Les Magasins réunis est une ancienne chaîne française de grands magasins développée à partir de Nancy et qui s'implanta principalement dans le Grand Est de la France.

Avec plus de , le magasin de Nancy fut le plus grand magasin de province jusqu'en 1965, lorsque furent créées les Nouvelles Galeries à Lille.

Histoire L'implantation des Magasins réunis dans la ville de Nancy Après la signature du Traité de Francfort qui met fin à la guerre franco-allemande de 1870-1871, un très grand nombre d'Alsaciens-Lorrains souhaitant rester français se fixent à Nancy avec leur famille de sorte que la ville devient le premier point d'accueil de ces nouveaux arrivants. Cette migration entraîne un essor démographique significatif : la ville passe de habitants en 1872 à en 1911.. Elle devient alors capitale de l'Est de la France située à quelques dizaines de kilomètres de la nouvelle frontière imposée par l'Allemagne.

Nancy ville devient un grand marché de consommation, favorisant l'émergence de grandes entreprises industrielles et commerciales. Son processus d'industrialisation a commencé dès la période antérieure, notamment avec la mise en service du canal de la Marne au Rhin en 1852, l'inauguration de la gare de Nancy située à proximité du centre-ville, renforçant les liaisons ferroviaires entre Paris, Nancy et Strasbourg. gauche|vignette|Nancy, place Thiers, vue sur les Magasins Réunis. La ville connaît également une expansion urbaine : de nouveaux quartiers voient le jour, des avenues sont élargies. En 1874 est créé un réseau de transports en commun, des tramways qui facilitent les déplacements des habitants des quartiers périphériques. Nancy s'affirme face à Paris, le centre-ville devient un lieu de rencontre, où cafés et brasseries se multiplient. Le phénomène s'accélère en 1909 avec l'organisation de l'exposition internationale de l'Est de la France qui accueille visiteurs en seulement quatre mois.

C'est dans ce contexte que naissent les Magasins réunis de Nancy.

Une entreprise familiale La création des Magasins réunis est liée à une famille : celle d'Antoine Corbin, né à Nancy en 1835, camelot sur les marchés de la ville. Il ouvre un premier magasin en 1867 sous la porte Saint-Nicolas, ce sera le Bazar Saint-Nicolas. Inspiré par les pratiques parisiennes de l'époque, il propose une large gamme de marchandises avec des prix fixes et clairement affichés, dans un espace où l'entrée est libre. Cependant, la boutique devient rapidement trop étroite pour répondre à la demande croissante..

En 1883, il achète des bâtiments à l'angle de l'actuelle avenue Foch et de la rue Mazagran, face à la gare de Nancy. Son idée est visionnaire, le nouveau quartier se développe très vite et les immeubles attenants sont rapidement rachetés. En 1890 apparaît le nom de « Magasins réunis », nom repris d'un grand magasin fondé à Paris en 1866 (sur l'actuelle place de la République)« Magasins Réunis de la Place du Château d'Eau », affiche de Jules Chéret (1866), sur Gallica..

En 1894, une marquise est construite par l'architecte Lucien Weissenburger reliant en façade les deux immeubles..

Antoine meurt en 1901, mais la prospérité sera prolongée par son fils cadet, Eugène Corbin, qui poursuit les agrandissements. Cette opération d'acquisition et de développement s'étend sur plus de vingt ans, impliquant plusieurs phases de travaux d'aménagement et d'extension.

Des succursales régionales ouvriront à Toul et Pont-à-Mousson.

En 1913, sous la présidence d'Eugène Corbin, les Magasins réunis, les groupes Paris France et Nouvelles Galeries s'associent, pour la construction à Strasbourg, place Kléber, d'un grand magasin à l'enseigne : Magasins modernes (en 1950 il sera rebaptisé « Mag Mod » et deviendra finalement « Galeries Lafayette » en 2010). vignette|redresse|Antoine Corbin (cimetière de Préville).

La promotion de l'École de Nancy par l'architecture : un manifeste Art nouveau Les immeubles des Magasins Réunis n'étaient pas voués à s'inscrire dans le style Art nouveau à l'origine. En 1894, Antoine Corbin engage l'architecte Lucien Weissenburger pour concevoir le bâtiment. Il opte tout d'abord pour une architecture néoclassique, symétrique et ordonnée, la plus adaptée pour un Grand magasin, avec une structure métallique sur des poteaux en fonte. Le bâtiment est revêtu de pierre de taille et largement vitré, créant une impression de masse imposante qui contraste avec les façades environnantes plus bourgeoises. Une entrée monumentale, surmontée d'une marquise en ferronnerie en forme d'arc de cercle, donne accès au bâtiment. Une tourelle d'angle, couronnée d'un dôme à lanterneau, est ornée d'une sculpture en bronze représentant Mercure, le dieu du commerce.

En 1901, Antoine Corbin décède, laissant derrière lui son fils Eugène pour prendre les rênes de l'entreprise familiale et poursuivre le projet de son père. La même année, un groupe d'artistes, architectes et industriels nancéiens se réunissent en association et créent l'Alliance provinciale des industries d'art ou École de Nancy. Ils encouragent la formation des ouvriers d'art, promeuvent l'art décoratif moderne lorrain et le renouveau des arts décoratifs. Ils adoptent les principes de l'Art Nouveau que l'on retrouve un peu partout en Europe à la même époque notamment à Bruxelles, Glasgow, Milan ou Vienne. Ils souhaitent améliorer le cadre de vie de leur époque en créant un art nouveau inspiré par la nature et prônent le recours à l'industrie dans la création artistique. Les intérieurs doivent être aménagés et meublés de façon fonctionnelle et moderne, le mobilier doit être conforme aux usages de l'époque.

Eugène Corbin se laisse séduire par les charmes de l'Art nouveau qui commence à imprégner la vie quotidienne des habitants de Nancy. Les architectes renouvellent les formes et les décors dans divers types de bâtiments, tels que des cafés, des brasseries, des hôtels, des devantures de petits commerces, des pharmacies, des banques, des villas bourgeoises, des maisons de ville et des immeubles de rapport. Les grands magasins deviennent dès lors des lieux de diffusion de ce mouvement artistique. vignette|Carte postale Magasins Réunis, Nancy, début . Porte en Métalline. Entre 1905 et 1910, neuf nouvelles travées sont ajoutées à la façade principale, faisant face à la gare, ornées de hauts-reliefs en bronze d'Alfred Finot. L'esthétique novatrice Art nouveau se reflète surtout dans les cariatides en bronze réalisées par Victor Prouvé, représentant des femmes-fleurs aux longues chevelures. À l'angle de la rue Poirel, sur la place Saint-Jean, une nouvelle entrée est érigée en placage métallique, prenant la forme d'ailes de papillon, avec un encadrement en grès émaillé de Rambervillers.

L'ensemble de la décoration intérieure est également réalisé par les artistes de cette école : bronzes de Jules Cayette, vitraux de Jacques Grüber, lampadaires de Louis Majorelle, plafonds d'Henri Suhner. Par ses choix, Eugène Corbin agit en tant que promoteur de l’École de Nancy.

Le développement des grands magasins au thumb|Couverture d'un catalogue de vente d'articles de mode féminine spécialement conçus pour la fin de la saison d'été. vignette|Carton d'invitation publicitaire pour découvrir les nouveautés du rayon mode et fourrure des Magasins réunis Nancy.

Les évolutions techniques dans l'industrie de la Mode En France, durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, le monde de la Mode connaît de profonds bouleversements, notamment du fait de l'apparition de la « confection », ancêtre du prêt-à-porter. En effet, à la faveur de la révolution industrielle et de la mécanisation de certaines techniques du monde de la Mode - dès 1769, le brevet de la première machine à tisser automatique est déposé par Richard Arkwright., Josué Heilmann présente en un métier à broder, le comte Hilaire de Chardonnet invente la première soie artificielle en 1884 à la faveur des progrès de l'industrie chimique ; les boutiques de mode produisent donc plus vite et à plus grande échelle des vêtements qu'elles vendent directement ajustés à leur clientèle, sans forcément recourir aux services d'un tailleur.

Grâce à toutes ces innovations techniques, les grands magasins connaissent donc un essor sans précédent dès la fin du Second Empire. Les modes se renouvellent par conséquent très vite et le principe de saison apparaît. Soucieux de répondre à cette consommation de mode en pleine croissance et de suivre les changements très rapides en matière de style au cours des saisons d'hiver et d'été, les Magasins Réunis proposent par exemple, à leur clientèle féminine, des vêtements spécialement conçus pour la fin de la saison d'été. Une couverture d'un catalogue de vente annonce même la vente de modèles conçus pour une période d'à peine un mois, du au .

Les collections de mode rythmées par les saisons sont l'occasion d'utiliser la publicité de manière stratégique en envoyant des cartons d'invitation personnalisés pourvus d'un texte manuscrit et d'une illustration, visant à informer la clientèle des nouveautés de la saison.

L'importance de la publicité de Mode pour les Magasins Réunis thumb|Couverture d'un catalogue de vente de la saison d'Hiver 1908-1909 des Magasins Réunis montrant un patelot au prix de 39 francs.Grâce à cette mécanisation et à ce renouvellement rapide des modes, le prix des vêtements et des accessoires de Mode baisse donc drastiquement et devient le plus souvent fixe ; ce que les Magasins Réunis ne manquent pas de mettre en valeur, comme nombre de grands magasins, par des réclames ou des catalogues qui participent à leurs importantes campagnes de publicité.

Antoine Corbin, dès l'ouverture de son premier magasin en 1867, le Bazar Saint-Nicolas, propose d'ailleurs ce type de formule de vente arrivée de Paris et qui fera la fortune des grands magasins; entrée libre, prix fixes, large gamme de venteCatherine Coley, « Les Magasins Réunis : une réalisation architecturale exemplaire avant la première guerre », Le Pays lorrain, , juin 2000, ..

La publicité de Mode joue effectivement un grand rôle dans le développement des grands magasins dès la fin du dix-neuvième siècle et au début de la Belle Époque; elle est un moyen de communication important auprès de la clientèle. Les Magasins Réunis s'illustrent notamment par d'élégants catalogues de vente pour leurs articles de Mode, s'adressant le plus souvent à leur clientèle féminine. Outre la présence de prix fixes, comme il est possible de le voir sur des couvertures de catalogues, les Magasins Réunis mentionnent également la possibilité d'une entrée libre au sein de leurs établissements, ce qui fait partie d'une véritable politique publicitaire auprès de la clientèle de l'époque, désormais libérée de toute contrainte d'achat une fois à l'intérieur du magasin. Ceci était impensable dans les boutiques de confections et d'accessoires ou chez les tailleurs.

Enfin, cet important battage publicitaire de mode. participe donc à l'uniformisation de l'habillement quotidien en France et à la diffusion de modèles esthétiques. Les Magasins Réunis sont sujets à ce phénomène et se réapproprient par exemple la figure de la Parisienne sur leurs affiches publicitaires ou leurs couvertures de catalogue. Cette figure, qui veut véritablement incarner la femme française élégante durant la Belle Époque (une statue dénommée « La Parisienne » trône à l'entrée de l'exposition universelle de 1900). est notamment reprise par les Magasins Réunis sur la couverture d'un catalogue de vente pour la saison d'Hiver 1908-1909. Elle devient ici une figure féminine anonyme, particulièrement élégante, qui sert donc de prétexte pour présenter un modèle de la collection d'hiver disponible à la vente.

L'organisation interne : départements et gammes de vente