thumb|Suffrage universel dédié à Ledru-Rollin, Frédéric Sorrieu, 1850.

Le droit de vote permet aux citoyens d'un État de voter pour exprimer leur volonté, à l'occasion d'un scrutin. Dans son application contemporaine, il pose un choix et permet, soit d'élire des gouvernants à but représentatif, soit de répondre à une question posée par la gouvernance, sous forme de plébiscite ou de référendum. Les démocraties modernes présentent le droit de vote comme un droit civique fondamental. À partir du , le vote devient un synonyme de démocratie, alors qu'auparavant il désignait un régime aristocratique ou oligarchique..

Histoire Antiquité Démocratie athénienne

Le premier régime politique qui donne son nom à la démocratie est né dans la cité d'Athènes durant l'Antiquité. L'élection ne fut pas immédiatement retenue comme mode de désignation des responsables politiques, on lui préféra d'abord des tirages au sort. Avec les réformes de Périclès au milieu du le droit de vote est étendu aux citoyens. La notion de citoyenneté est alors réservée aux hommes nés de père athénien et d'une mère, fille de citoyen, excluant : les esclaves et les femmes considérés respectivement comme des biens et d'éternelles mineures ; les métèques (généralement grecs mais étrangers à la cité, placés sous la responsabilité obligatoire d'un logeur ou hébergeur) ainsi que les étrangers (non grecs, dénommés barbares)

Ces derniers sont exclus de la communauté politique, dans la plupart des cités grecques. On estime qu'il y avait entre 30 et 60 000 électeurs. pour .

Res publica romaine La République romaine qui fait suite à la monarchie des rois Étrusques repose sur une oligarchie patricienne.. Le suffrage censitaire permet à tout citoyen qui paye la quantité d'impôt requise d'être électeur ou éligible et exclut les femmes, les esclaves et les étrangers. Le vote se fait essentiellement par décision majoritaire, comme l'atteste l’adage romain « » (ce qui touche tout le monde doit être considéré et approuvé par tous)..

Du Moyen Âge jusqu'au Les institutions civiles et religieuses privilégient le vote par unanimité puis à partir du par majorité (sous l'effet du concile du Latran et du pape Innocent IV qui affirme que la collectivité est un « », une personne morale), notamment dans les ordres religieux par la « » (la part sage et la part majoritaire)..

Démocraties scandinaves Islande De 920 à 1800, l'Islande fut gouvernée par l'Althing, une assemblée générale regroupant les hommes libres propriétaires terriens de toutes les contrées d’Islande, qui exerçait le pouvoir législatif et judiciaire.

Îles Féroé Un Althing de même nature semble avoir été mis en place antérieurement aux Îles Féroé, il ne fut supprimé qu'en 1275, lors de l'annexion de l'archipel par la Norvège.

Suède À partir de 1720, le parlement suédois (Riksdag) est élu au suffrage universel (restreint), toutefois seuls les propriétaires de biens fonciers ont le droit de vote. Cet épisode (1717-1787) de parlementarisme démocratique est connu sous le nom d'Ère de la Liberté.

Toulouse Depuis 1189, la ville est administrée par des conseillers élus appelés Capitouls (de l'occitan capitol) représentant chacun un quartier de la ville. Après des conflits de pouvoir avec le roi de France qui veut limiter leurs pouvoirs, l'assemblée est supprimée à la Révolution française.

Cités-États de la Renaissance italienne République de Saint-Marin De l'an 1000 à la fin du , la république de Saint-Marin a connu un système de démocratie directe limitée, avec une assemblée des chefs de famille appelée l'Arengo, qui exerçait le pouvoir législatif. Toutefois, dès le , trois institutions plus permanentes élues par l'Arengo furent instaurées, les capitaines-régents (chefs de l'État), le Conseil des XII (organe judiciaire et administratif) et le Conseil des LX (organe législatif, également dénommé Consiglio Grande e Generale), qui supplantèrent l'Arengo de 1571 à 1900. La réunion de l' rétablit un régime électif, avec droit de vote limité aux chefs de famille et aux diplômés. De 1571 à 1906, le Conseil des LX, précédemment élu par l'Arengo, était renouvelé par cooptation, devenant une oligarchie, et était composé de 20 membres de chaque ordre (nobles, citadins et ruraux)Verter Casali, Schede di storia sammarinese - Le Istituzioni.. Le droit de vote n'a été étendu aux femmes qu'en 1964, et l'éligibilité en 1971

République de Venise Dans la république de Venise, une assemblée populaire, l'Arengo, élisait le doge. L'Arengo fut remplacé en 1172 par un Grand Conseil (Maggior Consiglio) composé des membres des familles inscrites au Patriarcat. Tous les hommes de plus de 25 ans pouvaient y participer, à condition cependant de ne pas avoir épousé de roturière. L'aristocratie vénitienne se composait surtout d'armateurs, de négociants et de banquiers, dont les revenus se fondaient plus sur le commerce que sur la terre. Par la Serrata del Consiglio en 1297, l'accès au Grand Conseil fut restreint à ceux dont les ancêtres en avaient été membresCiro Cozzolino, La Repubblica di Venezia; voir aussi l'article République de Venise..

Villes libres de l'Empire germanique La réforme protestante vient bousculer au les structures politiques des villes du Saint-Empire romain germanique. Les protestants sont en effet en faveur du droit de la minorité sur les affaires de conscience, d'où le recours du vote au sein d'assemblées générales de la population..

Cantons suisses Avant la Constitution helvétique de 1798., qui abolit le suffrage censitaire, les cantons suisses connaissaient divers systèmes politiques, certains basés sur une démocratie directe (notamment les Landsgemeinde et les dizains dans le canton du Valais), d'autres sur l'oligarchie et la cooptation. À partir du , le droit de bourgeoisie (limité aux propriétaires fonciers urbains) devient de plus en plus héréditaire, excluant les simples habitants ou résidents...

Élargissement progressif du droit de vote Suffrage « universel » masculin Le droit de suffrage masculin a généralement été étendu de manière progressive, étant à l’origine presque systématiquement censitairePierre Martin, Les systèmes électoraux et les modes de scrutin, , p. 15. Le vote, à défaut d’être considéré comme un droit universel, était perçu comme une fonction réservée aux hommes les plus fortunés, c'est-à-dire à ceux que la fortune dotait d’une véritable indépendance matérielle, d’un esprit conservateur par la propriété et de compétences par l’éducation. À titre d'exemple, en France la composition du corps électoral a souvent varié : pour le vote du tiers état aux États généraux, les chefs de familles inscrits au rôle des impositions étaient électeurs, sauf dans certains territoires où un cens était imposéJ.-F. Fayard, A. Fierro et J. Tulard, Histoire et dictionnaire de la Révolution française (1789-1799), Robert Laffont, 1987, p. 29., tandis que sous la Révolution, le suffrage est restreint en 1791 avec la distinction entre citoyens « passifs » et citoyens « actifs » (soit les 2/3 de la population masculine de l’époque), ces derniers étant les seuls à bénéficier du droit de vote. Après quelques tentatives d'élargissement du corps électoral, le suffrage censitaire est rétabli en 1814. Jusqu'en 1830, sous la Restauration, le cens est si élevé que moins de peuvent alors voter. Après 1830, l'abaissement du cens permet de doubler le corps électoral. En 1848, le droit de vote est accordé à tous les hommes. Limité en 1850, rétabli mais contrôlé sous le Second Empire ( au ), il ne devient réellement et définitivement universel masculin que sous la Troisième République ( à ). L’ la généralisation du suffrage universel masculin .

La question du suffrage masculin universel opposait généralement libéraux (et plus tard la gauche dans son ensemble), favorables à son instauration, et conservateurs, d’un avis contraire. Les ultra-légitimistes, convaincus que le vote des populations paysannes, sous l’influence du clergé et de la noblesse, serait conservateur et contrebalancerait le vote progressiste des bourgeois, militèrent cependant eux aussi pour l’instauration du suffrage universel masculin dès le début du . Les victoires du Parti de l’ordre de 1849 à 1876, année de la première grande victoire républicaine aux élections législatives, leur donnent un temps raisonPierre Martin, Les systèmes électoraux et les modes de scrutin, , p. 16..

Suffrage universel vignette|Femmes votant dans le Canton de Zurich (Suisse, 1964). vignette|Femmes exerçant leur droit de vote lors d'élections nationales au Bangladesh (2004)

Les femmes dans leur ensemble accèdent au droit de vote bien plus tard que les hommes. La première république dont la constitution énonce clairement le droit de votes des femmes est celle de la république de Corse de Pascal Paoli en 1755. Elles participent au suffrage censitaire dans quelques pays, comme en Suède en 1862 ou au Royaume-Uni en 1869 pour les élections locales. Le vote des femmes est d'abord autorisé dans plusieurs colonies et États américains, comme le Wyoming en 1869, puis la Nouvelle-Zélande devient en 1893 le premier pays à octroyer le droit de vote à toutes les femmes (y compris les femmes maori). L'Australie-Méridionale fera de même l'année suivante, mais en excluant les femmes aborigènes ; elle permet cependant aux femmes de se porter candidates aux élections législatives, ce qui n'était alors pas le cas en Nouvelle-Zélande. Les pays scandinaves sont les premiers en Europe à octroyer le droit de vote aux femmes (Finlande en 1906, Suède en 1909 pour les élections locales, Norvège en 1913, Islande en 1915). Mais c'est surtout après la Première Guerre mondiale que le droit de vote des femmes se répand dans les régimes politiques occidentaux : de 1918 à 1921, les femmes acquièrent le droit de vote (dans l'ordre chronologique) en Autriche, au Danemark, en Allemagne, au Luxembourg, aux Pays-Bas, aux États-Unis, au Canada, en Belgique (élections locales seulement), en Suède (cette fois-ci pour toutes les élections) et en Irlande. Ces pays ont directement accordé le droit de vote à tous les citoyens majeurs des deux genres reconnus.

Mais l'instauration du suffrage féminin a été plus laborieuse dans d'autres pays. Au Royaume-Uni, en 1918, le droit de vote est d'abord accordé aux seules femmes de 30 ans et plus (la majorité électorale féminine passe ensuite à 21 ans en 1928). En France, dès la fin de la Première Guerre mondiale, la Chambre des députés vote une loi visant à octroyer le droit de vote aux femmes, qui est finalement rejetée par le Sénat, dominé par le Parti radical, qui craignait qu'elles ne votent massivement pour les candidats conservateurs sous l'influence de l'Église. Les Françaises votent finalement à partir de 1944, suivies par les Italiennes en 1946, les Belges (pour toutes les élections) en 1948, les Grecques en 1952, les Suissesses en 1971.

Abaissement des majorités électorales