vignette|Al-'Alaq Al-'Alaq (arabe : , français : L’Adhérence) est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 19 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période mecquoise.

Origine du nom Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate L’Adhérence, en référence au contenu du deuxième verset : « 2. (Il a) créé l'homme d'une adhérence. ».

Historique

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq () et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d'al-AzharReynolds G., « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, .Blachère R., Introduction au Coran, ., cette sourate occupe la place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La MecqueBlachère R., Le Coran, 1966, .. Contestée dès le par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeDye G. « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus , 2011, .Stefanidis E., « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, ., pour qui cette sourate est la .

Les sourates de la fin du Coran sont généralement considérées comme appartenant aux plus anciennes. Elles se caractérisent par des particularités propres. Elles sont brèves, semblent issues de proclamations oraculaires (ce qui ne signifie pas, pour autant, qu’elles en sont des enregistrements), elles contiennent de nombreux hapaxG. Dye, « Introduction aux sourates 69-99 », Le Coran des historiens, 2019, et suiv....

Pour Nöldeke et Schwally, la quasi-totalité des sourates 69 à 114 sont de la première période mecquoise. Neuwirth les classe en quatre groupes supposés être chronologiques. Bien que reconnaissant leur ancienneté, certains auteurs refusent de les qualifier de « mecquoise », car cela présuppose un contexte et une version de la genèse du corpus coranique qui n’est pas tranchée. Cette approche est spéculative.

En effet, ces textes ne sont pas une simple transcription sténographique de proclamation mais sont des textes écrits, souvent opaques, possédant des strates de composition et des réécritures. Cela n’empêche pas ces sourates de fournir des éléments contextuels (comme l’attente d’une Fin des Temps imminente chez les partisans de Mahomet). Ces textes sont marqués par une forme de piété tributaire du christianisme oriental.

Suivant l'avis majoritaire des exégètes musulmans, beaucoup d’islamologues considèrent que les versets 1-5 sont parmi les plus anciens. Il est à remarquer néanmoins que les traditions sont loin d’être unanimes. Ainsi, à la question des premiers versets « révélés », cette réponse des cinq premiers versets de la sourate Al-'Alaq n’est qu’une parmi d’autres, pas plus plausible, qui a fini par s’imposer. Elle repose sur l’interprétation des premiers versets en tant qu'ordre que Mahomet reçoit de la part de l'archange Gabriel (dénommé Jibrīl par la tradition islamique), à savoir celui de proclamer le Coran, interprétation qui n’est en rien obligatoire. Comprise comme un appel à prier, cette sourate acquiert alors une cohérence qu’elle n’a pas dans les récits traditionnelsG. Dye, M. Kropp, "Sourate 96", Le Coran des Historiens, 2019, et suiv..

Interprétations

La sourate Si la tradition islamique divise cette sourate en deux parties, son étude philologique permet de reconnaître trois parties, les versets 6-8 étant l'unité centrale. Pour Cuypers, la sourate est à rapprocher de la forme des psaumes invitatoires et particulièrement du Psaume 95 construit sur le même modèle (impératif initial, évocation de la Création, de l'Homme...)M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. QS 45 Q 96. Une similitude existe entre les versets « Entrez, courbons-nous, prosternons-nous » (Ps 95:6) et « approchons de sa face en rendant grâces » (Ps 95:2) avec le verset coranique « Prosterne-toi et approche-toi » (Q 96:19).

La fin de la sourate possède un hapax, le terme zabāniyya qui désigne le nom des gardiens du Ǧahannam. Ce terme pourrait provenir du terme "refouler", "pousser". En effet, la tradition islamique reconnaît dix-neuf anges chargés de garder les Enfers. Jeffery l'associe aux dbhūrē d'Éphrem le Syriaque, qui sont des anges menant les défunts au Jugement. Pour autant, sa forme s'explique mal. G. Lüling propose d'y reconnaître "la reprise de rabbaniyya provenant de l’araméen rabbouni (Seigneur)", terme utilisé dans la Bible pour désigner Jésus.

Younes remarque que les interprétations traditionnelles doivent être retraduites pour plusieurs versets de cette sourate.

Le verset 1 : Lis ! Le premier verset de cette sourate est l'un des plus célèbres du Coran : « Lis (ou « proclame ») au Nom de ton Seigneur ! » et évoquerait, selon la tradition musulmane, la mission prophétique de Mahomet, à savoir l'ordre de proclamer le Coran. Il pourrait désigner en particulier, pour Hilali, les verset 6-19. La forme verbale est pour U. Rubin et A.-L. de Prémare, . Ce verset était donc originellement un appel à la prièreMichel Cuypers, Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Éditions, . et est, pour certains chercheurs, une formule biblique.

La seconde partie de la sourate évoque cet aspect jusqu'en son dernier mot iqtarib (« rapproche-toi [de Dieu] »). Celui-ci est un renvoi phonétique du premier mot, ce qui suggère un « rapport sémantique ». Pour Cuypers et Gobillot :

Dye utilise la traduction de ce verset comme élément révélateur permettant de classer les traductions coraniques entre les traductions scientifiques (qui traduisent par "Invoque") et les traductions "trop tributaires de la tradition musulmane".

Ce verset est absent des anciennes inscriptions épigraphiques. Pour Imbert, cela peut s'expliquer par le peu d'importance qu'avait ce verset pour les premiers musulmans, l’intérêt pour celui-ci ne serait alors apparu que plus tardivement.

vignette|droite|Texte en arabe de la sourate Al-'Alaq.

Voir aussi

Articles connexes

Islam, troisième religion abrahamique Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran

Bibliographie

G. Dye, M. Kropp, "Sourate 96", Le Coran des Historiens, 2019, et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate.

Liens externes Texte de la sourate 96 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783.

Notes et références

Notes

Références.

Alaq