thumb|Chute d'une feuille. L'événement est un concept de philosophie qui désigne un fait, situé dans le temps, sortant de l'ordinaire du déroulement du temps.
Si le concept est présent dans la philosophie antique, ce n'est qu'au qu'il acquiert une importance majeure et une noblesse philosophique, sous l'impulsion de la phénoménologie et du pragmatismeBernard Sève, présentation du n°17 de la revue Methodos, consacré à la notion d'événement.
Définition Le mot vient du latin evenire, qui renvoie à l'idée d'arriver, et de venir hors de quelque chose. Eventus signifie lui le succès, ou l'issue, de quelque chose.
L'événement est difficile à définir, car il renvoie aux concepts de temps, de durée et de causalité. Bernard Sève dit ainsi que l'événement est une notion , et qui mobilise des champs philosophiques très variés : philosophie morale, politique, juridique, esthétique, etc.
L'apparition d'un événement suppose l'inattendu ; or, l'inattendu est lié à une possible émergence du hasard, hors de la causalité normalement attendueBernard Sève, "Quelques approches de l'événement", Methodos, n°17, §1. La causalité mécaniste est par là même remise en causeArmel Mazeron, "Bergson : événement et création", Methodos, n°17, introduction. Ce concept remet donc en cause le déterminisme et suppose un processus de création. ll introduit l'idée d'un fonctionnement irrationnel du réel. Réfléchir au concept d'événement nécessite donc de s'interroger sur les notions de virtualité et de potentialité.
Selon le philosophe Jean-Michel Besnier, est événement Émission Les Nouveaux chemins de la connaissance diffusée en radio sur France Culture le mardi 27/01/2015. La rationalité est rétrospective et a besoin d’inscrire un événement dans la chaîne causale ; par conséquent, elle le fait disparaître en tant qu'événement, puisqu'il désigne un vécu qui résiste à la rationalité, qui veut l’inscrire dans la causalité.
Thèses
L'événement comme substance de l'Histoire Plusieurs penseurs ont pensé l'événement comme étant la substance première de l'Histoire. Dans ses Pensées, Blaise Pascal donne une importance prépondérante au petit événement qui, d'un coup, fait basculer le cours des choses. Il écrit par exemple de Oliver Cromwell : . C'est dans ce sens que Voltaire abonde, dans ses Nouvelles considérations sur l'Histoire, en écrivant que l'Histoire est ainsi faite, .
L'événement comme rythme de l'Histoire Karl Jaspers soutient que . Les événements jalonnent donc l'Histoire en la faisant.
Antoine-Augustin Cournot publie en 1872 ses Considérations sur la marche des idées et des événements. Il soutient que l'Histoire est un enchaînement d'événements. Toutefois, aucune théorie ne suffit à expliquer les enchaînements entre ces événements.
L'événement comme non-événement L'École des Annales s'est opposée à la fétichisation de l'événement. Cette école vise à remettre dans leur contexte les grands événements afin de rappeler l'irrationnel, les hasards, les contingences de l'Histoire. Elle ne peut se réduire à des chaînes de causalité évidentes ; l'événement n'est rien seul et doit être replacé dans une structure historique. Marc Bloch défend notamment cette thèse dans Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien, en 1941.
Ignacio Ramonet écrit en 1999, dans Le Monde diplomatique, que . Or, il ne suffit pas de voir, ou d'y être, ou de s'émouvoir, pour comprendre un événement ; il est nécessaire de replacer dans un contexte plus large.
L'événement phénoménologique Erwin Panofsky, dans Essais d'iconologie, fait appel à la phénoménologie pour traiter de l'événement. Il écrit que, si quelqu'un me salue en soulevant son chapeau, j'identifie cette configuration comme un objet, et la modification de détail comme un événement. En saisissant l'événement par ma conscience, de manière active, j'.
Contrafactualité La notion de contrafactualité est très importante en philosophie, en particulier pour les réflexions sur la logique modale et les mondes possibles. La contrafactualité, dite aussi « contrefactualité », est une forme grammaticale qui renvoie, en philosophie, à la réflexion sur les événements qui ne se sont pas réalisés mais auraient pu se réaliser sous certaines conditions. Une proposition contre-factuelle prend la forme d’une phrase conditionnelle, dont le début de la proposition est « si... » « alors... », qui indiquerait ce qui serait vrai si l’antécédent avait eu lieu. Les énoncés contre-factuels ont été utilisés par Saul Kripke dans sa définition de la vérité ; ainsi que par David Lewis dans leur élaboration théorique des mondes possibles.
Annexes Notes et références
Bibliographie Martin Heidegger, Apports à la philosophie : De l'avenance (1936-1940, 1ère publication en 1989), traduit par François Fédier, Paris, Gallimard, 2013. Emmanuel Levinas, Le temps et l'autre, Paris, PUF, 1947. Gilles Deleuze, Différence et Répétition, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Bibliothèque de philosophie contemporaine », 1968, 409 p. Gilles Deleuze, Logique du sens, Paris, Minuit, 1969. Alain Badiou, L'être et l'événement, Paris, Seuil, 1988. François Zourabichvili, Deleuze. Une philosophie de l'événement, Paris, PUF, 1994. Claude Romano, L'Événement et le Monde Paris, PUF, « Épiméthée », 1998 ( éd., 1999), 293 p., (thèse de doctorat sous la direction de Didier Franck) Claude Romano, L'Événement et le Temps Paris, PUF, « Épiméthée », 1999, 313 p. Françoise Dastur, La Phénoménologie en questions, chapitre "Phénoménologie de l'événement", Paris, Vrin, coll. "Problèmes & Controverses", 2003.
Articles connexes Gottfried Wilhelm Leibniz David Lewis Daniel Dennett Antoine Poncet Mondes possibles Causalité inversée
Liens externes Numéro de la revue Methodos consacré à la notion d'événement
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