Leur secte est supposée aussi vieille que le monde et Brahma, Vishnu et Shiva furent les premiers disciples de Gorakhnath aussitôt après la création. Les Gorakhnathis portent le kundala, un anneau à l'oreille que l'on perce au cours d'une cérémonie fortement ritualisée. Ils prient aussi Hanuman et Dattatreya. Leur centre principal est Gorakhpur dans l'Uttar Pradesh.

Les Udasin Les ascètes Udasin ou fils de Nanak ne sont ni adeptes de Shiva, ni même d'origine hindouiste car ils appartiennent à la religion Sikh. La secte a été fondée par Shrichandra le fils du Gurû Nanak, le fondateur du Sikhisme et ses membres le vénèrent ainsi que le panchayatana, un groupe de 5 divinités : Shiva, Vishnou, Surya, Durga et Ganesh depuis qu'ils se sont tournés vers l'hindouisme lorsque le deuxième gurû sikh les a excommuniés. En cas de conflit entre sectes, ils se rangent aux côtés des shivaïtes.

Les Aghori

thumb|Un sâdhu aghori et son chela ou élève vignette|Un Sâdhu près du temple de Janaki Mandir. . D'après Aghoreshwar Bhagvan Ram, ils sont au-delà et en amont des traditions connues. Aghor (qui n'est pas terrible, pas craint) est selon les aghoris avant tout un état de conscience éveillée : le concept engloberait plutôt une union mystique avec la divinité et se manifesterait par une simplicité dans la conduite de la vie quotidienne (comprendre : sans fastes, sans convenances et hypocrisie dans les rapports humains) et une compassion à l’égard de tous les êtres vivants.

Aghor désigne pour les aghoris l’état naturel, originel de l'être, et la simplicité de la conscience. Pour l'aghori, la peur, la haine, le dégoût, la discrimination de caste, de naissance ou autre, sont inexistantes, ce qui les distingue d'autres sâdhus pour qui le pur et l'impur existent, l'impur étant à fuir. La qualité principale de l'aghori idéal est l’égalité d'humeur et d'âme.

Le saint aghori (Avadhut, Aughar, Aghoreshwar) porte un regard sur l’univers détaché des dualités. Il ne différencie pas en essence le pur de l’impur. Les pratiques des aghoris visent à parvenir à cette connaissance naturelle de l’équanimité notamment par la confrontation à l’impureté : par exemple, par la consommation de chair humaine, de drogues, la fréquentation des crématoires, pour citer les exemples les plus extrêmes. L’accent est également porté sur la connaissance de l’énergie de la manifestation, Shakti, méditée et comprise à travers les trois formes traditionnelles de la déesse (Sarveshwari) : Mahakali représentant la destruction, Mahalakshmi, la préservation, et Mahasarvaswati, la création.

Les aghoris insistent particulièrement, comme les tantrikas dont ils peuvent être rapprochés, sur l’importance du guru, du maître spirituel : "Personne ne traverse l’océan de la vie vers la libération sans un maître". C’est ce dernier qui transmet la méthode nécessaire (Sadhana), afin que le disciple puisse comprendre et parcourir "la voie sans peur" (étymologiquement proche du terme aghor). L’initiation (Diksha) consiste principalement en la transmission d’un mantra sacré (Aghor Mantra), dont la répétition permet au disciple d’avancer dans sa compréhension de la Voie et d’obtenir des connaissances spirituelles. La dévotion ou Bhakti et la droiture du disciple occupent une place prépondérante dans ces pratiques.

Différentes fêtes hindoues, dont Guru Purnima (pleine lune dédiée au Guru) et Navaratri (le festival de la Déesse), sont d’une importance capitale chez les aghoris.

À l’origine, les pratiques aghoris étaient effectuées principalement dans le smashan, le crématoire hindou. Ce lieu de désolation et de mort, considéré comme impur, est aux yeux des aghoris le lieu de passage nécessaire menant à la libération. C’est par le feu des bûchers funéraires (agni) que le défunt purifie son âme afin d’obtenir la délivrance. Ainsi, le smashan est considéré par les aghoris comme un lieu propice à la pratique rituelle et à la mortification (tapasya), en vue d’obtenir une libération de son vivant. Le crématoire représente l’austérité de la vie ascétique et le détachement du monde matériel.

Le smashan est peuplé dans la mythologie hindoue de nombreuses créatures immatérielles (fantômes, ogresses, sorcières, vampires) qui tentent de déstabiliser l’ascète. Par son courage et sa détermination (vira), il peut traverser les voiles de l’illusion (Mâyâ) afin de percevoir le monde tel qu'il est, sans ses propres projections.

Le crématoire est également le lieu de résidence de Kâlî, la déesse sous sa forme terrible, ou encore Tara au Bengale. Shiva, Kalbhairava, ou encore Mahakala, autant de formes destructrices du Divin, sont également liés à ces lieux considérés certes comme impurs, mais sacrés.

Les aghoris rendent un culte à ces divinités à l’apparence terrible et espèrent pour certains d’entre eux obtenir des pouvoirs (siddhi) par leurs austérités. Une légende raconte que Shiva sous la forme de Kalbhairava coupa l’une des cinq têtes de Brahma, en raison de l’arrogance de ce dernier. Il se rendit ainsi coupable de brahmicide (meurtre d'un brahmane) et dut expier ses fautes en menant une vie d’ascète pendant douze ans. Il conservait la tête de Brahma avec lui, jusqu’à ce qu’il la laisse tomber au bout de son cycle de pénitence dans la ville de Kashi (Varanasi). Il obtint ainsi la libération. C’est en mémoire de cette légende que les kapaliks, litt. porteurs de crânes, apparentés aux aghoris, conservent tout le long de leur vie un crâne humain (kapal).

Une pratique supposée des aghoris consiste en une méditation assise sur un cadavre (Shav Sadhana). Le cadavre (shava) par la puissance de l’ascète (shakti dans ce contexte), émanée de la déesse, devient Shiva.