vignette|droite|400px|Hermann Göring, Martin Bormann et Bruno Loerzer dans les décombres de la salle de conférence de la Wolfsschanze, à la suite de l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler.
La résistance intérieure au nazisme (1933-1945), longtemps méconnue hors d'Allemagne, s'est manifestée sous diverses formes, en provenance de tous les milieux politiques, sociaux et confessionnels, quoique les communistes aient organisé les groupes de résistance actifs les plus importantsVoir notamment : Pierre Ayçobery, La société allemande sous le Reich, 1933-1945, Points, 1998.
On distingue plusieurs formes de résistance au nazisme à l'intérieur de l'Allemagne même et des territoires annexés. Ses éléments les plus connus, bien que d'importance numérique très différentes, sont l'organisation communiste Orchestre rouge, le groupe d'étudiants chrétiens de La Rose blanche à Munich, ou le regroupement très informel des groupes de la Rose blanche de Hambourg, et la résistance militaire.
Un phénomène important
Les statistiques de l'appareil répressif nazi, en particulier de la Gestapo et des divers tribunaux, donnent une idée de l'ampleur de la résistance allemande au nazisme : De 1933 à 1939, sont condamnées pour motifs politiques à des peines de prison plus ou moins longues et et d'Allemandes sont envoyés dans les camps de concentration pour les mêmes raisons.. Pour la seule année 1933, le journaliste Curt Bley compte ayant exercé une activité antinazie réelle.. Au cours de l'année 1941, de gauche sont arrêtés par la Gestapo.. En 1944, environ sont arrêtées, dont une forte proportion d'étrangers.. Pour la seule période allant du au printemps 1936, sont assassinées par des agents du régime nazi.. Vers 1935-1936, la Gestapo estime qu'il existe clandestins diffusant des tracts, affiches et brochures.. En 1936, elle saisit du Parti socialiste (SPD) et du Parti communiste (KPD), et encore l'année suivante.
Cependant, jamais la résistance allemande n'a pu avoir un impact suffisant pour déstabiliser à elle seule le régime nazi.
Résistance social-démocrate (SPD) La chasse aux sociaux-démocrates dès le début du régime nazi a d'emblée réduit la résistance sociale-démocrate qui mettra donc du temps à s'affirmer. La répression s'abat dès le début du régime. En , pendant la semaine sanglante de Köpenick, les SA arrêtent plus de socialistes et communistes dans ce quartier ouvrier de Berlin ; beaucoup sont torturés ou tués. En 1936, sociaux-démocrates sont arrêtés, et en 1937. Plusieurs milliers de procès sont intentés pendant toute la période nazie, et sont souvent collectifs, comme celui de l'organisation Spengemann, en , où comparaissent 240 accusés. Soixante-deux députés SPD sont assassinés, cinquante-quatre partent en exil.. Parmi les mouvements de résistance sociale-démocrate, on peut citer la Direction du SPD, exilée à Prague (Sopade), qui publie le le Manifeste de lutte du socialisme révolutionnaire ; des groupes de jeunesses socialistes (à Francfort par exemple) ; une revue clandestine de jeunes socialistes : ; le groupe éphémère ( ; et ; le groupe Neu Beginnen, créé dès 1929, qui se rapproche du Volksfront, alliance éphémère de communistes et de sociaux-démocrates en , ils ont un programme commun en 1938 (Deutsche Freiheit), et sont démantelés par la police de 1938 à 1944 ; enfin, les sociaux-démocrates participants à la tentative de putsch du 20 juillet 1944 : Julius Leber, Theodor Haubach, Carlo Mierendorff et Adolf Reichwein.
Résistance socialiste indépendante du SPD Le parti SAP (Sozialistische Arbeiterpartei) (créé en 1931) compte parmi ses membres Fritz Bauer et Willy Brandt. Relié à l'étranger (direction en exil à Paris), il diffusait clandestinement le journal Das Banner der revolutionären Einheit. Le parti Internationaler Sozialistischer Kampfbund (ISK), fondé par Leonard Nelson, disposait d'une antenne à Paris dirigée par Willi Eichler de 1933 à 1940, puis à Londres (informations à la BBC en direction de l'Allemagne).
Résistance communiste (KPD) Les communistes sont une cible prioritaire de la répression nazie. Ainsi, cinquante-sept députés du KPD sont assassinés, vingt prennent le chemin de l'exil pour échapper à ce sort. Pour autant, la résistance communiste est importante, puisque 70 % des tracts et brochures saisis par la Gestapo en 1937 sont imprimés par des militants communistes..
L'entrée en guerre contre l'URSS en va relancer la résistance communiste, réanimée par des agents soviétiques (surtout des Allemands exilés).
L'Orchestre rouge En 1942, deux groupes communistes séparés se créent, connus sous le nom commun de Rote Kapelle (Orchestre rouge) qui reste le nom le plus connu de la résistance communiste contre le nazisme. Le premier Orchestre rouge était un réseau d'espionnage basé à Berlin et coordonné par Leopold Trepper (agent du NKVD envoyé en Allemagne en ). Ce groupe agit en France en coordination avec le PCF clandestin. Ils purent écouter les lignes téléphoniques de l'Abwehr à Paris. Trepper fut arrêté et le groupe éclata au printemps 1943. Le second et principal Orchestre rouge était un groupe de résistance d'origine allemande, non contrôlé par le NKVD, et d'obédience communiste (mais tous n'étaient pas communistes).
Parmi ses militants, on peut citer Harro Schulze-Boysen, officier de renseignement au ministère de l'Air du Reich, communiste ; Arvid Harnack, haut fonctionnaire au ministère de l'Économie, communiste ; Adam Kuckhoff, producteur de théâtre ; Libertas Schulze-Boysen, journaliste ; Günther Weisenborn, auteur ; John Graudenz, journaliste ; , pianiste.
Ce groupe collectait des informations sur les crimes nazis et distribuait des tracts antinazis. À partir de la fin de l'année 1941, l'organisation Harnack/Schulze-Boysen coopéra avec les bureaux des renseignements soviétiques de Paris et Bruxelles. Il transmettait aussi des informations à l'étranger à travers l'ambassade américaine et indirectement à l'URSS. Le groupe a été arrêté par la Gestapo en .
Résistance communiste issue du KPD Les groupes les plus connus sont les suivants :
L'Aide Rouge (Die Rote Hilfe.), organisation communiste fondée en 1924 par le KPD, soutient les persécutés du régime national-socialiste. Cette organisation est interdite en 1933 et dissoute en 1936 par les nazis.
Le groupe de Wilhelm Knöchel (Ruhr) (1941-1943), fondé en 1941 par Wilhelm Knöchel (qui dirige depuis 1935 le comité exilé du KPD à Amsterdam et rentre en 1941 en Allemagne pour réorganiser la résistance dans la Ruhr), diffuse le journal antinazi Le Combattant de la Paix (Der Friedenskämpfer). Wilhelm Knöchel est arrêté par la Gestapo en 1943 et exécuté en 1944, et son groupe démantelé. Une cinquantaine de résistants du groupe sont arrêtés et tués.
Le groupe de Josef (Beppo) Römer (1940-1942), est fondé par Josef Römer (qui avait publié à la fin des années 1920 un journal communiste, Aufbruch, et est déporté de 1933 à 1939). Josef Römer tente d'organiser un attentat contre Hitler et contacte les cercles de résistance d'Adam von Trott zu Solz et Robert Uhrig. En 1940, Römer diffuse le journal clandestin Informationsdienst. Il est arrêté en 1942 et exécuté en 1944.
Le groupe de Robert Uhrig (Berlin) (1938-1942), est fondé en 1938 à Berlin par Robert Uhrig (déjà arrêté en 1934 pour activité clandestine). Le groupe comprend une centaine de membres en 1940 et le double en 1942. Il forme des groupes de résistants communistes au sein des entreprises, tente de créer un service de renseignements avec d'autres mouvements, notamment Harnack/Schulze-Boysen. L'organisation est démantelée par la Gestapo en 1942. Une centaine de résistants (dont Robert Uhrig, Werner Seelenbinder) sont arrêtés, déportés en camp de concentration, et exécutés en 1944. Les survivants rejoignent le groupe d'Anton Saefkow.
Le groupe de Walter Budeus (Berlin) (1936-1942), est fondé en 1936 par dans l'entreprise où il travaille (Berlin). Il comprend une cinquantaine de résistants. Son activité consiste en la collecte d’informations sur l'industrie de guerre, la diffusion de tracts. Il établit un contact à la fin des années 1930 avec les groupes de Robert Uhrig et Beppo Römer. Walter Budeus est arrêté en 1942 et condamné à mort en 1944.
Le groupe de Bernhard Bästlein, et (Hambourg) (1941-1944), est fondé en 1941-1942 par Bernhard Bästlein, Oskar Reincke et Franz Jacob au sein des chantiers navals de Hambourg. Les membres de ce groupe diffusent des tracts, envoient des lettres aux soldats stationnés au front de l'Est pour les inciter à refuser de combattre. Ils sont en contact avec d'autres mouvements de résistance, notamment l'organisation Harnack/Schulze-Boysen. Arrêtés par la Gestapo en 1943 puis 1944, une soixantaine d'entre eux sont exécutés en 1944-1945.
Le groupe d'Anton Saefkow et Franz Jacob (Berlin) (1943-1944), fondé en 1943, diffuse des tracts, est en contact en 1944 avec Julius Leber et Adolf Reichwein, résistants sociaux-démocrates membres du complot du 20 juillet 1944. la Gestapo arrête en Anton Saefkow, Franz Jacob, Julius Leber et Adolf Reichwein. Des centaines de résistants de ce groupe, comme Judith Auer, sont arrêtés et assassinés.
Le groupe de Theodor Neubauer et Magnus Poser (Thuringe) (1942-1944), fondé en 1942 par Theodor Neubauer (qui était déjà passé par des camps de concentration), est en contact avec d'autres groupes de résistance, par exemple avec un groupe de l'université d'Iéna, ainsi qu'avec un groupe du camp de concentration de Buchenwald. Le groupe procède à l'envoi de nourriture, de tracts et d’armes aux prisonniers. Theodor Neubauer et Magnus Poser sont arrêtés en . Poser est abattu quelques jours plus tard par la Gestapo lors d'une tentative d'évasion et Neubauer est exécuté en 1945.
Le groupe de et (Leipzig), est fondé vers 1943, et ambitionne d’unifier les divers mouvements de résistance communistes ; il est par conséquent en contact avec les groupes de Harro Schulze-Boysen, de Theodor Neubauer et Magnus Poser, d’Anton Saefkow, mais aussi avec des prisonniers de guerre russes et des travailleurs de force étrangers.
L'organisation Allemagne libre (Freies Deutschland), fondée à Cologne en 1943 par un réseau de résistants communistes, compte plus de de toutes idéologies. Son activité consiste en la diffusion de tracts incitant à des sabotages et des désertions, l'aide aux travailleurs de force étrangers prisonniers en Allemagne. La Gestapo arrête de nombreux membres du groupe, qui se disloque.
Le Comité national de l'Allemagne libre (Nationalkomitee Freies Deutschland, NKFD), est fondé à Moscou , à Krasnogorsk (à proximité de Moscou), par le comité central du KPD exilé en URSS et des militaires faits prisonniers de guerre après la capitulation de la à Stalingrad. Le poète Erich Weinert présidait le comité, composé également de membres influents du parti comme Wilhelm Pieck et Walter Ulbricht, futurs dirigeants de la RDA. Ils s'efforçaient de détourner les prisonniers de guerre allemands du nazisme et encourager les soldats allemands (de toutes idéologies) à déserter ou à se rendre à l'Armée rouge. Le Comité entendait lutter pour la chute d'Hitler et du national-socialisme en les accusant de mener l'Allemagne à sa destruction, et militer pour une Allemagne libre et indépendante dans les frontières de 1937. En RFA, l'historiographie a souvent décrit le mouvement comme une trahison de l'Allemagne plus ou moins forcée par les Soviétiquesvoir notamment Karl-Heinz Frieser, Nationalkomitee „Freies Deutschland“ : der „Krieg hinter Stacheldraht“ in sowjetischen Gefangenenlagern, Mainz, Hase & Koehler, 1981.. En RDA au contraire, le mouvement était célébré comme la véritable résistance au nazisme avec le KPD comme avant-garde.